LE RÉVEIL DE MARY >VOOD
Mary Wood avait choisi la plus belle chan^bre du château de Montrath. Elle n'était pas là aussi bien logée que dans son splendide appartement de Portland-Place, mais rien ne lui manquait en définitive, et une reine en voyage se fût contentée à la rigueur de sa retraite,
Mary Wood ne se plaignait pas trop. — A la guerre comme à la guerre !
Elle s'éveilla dès le matin, et sonna un valet, qui entra aussitôt avec du rhum. — La sonnette de Mary Wood voulait dire du rhum.
L'ancienne servante était couchée, roide et immobile, sur son lit. Sa toilette de nuit, follement éclatante, faisait ressortir la pâleur terreuse de son visage; ses gros yeux inornes se
lixaioiu dans lo vide; sa respiration sifflait, oppressée.
A l'approche du valet, elle se souleva péniblement sur son séant. — Le valet lui fit un dossier de son bras arrondi.
Elle saisit le flacon sur le plateau et versa un grand verre. Sa main tremblait jusqu'à ne pouvoir diriger la liqueur qui se répandait sur le plateau et sur les draps du lit, emplissant la chambre entière de ses violents parfums.
' Les narines de mistress Wood se dilataient à flairer cet arôme chéri.
Malgré le tremblement de sa main, elle réussit à mettre sa lèvre blême sur le bord du verre , et en avala le contenu d'un trait.
Ce fut une transformation soudaine. Le sang colora sa joue hâve; ses yeux s'animèrent; une expression de bien-être se répandit sur ses traits, et ce fut d'une main ferme qu'elle replaça le verre sur le plateau.
— Envoyez-moi la camériste de milady, ditelle. — Je veux m'habiller et voir si Montralh est toujours aussi heureux que jadis dans le choix de ses servantes.
Elle était de charmante humeur. Ce fut en chantant d'une voix rauque et faussée qu'elle se livra aux soins de la femme de chambre. — Celleci arrangea de son mieux les magnificences disparates qui composaient la toilette de mistress Wood; elle mêla l'or, le velours, la soie, les perles, les dentelles et les panaches. — L'ancienne servante avait de tout cela.
Celte laborieuse toilette achevée , mistress
Wood se rendit au salon. Elle y arriva la première.
— Eh bien ! eh bien! dit-elle, — on me traite ici un peu sans façon, ce me semble!... Faites prévenir milord... faites prévenir Pady Moniralh, et aussi la jolie miss dont j'ai onblié le nom... Si maître Crackenwell est an chiVteau, je désire Fe Voir... Diles-leur à tous de se presser : j'altendst
Mary Wood s'installa dans sa causeuse de h veille et tâcha de feirrlleter un album pour tuer h temps. Mais les croquis, a-ehetés à prix âfor et signés des noms les plus illustres de l'Europe, n'eurent point le don de lui plaire. En fait de dessins, misiress Wood n'aimait que les i^ravures enluminées représentant des amours de horseguards ou bien encore des scènes de boxe avec de gros bras musculeux et des poitrines velues.
Elle jeta l'album et conîînua sa chansorr.
Chacun dans le château reconnaissait plus ou moins le pouvoir de cette femme, car tous cewx qu'elle avait appelés vinrent en même temps : Montrath, sa femme, Francès et Crackenwell.
— Bonjour, milady ! s'écrra l'ancienne servante, — j'ai rêvé de vous cette nuit, ainsi que de lord George, et encore d'une autre femme dont vous pourrez bien faire fa connaissance quelque jour... Bonjour, ma jolie missî... Une poiguée de main, Cracke^^velI, mon garçon!... Milord, je présente mon humble respect à Votre Seigneurie.
Chacun la salua, et Crackenwell s'assit auprès d'elle sur la causeuse.
Lord George resta debout comme la \ei\\e. Francès et Georgina se placèrent un peu à Téeart.
Lâ^y Georgina élail lrès-pà!e. Son visage défait disait les insomnies de sa nuil imjnièle. Depuis la reiHe, ses terreurs joiiiar.esqiies et Ibivientées en quelque sorte à dessein aux heures oisives de sa vie tashionalde , avaient pris un caractère trop réel.
