‹ Quinze ans de séjour à Java et dans les principales îles de l'archipel de laChapitre 22 sur 24 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Retour à Balavia. — Iles enlrevues avec le docteur Weelkaer. — Ma visite au gouverneur général. — Mission qu'il me confle, avec le grade de lieutenant-colonel. — Nouvelles du sergent-major Roger. — Départ pour mes inspections. — Arrivée à Bornéo. ^ État de celte lie. — Partie soumise aux Hollandais, — Arrivée à Sambass , cheflieu de la première résidence hollandaise. — Le royaume de Sambass. — Pays de Mompava. — Royaume de Pontianak. — Excursion à Malrado. — Mines de diamants du pays de LaDdak. — Le gros diamant du sultan de Matan. — Arrivée à Benjermassing, chef- lieu de k deuxième résidence. — Pays indépendants. — Royaume et ville de Bornéo. -* Commerce de cette vil!e. — Gouvernement. — Les Dayas et autres peuples de Bornéo. — Dépari pour Gélèbes.

Je profitai du premier navire qui partait de Padang pour Batavia pour me rendre aux ordres du gouverneur général. La première personne que j'allai voir en arrivant fut mon ami le docteur

Weelkaer. Après uoe si longue absence, j'étais bien aise de me réchauffer le cœur dans les épanchements de Tamitié, avant de subir la froide contrainte des visites officielles; d'un autre côté, je n'étais pas fâché non plus de pressentir l'accueil qui me serait fait en haut lieu, ou, comme on dit, de prendre Taîr du bureau, car le laconisme de la dépêche officielle ne me faisait rien préjuger à cet égard. Or le docteur était un homme précieux sous ce rapport; ses relations avec les personnages les plus influents de Tadministration le mettaient en état de me renseigner parfaitement sur tout ce qui pouvait m'intéresser.

Je ne m'étais pas trompé. A peine nous étionsnous cordialement embrassés qu'il s'écria : « Ah ! vous voilà enfin, mon cher major; qu'il me tardait de vous voir arriver I Mais tovez-vous que vous êtes attendu aussi avec impatience par Son Excellence?

— Bahl répondis -je d'un air étonné, je ne comptais pas sur cet honneur; et savez -vous à votre tour ce que me veut monseigneur le gouverneur général?

— Je ne pourrais pas vous le dire précisément; tout ce que je sais, c'est qu'il a été très- content

de la manière dont vous vous êtes acquitté de votre mission à Palembang.

*-* Ma foi y m'écriai -je en riant , entre nous, mon ami, il faut avouer que Son Excellence n'est pas difficile. Je n'ai guère fait, pendant mon séjour à Palembang, que me promener et chasses. Ma plus grande affaire a même été une certaine chasse aux éléphants , dont je vous ai envoyé la relation. (C'est la copie de cette relation que j'ai reproduite dans un des précédents chapitres. ) Quant aux affaires de la résidence, si quelque chose a été fait de bien pendant l'exercice de mes fonctions intérimaires, c'est l'œuvre du secrétaire de la résidence , et c'est lui qui mérite des éloges.

— Allons, mon cher, pas de fausse modestie; votre secrétaire était sans doute un homme intelligent, et il a rempli convenablement ses fonctions, mais non pas les vôtres. C'est vous, et non pas lui, qui avez tenu aux ministres du sultan un langage ferme et digne, auquel ils n'étaient pas ac^ coutumes, et c'est vous qui avez obtenu d'eux, ce que jusqu'ici ceux qui vous avaient précédé n'en avaient pu obtenir, la répression sérieuse et effi*^ cace de la piraterie sur toutes les côtes du royaume

de Palembang. Voilà ce qui a été confirmé par tous les témoignages des marins qui ont traversé depuis cette époque le détroit de Banka, et par les derniers rapports du nouveau résident de Palembang. Aussi le gouverneur général a-t-il l'intention de vous donner une récompense convenable

— Je Tai probablement reçue, interrompis -je, car une des dernières dépêches du secrétaire général m'annonçait que je venais d'être nommé par Sa Majesté le roi des Pays-Bas chevalier de l'ordre du Lion néerlandais, et que l'on attendait, pour me les envoyer, le brevet et la décoration de cet ordre. Apparemment que ces objets sont arrivés, et que le gouverneur veut me faire la gracieuseté de me les remettre de sa main.

