‹ Quinze ans du règne de Louis XIV 17001715Chapitre 2 sur 37 · LA HONGRIE. — I · texte numérisé non relu

LA HONGRIE. — I

Coup d'œil géographique sur la Hongrie. — Marais, steppes , vignes , montagnes. — Dernières invasions des barbares. — Arrivée des Magyares en Europe. — Leurs courses en Italie, en Allemagne. — Leur établissement en Hongrie.— Baptême de leur chef Geysa.— Fondation du royaume de Hongrie. — Etablissement du droit des armes. — Rois magyares. — Rois étrangers. — Avènement des princes de la maison d'Autriche au trône. — Les quatre peuples de la Hongrie. — Roumains. —Slaves. — Magyares. — Allemands. — Invasion et influence de la réforme en Hongrie. — Protestation des Magyares. — Guerre de deux siècles entre les Magyares et les Autrichiens. — Rois Magyares opposés aux empereurs. — Rois de la maison d'Autriche. Tékély. — Ses premières campagnes.— Son alliance avec les Turcs et sa participation au siège de Vienne. — Sa disgrâce à Constantinople et sa captivité. — Découragement et soumission des Magyares. — Cruautés du général autrichien Caraffa.— Sanglant tribunal d'Epéries.— Tortures, supplices, terreur. - Diète dePresbourg,qui supprime le droit des armes et déclare héréditaire le trône de Hongrie. — Manifeste de Tékély. — Il rentre en Hongrie avec les Turcs. — Leur défaite à Salankemen et a Zeula.— Paix de Carlowitz.— Exil, mort et testament de Tékély.

On a vu comment Villars, plein de confiance dans la puissante coopération des révoltés hongrois, proposait îi l'électeur de Bavière de marcher sur Vienne, et par cette résolution, aussi hardie qu'imprévue, de porter le dernier coup à la puissance de l'Autriche. Le moment est venu de raconter cette formidable

insurrection, qui prit bientôt, grâce aux subsides de Louis XIV , toutes les proportions d'une véritable guerre civile. Mais pour bien comprendre cette lutte lointaine et ignorée, il faut connaître le pays témoin de ces événements et les peuples qui furent appelés a y prendre part.

Si l'on embrasse la Hongrie d'un regard, elle semble un large amphithéâtre, baigné par le Danube et couronné par la cime des Carpathes. Au premier plan, sur la frontière turque, se trouve le Bannat 1 ou gouvernement de Témeswar, dont la fertilité rappelle les campagnes de la Lombardie. Après le Bannat s'étendent des terres plaies, couvertes d'étangs et de marais 2 , pleines de dangers pour qui s'y aventure sans les connaître, et que la Theiss inonde chaque année. Entre la Theiss et le Danube, la campagne change d'aspect, et Ton entre dans les steppes 8 , immenses plaines de sable couvertes de broussailles épaisses et qui, de Témeswar à Giula, de Pesth à Debreczin, occupent environ trois cents lieues; elles ont la tristesse, le silence et jusqu'au mirage du désert ; au milieu du jour les caravanes aperçoivent, sur le sable des lacs étincelants qui s'éloignent à leur approche \

1 Ban signifie gouverneur perpétuel.

* Les Hongrois ont un mot pour qualifier chacun de leurs marais : il y a le marais qui porte des îles, le marais qui porte des herbes, etc. V. Malle-Brun, t. VI, p. 606. Ces marais couvrent environ 600,000 hect.

* En magyare la Puzta; nous mettons à dessein ce mot , parce qu'on

l'emploie fréquemment dans les récils contemporains.

* C'est Dalilmba, disent les Magyares, la fée du Midi, qui se joue en riant des pauvres bergers*

De distance en distance, autour des puits, apparaissent des prairies, des champs cultivés, des moissons si élevées que le cheval y disparaît avec son cavalier; puis des villages, uniformément composés d'une seule et large rue où se pressent les charrues et les troupeaux et où se retrouvent toujours les tableaux du pâturage et du labour; Debreczin même, qui contient soixante mille habitants, n'est qu'un vaste village *.

Sur la rive droite du Danube s'étend la Hongrie transdanubienne. Au commencement du siècle dernier, cette contrée, habitée par des Slaves ou Allemands, était encore très-arriérée en agriculture et ne contenait aucune ville importante, à l'exception de Gran.

