CHAPITRE X
La coar de France dans les premières années da xYin« siècle. — Louis Xrv à soixante ans. — Madame de Maintenon, sa vie et son caractère. — Sa part réelle dans les affaires et dans la révocation de l'édit de Nantes. — Son parti. — Le grand dauphin et mademoiselle Ghoin.— Leur parti.^La cour de Meudon.— Les libertins et la société du Temple.— La duchesse de Bourgogne.— Sa liaison avec Nangis.— - Amour et fin tragique de Blaulevrier.— Caractère et éducation du duc de Bourgogne. — Fénelon, Beauvilliers et Ghevreuse ses maîtres. — Système du duc de Bourgogne. — Suppression des ministres, des intendants^ des Sttbdélégués.— Création de comités ministériels, d^états proTinciaux, de diètes cantonales. — Rétablissement des États-Généraux. — Suppression des présidiaux et réorganisation des baillis d*épée. —Puissance restituée à la noblesse. ^Majorats.— Réforme des finances, de rindustrie et de Tagriculture. — Projet de paix universelle. —Jugement sur le duc de Bourgogne.
Il nous faut revenir un instant sur nos pas, quitter ces champs de bataille de Flandre, d'Allemagne et d'Italie , ces luttes de terre et de mer où dix peuples s'entrechoquent, oublier ces déroutes de Blenheim, de Turin et de Ramillies, ces victoires deFriedlingen, d'Hœchstedtet deCassano et rentrer en France, dans ce palais de Versailles où la vie de la nation semble alors retirée,' considérer les divers personnages de la cour , Louis XIV et madame de Maintenon , les enfants et les bâtards du roi, ses ministres et ses courtisans^ les princes et les princesses de la famille
royale, et rechercher les sentiments qui divisent ou rapprochent des personnages si divers. L'histoire des partis est celle des peuples, et les cours ont leurs factions comme les assemblées. Partout où vivent les hommes, ils portêrit leurs Vanités et leurs intérêts, leurs affections et leurs haines, et pour êlre contenues par la main du maître, les passions ne fermoBtent pas moins au fond du eœutd
A rêpoque où nous sommes arrivés, Louis XIV n'est plus l'heureux amant de la Valliére^ €# jeun^et brillant vainqueur de l'Europe ; il a soixante ans, il a perdu trois grandes batailles^ et le terop» a dissipé sa foftuije et sa gloire. Mais lés revers et fes années n'ont pu courber son front; il a le nfième feu du regard, la même autorité du gesfé, la même énergie de la parole. Il conserve dans sa vietlleMe le» habitudes de sa virilité, et voyagé s$ns cesse de Versailles à Marly, de Fontainebleau àCompiègne. Parla pluie, par la neige, sous le plus ardent soleil^ il chasse six heures dd suite. Au retour^ il s'enferme âvëfe se» conseiller» et Ifàvdille jusqu'au soîl. Il mobtre enfin la même ardeur qu'à cette époque ée^ sa vie où ses mH»istre$> lui demandant ^ à qii) il faudrait désormais s'adresser, il répondait Sèrement : <( A moi. » Ijb temps lui a douné comme une nouvelle g^andeur^ êi la majesté du père relève celle du roi. Au milieu de ses finies et de ses brus, de ses enfants^ de ses» petH»enfants et doses arrière-petits-e»fa0t$^ il rappelle le
< Après Ift mort de
tleltlard-rof, Ibaftiiofliltee par Hortièfe, oU cbl eitipereur Abtiï prtrle Tdbité, dont lé pftkil^ était rempli de Oéàftrs ^i
La TtïOti^ qrii à respecrtô Louis XIV, a Mppé k ses côtés. Elle à emporté Sa mérei, Ahne d'ÂHlriche ,• sa femme,* la bofrtbë e! toaïvèi Màrie-Tbérfesë. Son ti^ôhe est vide; sa plaiîe est oependarit occupée: 8lti^uHè^ caprice dé la ferrlurtè, «de petite-fille d* Agrippa d*Atfbi^néy la inarqdlse de Maintenoh partage^ après Tbéritière dék empereurs, la destiriôe de Louis XIV;
Née dan* une prison*, mouMnîe dès ses pretnîei^ jours sur le sein de sa mière, Frdnçot^ dl^*obigné avait mîralculeoseméfït échappé k la moH; Dans un voyaffe eri Amérique, d* suri père allait i^èfiitre sa fortilne^ elle tomba malade et perdit la pdrole et le mouvement. On allait la jeter à la mer, quand madame d^Aù'bîgôé, serrant Sa fille dans une dîèrnière étreinte, sentit un faible battement de cœnr et arracha renfanf aux niàtélots. J^aùvre e( bientôt orpheline, madeDftoiselte d'Aubigné fut recueillie, à sou retour en France, par une parente vieille et avare, madame de Neuillant, qui, en échange d'une mesquine hospitalité, lui fit abjurer le calvinisme et lui imposa les soins les plus pénibles de sa maison. A seize ans, pour avoir un asile, éblouissante de grâces et de beauté^ elîeépeiïsa le ptoëte cul-de -jatte Searron.
