‹ Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiensChapitre 22 sur 50 · THÉÂTRE-FRANÇAIS · texte numérisé non relu

THÉÂTRE-FRANÇAIS

Le premier en date et le premier par son répertoire, se présente d'abord le Théâtre-Français , autrement dit la Comédie-Française. Il est résefvé presque exclusivement aux représentations des chefs-d'œuvre anciens, et une large subvention vient en aide à cette institution, à laquelle la nature de ses œuvres ne permettrait d'exister que très-précairement, parce que tout le monde, en France, connaît par cœur les travaux glorieux et immortels de l'ancien répertoire. — Ce théâtre peut aussi représenter des œuvres modernes jugées supérieures par leur mérite ; c'est donc le théâtre des

cdUbrités modernes aussi bien que celui des anciennes gloires. Je maintiens cette distinction à dessein , car la postérité seule a le droit de décerner la palme de la gloire ; les contemporains, par leurs préventions ou leur camaraderie, ne sont pas assez indépendants pour prononcer en dernier ressort.

Les traditions de ce théâtre sont glorieuses; et quand à l'étranger on lit les productions de Corneille , de Racine , de Voltaire , de Crébillon , de Molière et de tant d'autres , on est saisi d'une admiration involontaire; et, laissant à l'imagination toute sa liberté, on crée des interprètes du plus haut talent , du plus grand génie , pour rendre dignement et la beauté de la langue et la beauté des pensées, et ce jeu des passions multiples, qui demandent peut-être plus qu'il n'est permis à l'artiste de sentir et d'exprimer; aussi le Théâtre-Français, proprement dit , jouit-il encore à l'étranger de tout ce prestige de gloire qui l'a constamment environné de tout son éclat jusqu'à nos jours. Les noms des Baron , des Lekain , des Talma , des Préville , des Fleury, des Champmêlé, des Clairon, des Contât, éveillent dans l'esprit l'idée de la perfection; et les noms modernes des Ligier, des Firmin , des Samson, des Mars et des Rachel, ne font nullement déchoir cette pléiade lumineuse de tant de talents

réunis. Quiconque sait sentir et juger court tout d'abord au théâtre de la rue Richelieu, y pénètre avec respect, et trépigne d'impatience en attendant le lever du rideau. Mais déjà le premier désenchantement le saisit ; le théâtre est presque vide, quoique des chefs-d'œuvre soient annoncés : le Cid eX le Misanthrope^ — Corneille et Molière! deux des plus beaux génies que la France ait jamais possédés, et deux des plus merveilleuses créations. Puis , quand enfin la toile est levée , il voit défiler une suite non interrompue des plus désespérantes médiocrités. Tantôt M. Beauvalet , à la voix caverneuse , avec son accent moitié auvergnat, moitié méridional; tantôt M. Fonta. Connaissezvous M. Fonta? — Non. — Ni moi non plus. Puis M. Mirecourt, à la voix tremblotante; excellente utilité si l'on veut, mais artiste de talent, — c'est autre chose; M. Joannis , M. Riche, madame Mirecourt, madame Thénard (ne pas confondre avec l'excellente artiste de ce nom du Vaudeville); bref, tout ce que la Comédie-Française a en réserve de pauvretés scéniques. On a de la peine à se convaincre que l'on ne se soit pas trompé de porte en entrant à ce théâtre ; et , au lieu de pénétrer dans le sanctuaire privilégié de l'art dramatique, on craint de se trouver, par quelque mauvaise plaisanterie de celui qui indique le chemin, dans un des plus mau-

