QtlTT. DE Ml^illT
— aa —
plus guère d'espoiF qWiiDe créature vivante pût
rester à l'intérieur.
Mickeyei ses frères s'étaient éloignés des rangs, des ribbonmen et s'enlreterkaient à l'écart. — Ce fut en ce moment qu'ils aperçurent deux hommes sorlanl des ruines de Diarmid.
I>'un seul coup d'œil Mickey avait reconnu le lord. U s'élança, suivi de ses frères. Montralh et Cracken\vell étaient prisonniers. Ce fut une graade clameur de joie dans l'ariuée de Molly-Maguire.
— Aux galeries! aux galeries! cria-W©ii de toutes parts.
Tous ces hommes si longtemps courbés sous la misère avaient hâte de voir, humilié à leurs pieds, le maître puissant qui, la veille encore, pouvait d'un signe les chasser de leuss demeures. — Il y avait en outre ur traître à juger; ce devait être une mémorable assejublée.
Le long cordon des ribbonmen se repHa sur lui même et se forma en groupe pour descendre l'avenue. -^ Avant de s'ébranler, ils se tournèrent encore une fois vers le château.
Le géaat Mahony se détacha et s'avança seul vers la fournaise. Un instant son énorme sil^ houette trancha en noir sur le rouge ardent de l'incendie.
Il s'arrêta au-devant de la porte principale et planta en terre une longue perche qu'il tenait à la main. — Cette perche supportait à son sommet l'écriteau funeste où Molly-Maguire affiche sa vengeance accomplie. On y lisait en gros caractères :
ÛCÏTÏAISCE DE minuit!
Cela se passait au moment où Morris, heureux, épiait à quelques pas de là, sous les rui»es muettes du vieux chàJeau, le réveil de sa fiancée.
A la feraie des Mamlurks, le vieux Mill's subissait toujours l'effet de l'opium qu'il avait bu en portant le dernier toast du repas funèbre célébré à la prison de Gahvay. Il dormait profondément dans sa demeure déserte. Au lieu de la famille nombreuse et forte qui fleurissait naguère sous le toit de la ferme, il ne restait là qu'une pauvre enfant dont les veines n'avaient pas une goutte du royal sang de Diarmid.
Peggy veillait, tremblante, dans la solitude de la salle commune.
EUe attendait Ellen, sa maîtresse chérie, les six garçoBs qu'elle aimait, et Kate, la douce femme d'Owen, qui l'aidait dans sa tâche de tous les jours.
Et personne ne revenait, — ni la noble Heiress, ni les six maîtres^ ni Kate, la bonne épouse!
Voici ce que faisait Kale en ce moment :
Les dragons de la Reine, rencontrés cette nuit par Morris sur la route de Kilkerran, n'avaient point tourné à gauche du parc de Moniralh pour aller dormir dans la petite ville. • — Ils avaient, eux aussi, aperçu le feu allumé au sommet de Hanach Head.
Il n était pas temps de se reposer. — Le colonel Brazer avait fait mettre pied à terre à ses dragons et les avait dirigés vers le cap, en. leur recommandant le silence.
Kalf marchait au milieu d'eux morne elnuietle. — Elle tâchait de songer à son père mon pour se
icdoiiner ilu couraa;e; mais chaque fois qu'elle a|)pelail la jiensée de Luke Neale, c'élail l'image d'Owen qui descendait au fond de son cœur...
Les dragons p;issèrenl à deux ou trois cents pas, sur la gauche du château, dont Tincendie n'éiait pas commencé encore, et gagnèrent le sentier à pic qui descend du sommet de la montagne au galet, et sur lequel s'ouvrent les bouches des grottes de Muyr. Une fois déj;« nous avons vu le pauvre Pat faire usage de ce chemin presque impraticable; mais Pat avait ôié ses souliers de bois et il était du pays.