Après quelques années, U mort de son mari la
* a Ncm Gsesarum domùs. » Tâcité. inhales, « En *e35, à Niort, où soû ^è^e avait été enfermé Cûistme accusé de reisrtmiis tfvee PÂngiéterfe.
Digiti
laissa de nouveau sans ressources. Scarron touchait comme malade de la Reine une pension de l'État ; sa veuve la réclama vainement, m Est-elle malade? » Demanda Mazarin, qui n'aimait pas à donner. On lui répondit qu'elle se portait bien : « Elle est donc inhabile, répliqua le cardinal, à succéder à la pension d'un homme qui se portait mal. » Â cette époque de détresse la jeune veuve se lia avec Ninon de Lenclos^, dont la maison était le rendez-vous des hommes les plus brillants et les plus considérables de l'époque. Elle y vit à ses pieds le contrôleur général des finances Fouquet*, le maréchal d'Albret*, les ambassadeurs de Barillon et de Guilleragues, les cardinaux de Bouillon et d'Estrées, et l'amant de Ninon, le beau Villarceaux ^ lui-même. Elle repoussa tous
1 Elle était si liée avec Ninon, qu'elle partageait souvent sa chambre el même son lit. Ninon qui la connaissait bien a dit souvent à Footenelle : « qu'elle était sage, mais qu'elle n'était pas propre à Pamoar. > LeUres de madame de Maintenon, édition Auger, t. I«r, p. i90. Note.
* On trouve dans les papiers de Gonrard, t. XII, in-4o, p. i51, la copie d'une lettre adressée à Fouquet (selon toute probabilité) par madame Scarron : « Je hay le péché, mais je hay encore davantage la pauvreté; j'ay reçu vos dix mille écus; si vous voulez encore en apporter dix mille dans deux jours^ je verrai ce que j'aurai à faire. Je ne vous dèffens pas d^espérer. •
3 Voltaire dans Iv Siècle de Louis XIV , à l'article des maréchaux, l'appelle tout crûment Tamant de madame de Maintenon.
^ Villarceaux, de la mui^îon de Mornay, riche et voluptueux, fut longtemps l'amant de Ninon. Saint-Simon prétend qu'il entretint publiquement madame de Maintenon. D'autres écrivains ont rapporté cette parole de Ninon, si terriblement accusatrice: « Je ne sais rien, je n'ai rien va, mais je leur ai bien souvent prêté ma chambre jaune à elle et à Villarceaux. » Il est impossible cependant de condamner une femme sur un mot. On peut accuser madame de Maintenon d'égoîsme, mais non de libertinage. Madame^ qui ne l'aimait pas, écrit, il est vrai , de son côté, t. Il, p. 8i : « En public et en face> elle ne m'a jamais rien dit de dé-
leurs hommages et refusa tous les partis. Un maçon lui avait prédit qu'elle serait reine ^ ; elle attendait.