Sur la rive gauche, au contraire, s'élèvent les villes principales de la Hongrie : Pesth, la capitale magyare, la cité moderne, avec ses rues bruyantes et son fleuve chargé de bateaux ; Bude, l'ancienne capitale des Ottomans, avec ses mosquées changées en églises; plus loin, Comorn, Léopolstadt, Tirnau, que ses couvents et ses cloches ont fait nommer la petite Rome; Presbourg enfin, la ville officielle, la métropole des empereurs.

Sur la Theiss, entre Erlau, Yacs et Gyongos, commence la région des vignes dont les coteaux donnent

» V. Townton et de Gérando. Ces villages sont sans arbres; les Magyares, comme les Turcs et les Espagnols, qui tiennent ce préjugé des Maures, haïssent et redoutent les arbres.

les meilleurs vins. Au sortir de Tokay 1 , on entre dans les Carpathes, qui, fermant au nord le royaume de la Bohême à la Gallicie , semblent une barrière infranchissable. L'aspect du pays est triste, le climat froid, la terre avare ; le bruit et la fumée des forges indiquent seuls les villages enfouis au fond des vallées; Czerwenitza aux mines d'opale; Neusohl 2 aux mines de cuivre ; Schemnitz aux mines d'argent ; Kremnitz aux mines d'or; puis Kaschau, la capitale de la haute Hongrie, et Munkacz, forteresse féodale des Ragoczi, dont le nom doit se retrouver dans la lutte qui va s'ouvrir. Bientôt les cultures disparaissent pour faire place à la sombre verdure des forêts de sapins ; après Scholmnitz, les sapins meurent a leur to t ur et la neige remplace l'herbe ; on arrive au sommet des Carpathes; en bas, sont les montagnes amoncelées, les cimes aiguës des pics, les brouillards ou les orages 3 ; dans le ciel , passent les nuages blancs de la Pologne, apportés et chassés par les vents du nord.

Telle est la Hongrie; il nous reste à faire connaître ses habitants. Au temps qui nous occupe, il n'y a pas, a proprement parler, de nation hongroise ; pour en trouver la cause, il faut se reporter aux premiers

1 C'est sur le rayon de miel, près de Tokay, que se récolte le vin qui porte ce nom.

2 Un proverbe hongrois dit que Neusohl est ceint de murs de cuivre, Schemnitz de murs d'argent, Kremnitz de murs d'or ; ces mines donnent annuellement 8o,000 marcs d'argent et 3,000 marcs d'or. Les mines de Schemnitz uni mille pieds de profondeur et sont les plus riches de l'Europe.

:i II y a des orages terribles dans les hautes Carpathes. V. Totvnsou.

temps du moyen âge, et se rappeler que pendant un intervalle de huit siècles les migrations des barbares continuèrent sans interruption dans les diverses contrées de l'Europe : d'abord lesGotbs, puis les Francs, les Huns, les Slaves, les Magyares, les Mongols, les Turcs enfin, qui, par la prise de Constantinople, firent disparaître les derniers vestiges de la domination romaine en Orient.

Au x e siècle, les Magyares venant de l'Asie, suivant les uns, des bords du Volga, suivant les autres, avaient traversé la Russie, étaient descendus en Hongrie par les Carpathes et avaient inondé successivement l'Italie et l'Allemagne. Vaincus par Othon le Grand dans la sanglante journée d'Augsbourg, ils étaient revenus sur leurs pas, avaient asservi les Valaques et les Slaves, anciens habitants ou conquérants de la Hongrie, et s'étaient établis définitivement dans ce pays où Geysa, un de leurs principaux chefs, avait reçu le baptême sous le nom chrétien d'Etienne 1 er .

Pendant trois siècles 1 , les successeurs d'Etienne I fr , puissamment secondés par l'élan impétueux d'un peuple à demi barbare, avaient ajouté de nombreuses provinces à leur empire qui, vers Tan 1300, s'étendait du Dnieper à l'Adriatique et du Danube à la mer Noire.

Aussi impatients du joug de leurs rois qu'ardents à la conquête, les Magyares avaient obtenu de leurs

princes un statut redoutable qui, en cas d'atteinte au pacte national, consacrait formellement le droit d'insurrection 1 . Tous les rois de Hongrie, avant de recevoir la couronne, devaient jurer le maintien de cette constitution, qui servira d'étendard aux soldats de Ragoczi.