— Cette dernière conjecture est possible; mais ce n'est pas seulement de cela qu'il s'agit. La décoration du Lion néerlandais vous a été accordée parle roi comme récompense de votre bravoure à l'attaque des forts de Billiton; elle n'a aucun rapport avec votre conduite à Palembang , et c'est celle-ci que le gouverneur veut récompenser.

Comment? je l'ignore; tout ce que je sais, c'est qu'il a des vues sur vous, et je ne serais pan

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étonné que vous fussiez nommé résident en titre dans quelque bonne localité. J'en serais fâché pour moi, car cela me séparerait de vous peut-être pour bien longtemps encore.

— Ce ne peut être ce que vous pensez, répondis -je, car vous savez comme moi que Femploi de résident est un emploi civil, comme celui de nos préfets en France, et qu'on ne charge jamais de ces fonctions un militaire en activité, à moins que ce ne soit pour un intérim, comme celui que je viens de remplir à Sumatra.

— Ce que vous dites est vrai; mais je sais que le gouverneur général déplore cet usage, établi autrefois par l'ancienne compagnie des Indes. Il prétend que ces fonctions conviendraient mieux à des militaires, surtout dans les résidences dont le territoire appartient encore à des souverains indigènes , et qui sont éloignés du gouvernement central, n faut, selon lui, que l'action du gouvernement se fasse sentir dans ces localités avec une énergie et une fermeté soutenues, et un représentant militaire de l'autorité supérieure serait plus capable d'imposer à des princes d'une fidélité douteuse, et qui comptent sur l'éloignement du gouverneur général et sur la faiblesse de ses re-

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présentants civils , pour se soustraire peu à peu à toute dépendance.

— Allons, je suis impatient de savoir ce qui en est, dis -je en serrant la main du bon docteur. Je vais de ce pas à l'hôtel du gouvernement , et vous aurez bientôt de mes nouvelles, »

Mon ami ne s'était pas trompé. Le gouverneur avait effectivement des vues sur moi ; mais ce n'é« tait pas pour ce que pensait le docteur. Après une conférence de plus de deux heures avec lui , il me proposa de visiter, comme inspecteur militaire, tous les postes établis dans les différentes îles dépendantes de son gouvernement, à Texception de Java. Je devais commencer par Bornéo, Célèbes et les Moluques, et revenir par Timor, Sumbawa, Lombok et Bali. Une goélette à vapeur de la marine royale était mise à ma disposition pour opérer cette immense tournée. Pour donner plus d'autorité à ma mission, j'étais élevé au grade de lieutenant-- colonel, grade supérieur à celui de tous les chefs des postes militaires que j'aurais à inspecter.

J'acceptai avec reconnaissance ces fonctions, qui me souriaient beaucoup plus qu'une résidence à poste fixe , comme le pensait le docteur, et qui

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s'accordaient à merveille avec mes goûts pour les voyages. Le gouverneur m'expédia mon brevet de lieutenant- colonel; il me remit en même temps ma nomination dans l'ordre du Lion néerlandais , et^ dans la revue qu'il passa deux jours après , il me fit reconnaître, en présence de la troupe assem-» bléc; dans mon nouveau grade et ma décoration.

Mon ancien régiment était présent à cette revue; mais^ à mon grand regret , mon ancienne compagnie n'y était pas. Elle était allée dans le détroit de Malacca, près des iles Riouw, châtier quelques pirates de ces parages. Je demandai au colonel des nouvelles du sergent «major Roger. Il me répondit que l'on était toujours très -content de lui. « Je vous le recommande vivement, dis -je au colonel; vous savez, par les rapports que je vous ai adressés sur notre affaire de Billiton , les obligations que j'ai à ce jeune homme et l'intérêt que je lui porte. J'espère qu'il s*en rendra toujours digne, et que par égard pour moi vous lui accor« derez votre bienveillance.

— Vous pouvez y compter, » répondit le colonel.

Quand tout fut prêt pour mon départ, j'allai faire mes adieux à mon ami le docteur, et recevoir

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du gouverneur mes dernières instructions. Ces instructions étaient beaucoup plus étendues que je ne l'avais cru d'abord. Il ne s'agissait pas seulement de visiter les postes militaires compris dans mon inspection; je devais aussi m'assurer s'ils étaient suffisants pour la localité où ils étaient établis ; s'il ne serait pas à propos d'en établir d'autres, et dans quels endroits. Je devais m'eutendre à ce sujet avec les gouverneurs particuliers et les résidents; à l'égard de ces derniers, je devais m'assurer de l'état de leurs relations avec les autorités indigènes, et envoyer sur tout cela des rapports au gouverneur général, chaque fois que j'en aurais l'occasion.