Les dragons, avec leurs lourdes botles, glissèrent bien des fois sur celte pente abrupte. Leurs mains se déchirèrent au\ pointes du roc. — Dans la nuit noire ils ne voyaient rien, sinon le vide sans fond sous leurs pieds chancelants.
Le hasard les servit. Ce qu'ils n'eussent point fait en plein jour peut-être, ils raccomplirenl protégés par ces ténèbres opaques qui leur cachaient les trois quarts du danger.
Ils atteignirent la base du cap.
C'était l'heure où les Molly-Maguires, décidés à envahir le château de Montrath, s'engageaient dans les roeh»!rs qui séparent le galet de la grève, afiFi de gagner l'avenue du château.
Brazer et ses dragons virent un mouvement confus, auquel se joignait une rumeur sourde. Ils aperçurent des formes humaines qui glissaient dans l'ombre, puis tout disparut. — Les ribbonmen avaient limrné l'angle du cap.
— Où est l'entrée des galeries? demanda Brazer à Kate.
Kale désigna du doli^i la fissure. Quatre ou cinq dragons allèrent la reconnaître, et revinrent en disant qu'on n'entendait aucun son à l'intérieur.
Il fallait attendre. — A gauche,de la colonnade de Hanach, se trouvait un enfoncement pareil à celui qui avait servi de retraite à Jerniyn, dans la partie opposée du galet, pour guetter, quelques heures auparavant, la sortie de l'Heiress. Brazer et sa troupe se cachèrent dans cet enfoncement, où un escadron tout entier aurait pu tenir à l'aise.
— La hase de la colonnade, qui avançait entre eux et la fissure, eût assuré leur enihuscade par une nuit ordinaire et même à la clarté de la lune;
— et, cette nuit, il faisait si noir!
Les dragons attendirent, tapis derrière leur abri, et bien sûrs de n'être pas surpris, à moins d'une trahison. — Mais ils attendirent longtemps. f*as une àme ne se montrait sur le galet. — La mer brisait, furieuse, à quelque cent pas d'eux et le vent du large glaçait leurs os.
Quand la tem|)éte faisait trêve un instant, il leur semblait entendre comme une clameur lointaine, au delà du sommet du cap. — ]*arfois encore, il leur semblait que le ciel prenait des re- Ilels rouges au-dessus de leur tête, c(imme si un immense incendie se fut miré dans les nuages abaissés...
Ce ne pouvait ôlre le feu du cap Ranach, qui s'éteignait maintenant et ne jetait plus que des lueurs assombries.
Qui'lques-uns, pressés de voir, s'écarlaient de la base du cap, malgré les ordres de Brazer, et
regardAieni de tous leurs yeux. — Mais Vimmense colonnade surplombait au-dessus d'eux. Ils n'apercevaient que le ciel sanglant, qui s'éteignait par intervalles et ramenait la nuit plus noire...
Brazer désespérait et proférait déjà contre Kate, insensible et comme pétrifiée, de sourdes menaces.
Les heures s'écoulaient Tune après l'autre; la tempête mugissait toute seule.
Enfin une lueur parut dans les rochers, à l'angle du cap. — Les dragons se reculèrent et retinrent leur souffle.
Brazer seul et Kate Neale, qui était auprès de lui, avançaient leurs têtes avec précaution powï" voir les nouveaux arrivants.
Ce fut d'abord le géant Mahony, secouant une torche de bog-pine au-dessus de sa tête.
Des groupes nombreux le suivaient dans l'ombre, et se dirigeaient tous vers la fissure.
Mahony s'arrêta à une trentaine de paâ de l'entrée et leva sa torche, comme pour reconnaître, un à un, les membres de l'association.
Tantôt la torche brillait, dressant sa flamme colorée ; tantôt le vent l'inclinait et l'empêchait de luire.
