‹ Quo vadis? (volume 2)Chapitre 15 sur 71 · Acte, si douce, d'ordinaire, à son tour s'indigna · texte numérisé non relu

Acte, si douce, d'ordinaire, à son tour s'indigna

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« Commoiil a\;nl-il css.iyc <le la t^a^ner ? >Vu lieu de s'incliner devant l*oni|>oni;» cl Anins cl la leur dcniandci-, il raxail, par sni-prise, cnlev«''e à ses parents. Il avail voulu faire (relie non poinl sa remme, mais sa concuiiinc, — irelle, nne (illc <lc roi. 11 a\ail Messe ses yeux innocents du spcclacle de Torgie. Avail-il oublié ce ([u'étail la maison des Aulus ? qui eMail Poinponia, la mère adoi)livo de Lygic ? Il ne sonf^eait donc pas «[ue ces femmes pussent dilïerer de Xif^idia, de Calvia ('ris|)inilla, de Poppée et de toutes celles qu'on rencontrai! chez César? Il n'avait pas compris que cette enlanl candide préférerait la mort au déshonneur! Savait-il quels dieux elle adorait, et si ses dieux à elle n'étaient point meilleurs et plus purs que cette Vénus infâme ou cette Isis que vénère l'impiulicité des Romaines ? Eh bien ! non : Lygie ne lui avait point fait d'aveux, mais elle lui avait dit qu'elle attendait le salut de lui, Vinicius. Et quand elle parlait de lui. elle s'empourprait. Son cœur, à elle, avait battu pour lui, mais il lavait épouvantée, l'avait indignée, l'avait otîensée. »

— Il est trop lard ! gémit-il.

Un abîme béait devant lui. Il ne savait que faire, qu'entreprendre, Où s'adresser. Comme un écho. Acte répéta : u Trop tard 1 » et ces paroles, dans une autre bouche, résonnèrent pour lui comme une sentence de mort.

Et il allait s'éloigner sans même prendre congé d'Acte, quand soudain la portière de l'atrium se souleva : Vinicius avait devant lui la silhouette endeuillée de Pomponia Grœcina.

Elle aussi avait appris la disparition de Lygie et, jugeant qu'il lui serait plus facile qu'à Aulus de pénétrer auprès d'Acte, elle venait demander des nouvelles. En

apercevant Vinicius, elle tourna vers lui son visage IVèle et pâle.

— Marcus, que Dieu te pardonne le tort que tu nous as fait, à nous et à Lygie.

Lui, restait là, le front courbé, avec la sensation du malheur et de la responsabilité, impuissant à comprendre quel Dieu devait et pouvait lui pardonner, et pourquoi Pomponia parlait de pardon, quand elle eùl dû parler de vengeance.

Enfin, il sortit, la tête vide d'espoir, lourde de pensées.

Dans la cour d'honneur et sous la galerie se pressaient des groupes anxieux. Des sénateurs et des chevaliers étaient là, venus pour avoir des nouvelles de la petite Augusta, ou, du moins, pour témoigner de leur empressement, fût-ce devant les esclaves impériaux. Le bruit de la maladie de la « divinité » s'était répandu promptement: par la porte affluaient de nouveaux visiteurs, et derrière l'arc la multitude s'accumulait. Des arrivants, voyant sortir Vinicius, l'abordaient en quête de renseignements, mais il avançait sans répondre. Soudain. Pétrone larrôta.

Contre l'homme dont le stratagème avait eu pour lui des conséquences si désastreuses, Vinicius eût donné libre cours à sa fureur, — mais il sortait de chez Acte si abattu que son irascibilité native faisait trê^e. Pourtant, il repoussa Pétrone et voulut passer. Mais l'autre le saisit par le bras.

— Comment va la divine ?

Contraint de s'arrêter, ^'inicius s'exaspéra de nouveau .

— Que les enfers l'engloutissent, elle, et toute cette maison, répondit-il, les dents serrées.

— Silence, malheureux ! dit Pétrone.

VA, jolanl autour de lui uu fiirlii' r('<^ar(J, il ajouta livs vile :

— Si lu veux savoir ({Uf^ijuc, cliosc de Lygie, viens avec moi. Non, c'est inutiltî, j(* ne dirai rien ici ; viens avec moi, je te ferai part de mes suppositions.

11 lui mit un bras autour de la taille et l'entraîna; c'était là son princi|)al objectif, car il n'avait point de nouvelles. Mais, à la vérité, comme il avait le sentiment de sa responsabilité dans les événements qui désolaient Vinicius, il avait déjà entrepris quelque chose, et une fois dans la litière il dit :

— J'ai fait garder toutes les portes par mes esclaves, leur donnant le signalement exact de la jeune fille et de ce géant qui l'autre jour l'a emportée de la salle du festin ; c'est indubitablement lui encore qui l'a enlevée hier. Ecoute ! Peut-être les Aulus voudront-ils la cacher dans une de leurs campagnes. Dans ce cas, nous saurons de quel côté on l'emmène. Mais si mes gens ne la voient pas aux portes, ce sera une preuve qu'elle est restée en ville, et nous commencerons nos recherches aujourd'hui même.

— Les Aulus ne savent pas où elle se trouve, répondit Vinicius.

— En as-tu la certitude '^

— J'ai vu Pomponia. Eux aussi la cherchent.

— Hier elle ha pu quitter la ville, puisque la nuit les portes sont closes. Deux hommes à moi font les cent pas devant chaque porte. L'un d'eux suivra Lygie et le géant, l'autre reviendra immédiatement donner l'alarme. Si elle est en ville, nous la trouverons, car il est facile de reconnaître la taille et la carrure du Lygien. Tu as de la chance que ce ne soit pas César qui l'ait enlevée ; je puis en effet te certifier que ce n'est pas lui, — au Palatin, on n'a pas de secrets pour moi.

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