La fortune se lassa, en effet , de la persécuter. Louis XIY lui rend , en l'augmentant, la pension de , son mari, avec cette gracieuse réponse : « Madame , je vous ai fait attendre bien longtemps, j'ai été jaloux de vos amis, et j'ai voulu avoir ce mérite auprès de vous. » A cette faveur succède une faveur plus grande ; madame de Montespan lui confie les enfants qu'elle a eus du roi et l'appelle à Versailles ; Louis XIV l'y voit, la nomme dame d'atours de la dauphine et lui donne la terre de Maintenon, dont elle prend le titre^. Elle supplante peu à peu, puis fait renvoyer sa bienfaitrice *, dont l'humeur inégale * et impérieuse fatigue Louis XIV. Une nuit d'hiver, enfin, devant deux seuls témoins, l'archevêque de Paris unit, dans la chapelle de Versailles, le roi de France et la marquise de Maintenon.
sagréable, car eUe savait bien que je lui aurais yertement répondu, car je connaissais toute sa vie. Villarceauz m'en a plus raconté que je n'aurais voulu en savoir. » Nous serions plutôt de Tavis de Ninon : Elle ne pouvait faillir, ne pouvant aimer.
' Ce maçon, m mraé Darbé, lui avait prédit qu*un roi Taimerait un jour et la ferait régner. Elle fit plus tard chercher ce maçon: il était mort. Lettres de madame de Maintenon, Edition Auger, t. l^r, p. 218. Note.
' Les plaisants rappelèrent d^abord madame de Maintenant.
' Elle écrit plus tard très-franchement à ce propos : « Ai-je tort de lui avoir donné de bons conseils (au roi), et d'avoir tâché auunt que j'ai pu de rompre ses commerces? » Lettres historiques et édifiantes. Edition Lavallée. Charpentier, 18S»6, 2 v. in-12, t. U, p. 73.
^ « Elle (madame de Montespan) n*est bonne que par boutades, et sa vertu même est un caprice. Pas deux jours de suite la même humeur. » Edition Aiiger, t. II, p. 82,
Bile ré^ne depBfS cette ntiit. Trop habite pour montrer sùn pouvoir, elle ne jouit pas deâ bdoDeurs sonterains ; on l'appelle seulement Madame^ mais des signes eertaids révèlent sa fortune. A l'église, elle se place dans la tribune royale. Att château^ elle habite un appairèeraèni* de platû-pied ateo eelui du roi, où Louis XIV passe des journées entières. LesministreB viebnent y Rapporter ; la marquise * lit,* écrit, travaille^ écoute et garde le silence. Elle parleseulefrienl qùàrid le toi l'Interroge; mais elle connaît touÈ les secrets de l'Etat^ fait des Éfiinistfesy des génôranx, dcfs éf èques \ des Ambassadeurs. C'est elle ^lui décide Louis XIV à refconnaltre le Prélendanty à nomùier Cbamillart aux Qrlanoes, Voysin k la gberrey à maîo^ tenir dans leurs commandemeMs Msfrsini Tallard et Villeroy qui laissent dur les champs dé bataille la gloire de nos armées. Pendant: toute \i guerre de Isi succession, elle suit et dirige les affairés d'Espagœ. Madame desUrsinslui écrit régulièrement de Madrid, et le ministre des affaires étrangères^ M. de Torcy, lui
1 V. la description de cet appartement dans \e8 Mémoires de Saint- Simo»^ t. VI, p. 414-115. PoDr exprimer (foe l'âceès en était fort tfîfficite, Saint-Stmon parle de f extrême ciâitire de ce sanctuaire. 1: Yl, p. 306.
) « Chez qui, dit Saint-Simon, sans nom de mattresse ni d'épouse, cloit lecrsoset de to cottr et deTEtat. » T. \\}\, p. t23.
s « Ne )dgeriez-¥etK pa»à propos de faire k Votre loisfr tme lisfè d^ boméréques? Vcms me renverriez,' nùtt que dans les oecasions qai se présentent tous lesjwrs (ait conseil), je soirtiosse plus oa moins leurs intérêts, et qu^on leur reirvoyât les aMres dont ils doiTent se mêler et auxqvetles ils sont propres. On^ (te roi) mVidi^sse toujours la parole qua»d H est qilestiQD d'eus. » Lettre de madame de Mainleiion au cardinal de Noailles, édition Auger, t. Il, p. 320.