Quand la flamme se relevait, Kate, qui mettait son àme dans son regard, distinguait sous les masques de toile relevés par le vent des figures connues: —des matelots du Claddagh, des fermiers de Corrib ou de Knockderry. — Son cœur battait d'espoir, parce qu'elle ne voyait aucun des frères d'Owen ni Owen lui-même.
Il avait dit vrai sans doute au pied de la croix
de saint Patrick, sur le Bommet de k MOtttagne. — Les serments d'Owen ne l'avaient point trompée. Elle allait venger son père et retrouver son époux, endormi paisiblement dans la maison dé Mac-Diarmid...
La foule marchait toujours. Il n'y avait plus que quelques groupes, qui passèrent à leur tour de\'Qnt Mahony. - — Kntin un dernier groupe resta seul. Il était composé de quatre hommes de grande taille et vêtus de carricks.
Le cœur de Kate battit dans sa poitrine. Sa tête se pencha en dehors de la roche.
trois des quatre hommes avaient déjà dépassé Mahony. — Le vent souffla; le masqué du quatrième se souleva. Kate poussa un cri déchirant et s'élança, laissant des lambeaux de ses vêtements entre les mains de Brazer qui voulait la retenir.
— Owen! Owen! criait-elle, — oh! fuyez! fuyez!...
— Feu ! dit Brazer à ses dragons.
Le Brûleur entendit cet ordre et leva sa torche pour éclairer le galet. Une détonation éclata. Le géant tomba lourdement à la renverse.
Un cri d'épouvante et de rage s'éleva entre le cadavre de Mahony et l'entrée de la caverne, où quelques ribbonmen avaient déjà pénétré. — La torche du Brûleur s'était éteinte. Les ténèbres profondes régnaient de nouveau sur la grève.
Les Molly-Maguires demeuraient immobile^ dans l'ombre comme si la foudre les eût fra|»pés. Ils n'osaient ni combiitlre leurs ennemis invisibles, ni se réfugier dans les galeries sans issue.
Pendant qu'ils hésitaient, les dragons avaient rechargé leurs armes. Une partie d'entre enx, sous les ordres du cornette Dikson, traversa silencieusement le galet et vint se poster sur la route qui conduisait au château de Montrah.
— Feu! dit encore Brazer.
La grève s'éclaira de nouveau, et plus d'un Irlandais tomba mort au pied de la grande colonnade.— Mais celte seconde décharge avait montré la position de l'ennemi.
Parmi les ribbonmen une voix forte s'éleva.
— Molly-Maguire pour toujours, cria-t-elle; — en avant! en avant!
C'était Mickey Mac-Diarmid.
Quelques-uns répondirent à son appel. Larry et Sam, ses frères, s'élancèrent les premiers sur ses traces. Durant deux ou trois minutes les soldats de la reine eurent à combattre contre cette poignée d'hommes robustes et sans peur.
Mais ils étaient trop peu. — Ils succombèrent tous l'un après l'autre, et plus d'un Saxon mourut avec eux. — Mickey tomba le dernier en poussant le vieux cris des enfants de l'Irlande.
Ce qui restait de Molly-Maguire était un troupeau sans défense, anéanti par la frayeur. Les Anglais, échauffés par la lutte et obéissant d'ailleurs aux ordres impitoyables de leur chef, se ruèrent, l'épée à la main, au milieu de cette foule inerte et foudroyée. — lis tuèrent, frappant au hasard tout ce qui se trouvait de chair humaine devant la pointe ensanglantée de leurs armes.
Cela dura bien peu de temps. Au bout de quelques minutes, il n'y avait plus de ribbonmen sous
l'escalier de Ranacli. — Tous ceux qui avaient échappé au fer des Saxons s'étaient réfugiés dans les galeries en poussant des plaintes lamenlahles.
l'arnii ces plaintes, les soldais crurent distinguer des voix d'enfants et des voix de femmes.
Brazer n'osa point les suivre dans cet asile inconnu. Il fit ranger ses hommes des deux côtés de la fissure, afin d'attendre le jour.