Il y avait un crime sur la conscience de lord George. Ce crime, Mary Wood en avait été !e témoin ou la complice, car elle le tenait suspendu comme une menace mortelle au-dessus de la têle rte Montratb.
Francès, malgré sa bonne volonté, n'avait pu eombaltre les craintes réveillées de son jiniie. Elle était persuadée elfe-îiiènie désormiiis, et ce qu'elle avait entendu la veille ne lui laissait plus de tloule.
Elle avait dit à Georgina :
— En cas de malheur, ma présence ici ne vous serait que d'un faible secours, et une promesse sacrée me rappelle à Galway aujourd'hui même... Venez avec moi, Georgy, ce sera une simple visite rendue, et votre absence ne pourra faire ombrage à lord George, car, s'il le faut, nous leviendrons ensenïble.
La pauvre jeune femme ne demandait qu'à fuir ce château qui lui faisait peur, et le voisinage de ces terribles ruines qui étaient pour elle une mystérieuse menace.
Car elle avait beau avoir sujet de craindre, le romanesque se mêlait toujours pour un peu à ses légitimes frayeurs. Elle allait à côté du vraisemblable, sinon au delà, et son esprit habile enve-
loppail son malheur vrai dans le réseau do fantastiques hypothèses.
— Merci, ma bonne Fanny, oh! merci, répondit-elle. — Votre amitié me sauvera peul-élre... et c'est pour moi une consolation bien douce de savoir que, si miloixl me rappelle, vous ne m'abandonnerez pas.
Il avait été convenu de la sorte que Georgina irait demander l'hospitalité à Fenella Daws ce jour-là même.
On était assuré d'avance de l'accueil de niistress Daws. dette aimable femme avait des instincts trop élevés pour ne pas payer par tous les genres de politesse l'honneur d'inscrire sur son album la visite d'une noble lady.
Quant à Francès, le devoir qu'elle avait à remplir concernait la promesse faite à Morris Mac- Diarmid. Elle avait jugé lord Geori»e dans la journée de la veille et ne comptait plus sur son secours. — Elle voulait agir par elle-même.
— Eh bien! Montralh, dit Mary, — j'espère que je me suis montrée patiente...
— Au nom de Dieu, madame, interrompit lord George, — avant d'en venir à des récriminalions inutiles, interrogez mon agent Crackenwell.
— Comment, mon pauvre Robin, s'écria en riant l'ancienne camériste, — vous êtes, encore l'agent de Sa Seigneurie?... c'est le monde renversé, sur ma parole!... C'est comme si j'étais, moi , la femme de charge de milord !
— Il faut de la patience, Mary, dit Crackenwel!
à voix basse; — à quoi peut vous servir tout le bruit que vous faites?
— A faire du bruit, Robin, répliqua mistress Wood.
Crackenwell haussa les épaules.
— Vous auriez pu être millionnaire, ma fille, murmura-t-il en lui prenant la main, — et vous mourrez sur la paille!
L'ancienne camériste eut un éclat de rire franc et retentissant.
— Ah! le bon plaisant que vous faites, Robin! s'écria-t-elle; — mais vous parlez trop bas... ces chères enfants s'ennuient à ne pouvoir vous entendre... N'est-ce pas, milord?
Monlrath reprenait son supplice de la veille.
Georgina et Francès tendaient en effet l'oreille et tâchaient de saisir quelques mots au passage.
Mary Wood fixait sur elles son regard hardi et moqueur. — Elles tournèrent les yeux, offensées et n'osant point répondre à celte femme, qui leur inspirait à chaque instant plus d'effroi.
Mislress Wood se renversa sur les «oussins de la causeuse et mit une sorte d'indécence fanfaronne à souiller du pied le riche velours du meuble.
— Eh bien, Montrath! reprit-elle; — vous faites là une triste figure, mon cher lord!... Voyons! il faut melire fin à cette situation qui vous embarrasse!... je souffre à vous voir cet air de pauvre diable traqué par ses créanciers... Brisons là et ne parlons plus du retard dont je vous tiens quitte .. Donnez-moi mes deux mille livres.