Après l'extinction de la dynastie magyare, la décadente avait commencé; la Hongrie, gouvernée par des rois étrangers, napolitains, valaques ou bohèmes, avait perdu successivement la Gallicie et la Dalmatie, et avait eu à soutenir des luttes incessan- , tes contre les Turcs ses ennemis les plus redoutables ; Louis II avait perdu la vie à la bataille de Mohacz en cherchant à les repousser ; il laissait un royaume dévasté, et pour le défendre une fille, Anne de Hongrie , qui , bientôt après , donnait sa main et sa couronne à l'archiduc Ferdinand d'Autriche (4526).

Avec Ferdinand I er commence pour la Hongrie une ère de malheurs peut-être sans précédents dans les annales humaines; aux guerres étrangères viennent se joindre les guerres intestines qui se prolongent jusqu'aux temps de cette histoire et qui toutes ont pour première cause la diversité des races qui vivent à côté les unes des autres sans se mêler, gar-

« 1 S'il arrive (disait le roi d'André II après rémunération des Libertés hongroises) que notre présente disposition soit violée par nous ou par quelques-uns de nos successeurs, les évéques et les magnats auront à jamais le droit de nous résister sans être entachés de trahison. Sine nota alicujus infidelitalis. » Art. 31 du décret d'André II (1222). Les Hongrois nommaient ce décret leur bulle d'or.

daot leurs mœurs, leurs religions et leurs langues respectives et que Ton verra prendre parti , suivant leur origine, pour ou contre les armées autrichiennes.

Quatre peuples en effet se partagent le pays : les Valaques, les Slaves, les Magyares et les Allemands.

Les Valaques, le plus ancien de ces peuples, revendiquent à juste titre une origine romaine 1 ; leur habit de toile est celui des légionnaires de la colonne Trajane ; leur langue , un mélange de slave où le latin domine; ils ont les vices et les vertus des méridionaux: la paresse et la sobriété, l'enthousiasme et l'apathie ; ils aiment avec passion la danse, la musique, la poésie, les pompes de l'Eglise grecque, et mêlent à son culte les terreurs superstitieuses des sortilèges et des fantômes; mais ils ne tremblent pas sur le champ de bataille, et Ton retrouve chez eux la bravoure et comme la solidité romaines. Malgré l'asservissement que leur a fait subir la race conquérante, on les verra dans la lutte s'enrôler et combattre sous les drapeaux des révoltés.

Les Slaves, maîtres de la Hongrie avant les Magyares , se subdivisent en Slovaques, Serbes et Croates ; tous suivent la religion grecque et parlent une langue commune. Mais leur caractère diffère essentiellement -.autant les premiers sont doux, timides et indolents, autant les Serbes et les Croates sont belliqueux et rebelles au joug des Magyares. Placés à la limite de l'Europe chrétienne, dans un pays sans cesse envahi par les Turcs, ils naissent au milieu des

bruits de la guerre, labourent le fusil sur l'épaule, rendent invasion pour invasion, feu pour feu, saug pour sang. Les fantassins croates éclairent l'armée 1 , harcèlent l'ennemi, pillent les convois, achèvent les blessés ; les cavaliers serbes , équipés comme les spahis du sultan, empalent et décapitent comme eux les captifs, et tous, Serbes et Croates, conservant contre les Magyares l'amer ressentiment de leur défaite, iront dès les premiers jours offrir leurs utiles services a l'empereur.

Les conquérants, les Magyares, formaient alors le tiers de la nation *; seuls propriétaires et seuls nobles, ils votaient l'impôt sans y participer et ne devaient au pays que leur sang ; portant les plus magnifiques costumes, resplendissants d'or et de pierreries, ces gentilshommes semblaient une race de rois. Comme les Polonais leurs voisins, ils aimaient le jeu et le faste, la licence des festins et les grandes chasses féodales; comme eux aussi les périls de la guerre et les orages de la liberté.

Ils nommaieut leurs rois par acclamation dans de grandes assemblées où ils réglaient les affaires publiques. Les diètes se tenaient à Rakos, non loin de Pesth, dans une immense plaine où jusqu'à deux cent mille homme se trouvèrent quelquefois réunis;

1 C'éUU, si l'on peut ainsi parler, des Cosaques à pied : les Pandours,

ces teri î I m;» r - "ouges de la guerre de sept ans, étaient Croates.