Le silence s'était rétabli sur la plage, et le passant n'eût entendu d'autre bruit que le fracas affaibli de la tempête.
Le jour vint et montra quelques cadavres dispersés çà et là sur le galet. — Les ribbonmen, suivant leur coutume, avaient emporté dans leur retraite le plus qu'ils avaient pu de leurs blessés et de leurs morts.
Les officiers du détachement, émus de pitié, demandèrent la grâce des malheureux cachés dans la caverne. — Brazw leur imposa silence et fit recharger les armes.
Vers cette même heure, le vieux Mac-Diarmid s'éveillait de son long sommeil. Gardant cette apathie intellectuelle que laisse après soi l'opium, il se leva sans donner un regard aux choses qui l'entouraient, et comme si rien ne se fût passé depuis le jour où il s'était éveillé en ce lieu pour la dernière fois.
Mais au moment où il mettait le pied hors du lit, son œil rencontra un objet qui gisait à terre, et il recula comme s'il eût été sur le point de marcher sur un serpent. Sa prunelle se distendait , fixe et comme fascinée. — L'objet qu'il
examinait avec tant d'émotion était un eàfré de toile bise, aux coins duquel s'ailachaient deux rubans de fil. — C'était le masque du pauvre Dan , que ses frères avaient oublié de cacher.
Le vieillard se baissa lentement el le saisit d'un geste convulsif. — ^ Puis il regarda tout autour de lui avec épouvante et le cacha vivement dans sort sein.
Peggy avait préparé, comme d'habilude, le repas de fomille. — MilTs vint s'asseoir à sa place accoutumée.
Son œil fit avec lenteur le tour dé la table vide.
!1 ne toucha point les mets rustiques placés devant lui. Pas une parole ne tomba de sa bouche. — Il attendit.
Vers le milieu du jour, la porte de la ferme s'ouvrit enfin. — Morris entra, soutenant Jessy, faible, entre ses bras.
Le visage du vieux MilTs resta immobile et glacé. Il regarda sa fille chérie comme s'il ne la reconnaissait point.
— Où sont mes frères? demanda Morris à Peggy.
Peggy ne répondit pas.
— Où sont Kaie et la noble Heiress?
La petite fille secoua la tête en pleurant. Morris s'avança vers son père et voulut lui prendre la main.
Le vieillard retira la sienne.
— Pourquoi la maison de Mac-Diarmid eôt-elle déserte? dit-il d'une voix creuse et morne.
— Ils vont revenir... bnlbntia Morris, qui avait peine à maîtriser son inqnif'lude.
— Qui sait? reprit le vieillard, en fixant sur Morris un regard étrange. — Déj:î hi«*r Naity, Dan elJermyn peut-être éuient morts... Ne mentez pas, Mac-Diarniid, car j'ai tout deviné!
Morris ouvrit la bouche pour répondre. Un geste impérieux de son père la lui fermii.
Celui-ci tira de son sein le masque de toile, insigne bien connu des ribbonmen.
Morris, à la vue de cette preuve, baissa ia tète en silence.
Le vieillard se leva.
— Je vais retourner à Galway, dit-il, — car le pauvre Gib avait raison : c'est Mac-Diarmid qui a tué Luke Neale!... Mac-Diarmid doit du sang à la loi!
— Mon père!... oh! mon père! s'écria Morris qui tomba sur ses genoux.
— Si vos frères reviennent, reprit le vieux Mill's, — répétez leur mes paroles... Je n'ai plus de fils. Vivants ou morts, je maudis les Molly- Maguires, qui sont les ennemis de l'Irlande!
Le vieillard se dirigea vers la porte. Morris s'attachait à ses vêtements; Jessy s'agenouilla, baignée de larmes sur son passage. — Il repoussa Morris durement; il écarta Jessy d'un geste froid.