Enfin me voilà parti avec une suite convenable à la mission dont j'étais chargé. J'avais deux secrétaires, dont un civil et l'autre militaire; ce dernier avait rang de sous- lieutenant, et faisait en quelque sorte les fonctions de mon aide de camp. Mon domestique se composait d'un valet de chambre européen, d'un cuisinier nègre, et de quatre serviteurs indiens.

Je n'ai pas l'intention de raconter à mes lecteurs l'histoire de ma tournée, qui aurait pour eux fort peu d'intérêt. C'était bien assez pour moi d'être

obligé d'en faire de longs rapports au gouverneur général y et je ne suis pas tenté de recommencer une besogne passablement fastidieuse; mais ce que je désirerais, ce serait de pouvoir leur rendre un compte exact de mes impressions de voyage, dans les diverses îles que j'ai parcourues pendant quatre ans qu'a duré l'accomplissement de ma mission. Malheureusement ces détails me mèneraient beaucoup trop loin, et d'ailleurs tous ces pays étant peuplés principalement de Malais, les productions et le climat étant à peu près les mêmes qu'à Java et à Sumatra, il s'ensuit que beaucoup des observations que j'ai faites sur ces deux grandes îles conviennent également aux autres, et que je ne pourrais que me répéter.

La première île où je me rendis, comme le portaient mes instructions, fut celle de Bornéo, située au nord de Java et au sud -ouest des îles Philippines, Ce nom de Bornéo (1) lui a été donné par les Hollandais qui y abordèrent en 1530 pour la première fois, du nom de la rivière dans laquelle leurs navbces jetèrent l'ancre, et que les naturels nommaient Bornéo y ou plutôt Vameou ou Varousi.

{{) En hollandais Brœnai.

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Mais jamais ceux -^ ci n'ont donné ce nom à Yi\& entière; ils rappellent Kaiemantan, Poulo^Kale-* mantan, Tana-B€6sar''Kakfnantan, noms qui si^ gnifient ile de Kaiemantan , grande terre de Kaiemantan. Plusieurs voyageurs et géographes ont essaya de lui rendre ce nom primitif, comme ou l'a fait potir Haïti, si longtemps appelé Saint- Domingue; mais jusqu'à présent le nom de Bornéo a prévalu, et c'est celui dont je liie servirai,

Bornéo est la plus considérable des îles connues^ TAustralie étant considérée comme un continent. Elle peut avoir douze cent soixante kilomètres dé long, sur une largeur qui varie depuis cent quatrevingts jusqu'à neuf cent quatre-vingts kilomètres; elle en a huit cents de large sous Téquateur. Elle a environ quatre mille kilomètres de tour, et sept cent mille kilomètres carrés de superficie. On évalue sa population, mais sans avoir à cet égard de données certaines ^ à trois miUions au môius d'individus.

On peut dire que Tile entière, et surtout l'inté^ rkur dé Bornéo^ est le pays le moins connu du globe; aussi ne pourrai -je en donner qu'une idée fort incomplète, en ne parlant que de la partie

dépendante des possessions hollandaises que j'ai visitées.

Cette île est partagée en un grand nombre dé petits États. Parmi ceux qui sont situés le long des cotes, quelques-uns seulement sont vassaui des Hollandais; les autres, ainsi que toUs ceux de rintérieur, sont indépendants.

La partie soumise aux HoUandais forme les deux résidences ou provinces qu'on désigne dans les chancelleries hollandaises sous le nom de Hési^ dence de la côte occidentale de Bornéo {west kust van Bornéo)^ et Résidence des côtes méridionale et orientale {zuid eu oost kust van Bornéo), ou de Benjermassing.

La première résidence a pour chef-lieu Sam^** bass, sur la rivière de ce nom; c'est là où je débarquai en premier lieu. C'est une petite ville défendue par un fort hollandais. Cette résidence comprend le royaume de Sambass, le pays de Mompava, le royaume de Pontianak et les États de quelques petits chefs intérieurs. Le sultan de Sambass, autrefois intrépide et féroce chef de pirates, n'est plus aujourd'hui qu'un souverain nominal, abruti par l'usage de l'opium; il passe sa vie dans l'indolence, ne sortant jamais de son

magnifique palais ou dealem, richement orné des objets précieux ravis aux Européens qui ont été SCS victimes. Malgré la présence de la garnison hollandaise, il y a des pirates établis au nord de Sambass, et auxquels je fis donner vigoureusement la chasse pendant mon séjour dans cette résidence.