* Il y a a 1 ' "ongrie quatre millions de. Magyares, cinq

millions r* illions de Vainques et un million d'Allemande

les délibérations avaient lieu en plein air, et si le Janger pressait, si les Turcs passaient le Danube, il arrivait que l'assemblée votait et commençait la guerre le même jour. Parfois aussi, et surtout aux élections royales, ces fiers législateurs tiraient leurs épées et se chargeaient avec furie; le forum se changeait alors en champ de bataille et cette triste journée avait la guerre civile pour lendemain. Quant aux paysans magyares, parlant la même langue, ayant les mêmes passions que les gentilshommes, ils prétendaient à la même noblesse, méprisaient le commerce et les métiers, et se contentaient de garder les troupeaux, dans les steppes, où ils restaient dix mois de l'année enveloppés dans leurs manteaux blancs et les yeux fixés sur le désert.

Les derniers venus enfin de ces quatre peuples, les Mlemands, descendaient des colonies saxonnes établies dans le royaume au moyen âge. Si les Magyares préféraient la vie rude et libre des champs et des forêts, s'ils habitaient des manoirs rustiques ou des huttes délabrées, les Saxons au contraire recherchaient le séjour et les travaux des villes, le commerce et l'industrie, et leurs maisons plus vastes, mieux aérées, entourées d'arbres et de jardins, avaient cet air d'aisance et cette propreté qui caractérisent les demeures hollandaises. Mais à l'époque où nous écrivons, en dépit de ces différences de mœurs et d'origines, le plus puissant de tous les liens, la foi religieuse, rattachait les Allemands aux Magyares; dés les premiers temps de la réforme, les

Saxons avaient embrassé les doctrines de Luther 1 , comme les Magyares celle de Calvin , et, menacés dans leurs croyances communes par l'Autriche, ces deux peuples se donnèrent la main. Et maintenant, on peut ranger d'avance les combattants: d'un côté, l'Autriche, les catholiques grecs , les catholiques latins, les Croates et les Serbes; de l'autre , les réformés allemands et magyares, combattant les uns pour leur liberté religieuse, et les autres pour leur indépendance religieuse, nationale et politique et la constitution de leur pays.

La guerre, qui sera désormais si inquiétante pour la maison d'Autriche, existait depuis l'avènement de Ferdinand I er . Dèscette époque, les Magyares avaient protesté contre l'élection d'un prince autrichien ; opposant diète à diète, souverain à souverain, à Ferdinand 1 er Jean Zapoly , à Rodolphe II Etienne Boskay, à Ferdinand II Gabriel Betlem, à Ferdinand III Betlem Gabor, à Léopold I er Tékély, ils ont eu pendant deux siècles*, concurremment avec les empereurs-rois de la maison d'Autriche , une série de chefs magyares, rois de Hongrie, princes de Transylvanie , calvinistes la plupart, alliés de la France ou de la Suède, appelant tour k tour les Turcs contre les Autrichiens ou les Autrichiens conlre les Turcs, suivant l'intérêt du moment, mourant tous de mort violente, mais tous illustres par leur caractère

1 II y a aujourd'hui en Hongrie cinq millions de catholiques, quatre millions de grecs et trois millions et demi de protestants. 1 De 1526 à 1699.

ou leurs talents, et immortalisés dans les chants nationaux des Hongrois.

Tékély 1 , le dernier de ces chefs, les avait tous surpassés. Général à dix-neuf ans, il avait lutté pendant six années 2 contre l'empereur, qu'il avait vaincu dans huit batailles, et était arrivé avec vingt mille Magyares et l'armée ottomane jusque sous les murs de Vienne, qui ne dut son salut qu'à l'éclatante victoire de Sobieski. A partir de ce moment, la fortune qui n'avait pas cessé de lui être favorable, le soumit à de cruelles vicissitudes ; accusé auprès du sultan 3 d'avoir écouté les propositions de la cour de Vienne, il eut à subir une longue captivité qui découragea les Magyares et les décida à mettre bas les armes.

Cependant sa femme, Hélène Zriny, s'était retirée dans la forteresse de Munkacz*; elle était veuve en premières noces de François Ragoczi, dont elle avait eu deux enfants: François-LéopoldRagoczi, que nous verrons bientôt figurer à la tète des mécontents et Julienne Ragoczi, sa sœur. Douée d'une énergie peu commune, la princesse refusa de se rendre, et dignement secondée par lesofficiersde son mari, elle parvint

i Né en 1658, il était petit-fils par sa mère du célèbre comte Na il asti, décapité en 1671 avec les comtes Frangipani el Zriny, sous prétexte d'une conspiration contre l'empereur.

