‹ Quinze ans à Paris, 1832-1848. Paris et les parisiensChapitre 7 sur 50 · MUSÉE DE LA MARINE · texte numérisé non relu

MUSÉE DE LA MARINE

Si vous avez lu Tintéressant ouvrage de M. Paccini, intitulé la Marine, et suivi pas à pas la naissance de ce curieux édifice que Ton nomme le navire , vous concevrez facilement le but de ce musée. En effet, vous y trouverez non-seulement toutes les curiosités que de nombreux voyages autour du monde ont fournies en objets en usage parmi les différentes peuplades de toutes les parties du globe, en échantillons de toutes les industries qui servent à se vêtir, à se nourrir, à attaquer ou à se défendre; mais encore vous pouvez assister à la construction des vaisseaux, depuis un jusqu'à vingtquatre. Pour rendre ce chiffre intelligible pour tous mes lecteurs, je dirai que l'achèvement d'un navire est divisé en plusieurs temps d'arrêt ou époques. Ces époques sont au nombre de vingt-quatre, et chaque temps est marqué pour connaître si la construction est avancée ou non. Vous pouvez , sans sortir des salles de ce musée , faire un cours complet de construction navale, depuis la première mise sur le chantier jusqu'à son lancement à l'eau. Vous verrez comment peu à peu il grandit , comment on le flambe , on le couvre de cuivre , on le grée; comment ses mâts se dressent, comment

les voiles se déploient ou diminuent, comment on les cargue. Vous apprendrez ce que c'est qu'un tribord, un bâbord, un grand mât, un mât de misaine, de perroquet ; ce que c'est qu'un vent debout ou plus près, etc. Tous ces termes sont nécessaires à savoir, ne fut-ce que pour lire les

romans maritimes.

Voyez d'abord tous ces raffinements de sauvages dans la confection des armes. En vérité , l'homme naît avec un penchant pour la destruction; car partout , dans l'état de nature comme dans une civilisatien plus avancée , la première chose dont il se préoccupe , c'est de quelle manière il peut dé- . truire. Ces arcs, ces flèches, ces tomahaw^achs ou haches d'armes , ces piques , les sauvages les ont confectionnés , choisis , rendus le plus meurtriers possible ; ils ont poussé la prévoyance jusqu'à ôter la faculté de se guérir d'un trait lancé par une main homicide.Voyez ces flèches à pointe double, taillée en arête qui reste dans les chairs, et donne la mort au milieu des plus cruelles souffrances. — Ces ornements en plumes , en coquilles , ou faits avec les dents de l'ennemi , prouvent que les femmes sont partout coquettes ; ces nattes que l'on voudrait en vain imiter, ces hamacs légers tressés en écorce , étonnent par leur travail merveilleux. — Regardez ensuite ces câbles dont on vous étale les échantil-

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Ions , et demandez-vous si jamais une force quelconque est capable de rompre ces fils accumulés pour assujettir une ancre au milieu de l'orage : eh bien! vous apprendrez qu'on a été obligé de les abandonner, car l'ouragan les cassait avec la même facilité qu'une femme mettrait à casser le fil de soie avec lequel elle brode. Les chaînes mêmes que Ton fait à présent , et qu'une force de plusieurs centaines de chevaux ne pourrait disjoindre , sont quelquefois rompues avec une facilité qui confond et qui effraye. — Approchez de ces échantillons. Voici un vaisseau à trois ponts, garni de cent vingt canons; ici une frégate; là une corvette; là-bas un brick, un lougre ou un sloop j voici une tartane, un aviso. Celui-ci est armé en guerre , celuilà en flûte, etc. — Ici sont des modèles des armes de bord , des filets d'abordage , des haches et des piques. La guerre sur mer est une chose terrible ; Télément sur lequel on combat ne rend plus sa victime , si , blessée , elle a le malheur de tomber dans i'abime. Tant que le pied s'appuie sur une planche, on combat-, aussitôt qu'elle manque, adieu le salut.

Outre toutes ces choses, on voit ici en relief les plans de différents ports de mer : Brest, Toulon, Lorient, Saint-Malo. Vous pouvez vous promener dans leurs chantiers et voyager commodément dans

Tespace de quelques mètres carrés. — Ce musée est sous riiabile direction de M. Lebas, qui le soigne et l'augmente avec une sollicitude digne des plus grands éloges.

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