Le pays de Mompava s*étend fort loin dans Tintérieur. Je n'ai visité que le canton de Matrado, célèbre par ses mines d'or. Tout le pays qui s'étend de Sambass à Matrado est presque uniquement habité par des Chinois. On en compte environ cent cinquante mille dans cette résidence. La ville de Matrado est bâtie au pied'd'une chaîne de montagnes du même nom; elle est dans une situation admh^able^ au milieu d'une plaine. Sa population y toute chinoise, est d'environ six mille âmes; les maisons sont propres, et bâties dans le goût chinois; elle est divisée en bazars ou quartiers; les pei^sonnes de même profession habitent toutes le même quartier. La colonie est commandée par un capitaine chinois, qui maintient l'ordre et la police dans tout le canton. Les Européens peuvent parcourir le pays en toute confiance. L'air y est ti*ès-salubre, et les exemples de longé-

Tité y sont communs. Les Chinois de l'intérieur de la colonie travaillent aux mines d'or, dont le produit annuel est de cent mille onces d*or pur. Le pays de Landak, dépendant de la résidence de. Sambass, renferme les mines de diamants les plus riches du globe : on en trouve quelquefois dans les crevasses des rochers, d'autres fois dans le sable des rivières, et ordinairement dans un areng ou conglomérat, sorte de terre jaunâtre et graveleuse, mêlée de cailloux de diverses grosseurs. Les Chinois et les Dayas, peuples indigènes de Bornéo, exploitent ces mines. Les diamants les plus beaux pèsent trente -six carats. Les petits sont vendus à* Pontianak; les gros qui ne trouveraient pas d'acheteurs sont expédiés à Batavia. Mais depuis quelques années la quantité de diamants recueillis dans le district a considérablement diminué, fait que l'on remarque également dans l'Inde. C'est des environs de Landak qu'on tira, il y a une centaine d'années, un des plus gros diamants qui existent. Il est probablement encore au pouvoir du sultan de Matan, et il pèse, non taillé, trois cent soixante-huit carats; il en pèserait, dit-on, cent quatre-vingt-quatre, s'il était

poli et taillé. C'est le second ou au moins le troi-

sième eu grosseur, qu'on ait connu jusqu'à ce jour. En quittant Sambass, j'ai visité le port de Pontianak, et là j'ai vu des indigènes , de la tribu des Boughis, tailler et polir avec art les diamants; ils en font le commerce ainsi que celui des bijoux.

Le sultan de Matan, le propriétaire de ce gros diamant dont j'ai parlé, est im des princes tributaires de la Hollande. Le pays de Matan est un débris de l'ancien empire de Soukadana, jadis feudataire du puissant empire de Madjapabit ou de Bantam dans l'île de Java. C'est à titre de suc* cesseurs des souverains de Bantam que les Hollandais exercent les droits de suzeraineté sur le royaume de Matan. Du reste, la plupart des pays vassaux des Hollandais dans File de Bornéo, ainsi qu'à Célèbes et aux Moluqucs, sont administrés par des princes indigènes. Il y a peu de parties de Bornéo qui soient entièrement soumises aux Hollandais.

Après un séjour de deux mois dans la pre* mière résidence, je me rendis à Benjermassing, cbef-lieu de la seconde résidence, ou Résidence des côtes méridionale et orientale. Cette ville, ^ peuplée d'environ six mille âmes, fait un corn-

merce assez considérable. Sou port, ainsi que ceux de Sambass et de Pontianak, est ouvert à toutes les nations amies de la Hollande. La deuxième résidence de Bornéo est formée en grande partie par les États du sultan de Benjermassing. Au xvf siècle, ce pays était une dépendance de l'empire de Madjapahit, et régi par des princes java-* nais. Le sultan qui descend de ceux-ci, reconnaissant des services que la compagnie hollandaise' des Indes lui avait rendus, lui céda, en 1787, tous ses États en pleine souveraineté, et les reprit d'elle comme un fief héréditaire. Aujourd'hui le gouverneur de Batavia est le suzerain de ce sultan.

