‹ Quo vadis? (volume 2)Chapitre 14 sur 71 · Acte, impatientée, répliqua · texte numérisé non relu

Acte, impatientée, répliqua

— Prends garde de la perdre pour jamais, le jour où César l'aura retrouvée.

— Tu dis?...

— Écoute, Marcus ! Hier, dans les jardins, Lygie et moi, nous avons rencontré Poppée et la petite Augusta que portait Lilith, la négresse. Le soir, l'enfant est tom-

bée malade, et Lililli prétend que 1 étrangère a dû lui jeter un sort. Si l'enfant recouvre la santé, ils oublieront; sinon, Poppée sera la première à accuser Lygiede sorcellerie, et alors, retrouvée, il n'y aura plus pour elle de salut.

Il y eut un silence ; puis Vinicius ha.sarda^:

— Peut-être, en effet, a-t-elle jeté un sort à Tenfant... et à moi aussi.

— Lilith répète que Tenfant s'est mise à pleurer dès qu'elle nous eût dépassées. C'est vrai! elle s'est mise à pleurer. Sans doute elle était déjà malade. Cherchela, Marcus, soit! Mais, avant la guérison de l'enfant, ne parle pas de Lygie. Ses yeux ont assez pleuré à cause de toi.

— Tu l'aimes, Acte? demanda Vinicius d'une voix morne.

— Oui! Jai appris à l'aimer.

— Tu l'aimes ; elle ne t'a pas rendu haine pour amour, comme à moi !

— Homme emporté et aveugle ; elle t'aimait. — Vinicius bondit.

— Ce n'est pas vrai !

« Elle le haïssait... D'où Acte pouvait-elle savoir?... Après un jour d'intimité, Lygie lui aurait fait des aveux? Et quel amour était-ce donc, qui préférait la vie errante, l'indigence, l'incertitude du lendemain, et peut-être même une mort misérable, — qui préférait tout cela à une vie de luxe et de joie! Quel amour était-ce, un amour qui avait peur de la volupté et soif de la souffrance ? Chez les Aulus, un jour, il avait pu croire qu'elle l'aimait. — Mais non ! elle le haïssait déjà, elle n'avait pas cessé de le haïr, et elle mourrait, cette haine au cœur. »

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