XII INTRODUCTION
tenter de suivrela voie qu'il s’est tracée lui-même, ou de subir le sort que d’autres lui ont imposé.
Mes œuvres attestaient cependant que je n'avais point mené, même au fond du désert, une vie oiseuse et inutile. Combien y en a-t-il qui en aient fait autant ?
Repassé en France pour la seconde fois, j'ai
promené pendant près de quatre ans mes pas incertains à Marseille et à Paris, demandant au
crayon, au compas et à la plume un pain que :
l'injustice m'avait refusé et que j'ai dû gagner par un travail mercenaire.
Et maintenant que, depuis deux ans, grâce à l'humanité d’un charitable et saint prélat, un pauvre petit village, véritable ruine, a reçu et abrite mon épave si longtemps ballottée dans les deux hémisphères, il ne me reste plus, dans toute la force et l'énergie de l’âge mûr, que la seule consolation des vieillards : celle des souvenirs qui font rêver ou qui mouillent la paupière, mais sans remords.
Oui, c’est pour moi une source de douce joie que de ramentevoir lesgentesfigures d’un peuple aimable et bon qui m’accueillit à bras ouverts, dans la chaleur de ses naïfs sentiments et d’une admiration qui ne connut point l'envie.
Ce souvenir, qu’entretient mon chagrin de l'avoir perdu, embaume encore ma solitaire ex1stence, de même que ses vertus firent autre‘ois la consolation de mon rude ministère.
Fasse le ciel que cette consolation bien légitime ne me soit pas de nouveau disputée par un de
term
INTRODUCTION xHI ces cœurs étroits et haineux qui s’attaquent en ennemis à tout ce à quoi ils ne peuvent pas prétendre ! |
J’ai départi volontiers, et pour cause, à la petite famille peau-rouge dont je parle, le nom un peu archaïque de Danites arctiques, comme d'autres
voyageurs du siècle dernier, — des Anglais, —
l'avaient désignée sous celui de Danois.
Ce sont les quinze années que j'ai passées auprès ou au milieu de ce petit troupeau, sous le cercle Arctique, que j'ai l'honneur de raconter aujourd’hui.
Si mon existence avait été sédentaire, le récit de ces années remplirait à peine un humble volume. Ayant vécu les raquettes aux pieds ou l’'aviron à la main, mon travail ne saurait se contenter de ces modestes proportions sans rester incomplet, incolore et sans vie. S'il pèche par la synthèse, il y gagne en vérité et en couleur locale. Pour être vrai, il faut avoir vu. Pour bien dépeindre, il faut avoir senti : deux choses que ne fera jamais l'écrivain qui voyage sans sortir de son cabinet.
Mon itinéraire de Marseille aux rives glacées du Grand Lac des Esclaves est déjà connu de mes aimables lectrices. Je l'ai décrit dans mon ouvrage intitulé : En route pour la mer Glaciale (1).
Une lacune de deux années, qui s’étend entre mon arrivée dans les Territoires du Nord-Ouest et mon départ pour le fort Bonne-Espérance,
(1) Paris, 1888. Lerouzey et ANÉ, éditeurs, 17, rue du Vieux- Colombier ; in-18, avec gravures d'après les dessins de l’auteur.
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