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communique tdfotes ses dépêches ^. Cette influence est défsftstreuse. L'épouse secrète de Leuis XIV à ta pfissioD et non la force du commandement* Dieu )Ut a donné la beauté, l^s ruseà et tes grâces de fioto seie ^, mais nott le |;énie qui mène les empires^ Bile n'obéit qu'à de petits intéréi» et de mesquines pos-^ siens, mesurant les hommefs h leur souplesse, âdn esprit étroit ne goâte qfae les médioerités^ Elle hàitt et combat totts les grand.^ hommes àti règnes Golbert, Louvois, Vendôme, Catinat \ Variban. Son oœnr est piu» vide encore r(ae sa i^te : elle abandonne tous ses amis dans le malheur ^ madatne Ooyon, Fénelon^ Racine *, le cardinal de Noailles.
On a vainement nié sa part dans la révocation de l'Édit de Nantes j il faudrait d'abord brûlef ses lettres. Madame de Maintenon connaît le projet six ans avant sotf exéctitidî \ et elle y applaudit dé toutes^
' « h rwÊ tout ce qai M ptsM far M. de Torcyy a»Bsi> madame, né iRe nandez ptm les mémei eiiosei. • Lettre de madame de Maiofe- DOfn à madame dea Ursii»/ 1; !•', p, 19, 4 jolHet 1706. — < Je né TOiia parle fK âttf aMrea de ee pff^s-e# {YÊÈfngtte), éerit à aoii tour madame àt& Brfîifff, pcrhqu* tons toyez ee qhi a r rite dans les dépêdws de M. Amelot (ambassadeur de Pranee à Madridy. * Lettre de madamtf àta Ursiiis, t. Uf, p. 261. —K etkcore même eorrespondanœ/t. >V/ 1^. 166, — Smr SDtt influeMe géoéralesur tes affaires, V. dans VéAHitrtt Auger les lettres du 97 octobre 1679, t. N, p. 49; du 13 août 1699, t. H, p; SOI ; àM 20 mars 1760, t. n, p. 308, et t. Il, p. 390, t. IH, p. 47y etc., etc.
> < It n'y a rien doét je n'eusse été capaWe de feire et de souirir poor fehre dire du bien de mol. > V. Edition Layallée, t. II, p. 921.
* Voltaife^ Siéele de Louis XIV, p. 915. Note.
^ Métnoires sur la vie de Jean Racine^ par Louis Racine.
> « Le roi peose sériememenl k son saint et à celui de ses sujets, et dans peu de jours on y travalHera tout de bon. » Lettre du 96 octobre 1679. Gditiotf Anger, t. Il, p. 97. — « Le roi commence à penser '^^riéo^ sèment à son salut et à celui de sea sujets : ai Bien noua le eonaerve^ i^
ses forces ^ Elle, la fille d'Âgrippa, elle qui a mangé le pain de l'exil et de la pauvreté, elle reste immobile et froide quand les effroyables décrets de la révocation se débattent dans le conseil. Elle prêche tour à tour la ruse et la persécution ^; elle persécute elle-même. C'est elle qui conseille de prendre les enfants pour dompter les mères. Dans sa propre famille, elle enlève une petite fille pour la convertir*. Et, comme si elle eût craint que les huguenots ne revinssent un jour déposer contre elle, elle les poursuit jusque dans l'exil, et rédige, de sa propre main, un long mémoire contre leur rappel *. Mais il y a une
n*y aura bientôt plus qu'une religion dans le royaume. C'est le sentiment de M. de LoutoIs, et je le crois là-dessus bien plus volontiers que M. Colbertf qui ne pense qu'à ses finances et presque jamais à la religion, » Lettre du 24 août 168i. Edition Auger, t. Il, p. 97.
^ < 11 (Louis XIV) a dessein de travailler à la conversion des hérétiques.... Cette entreprise le couvrira de gloire devant Dieu et devant les hommes. » Lettre du 13 août 1684. Edition Auger, t. 11^ p. 108.