— Je vous défends de me suivre! dit-il avant de passer le seuil.
On le vit descendre la montagne d'un pas ferme et se diriger vers la ville...
Le soleil montait derrière les tours sombres de Diarmid. — La tempête était calmée.
Brazer et ses dragons étaient toujours à leur poste.
La mer que ne soulevait plus le vent, gardait une partie de son agilaiion. Les vai'ues moutonnaient au loin, et la côte s'enlourait d'une large ceinture d'écume.
On avait poussé les cadavres au pied de la colonnade. Dickson et les aulres officiers détournaient leurs yeux de ce spectacle avec dégoût. Ce mouvement portail leurs regards vers le large. — Ils aperçurent un cutter de TÉlat qui doublait le cap, toutes voiles dehors.
Sur le pont de ce navire, il éiait facile de distinguer un officier revêtu du brillant costume des dragons de la reine.
Le cutter jeta l'ancre à l'endroit même où le sloop de Mary Wood avait mouillé deux jours auparavant.
On mit une embarcation à la mer, et l'officier y descendit seul avec les rameurs.
— Mes yeux sont fous, murmura le lieutenant Peters, — ou c'est bien le major Percy Morlimer que j'aperçois là bas!
A ce nom, Brazer releva la tête, el braqua son œil avide sur la chaloupe qui approchait rapidement.
— Dieu me damne, s'écria-t-il, le misérable traître viendrait-il défendre ses bons amis!... Débouchez le trou, afin qu'il voie qui nous employons bien notie temps!
Les soldats se mirent en devoir de déblaver la
lissure , que les assiégés avaienl essayé de l)Oiiclier pendant la ntiil.
Sur la clialoupe, Percy Mortiiner faisait des signaux avec son écharpe.
— Démène-toi , démène -toi ! grommela Hrazer; nous allons t'emmener à la ville, pieds et poings liés, afin qu'on ne nous reproche pas de n'avoir point fait de prisonniers!...
La chalouj)e prenait terre en ce memeni. Percy toucha le rivage et s'avança, soutenu par un des rameurs, car il avait grand'peine à marcher.
Dès qu'il fut à portée de la voix, il cria aux soldais d'arrêter.
Les dragons interrogèrent du regard le colonel Brazer, qui haussa les épaules en souriant avec un mépris haineux.
— Ih'éj>arez les armes, dit-il.
Mortimer était maintenant à quelques pas de la iroupe.
— Lieutenant Peters, dit-il d'un ton de commandement péremptoire, — cornette Dickson, je vous charge spécialement tous les deux, et sous peine de rébellion, de faire exécuter mes ordres... Qu'on ne hrùle |)as une amorce!
Ofliciers et soldats hésitèrent. Ils penchaient vers l'ohéissance, car ils avaient j)ilié; mais la (li-<ipline militaire ne laisse ])oint aux subalternes le droit d'avoir une conscience.
IJrazer était là, s:» volonté faisait loi su|)rème.
Ln moment de silence eut lieu. — Parmi ce silence on entendit comme un murmure sourd dans la caverne. Les voix des malheureux assiégés
— Hù —
arrivaient au debors, confuses el presque iisai-
sissables.
Morliiner atteignait le groupe des soldats. Il passa devant Brazer el répéta son co m n^.m dément avec un accent de menace. S«in visiige, pâle et blanc comme une figure de marbre, gardait celte apparence de calme froideur qui était son expression habituelle; mais sous ce masque l'œil atlenlif eût découvert les traces d'une émotion poignante.
— En avant! dit Brazer d'un ton provoquant et railleur.
— Bas les armes ! prononça Mortimer, qui saisit l'un de ses pislolels.
Brazer perdit son sourire moqueur et sa lèvre trembla de rage.
Il tira son épée.
— Major Morlimer, dit-il en tâchant de se contenir, — vous oubliez que vous parlez devant votre supérieur.