— Mais je ne les ai pas , dit Monlrath avec détresse.
Les sourcils de Mary Wood se froncèrent, et son œil eut nn éclair de courroux.
— Vous ne les avez pas! )*é|=>éla-l-e]le, — et vous avez pris vingt heures aH lieu de quatre !... Préteodriez-vôus donc me résister si'rieusement?
— Je ne prétends rien, Mary, balbutia Monlrath en baissant les yoiix; — je veux tout ee que vous voulez... Mais l'impossible !...
— El les diamants de uailady?... interrompit Tancienne servante.
— Ils sont à Londres- Mary laissa échapper un juron tout viril.
— Je ne vous crois pas, dit-elle ; — vous voulez me tromper, mais de par le diable ! vous jouez gros jeu, milord ! et le plus pauvre de vos tenanciers ne voudrait pas changer de place avec vous à la fin de celte partie.
— Je vous jure... commença Monlrath.
Mary se souleva sur le coude cl lui imposa silence d'un geste péremptoire. — Kn même temps elle repoussa rudement Crackenwell qui essayait de la calmer.
— Vous êtes un oison , Robin , lui dit-elle. — Si vous aviez fait comme moi , vous qui êtes économe, Dieu sait combien vous auriez de rentes!
Elle fixa son regr^rd effronté sur lady Monlrath.
— Georgy, reprit-elle en employant à dessein cette abréviation familière qui prenait dans sa bouche une expression d'insulte poignante, — ^ votre mari a-t-il dit vrai?
Georgina ne répondit point.
— C'est à toi que je m'adresse, petite ladyî s'écria mislress Wood, tioiit le Iront se rougit tout à coup au feu de sa colère croissante; — tu ne daignes pas me répondre, parce que je suis une aîveienne servanle, n'esl-ce pas?... on l'a raconté cela!... mais du diable si lu vaux mieux que moi, ma fille!
— >fary! Mary!... murmurait Cracken^ell inquiet, — vous prenez le chemin de lout perdre!...
Li>rd George n'osait même pas en dire autant; il devinait ce qui allait se passer, et attendait, engourdi par l'angoisse, l'issue de cette scène qui avait pour lui de si terribles menaces.
Lady Montralh s'était redressée devant la grossière apostrophe de Mary Wood. Durant un instant l'indignation fut chez elle plus forte que la frayeur, et tout le mépris qu'elle ressentait pour cette femme passa dans son regard.
Mary tressnrllit à ce coup d'œil, et bondit sur ses pieds eoinme une furre; elie s'élança vers Georgina , les poings fermés et l'écume à la bouehe.
Francès, par un mouvement instinctif, se mil au-devant de son amie; il y avait sous sa douce beauté le cournge d'un nomme. — Mais Mary Vv'ood avait l'irrésistible vigueur de la folie. Elle écarta Francès sans effort, et se trouva en face de la pauvre Georgina, qui était pâle et qui tremblait de tous ses membres.
— Oui, sur mon honneur! niissGeorgy, repritelle en appuyant sur des deux derniers mots, — je vaux autant que vous, ma belle!... et il n'y a point de si pauvre mendiante, cherchant son pain
de porte en porte, qui ne puisse dire comme moi!...
Francès s'était avancée jusqu'auprès de Montralh.
— Milord! dit-elle, — entendez- vous cela?/.. Montralh détourna la tête.
Crackenwell était assis sur la causeuse, et tâchait de se donner un air d'indifférence, mais en réalité il avait Tœil cl l'oreille au guet. Cette affaire le regardait autant que personne, puisque le secret de lord George faisait sa seule fortune.
LadyMoiilrath quitta son siège et voulut se retirer, mais Mislress Wood se mit entre elle et la porte. Sa voix, abandonnant tout à coup le ton de la colère, prit un accent d'amer sarcasme.
— Restez, milady, restez! poursuivit-elle. — Pardon très-humblement si j'ai manqué au respect que je dois à Votre Seigneurie... mais c'est que je suis, moi aussi, une personne d'importance, voyezvous!... demandez à milord ! Il n'a tenu qu'à moi, en définitive, de m'appeler lady Montrai!) , et si j'avais eu cette fantaisie, je serais aujourd'hui à votre place...
