XIV INTRODUCTION
sera comblée par un second volume déjà préparéet qui n’rttend plus que les honneurs de la publi cation : Autour du Grand Lac des Esclaves.
Le présent volume, — le troisième de ma collection, — comprend mes explorations apostoliques des fleuves Mackenzie et Anderson, et de la branche orientale du Youkon.
Un quatrième volume, qui raconte mes excursions d'hiver et d'été chez les Grands Esquimaux, a déjà paru sous ce titre, il y a deux ans (1).
Un cinquième volume sera consacré à mes longues et pédestres pérégrinations au Grand Lac des Ours, ainsi au£ dans la région lecustre qui s'étend entre cette petite Caspienne, le Mackenzie et la mer Glaciale; pays que j'ai acquis moi-même à la géographie. Cet ouvrage est également prêt à être publié de suite.
Enfin l'avenir, — qui appartient à Dieu, — dira si je puis me promettre le récit de mes voyages et aventures sous des cieux plus fortunés que le ciel arctique, et dans une contrée plus plantureuse que celle qu’arrose le vaste Nakotsia.
Cet ordre chronologique est le seul plan que je me sois tracé. La véracité la plus stricte, — sauf erreur ou omission, — mon seul dessein préconcu. Le désir d’intéresser mes lecteurs, en faisant connaître et apprécier d’autres hommes, l'unique but que ma plume se propose.
On ne saurait demander davantage à un
(1) Paris, 1887. E. PLON, Nourrir ET Ci, éditeurs, 10, rue Garancière ; in-18, avec gravures et carté d’après le même.
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INTROL'JCTION XV
voyageur qui ne se pique d’être ni moraliste, ni poète, ni artiste, ni, encore moins, romancier. Les récits de voyage doivent tout leur charme à l’imprévu de situations qui n’ont point été recherchées ; à l’imbroglio d'une aventure où la malchance de la destinée et l’impétuosité de la Jeunesse vous auront placé; au saugrenu d’un tête-à-tête avec des cervaux rustiques d’Indiens aux idées originales quelquefois, et naïves toujours ; enfin à l’impromptu de rencontres plus ou moins plaisantes, qui n’entraient point dans le programme du voyage, à son dévut.
On m'a reproché, ces dernières années, d’avoir exalté les qualités des hommes de la nature au détriment de celles des anciens peuples chrétiens ; de préférer les infidèles aux crovants ; de faire plus d'estime des premiers que des seconds,
‘à la manière de certains philanthropes du siècle
dernier.
Une telle pensée n’est jamais entrée dans mon esprit ; elle est trop fausse.
A la vérité, la caducité, qui confine à l'enfance, lui est souvent inférieure; la vieillesse, qui possède sagesse, expérience et prudence, manaue ordinairement d’'innocence, de droiture et de candeur ; si quelquefois elle a acquis la perfection des vertus humaines, beaucoup plus souvent elle n’a plus en partage que l'hébétude et les radotements des gâteux.
C'est la triste loi de la pauvre humanit4. Les nations y sont soumises comme les individus.
Elles connaissent la décadence, comme ceux-ci
XvI INTRODUCTION
la caducité. Mais cette loi ne saurait s'appliquer aux institutions et surtout à la religion mosaïcochrétienne, qui est divine dans son auteur et dans son objet,
Il faut donc savoir distinguer les hommes d’avec les institutions, et je ne trouve rien de plus absurde que de condamner celles-ci, parce que leurs adeptes d'autrefois les.ont abandonnées. S’il y a de mauvais chrétiens, c’est malgré Moïse et Jésus-Christ ; et s’il existe, grâce à Dieu, de bons infidèles, c’est en dépit de leur anarchie et de leur communisme, de leur ignorance et de l’abjection de leur vie; c’est grâce aux dons qu’ils reçurent duciel et à leur fidélité à d’antiques coutumes, qui ont sauvé du naufrage leur sens moral.
Si donc la vie et la conduite de mes Danites sauvages tont rougir certains chrétiens qui comptent plusieurs siècles d’aïeux civilisés, qu'ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes, et qu’ils n’accusent point une religion qu'ils ne pratiquent plus. Puisse l'exemple de ces sylvicoles, désabuser ceux qui s’enfoncent dans des voies advuises, où la lumière fulgurante du Sinaï et les rayonne-
ments divins du Thabor ne les éclaireront nine
les consoleront plus ; mais où ils ne sauraient les atteindre que pour les foudroyer ou les aveugler à jamais.
Du presbytère de Mareuil-lès- Meaux (S.-et-M.). Le 8 février 1889,
Émiux PETITOT, curé, Ancien missionnaire.
TABLE DES CHAPITRES