ACTE PREMIER. t
BYA.
Des olives?
LB PRINCE
Mon Dieu, je vous demande pardon ; je tous conte là mes petites histoires! —
Mais non, mais non. — Allez donc; c'est très-intéressant cette cuisine locale. — Donc les olives?
LE PRINCE
Donc les olives, ou pour mieux dire, Tliuile est la richesse du pays. Mais nous la fabriquons si mal par de vieux procédés, qu*elle ne vaut pas celle de Provence... Je fais venir deux mou* lins anglais admirables... et j'invite tous mes sujets à m'envoyer leurs olives pour les moudre... On crie à V arbitraire î J'achète leurs olives pour fabriquer moi-môme 1... On crie au monopole i^ Je supprime les moulins! et remets tout dans Tétat primitif. — On crie à la routine i
ETA
Oh! ohl
LE PRINCE
Je renonce aux réformes industrielles !•••
EVA
Je le crois!...
LE PRINCE, debout.
Et de ce jour date, entre mes sujets et moi, une petite lutte sourde, qui en est venue tout doucement à Tétat d'hostilité féroce !
EVA, debout.
Féroce?
LE PRrNGE.
Tous avez certainement vu de ces mauvais ménages où Tun ne fait rien que Tautre n'y trouve à redire! L'un, c'est moi : l'autre, c'est mon peuple. — Tous mes actes sont appréciés, dénaturés, travestis avec un art!... Exemples — Je me pro-
mèneu.. 9 J'ai donc bien des loisirs! » —Je ne me promène pas!... « J'ai peur de me montrer!... » — Je donne un bal!.., t ... Luxe effréné! » — Pas de bal!... t Quelle avarice! »
— Je passe une revue!... « fntimidalion militaire!... » — Je n'en passe pas!... «...Je crains Tesprit des trouprs!.,. »
— Des pétards h ma fèie!... « ... L'argent- du peuple en amée!... » — Pas de pétards!... « ... Rien pour les plaisirs du peuple. » — Je me porte bien ! t ... L'oisiveté! » — Je me porte mal! « ... La débauche! » — Je bâtis!... c Gaspillage! »
— Je ne bâtis pas!... « El le prolétaire?... » — Enfin, je ne puis plus ni manger, ni dormir, ni veiller à ma guise, que tout ce que je fais ne soit proclamé détestable, et tout ce que je ne fais pas,... encore pire! ..
EVA
Mais ce n'est pas une vie, cela !
LE PRINCE
Ah ! le métier est bien gâté!...
EVA
Mais voyons!... Il vous reste bien quelques amis
LE PRINCE
Oh! Si peu!... La bourgeoisie, et encore?... — Rien ne l'amuse comme de taquiner son gouvernement!... Que quelqu'un travaille à le démolir... Ah! Dieu, c*^est une joie! Elle donnera son petit coup de pioche au besoin; quitte à s'apercevoir, quand tout s'écroule.*, que la première écrasée, c'est 3!h!... — Ce pays est comme son voisin, il ne connaît que deux procédés, l'absolue routine... ou le bouleversement!... Quand il sort de l'ornière, c'est pour faire sauter la roule !.•. L'aplanir... jamais!...
EVA
Et vous prenez tout cela gaiement ?
LE PRINCE
Qu'y faire? Tenez, chère missess, voyez-vous là-bas ce petit toit rouge?