II
voyons un Souverain sage et bon sentir la nécessité d'abandonner les traditions de la vieille monarchie pour reconnaître que l'esprit du temps doit être pris en considération. L'Empereur Ferdinand , auquel ses sujets donnent aujourd'hui le surnom de Bon , a largement admis les peuples de l'Autriche à la jouissance des libertés publiques. Mais aussitôt que le désordre et l'anarchie se mirent à exploiter ces concessions de sa sagacité , il ne voulut pas prêter les mains aux abus. Il remit le sceptre à son neveu , François - Joseph , son successeur , qui, jeune, sans passé, sans traditions, comme sans engagement , pouvait marcher plus hardiment vers le but que la Providence assigne aux empires. — Pour sauver d'une ruine totale la société autrichienne menacée dans ses fondements , Dieu plaça, auprès du jeune prince, sa mère, l'archiduchesse Sophie, femme du plus haut mérite, d'une énergie peu commune, et digne de prendre place, dans les annales de ce pays, à côté de Marie- Thérèse. Dès cet instant , on a pu prévoir les destinées de l'Autriche. Sauvée de ses excès, elle aura une liberté large , solide et raisonnable , car le jeune Empereur respectera les promesses de son oncle , tout en s'opposant avec énergie à ce que l'anarchie poursuive ses coupables menées sous le masque du progrès.
LA UÉPUBLIQUE. 499
Eh bien ! ce qui est possible pour la Belgique, pour la Prusse, ce que l'Autriche aura incessamment, pourquoi la France ne le trouverait-elle pas possible pour elle ? Le culte idolâtre de la démocratie n'est pas encore si absolu dans ce pays qu'on doive désespérer à jamais de l'avenir du principe monarchique , le seul possible , le seul durable , à mon avis. Je dirai plus , je crois que chaque jour nous conduit à une nouvelle combinaison. Les passions se calment , le pays se lasse : il veut arrêter tous ces débordements des vanités non satisfaites , et reléguer les médiocrités ambitieuses dans l'obscurité d'où elles n'auraient dû jamais sortir. Je ne serais pas éloigné de penser que tous les monarchistes , sous quelque forme que ce soit, Impérialistes ou partisans d'un Roi , sont pour le moment dans une bonne voie. Qu'ils attendent seulement avac patience les résultats des fautes que l'on ne manquera pas de commettre, et le pays, ne voulant pas s'exposer à de nouvelles vicissitudes , élèvera un trône nouveau ou opérera de lui-même une restauration pacifique, ramenant en France les branches proscrites. — Le suffrage universel, appliqué avec discernement à deux degrés , même sous la Royauté , peut donner les meilleurs résultats , et il sera permis enfin à la France de respirer à l'aise.
Cet état de choses, plus prochain que Ton ne pense peut-être, ne peut avoir rien d'alarmant. Les événements européens de l'année 4848 ont prouvé que si les peuples sont faciles à entraîner dans des voies révolutionnaires , ils ne sont guère républicains. Les concessions mutuelles entre les trônes et la démocratie raisonnable peuvent fermer à tout jamais l'ère cruelle des commotions qui conduisent à dire : QuiL vaut beaucoup mieux vwre sous une autorité quelconque, que de vivre au jour le jour sous le régime de F anarchie. — L'absolutisme paraît avoir fait son temps, et trouverait peu de partisans , mais le gouvernement constitutionnel peut aller en s'améliorant sans cesse. En laissant au pays le soin de ses propres affaires, un Roi peut, mieux qu'un Président temporaire, assurer la paix , le repos , le développement de toutes les institutions libérales , et sanctionner les décrets des envoyés de la nation. — J'ai la conviction la plus sincère que le progrès de T humanité et son bonheur sont à ce prix ; — que le temps n'est pas éloigné où tous les préjugés tomberont devant le flambeau de la raison ; où l'on résoudra le grand problème de V égalité datant la loi; la seule égalité possible qui concorde avec les arrêts de la Providence et les lois de la nature. Notre orgueil a beau se révolter, chaque nation accomplira
sa destinée, et les tendances libérales , les aspirations vers le bien ne seront qu'une rigoureuse déduction de la loi universelle que Dieu tient dans sa main puissante.
Cela dit, adieu Paris! Je ne t'abandonne pas pour longtemps. — Dans un avenir prochain , je viendrai t'apporter de nouvelles études et de nouvelles observations. D'ici là, peut-être, les événements nous donneront raison à Tun ou à l'autre.