vais théâtres de province. Non; un homme de goiit qui n'a pas été témoin de cette exécution des chefs-d'œuvre par de pitoyables doublures, ne pourra jamais se figurer combien il y a peu de respect parmi les artistes pour ces génies du siècle de Louis XIV, génies dont la gloire rayonne et rayonnera sans doute toujours du plus bel éclat littéraire. On se demande de bonne foi : Quelle est donc cette langue que ces messieurs débitent ? quelle est cette déclamation qui vous arrive saccadée à Foreille par une suite continuelle de quintes , qui vous agace les nerfs et vous met à la torture? Pourtant, comme on ne peut admettre tout d'abord que le premier théâtre du monde se compose d'éléments de cette nature, on se prend à s'accuser tout bonnement d'incapacité soi-même; d'incapacité de sentir, d'apprécier et de juger. On cherche à se deviner, on se tâte pour ainsi dire ; et , après un examen consciencieux de soi-même, on arrive à grand'peine à la conviction que l'on ne se trompe pas, et que ce sacrilège révoltant existe dans toute son étendue. - — Ombres des Lekain, des Talma, que vous devez gémir, si, d'aventure, dans un soir d'été, vous allez, au théâtre de vos anciens triomphes , écouter ces accents nasillards , ces vers estropiés qui, dans 'la bouche de ces dames et de ces messieurs y semblent avoir jusqu'à quatorze pieds

et plus ! — Sorti de ce théâtre , fuyant cet atroce guet-apens, on cherche à s'expliquer cette décadence de Fart ; on questionne les gens versés dans la matière, et à la longue on a la clef de cet incompréhensible état de choses.

Le véritable vice de ce théâtre était dans son organisation. Il était régi par un comité de sociétaires qui, s'éhsant eux-mêmes, se jugeaient euxmêmes, et par conséquent se trouvaient parfaits. Chaque sociétaire, après un certain nombre d'années de service , a droit à une pension de retraite ; durant leur exercice, à une part proportionnée dans les dividendes, provenant de recettes, et de la subvention annuellement votée par les Chambres. Cette subvention est de 240,000 francs, si ce n'est davantage. Avec de tels éléments d'action, avec le plus beau répertoire du monde, pourquoi ce théâtre péricUte-t-il ? La réponse est facile. C'est que les amours-propres sont plus forts que l'intérêt pécuniaire ; c'est que ie comité, envahi par un bon nombre de médiocrités, n'a pas de lumières suffisantes pour juger et apprécier les œuvres qu'on lui présente. C'est que ces messieurs, pour la plupart, sont dévorés de jalousie, et font tout leur possible pour éloigner les vrais talents, qui pourraient relever l'éclat de la scène , il est vrai , mais feraient rentrer dans leur nullité ceux qui sont habitués à

s'admirer eux-mêmes ; c'est que si, par hasard, ils cèdent un instant à la voix publique , aux avertissements de la presse, qui leur indique par-ci par-là quelque jeune capacité, quelque talent qui ne désire que se produire, ils les engagent, à la vérité, mais pour les absorber, pour les annihiler, pour les reléguer dans les derniers rangs des figurants , de sorte que leur jeunesse se passe à ne rien faire, à ne rien apprendre ; et quand , dégoûtés de cette inaction forcée, ils quittent ce théâtre où ils oublient leurs premiers élans , ils ne retrouvent plus sur d'autres scènes les succès de leurs débuts, parce que d'abord le public les a complètement perdus de vue , et ensuite parce qu'ils emportent avec eux une espèce de cachet de médiocrité; parce qu'on a tué en eux le feu sacré de Part.

Tout le monde était d'accord sur la nécessité d'une réforme au Théâtre-Français, mais la solution de ce problème était excessivement difficile. Il y a tant d'intérêts attachés à cette institution , on était si intimement convaincu que tout l'édifice croulerait dès que l'on y porterait la main, que l'on attendait presque un coup providentiel pour tirer la Comédie- Française de ce dépérissement visible. Et pourtant un tel état de choses ne pouvait durer. Tout le monde sentait que la manière dont messieurs les sociétaires menaient la barque de ce théâtre devait

tôt OU tard aboutir à une catastrophe. Le ministre de rintérieur, M. le comte Duchâtel , effrayé de la responsabilité qui pèserait un jour sur son administration , s'il laissait péricliter et tomber ce vieil édifice de la plus saine littérature française , entreprit d'y porter remède; et, après avoir pris l'avis d'une commission de gens de lettres convoqués à cet effet, il remania, réorganisa ce théâtre, en le plaçant sous la direction immédiate d'un administrateur. Une ordonnance royale, rendue en ce sens, permet enfin d'avoir l'espoir qu'une nouvelle ère de prospérité et de gloire s'élèvera pour cette entreprise, que tant d'écrivains de génie, tant d'artistes hors ligne ont rendue célèbre par leurs produits ou leurs talents.