Parmi les nombreux États indépendants de cette grande ile, je ne parlerai que du principal royaume, parce qu'il est le plus puissant et le mieux connu : c'est le royaume de Bornéo proprement dit. Jadis cet empire dominait sur une grande partie de l'île; aujourd'hui il ne possède que la côte du nord- ouest et une partie de celle du nord. L'étendue de l'État de Bornéo est de sept cents milles (neuf cent vingt kilomètres) de côtes, et la largeur de son territoire est de cent à cent cinquante milles. C'est le pays le plus peuplé de

cette graude terre, La rivière de Bornéo est navigable bien au-dessus de la ville de ce nom, pour des navires du port de trois cents tonneaux. La ville offre quelque ressemblance avec Venise, Elle est située à vingt kilomètres de l'embouchure du fleuve y dans un terrain bas et marécageux. Les maisons sont construites sur de petites îles ou sur pilotis, et Ton se sert de pirogues pour aller d'une maison à une autre. La ville de Bornéo est la plus commerçante de File. Ses relations s'étendent dans toutes les iles de la Malaisie, puis à Singapour, au Bengale, sur la côte de Coromandel et de Malabar, et jusque dans le golfe Persique et la mer Rouge.

Le gouvernement de Bornéo est exercé par un sultan appelé aussi radjah, avec l'épithète de tnt^ yang-ada-per-touann (celui qui est le seigneur), et un conseil supérieur, composé de pangerans ou nobles, qui sont revêtus des grandes charges de l'État. La forme du gouvernement ressemble beaucoup à notre ancien système féodal, ce qui, du reste, existe généralement dans tout l'Orient Le pouvoir est plus grand chez le sultan que chez nos anciens rois^ parce qu'il nomme à tous les grands emplois; mais chaque pangeran ou sei-

gneur exerce un pouvoir absolu sur ses vassaux particuliers 9 qui ne manquent jamais d'épouser sa cause ^ même quand il est en opposition avec Tautorité souveraine.

Les aborigènes de Tintérieur de l'île ont reçu plusieurs noms : celui de Dayas^ au sud et à l'ouest; d'IdaanS; au nord; de Tidouns ou Tirouns, dans la partie orientale, et de Biadjous, au nordouest. Mais tous appartiennent à la race primitive des Dayas, quoiqu'il y ait entre eux des différences de mœurs, de dialectes et de religion. Dans les montagnes centrales, mais où aucun Européen n'a encore pénétré, habitent, dit- on, des tribus sau-vages auxquelles on donne différents noms, tels que Dessouns, Marouts, lUanos, Tatoungs, Houlous, Taagals, etc. etc. Quelques-uns sont noirs comme les Papouas de la Nouvelle-Guinée; d'autres sont jaunes, basanés ou cuivrés. C'est à peu près tout ce que j'en ai appris; mais je veux vous entretenir un instant du peuple le plus intéressant et le plus nombreux de Bornéo^ parce que j'ai pu l'étudier sur plusieurs points de cette grande île : ce sont les Dayas.

Les Dayas, comme je l'ai dit, sont divisés en un grand nombre de tribus; ils sont cultivateurs,

mineurs , constructeurs et commerçants. Quelques savants les regardent comme un type perfectionné ou primitif, si Ton veut, de la race malaise; plusieurs les croient aussi la souche des Polynésiens , car leurs formes corporelles ressemblent singulièrement à celles des habitants des îles Carolines de la Nouvelle-Zélande, de Taîti, et autres îles du grand Océan, et, de plus, ils ont Fhabitude de se tatouer le corps , ainsi que les Polynésiens. Les purs Dayas sont francs dans leurs procédés , paresseux, froids, délibérés, et vindicatifs dans leurs ressentiments; mais patients, probes, dociles, hospitaliers, sobres, intelligents et doués d'un talent fort rare pour les arts mécaniques. Ils excellent dans l'art de préparer l'acier, et, entre autres, dans la fabrication des éperons, des kriss, des kampilans, des galloks (espèces de poignards), des lances. Ils sont fort supérieurs non-seulement à tous les Malais dans ce genre d'industrie, mais en« core aux Hindous et aux Chinois, bien que cet éloge puisse paraître exagéré. Un petit nombre de Dayas professent l'islamisme; mais la plupart adorent Diouta (l'ouvrier du monde) et les mânes de leurs ancêtres. Chose bizarre 1 ils prétendent être issus des antilopes, pour lesquelles ib professent la plus

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grande vénération. Ils vénèrent aussi certains oiseaux qui leur servent d'augure. De même que les tribus de plusieurs îles de la Polynésie, quelques-unes de leurs peuplades sont indépendantes, cl'autres sont vassales des princes déjà cités.

Une de leurs tribus, qui habite sur le bord de la rivière Reyang, porte le nom de cette rivière, et pourrait bien être la souche des Reyangs de Sumatra, dont j'ai parlé dans le chapitre précédent.

De Benjermassing je me rendis dans un jour de navigation à Célèbes.

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