— Je parle devant mon égal! répliqua Percy. — - Le courrier de Londres m'apporte ce malin ma commission de lieutenant-colonel'.
— Bas les armes! dirent à la fois Peters et Dickson.
Brazer ferma ses gros poings en blasphémant.
— Et je vous somme, jx^ursoivit Percy, — d'abandonner le comman<lement de ces soldats, qui ne sont point les vôtres!
Brazer, écuniant de fureur, fit un mouvement comme pour s'élancer sur lui, l'épée hai>te; mais il se contint, et sa main, que faisait trembler la colère impuissante, remis son arme au fourreau.
La bouche de la caverne fut déblayée en qoel-
ques miautes, et Peters, faisant un pas à Tintérieur, cria de toute sa force :
— Ceux qui sortiront auront la vie sauve !
Il fallut répéter ce cri bien des fois. — Enfin, un bruit se lit à l'intérieur, et quinze ou vingt spectres traversèrent le galet en bondissant, pour se perdre, aussitôt après, parmi les rochers.
— Allumez des torches ! dit Mortimer.
Il s'élança dans le couloir, ses soldats l'y suivirent.
Dès les premiers pas, leurs pieds glissèrent dans le sang...
Mortimer passa le seuil des galeries où il avait laissé Ellen surprise par le sommeil. Il était toujours suivi par ses soldats; — les torches allumèrent les mille cristaux des parois et des voûtes; la colonnade surgit, resplendissante; le palais souterrain se para de ses fantastiques merveilles. Mais, parmi tant de magnificences étincellantes, la mort gisait, livide et froide. Le sol était jonché de cadavres. De tous ceux que nous avons vus autour du château en flammes la nuit précédente, vainqueurs ou vaincus, bien peu avaient gardé la vie.
Mortimer reconnut au premier rang lord George Montralh et son intendant Crackenwell qui se tordaient, hideusement défigurés par les convulsions dernières.
Qui les avait tués? les balles saxonnes ou la vengeance irhmdaise? — Non loin d'eux, Mary Wood était étendue, son flacon de rhum débouché à la maiu. La wojft l'avait surprise ea son orgie
solitaire; sa bouche conservait son sourire insouci:«iil et brutal.
Mickey, Larry ei Sam Mac-I)iarinid étaient tombés au dehors; mais Owen et Kale, percés de la même balle peut-être, se tenaient encore embrassés. Kate avait sa tète dans le sein de son mari, qui souriait tendrement et semblait prononcer des paroles de pardon...
Puis s'étaient des cadavres inconnus entassés sur le sol; — puis, au pied d'une colonne, un groupe composé d'un vieil homme qui était mort et de deux petits ejil'anls à demi étouffés par les larmes.
Su et Paddy, les deux pauvres êtres, se serraient contre le corps froid de leur père Gib, et priaient Dieu de lui rendre la vie\.
Percy Mortimer passait. Ce n'était point là ce qu'il cherchait. — il allait, fouillant du regard ( e péle-méle funèbre.
Tout a coup il poussa un cri déchirant.
Dans un enfoncement de la paroi, il venait d'al)ercevodr THeiress, étendue sur sa mante rouge, belle et blanche comme une sainte. A ses pieds, Jermyn Mac-Diarmid tenait le bout de son fusil braqué encore contre la poitrine d'Ellen. — Il était mort à genoux.
Percy se remit à la place qu'il avait quittée la veille, et appuya la léte de la noble vierge sur son cœur...
Les soldats conlinuèrenl de parcourir les galeries. — Et à mesure que les torches glissaient dans cette tombe immense, les leux de la colonnade et des voûtes multipliaient à l'infini leurs
étincelles éblouissantes. Des Ilots de lumière ruisselaient sur le sol... et tous ces morts semblaient remuer; — tous ces visages pâles semblaient vivre ; — tous ces yeux , éteints pour toujours , semblaient rallumer leurs regards!