' « Ne lui dites d*abord que le nécessaire (à un parent qu'elle veut faire convertir) sur Tinvocation des saints, etc., etc. » Edition Auger, t. II, p. 62. — « Il n*y a plus d'autre moyen que la violence. » Lettre à d'Aubigné, son frère. 19 décembre 1681. EdiUon Auger, 1. 1«^ p. 272.
8 Mademoiselle Marthe-Marguerite de Murçay-Villette, âgée de sept ans, et plus tard madame de Gaylns. c II faudroit, écrit madame de Maintenon à son frère d'Aubigné, que vous obtinssiez d'elle (de Tenfaot) qu'elle écrive qu'elle veut se faire catholique. Vous m'enverriez cette lettre-là. J'y répondrai par une lettre de cachet, avec laquelle vous prendriez Minette (Fenfant) chez vous, jusqu'à ce que vous trouvassiez une occasion de la faire partir par le moyen de MM. de Saintes, de Marillac et de M. de Tours (les évéques du pays). Je trouverois des amis sur la route.... Je vous associe à cette bonne œuvre.... • Lettre du 19 décembre 1681. Edition Auger, t. I«', p. 272. V. les déUils sur cette affaire, même ouvrage, u lU^ p. 257.
^ Ce mémoire est dans ses œuvres. Edition Auger, t. lY, p. 31 9. Dans une autre lettre à son frère, en date du 22 octobre 1681, elle lui conseille .'acheter une terre en Poitou, parce qu'elles vont s'y donner pour rien, par la fuite des huguenots.
justice suprême : en dépit des réhabilitations, le souvenir de TËdit de Nantes reste attaché à son nom comme une souillure ineffaçable.
De trois ans plus âgée que le roi, par régime et par calcul, madame de Maintenon vit retirée dans sa chambre. Elle voit mal, entend à peine, et se tient tout le jour dans un fauteuil de damas rouge, fermé de trois côtés, et qu'elle nomme elle-même sa niche. C'est dans ce sanctuaire qu'elle reçoit les rares personnes qui composent sa société : la jeune duchesse de Bourgogne, les princesses du sang, ses trois nièces , la jeune comtesse d'Ayen ^, tout à l'heure duchesse de Noailles, madame de Caylus, au charmant regard ^, la gracieuse madame de Yillette, qui deviendra lady Bolingbroke ; mesdames de Dangeau% de Pontchartrain et de Chamillart; puis trois femmes, ou plutôt trois furies, justement détestées et redoutées des courtisans : mesdames d'Heudicourt ^,
^ Mademoiselle d*Aubigné mariée au comte d'Ayen, dac de Noailles, CD 1708, à la mort de son père.
^ Marguerite de Villette, marquise de Caylus^ auteur des SauvetUrs, née en 1673, morte en i7i9. Tout le monde connaît ce vers de Lafare :
Je te prometa un regard de Caylna.
« Elle est aussi jolie que jamais > écrit d'elle madame de Maintenon à madame desUrsins, le 19 mai 1710. Correspondance de madame des Untns, t. U, p. 66. On sait que madame de Maintenon rappelait Belle- Petite.
' Madame de Dangeau « belle comme les anges > dit Tabbé de Choisy, « belle comme Vénus » dit encore un autre contemporain. V. Lettres de la Rivière.
^ « On ne pouYoit, dit Saint-Simon, être plus gratuitement, plus continoellement, plus désespéramment méchante, par conséquent plus dangereuse dans la privance la plus familière dans laquelle elle passoit sa vie avec madame de Maintenon. » V. t. Vil, p. 29-30.