Elle fit un salut ironique et voulut prendre la main de Georgina pour la reconduire à son siège.
La jeune femme ne sut point dissimuler son dégoût; elle se recula avec horreur.
Une seconde fois le visage de Mary devint pourpre.
— Encore du mépris! s'écria-t-elle avec un blasphème; — depuis quand les filles perdues en sont-elles à dédaigner la main d'une honnête femme !
— liO —
Crackeinvcll s'agila sur son siéj^e. Francès prit le bras de lord George et le serra convulsivement.
— iMilord! milordî dit-elle, — fussiez-vous l'esclave de cette créature, défendez Georgina, qui porte votre nom !
Montralh ne bougea pas.
— Allez chercher vos diamants, fillette, reprit Mary Wood, — et metlez-voiis à genoux pour me les présenter, ou je vous dirai que vous n'êtes pas la femme de cet homme, et que vous n'avez ici d'autre droit que ceux d'une concubine adultère!...
Georgina s'attendait à une autre révélation, plus terrible peut-être. Ce coup la prit à Timprovisie; elle demeura un instant incrédule, et son regard interrogea Montralh. — Celui-ci cachait sa figure derrière ses mains.
Crackenwell s'approcha de lui et murmura quelques paroles à son oreille. — Montrath, accablé sous le poids de sa propre lâcheté, n'eut pas la force de répoudre.
Mary Wood sentait vaguement, à travers les ténèbres de sa cervelle, qu'elle avait franchi le dernier pas. Cette pensée exaltait sa démence jusqu'à la fureur.
Elle ne se contenait plus; ses gestes désordonnés ne gardaient aucun accord avec ses paroles; sa voix s'enrouait; les mots se précipitaient, confus, entre ses lèvres blanches d'écume.
— Tu as grande envie de ne pas me croire, milady! reprit-elle; — mais tu me croiras, il le faudra bien!... il le faudra bien, le jour où ton lord s'assiéra sur le banc des accusés pour avoir
enfermé une pauvre femme dans an lombeau ! — Ah! ah! Georgy, ma fille, qui saU si vous u'auriez |>as élc enlerrce loule viv-« au&si quelque jour!...
La jeune femme chancela sur ses jambes amollies.
Mistress Wood la saisit rudemeul par la main.
— Tes diamanis! tes diamants! s'écria-^t-elle en un subit accès de rage.
El, tout en parlant, elle secouait la pauvre lady, qui perdait le souille et se mourait d'épouvante.
Francès s'élança encore une fois au secours de son ^mie.
Elle eut un aide qu'elle n'espérait point : -^ Grackenwell, qui s'élait glissé tout duuceiiienl le long de la muraille, arriva en même temps qu'elle auprès de mistress Wood, et la sai^l à bras-lecorps par derrière.
L'ancienne servante poussa un rugissement de bête fauve et se débattit avec rage.
Elle lâcha les bras de lady Georgina, qui tomba sur un siège , évanouie.
Francès la soutint entre ses bras et lui fit respirer des sels.
Monlralh regardait tout cela d'un œil hébété...
— Lâche-moi, Crackenwell! criait Mary Wood qui s'épuisiiit en vains efforts pour se dégager; — lâche-moi! misérable traître!... tu seras pendu, toi aussi!... nous serons pendus tous les trois!... Ah ! ah ! vous verrez, vous verrez ce qu'il en coûte pour résister à Mary Wood!...
Crackenv. ell avait hésité longtemps ; mais à
j>néseut sâ^ résolu tioe était prise; il serrait Mary à l'étouffer, et, malgré sa vigueur, TancienDe servante C04ume«ç^t à faiblir.
Si loril George eût prêté secours en <ïe niomcnl à Robert CracKenwcîl, Mary n'aurai-t pas pu prononcenine parole de plus; mais lord George semblait rédnit à Tétat de statue. 11 regardait faire -eft ne bongeait pas.