Maintenant, venons aux artistes.

Le plus grand artiste dramatique de nos temps, Frédéric-Lemaître , n'appartenant pas à ce théâtre (ce qui est une véritable honte pour la Comédie- Française) , le premier tragique de cette scène est Ligier, non qu'il soit de ces talents transcendants qui impriment une vive impulsion à l'art en général , et qu'il fasse époque dans les annales de la comédie; mais c'est un de ces hommes rares qui luttent courageusement pour conserver les traditions de l'ancienne école. Ligier est l'unique représentant de cette école qui a donné à la France

Talma. C'est son élève, c'est son imitateur; et si le génie créateur lui manque , copier de cette manière est encore très-méritoire. Ligier est petit; sa tête est d'un ovale très-allongé; d'épais sourcils noirs couvrent sa prunelle de feu ; sa voix est vibrante, même un peu dure; son geste rapide, sa diction correcte. Dans sa bouche rien ne se perd, quoique sa diction soit aussi un peu saccadée. Quand la passion le domine, sa diction est pressée, son visage s'anime jusqu'à la flamme, ses yeux lancent des éclairs, sa voix tonne. Dans les passions haineuses surtout, il réussit à merveille. Louis XI, avec ses soupçons sanguinaires, sa peur, sa dévotion, sa cruauté; Gloucester, dévoré par la soif du pouvoir, tendant vers les enfants d'Edouard ses doigts crochus , sont d'une vérité effrayante , représentés par lui. On se sent frissonner en rendant hommage au talent de l'artiste.

S'il fallait remplacer le canon dans quelque solennité, M. Beauvalet serait très-capable de s'acquitter de cette fonction à la satisfaction des autorités constituées, car ses poumons sont de force à lutter avec l'airain. M. Beauvalet n'est pas beau, il n'est pas jeune, mais il est... sociétaire! et à ce titre il joue les premiers rôles , jeunes ou vieux , rien n'y fait. Quand, dans Vlphigénie, Ériphile dépeint la mâle beauté d'Achille, et que l'on voit

paraître M. Beauvalet, on a grande envie de prendre sa canne ou son parapluie, sans oublier son chapeau , pour aller voir ce que fait Arnal au Vaudeville, ou Ravel au Palais-Royal. Et pourtant M. Beauvalet n'est pas sans talent; mais il faut qu'il se rende justice, qu'il abandonne Achille, le Cid, etc., et qu'il s'en tienne aux vieillards.

A propos de vieillard, je ne puis m'empêcher de parler de Guyon , artiste de talent , plein de sève et de force , grand , bien fait , rempli de chaleur. Je ne sais par quelle combinaison profonde de messieurs les sociétaires il est réduit à jouer les vieillards. — Mais ne voyez-vous pas, messieurs, qu'il a beau faire, il ne peut pas se courber ; qu'il a beau se blanchir , se grimer , se rider, que sa force déborde, et qu'il est de taille à vous prendre tous , tant que vous êtes , et vous emporter dans les plis de son manteau. Franchement un tel Achille pourrait faire trembler l'armée et la diviser; un tel Cid, commençant par un coup d'épée, chasserait bien certainement les Maures! Pourquoi donc le détournez-vous de ses véritables rôles ? Est-ce que, par hasard , il n'y aurait pas de vieillards parmi vous ? — Il y en a; — il y a même des perruques.

Samson est non-seulement un artiste d'un talent fin, gracieux , comique, de bon aloi ; c'est en-

core un écrivain très-distingué, comme le prouve sa pièce, la Famille Poisson^ qui mérite de prendre place à côté des meilleures du genre. En lui s'est réfugiée la tradition des Grispins , de ces valets poltrons et fripons , dont le type est complètement perdu. Depuis la mort de Montrose , ce dernier valet de la comédie, Samson tient le sceptre sans partage , et on lui en sait gré.

Régnier a aussi de très-bons moments. C'est un acteur plein de verve , de vérité quelquefois , mais frisant de trop près l'emphase.