d'Harcourl^ et de Houoy^ ; euBo, eette misérable vieille^ cette Naoon Balbien^ aûcienoe servante de Scarron, recueillie à Vorsailles par sa maîtresse, Mtée, cajoléq et redoutée par les priQcesseB» et qui, HOB contente de cet asile inespéré^ vendait à beaux deniers son créait. Parmi les hommes, eaux qui montraient la plus grande assiduité prés de la mar* quise^ étaient d'abord ses amis particuliers : le duc d'Aptin> âls de madame de Montespan, les deux Pontchartrain, le cbanoelier et le ministre de ia marine, le eontrôleup général Ohaqiillart, les maréchaux de Vilteroy» d'Harcourt eld'Huxelles, Tôvèque de Chartres^ Godi^t, son confesseur. A celte société, qui gopvarne la France^ se rattachent tous les courtisans avides d'honneurs et de richesses, qui s'efforcent d'imiter la souveraine pour lui plaire. Depuis plus de vingt anSy le roi leur (lannait reieraple. \\ assistait tous les jours à la messe ^; il blâmait publiquement les courtisans qui ne faisaient pas leurs pâques^;
1 « Pieqse harpie qui trichoit au jeu. » Lemonle;, Mémçires de pangeau, p. 266.
• Madame de Roucy, qui cominunloit tous les huit jours, éloil cependant très-rancuDière. V. Sam^-Simoii, |. IX, p. aS5.
« « Le pi n'a de sa vie i^a^iqu^ la ii^^sse qu'\ipp fois h T^rn^^ un joqr de grande marche, p| amcun jpiir i^iaigfp à moiqs dp y^aje et |rèsrâre ^pcommodité. Qupl(^i}ps jours avant le carême, il ^enojt ^n discours public à son lever, par lequel II témoignoit qu'il trouveroit fort mai\yvs qu'on (foqnât à mapger ^ras à personne, soqs (}uel(^v>e prélexte que ce fÛt^ et il cirdoQi)pit qu gfand prévôt d'y tenir la main ^t 4^ ^^S ^^ ^^^' dre compte. » Saint-Simon, t. XIII, p. 197. Le lieutenant çl^pfllicej Teillait de sp,n ç^^t^ ^ fa^fn ^yeç le plus graf^d spiq.
^ < l^ç roi ps|f la fort à spa l^yer s^iç )^s cQMrtis^ns qui ne (aispie^t pas IpursPâques.o. » AvrU 1684. EijtraUs de Bsiflsç^H dpnpés par Lewoutey, p. 1.
chaque année, & l'ouvertpre du carême, il défeDdait que Ton mangeât gras dans sa maison, sous quelque prétexte que ce fût ; il réprimandait ceux qui causaient à l'église et voulait savoir leurs noms. A l'exemple du mattre, les courtisans affectent un langage décent^ un costume sévàre S observent les abstîoenceset les jeAnes, et fréquentent avec ostentation les églises, en ayant soin surtout de s'y faire voir \ La dévotion était le marchepied de la fortune. C'était un moyen commode qui cachait tqus les viees et prétait toutes les vertus \
Apr^s le parti de madame de Maintenon venait celui (lu dauphin , fils de Louis XIV« père de Philippe V et di) duc de Bourgogne, et désigné à la oour sous le nom de Iji^onseigneur. Le dauphin était grand, fort, mais chargé d'embonpoint. 8a marche était lourde, son geste embarrassé, sa voix timide. Sa belle tôte rappelait quelques traits de Louis XIV, mais sans lanimation qui la distinguait, comme Vitellius PQUvait rappeler César. Le oaractèr'e des deux princes différait comme leurs visages. Louis KIV haïssait la domination et la subissait à son insu. Il aimait les femmes, les arts, le luxe et la renoipmée. Le dî(uphin aimait le jeu, la chasse et la table. Mesquin, même
^ M. le portrait d*Onupfaredans La Bruyère, publié ep 168S.
* SaiBt-SimoQ racoote à ce sujet que les dames et l^s courtisans étaient réunis un soir dans la cbapelle de Versailles attendant I^ rpf^ quand un malicieux capitaine des gardes annonça tout haut qu'il ne Tiendrait pas. L- église se Tida en un clin d*œi1, et quand le roi parpt il n'y atait personne. Saint-Simon, t. VI, p. 138.