«De 1677 à 1683.

5 Révolutions de Hongrie, 1. 1", p. 299- 302.

* La citadelle de Munkacz, bâtie sur un rocher à peine recouvert d'une légère couche de terre, est une des plus fortes citadelles de la haute Hongrie. Elle remonte au xvi e siècle, et sert aujourd'hui de prison d'Etat.

à tenir on échec pendant dix-huit moi» 1 le* fonsus autrichienne* commandées par Carafla, qui ne pénétra dans la place que par la trahison du gouverneur. Cette femme héroïque fut emmenée prisonnière à Vienne avec ne» enfants*.

D'épouvantables représailles suivirent la victoire de» Autrichiens: prenant pour prétexte une conjuration qui ne fut jamais prouvée, Carafla, soldat médiocre et courtisan décrié, établit il Kpérios un tribunal composé d'officiers vendus et do renégat* protestant* ; il envoya h la mort les plu» illustres seigneurs de la Hongrie et soumit aux plu» cruelles tortures" un nombre considérable de gentilshommes, de bourgeois et de paysans dont le plus grand crime était d'être riches ou d'appartenir h la religion protestante. Cent ans après, suivant le témoignage de l'historien Pray, le souvenir de ces sanglantes assises 4 et le nom de Carafla faisaient encore trembler les enfants.

Sous l'empire do la terreur inspirée par ces supplices ou gagnés par les flatteries de l'empereur, les députés réunis li Presbourgdans une diète" solennelle avaient déclaré le troue héréditaire et couronné le llls

« 1<WÎMflH7. dévolution* â* ttonorlê, t. I", p, 31H, 3,14 «l 3H3.

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de Léopokl comme roi de Hongrie , sacrifiant sans résistance la constitution de leur pays et avec elle le fameux article 31 du décret d'André IL Seul aussi, Tékély résistait. Il publia dès lors un manifeste dans lequel il protesta contre les atteintes faites par la diète de Presbourg aux lois fondamentales du royaume K Depuis longtemps justifié près du Grand Seigneur 2 , il reparut sur le Danube avec cent mille Turcs, reprit Semembria, Widdin et Belgrade, et, poursuivant le cours de ses avantages, força les Impériaux à le reconnaître prince de Transylvanie. Le feld-maréchal Heister venait de tomber entre ses mains ; l'empereur ne pouvait désormais triompher d'un pareil adversaire qu'en lui opposant ses meilleurs généraux, Louis de Bade et le prince Eugène. A partir de ce moment, ce ne fut pour les soldats et les alliés de Tékély qu'une suite de désastres. Vaincu d'abord à Salankemen 8 , où les Turcs laissent vingt miile morts sur le champ de bataille, et six ans après par le prince Eugène il Zenta,* il ne put empêcher le sultan de signer la paix de Carlowilz 5 , qui lui fer-

1 Ce manifeste est dans les Révolutions de Hongrie, t. l«r, p. 384. « Ne vous souvient-il plus, peuple hongrois, disait Tékély, du sang que les Autrichiens ont versé et comment ils ont armé la main du bourreau quand la leur a été lassée? Y a-t-il quelqu'un de vous qui puisse se vanter de n'avoir pas perdu un frère, un parent, un ami, dans celte grande eflusion de sang que vient d'ordonner Carafla ! »

* 1685. V. les Mémoires de Betlem Niklos (par l'abbé Révèrent agent français en Transylvanie). Révolutions de Hongrie, t. VI, p. 312

» En 1601.

4 Septembre 1697. Le grand vizir et dix-«ept pachas y perdirent la vie.

* Premiers jours de 1699. CeitP paix rendit à l'Aulriche les conquête*

niait tout espoir de rétablir sa fortune. Il se vil contraint de reprendre le chemin de l'exil, après avoir perdu sa femme, qui succomba au chagrin et à la misère 1 . Il mourut lui-même oublié dans un faubourg de Constantinople 2 , instituant pour sou héritier sou beau-fils, François-Léopold Ragoczi , auquel il léguait sa vengeance 3 .

de Soliman, la Transylvanie el la Hongrie au delà du Danube, à l'exception d'une faible partie du Hannat , mais le sultan refusa de livrer Tékély.

1 En 1703.

1 William Coxe » i. IV, pige 3t.

3 Kn 170:i.

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