Un artiste par excellence , selon moi , un comique ravissant d'esprit, de bonhomie et de naturel, c'est Provost. Je n'ai pas vu ses prédécesseurs, mais je doute fort que l'on puisse jouer mieux les rôles dits à manteaux, les financiers, etc. C'est la nature prise sur le fait. On parle , on marche , on gesticule , on est bafoué , trompé , on se met en colère , comme cela ; il n'y a rien à y reprendre , rien à y ajouter. M. Provost est professeur au Conservatoire. Il devrait, selon moi, s'abstenir de donner des préceptes à ses élèves , mais seulement les amener au Théâtre-Français , et leur faire examiner , observer , analyser son jeu. Ce serait la meilleure manière de les former. Cela leur donnerait le moyen de scruter la nature , et de chercher par eux-mêmes à découvrir de nouvelles routes

sans imiter aucun modèle. La nature est infinie dans ses variétés ; c'est une mine inépuisable pour quiconque veut la bien connaître. Elle seule doit former les véritables artistes ; les écoles , les préceptes ne sont rien, ou très-peu de chose. En cherchant à les suivre d'après les paroles du maître, on manquera souvent le but. Certes , je ne veux pas dire pour cela que les leçons soient inutiles ; non , assurément ; mais aussitôt que Ton aura saisi la manière d'accentuer les vers , de marcher sur les planches, et autres petites ficelles du métier, on doit abandonner les stériles remontrances , la servile imitation , et étudier la nature. Les héros, à un peu d'emphase près , parlent et agissent comme les autres mortels ; seulement la nature étant envers eux prodigue de ses dons , il y a en eux une plus grande dose de dignité , que leur donne l'assurance de ce qu'ils valent.

Voyez quel pas immense mademoiselle Rachel a fait faire à l'art ! comme rien en elle ne trahit l'école ! Elle n'imite personne ; elle est ce qu'elle est , et voilà son plus grand mérite. Qui lui a donné cette diction admirable , cette déclamation presque sans précédent? Ce n'est assurément pas M. Samson ; car, à part son mérite , lui-même , très-souvent, coupe le vers sur la césure , et fait entendre cette mélopée qui fait boucher les oreilles à tous ceux

qui ne sont pas nés avec cette détestable manière de déclamer. — Mademoiselle Rachel , enfant de la nature, a deviné la nature pure; elle a puisé ses inspirations dans son cœur, et a laissé derrière elle toutes les écoles du monde et leurs errements. Aussi voyez-la quand sa fauve prunelle darde sur vous son regard étincelant; comme sa bouche se contracte quand sa bile déborde et coule à flots pour inonder de son souverain dédain, de sa mordante ironie , tantôt Pyrrhus , tantôt Oreste ou Elisabeth ; entendez-la maudire Horace et Rome , et vous serez forcé de vous incliner devant cette puissance du talent qui doit tout à la nature. nui^^^

Depuis la retraite de mademoiselle Mars, sa place est restée vide. Jamais un organe d'une douceur plus angélique , jamais une diction plus pure , plus irréprochable , n'ont été entendus sur la scène française. Quelle profondeur dans la composition de ses rôles I quel sourire ravissant! (juelle coquetterie gracieuse dans le regard , dans la parole 1 Le temps même semblait respecter tant de talent , et n'osait toucher de sa faux cette tête adorable, unique espoir de tant de chefs-d'œuvre. La jeunesse de mademoiselle Mars se prolongeait à l'infini ; Fillusion était complète ; et quand quelque mauvaise langue remontait le cours des années et

donnait son âge approximatif, on se sentait plein de colère contre le malencontreux calculateur qui vous gâtait à plaisir vos plus belles jouissances, vos plus charmantes illusions.