> Dès 1665, Molière faisait dire à Don Juan dans le Feitln de Pierre : I Aujourd'hui la profession d'hypocrite a de merveilleux avantages. «
dans ses passions, il jouait pour gagner, et il le disait. Il craignait son père, haïssait la marquise, et vivait de préférence à Meudon, où il menait la vie d'un gentilhomme campagnard, plantant, bâtissant et chassant le loup. Il n'avait pas d'autre souci de la couronne qu'il devait porter. Sa seule lecture était l'article de la Gazette de France annonçant les ma-riages et les décès ^ 11 empruntait à son entourage ses amitiés et ses haines. Il n'avait qu'une affection qui lui fût propre, celle qu'il portait à son fils Philippe V *• Il voulait le soutenir à outrance contre l'Europe, et, pour lui conserver l'Espagne, il eût ruiné la France. Cette affection bien connue le plaçait à la tète du parti de la guerre. C'était, si l'on peut ainsi parler, un enfant en cheveux gris '.
Veuf comme son père *, le dauphin avait contracté comme lui une union secrète, ou, suivant l'expression de l'époque, un mariage de conscience. Louis XIV avait aimé les femmes les plus belles et les plus remarquables de son temps ; Monseigneur aima mademoiselle Ghoin^ ancienne fille d'honneur de la prin-
1 Saint-Simon, t. IX, p. 180.
< V. Saint-Simon, t. Yl, p. 350. « Son goût n*étoit pas pour lui (le duc de Bourgogne) ni pour ceux qui avoient eu le soin de son éducation. Une piété trop exacte le contraignoit et V importunait ; son cœur étoit pour le roi d*Espagne et ne s'en est jamais démenti depuis ; il aimoit aussi le duc de Berry, qui Tégayoit par son goût pour la liberté et les plaisirs.... > Et t. IX^ p. 195. La courdeMeudon contribuait à exciter cet éloignement entre Monseigneur et le duc de Bourgogne.
8 Né en novembre 1661, le dauphin avait alors quarante-sept ans.
* De Marie-Ânne-Ghrisline de Bavière, sœur de TElecteur, mariée en 1679, morte en 1690,
" Après divers attachements^ passagers il faut le dire ; Monseigneur
cesse de Conti, chassée pour une intrigue avec un oflBcier de gendarmerie , petite femme commune et niaise, vieillie avant le temps par un précoce embonpoint *. Le dauphin lui était attaché plus par habitude que par affection. Loin de le repousser, la vulgarité de cette maîtresse l'attirait. Mademoiselle Choin avait aux yeux du prince une rare vertu : elle se contentait d'une pension de seize cents louis, à laquelle il n'ajoutait jamais un cadeau ^.
Le plus profond mystère enveloppa d'abord cette liaison. Mademoiselle Choin arrivait a Meudon dans une voiture de louage , se glissait par les derrières dans la chambre du dauphin et disparaissait comme elle était venue. Peu à peu elle se montra dans les salons, y reçut ses amis, quelques courtisans, les princes et les princesses, puis le duc et la duchesse de Bourgogne eux-mêmes. Cette fortune l'enivra. L'ancienne fille d'honneur ne put voir sans vertige à
aima d^abord UDe madame d'Espagny, femme de chambre de la dauphîne; puis^ du vivant de sa femme, mademoiselle de Rambure, depuis marquise de Polignac (V. Lettres de Madame, t. I«^, p. 355 et t. Il, p. 274); puis la Raisin, célèbre et admirable actrice dont il eut plusieurs enfants. (Extraits de Dangeau donnés par Lemontey, p. 81. (Il aima ensuite la grande princesse de Gonti La Vatlière, tille de mademoiselle de La Vallière et de Louis XIV, veuve d'un prince de Conti mort en 1685, et sa sœur naturelle, qui le gouverna complètement durant plusieurs années. Ce fut chez elle qu'il connut mademoiselle Choin. Cet attachement était public : « S'il ne passoit quelques doux moments chez la princesse de Conti, douairière, son daupbiuat lui seroit insupportable. « Nouveaux Caractères, p. 7.
^ * LaCboin avoit l'air d'une servante », dit Saint-Simon, t. IX, p. 179. Voir le portrait peu flatté que Madame en a tracé dans sa correspondance, t. n, p. 98.
* Saint-Simon, t. IX, p. 179.