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CHAPITRE VI

Personne n'arrêta Ursus, personne ne lui demanda rien. Ceux des convives qui n’étaient pas encore sous la table avaient abandonné leurs places; la valetaille, voyant une des invitées aux bras du géant, avait pensé que quelque esclave emportait sa maîtresse prise de vin. Du reste, Acté se trouvait auprès deux, et sa présence eût dissipé tout soupçon.

Us passèrent du triclinium à une salle

contiguë et, de là, à, la galerie qui conduisait aux appartements d’Acté.

Cette partie du palais était déserte ; la musique et les bruits du festin n’y parvenaient qu’indistincts. Ursus déposa Lygie sur un banc de marbre, et Acté se mit à exhorter la jeune fille au calme et à l’engager au repos, lui certifiant que nul danger ne la menaçait, attendu que les convives dormiraient jusqu’au soir. De longtemps, Lygie ne put se calmer. Elle comprimait ses tempes de ses mains et répétait comme un enfant :

<( A la maison ! A la maison ! Chez les Aulus ! »

Ursus était prêt. Aux portes veillaient, il est vrai, des prétoriens ; mais les soldats n’arrêtaient point ceux qui s'en allaient. Devant l’arc triomphal, c’était encore un grouillement de litières, et bientôt les gens allaient sortir par fournées. Eux, se joindraient à la foule et iraient droit à la maison.

Lygie répétait :

« Oui, Ursus, allons-nous en. »

Acté fut forcée d’être raisonnable pour eux. — Ils s’en iraient! Fort bien! Personne n’entraverait leur départ. Mais s’enfuir de la maison de César était un crime de lèse-majesté. Ils s’en iraient... Et le soir un centurion, avec ses soldats, apporterait la sentence de mort à Aulus, à Pomponia Græcina, et ramènerait Lygie au palais.

Alors, elle serait perdue irrémédiablement. Si les Aulus la recevaient, leur mort était certaine. Il fallait choisir entre la perte des Plautius et sa perte à elle.

Les yeux de Lygie s’embrumèrent. Deux grandes larmes glissèrent lentement sur ses joues.

« Dieu bénisse Pomponia et Aulus !

dit-elle. Je n’ai point le droit de causer leur perte, et je ne les reverrai plus jamais. »

Puis, se tournant vers Ursus, elle dit que lui seul lui restait au monde, et que désormais il devrait lui être un protecteur et un père. S’ils ne pouvaient se réfugier chez les Aulus, ils ne pouvaient non plus rester chez César ni chez Vinicius. Ivre, celui-ci avait eu l'imprudence de déclarer que, le soir, il enverrait ses esclaves la prendre. Elle/s’enfuirait en route, et non de chez lui. Ursus irait immédiatement chez l’évêque Linus lui demander assistance et conseil. L’évêque ordonnerait aux chrétiens de se porter à la rescousse, on la délivrerait de vive force.

Son visage se fit rose et souriant. Elle

se jeta au cou de l’affranchie et lui posa sur la joue sa bouche exquise, en chuchotant :

« Tu ne nous trahiras pas, Acté P Non!

— Sur l’ombre de ma mère, je ne vous trahirai pas. Prie ton Dieu qu’Ursus parvienne à te délivrer. »

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