Après la retraite, dis-je, de mademoiselle Mars, mademoiselle Plessy entra en pleine possession de tous ses rôles. Mademoiselle Plessy, jeune, belle, à la prunelle caressante , à la voix doucement timbrée aussi, pensa, dans sa naïveté, qu'il suffisait d'oser pour réussir. Elle a osé, et elle a presque réussi ; elle a réussi , non pas à remplacer mademoiselle Mars, artistiquement parlant, mais à rendre le public , fasciné par sa beauté , ingrat et oublieux. Déjà on commençait à s'habituer à cette Célimène de Molière , à cette Sylvia de Marivaux , et à l'applaudir, quand mademoiselle Plessy abandonna tout , et se sauva à Saint-Pétersbourg , séduite par les brillantes propositions du directeur de la scène impériale. Cette ingratitude révolta tout le monde. Après tout, c'est une maladresse de sa part, sans résultat; car, plus jeune, aussi jolie, et ayant tout autant de talent que l'actrice infidèle , mademoiselle Denain , avec une ardeur honorable , s'empara de l'héritage délaissé , et maintenant on s'aperçoit peu du changement. Mademoiselle Denain n'a encore pour elle, à vrai dire, que les promesses de l'avenir; mais elle est intelligente, infatigable ,

ardente au travail , et douée d'une heureuse mémoire. Son talent , qui chaque jour se développe davantage, grandira ; et je pourrais peut-être ne pas me tromper, en disant qu'il y a en elle le germe d'une nouvelle mademoiselle Mars.

Mademoiselle Anaïs Aubert possède le privilège rare de conserver toujours une figure et un timbre de voix d'enfant. L'inexorable lorgnette vous révèle son âge ; mais son feu est si naturel , son débit a tant de charme , elle trotte si menu , qu'on la voit avec plaisir, qu'on l'entend de même, et que son nom sur l'affiche promet toujours un rôle bien rendu.

L'imposante mademoiselle Mante est sans contredit une actrice remarquable ; les grands rôles vont admirablement à sa taille ; elle excelle surtout à lancer un sarcasme écrasant sur la roture ; son mordant enlève la chair jusqu'aux os. Quel dommage que son embonpoint suive le progrès de son talent!

Voyez-vous cette fine mouche au sourire moqueur, aux yeux fripons , au babil intéressant et spirituel : c'est Lisette I c'est Marton ! c'est le tablier et la cornette personnifiés; c'est, en un mot , mademoiselle Brohan. Fille d'une actrice éminente, elle a compris que noblesse oblige , et elle tenait à le prouver. Aussi a-t-elle donné de telles preuves,

^wl^^'

que les sociétaires ont eu le bon sens de l'admettre, afin que ce beau talent ne s'envolât pas sur une autre scène où, si l'on ne cueille autant de lauriers, on récolte plus d'argent ; ce qui , dans ce siècle , est rarement dédaigné.

Un caprice , une exigence de M. Victor Hugo, a fait de madame Méliugue , excellente actrice de mélodrame, une sociétaire du Théâtre-Français. Cherchant partout une Guahnamara pour ses Burgraves , il a transplanté cette artiste de l'Ambigu- Comique à la rue Richeli'eu ; mais en changeant toutes les études de madame Mélingue, en la désorientant complètement, il a rendu un trèsmauvais service à l'artiste et au public. Madame Méhngue, jeune, belle et gracieuse, était avec madame Dorval, qui ne jouera plus longtemps, la per* sonnification du drame moderne, palpitant, éche-veléj comme on est convenu de l'appeler sur les planches du Théâtre-Français; madame Mélingue, obligée de se contenir , de renfermer en elle tout l'élan de ses passions , occupe un rang secondaire ; et franchement c'est à tort , car il y a en elle assez d'étoffe pour qu'elle occupe le premier.

Quoi qu'il en soit de l'état actuel de la Comédie- Française , on voit qu'elle n'est pas encore dépourvue de talents ; que le nombre de ces talents penche du côté des femmes. Il y a là encore madame

Desmousseaux , excellente duègne , quoique parlant du nez; lïiademoiselle Noblet, tragédienne de mérite ; mademoiselle Avenel , soubrette de Molière, etc. Je passe sous silence MM. Brindeati, Riche, et une foule d'autres, dont le nom n'est pas arrivé jusqu'à moi ; et j'avoue en toute humilité que je n'ai pas cherché à dissiper les nuages qui les couvrent. J'en excepte pourtant Maillard , car il a du talent, et beaucoup; aussi n'est-il sociétaire que depuis peu, et M. Leroux l'est depuis longtemps.

Page 1