Mary criait d'une voix qui s'enrouait de plus en pilus :
-^ J'ai des laquais à Montra ih el des laquais à Galway!... Ce n'est pas une femme comme moi ^'-on peut murer dans un tombeau !... Dis à Uobin de me lâcher, Monlralhî ou, par le nom du ^iâblei tes pairs te condamneront à mourir!. ..je dirai où est la pauvre Jessy!... je chercherai sew fiancé Morris Mac-Diarmid... Ah! ah! je sais toute l'histoire, moi! et les Molly-Maguires le brûleront, George Montrath, comme un damné que tu es!
Georgina reprenait ses sens. — Au nom de Morris Mac-Diarmid, Francès laissa échapper le flacon de sels et devint tout oreilles.
Crackenwell essaya de mettre sa main sur la bouche de Mary, mais ce mouvement rendit quelque liberté à l'aucienne servante, qui réussit à se retourner à demi et put engager une lutte corps à corps.
— Je suis plus forte que toi ! disait-elle. — Ah! Robin, misérable! tu seras j>eudu, lu seras pendu!... Si tu savais comme ce Morris Mac- Diarmid aimait la pauvre Jossyl... ic n'aurai
qu'un mot à dire, et il se vengera comme un Irlandais!
Ces paroles mettaient du froid au cœur de la pauvre Francès, mais elle écoutait de toute sa force; elle voulait savoir encore...
— Je le trouverai bien, ce Morris! continuait mistress Wood. — N'ai-je pas des laquais pour le chercher?... Je lui dirai que c'est loi, Robert Crackenwell, qui as fait élever le mur pour boucher la tombe... Je le mènerai à la vieille tour de Diarmid , et il nous tuera tous les trois pour venger sa fiancée...
Montraih tressaillit comme s'il se fû^ çveillé d'un lourd sommeil.
— La tour de Diarmid ! répéta-t-il , — c'est là qu'elle est!...
— Sans doute il l'aime encore... pensait Francès, dont le beau regard rêvait tristement.
Tout en soutenant Georgina, qui revenait à la vie, elle gravait dans sa mémoire chacune des paroles de 5lary Wood.
Celle-ci était arrivée au dernier degré de l'exaspération ; elle parlait encore , mais sa gorge oppressée ne rendait plus que des sons confus et sourds; on n'entendait plus ce qu'elle disait. — Ses etforis se ralentissaient sensiblement. Crackenwell, toujours froid et maître de lui-même, n'avait plus à contenir que des secousses intermittentes et convulsives.
Ces secousses elles-mêmes se ralentirent peu à peu ; les forces de mistress Wood finirent par s'éteindre en un dernier soubresaut.
Elle était rendue; ses yeux restaient ouverls, mais elle ne bougeait plus.
— Aidez-moi, milord, dit Crackenwell.
Montralli trouva le courage d'approcher son
ennemie réduite à l'impuissance; il la prit par les pieds, tandis que Crackenwell la soulevait par la tète, et tous deux se dirigèrent vers la chambre où l'ancienne servante avait passé la nuit.
— Si elle en meurt, tant n)ieux ! dit Crackenwell; si elle n'en meurt pas, il faut voir.
— Mais ses laquais qui sont à Gahvay? objecta le iord , qui commençait à recouvrer sa faculté de penser.
— Je vais me rendre à Galway, répondit Crackenwell , — et j'amènerai ici laquais et servantes... C'est du temps qu'il faut gagner... le temps amènera les échéances de vos fermages... avec de rangent on arrange tout.
Ils déposèrent xMary Wood inanimée sur son lit.
— Maintenant, milord, reprit l'intendant, — il nous faut retourner au salon en toute hâte... Ces dames en ont beaucoup trop entendu , et la prudence nous commande de les garder désormais à vue...
— C'est vrai, murmura Montrath.
Ils traversèrent de nouveau les longs corridors du manoir et revinrent au salon.
Le salon était vide.
Ils se rendirent à la chambre de Georgina , qui était vide également. Ils parcoururent tout le château; personne ne put leur dire ce qu'étaient deveniies les deux jeunes femmes.