‹ RabagasChapitre 192 sur 358 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

place au logis... à lui le plus fin duvet et le grain le plus délicat; et tandis que le mâle hospitalier court les champs., mon pierrot convalescent, gros et gras^ raconte à la dame du lieu ses tribulations et ses amertumes... La dame a bon cœur!... elle s*apitoie... Il pleure^ le traître!... et tendrement, de sa ; patte mignonne, elle essuie ses yeux... les hrmes redoublent... elle les essuie du bout de Faile... Il s*évanouit!... Que faire? Il va mourir... Elle a tendu la patte, elle a tendu Taile... elle tend le bec!... Et le mari revient quand elle s'est bien assurée de l'efficacité du remèdefi

HAUBICE, qui l'a iconiit 'le dos tourna, appayé contre le canapé, se retournant.

Ahl çà, tu te moques de moi! Que veux-tu dire?

THOLOSAN, appuyé sur le canapé de Tautre c6lé.

Je ne veux rien dire... Tu vois... je dis I

UADRICE. .

Et où prends-tu tout ce que tu me contes-là! Où l'as-tu vu?

THOLOSÂN, frappant sur la carafe avec sa canne.

OÙ? Dans cette carafe !.<. Adorable privilège de la femme !... Elle ne sait rien faire indifféremment ! 11 faut qu'elle se révèle dans la boisson qu'elle prépare I... ou dans la paire de pantoufles qu'elle brode ! (n prend la tapisserie de Cécile.) As-tu jauiais cousidéré d'UQ œil philosophe les pantoufles d'un mari brodées par sa femme? As-tu médité sur la façon dont la. laine bleue, la laine rouge^ la laine jaune s'y croisent et s'y entre-croisent en dessins extravagants, en bourrelets grincheux, en zig-zags rageurs, avec des bouts de laine qui passent, qui percent et qui piquent!... Tandis que les pantoufles de l'autre!... Ah! quelles nuances, monsieur!... quel moelleux!... quelle caresse au pied!... Et cette limonade !... pour le pierrot!... (u boit.) Quel velouté I... Est-ce amoureusement sucré!*.. Pas un pépin de citron au fond du verre!... Demande à Gaussade combien de fois il a failli s'étrangler avec la sienne !

HÂURICEi remontant et redescendant à gauche.

Oui! oui! je connais bien ton jeu : tu plaides le faux pour savoir le vrai; mais tu ne sauras rien!... Car il n'y a rien!

THOLOSAN *.

U y a tout ! car tu te fâches I

HAUBICE.

Eh! bien, oui, je me fâche ! car ce ne sont pas les attentions

* Manrice, Tholosan.

PI ^■•■^VWWW-^^

plus OU moins grandes que Ton peut avoir ici pour moi oui t'ont mis en tête ces folles visions !... Quelqu'un a parlé... d'elle et de moi... et JQ veux savoir qui !

THOLOSAN.

Qui? parbleu U« Ëllel...

Elle?...

Et toi l

Moi... je t'ai dit?...

THOLOSAN.

1IADRIC&

THOLOSAN,

Mais voilà un quart d'heure que tu bavardeâ , maladroit , et que ta discrétion m'apprend tout ce que je voulais savoir 1 Ah I cela t'étonne , et tu ne t'en doutais pas l C'est qu'il y a trois sortes de confesseurs, mon bon : le prêtre, le juge d'instruction et le médecin I Le prêtre ne sait jamais tout, précisément ■parce qu'on lui dit tout, et qu'il-y a une façon de dire les choses qui les réduit, les réduit, les réduit!... Le juge d'instruction en sait un peu plus, lui; car on lui ment, et il n'a qu'à prendre le contre-pied de tout ce qu'on lui dit pour deviner tout ce qu'on ne lui dit pas. Quant au médecin , mon iils... il entre, tire sa montre, vous fait tirer la langue, et vous tape dans le dos, en vous parlant névralgie, gastralgie, etc.. A quoi vous répondrez, sans vous en douter, fatigue, ennui, misère, débauche 1 Et quand il remet sa montre au gousset, il sait tout, car vous n'avez rien voulu dire, et, ne voulant rien dire, vous n'aveas pris le soin de rien cacher I

MAURICE , rvlleor.

Oui-dà!

THOLOSAN.

Et maintenant, veux-tu que je lui tâte le pouls à votre fièvre, et que je te dise où vous en êtes ?

MAURICE, de même.

Oui... OÙ en sommes-nous, sorcier?

A la troisième période !

AGTB PREMIEB» 17

MAURICE

Déjà?

Déjàl Première période ou période sympathique. Regards doux et bienveillants, recheFche réciproque et instinctive, serrements de mains légèrement prolongés, à la température ordinaire. Cet état s*est manifesté, lundi soir, en déchiffrant tous deux une romance, et a duré jusqu'à mercredi matin, où vous êtes entrés dans la seconde période ou période magnéliqiie. Regards plus profonds, avec un certain vague dans la prunelle ! Attitudes penchées I Apparitions de rougeurs! Serrements de mains humides, à température de serre chaude, brusquement interrompus par la façon dont la dame retire ses doigls, comme au contact d'une pile électrique I Cet élat nouveau s'est prolongé de mercredi à samecli matin, qui est aujourd'hui , où, à la faveur de celte limonade , vous êtes entrés dans la ^romëme période ou périoÏÏe angélique^ caractérisée par les frissons, les pâmoisons fausses ou vraies, les tendances aériennes. . . Serments solennels de s'en tenir à l'affection pure et désintéressée des anges... « Je serai votre sœur ? — Oui 1 — Vous serez mon frère? — Ouil...» — L'abus des mots :Awi/...Afwt^2ê/...A?wica//... dont on exploite le radical... en attendant qu'on change la terminaison. Le tout accompagné de regards qui n'en finissent plus et de serrements de main à température d'oeuf à la coque... et derant se prolonger en moyenne jusqu'à demain soir, où vous entrerez dans la période philosophico-serisueUe et gaillardo-mysH-' que, en regardant les étoiles au ciel et les petits poissons rouges dans le bassin... Est-ce ça?

MAURICE

Tu es le diable, toi I

Le diable, c'est toi, séducteur de lémmes mariées! Je t'ai connu dans le paradis terrestre. En ce temps-là, tu étais ser-. peut, et tu cueillais des pommes avec ms^dame Caussade, qu/ était blonde... et moi, j'étais moustique et je piquais le nez de Caussade qui ronflait ! Il n'y a que lui qui ne soit pas changé I 11 ronfle toujours^ l'animal!

THOLOSAN. *^

23 NOS INTfMESI

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