‹ Rabbin & Nonne: poésie et réalitéChapitre 5 sur 14 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'était fait ! d'Uriel le père inébranlable,

A la mère opposant son veto préalable,

En dépit des conseils et même des défis,

Venait de déclarer à son précoce fils,

Bien qu il fût un prodige et qu'il fût fils unique,

Qu'il fallait renoncer à Tétat rabbinique ;

Que voyant son fils plus vigoureux que jamais,

Il était décidé. Que, d'ailleurs, désormais,

Ne pouvant plus pour lui payer des frais d'études,

Il aiderait son père, en ses travaux trop rudes.

« J'ai sept filles ! dit-il. L'aînée a dix-huit ans.

Sept filles ! Dieu du ciel. J'en ai des cheveux blancs ! Ton père se fait vieux. Regarde-moi. Mon torse Par Tâge se courbant, perd sa moelle et sa force ! Il faut songer aux dots, pour marier tes sœurs. D'infidèles valets me font, en successeurs, Une âpre, déloyale, injuste concurrence.

Tu les remplaceras ! Et pas de résistance ! »

Quelle métamorphose ! Et quel déguisement !

Uriel, dès Tenfance, était tendre et clément Pour ses bêtes, étant pour lui des sœurs muettes. Il les jugeait selon leurs regards et leurs têtes. Il causait dans sa langue avec chaque animal. Par la croupe il sautait sur le dos d'un cheval. Le premier des coureurs, pour la course rapide. Le plus fort pour la lutte et le plus intrépide. Ses bras étaient muselés pour tous les jeux d'assaut, Et ses dents arrachaient, en mordant, le morceau. Avec cela chantant des chansons à la mode.

Sur des airs défendus, par le policier Code.

On dit que le malheur à quelque chose est bon. La beauté d 'Uriel, devenu maquignon.

Et par sa maladie un peu décomposée.

Comme s'ouvre une fleur, par la pluie arrosée, S'épanouit dans l'air, et malgré son lourd faix. Le jeune adolescent parut un homme fait.

Et voici le tableau de son nouveau costume.

D'un marchand de bestiaux de ce temps la coutume. La blouse en toile bleue, atteignant les genoux.

Un fouet, mis en sautoir, au manche de cuir roux. Des bottes d'écuyer, aux longues tiges molles ; La casquette en velours bordé de fariboles.

Pour ornement final, que nous appelons clou, Un foulard de couleur, flottant autour du cou. Son père était joyeux, mais sa mère, réduite Au silence, songea pour son fils à la fuite.

En voyant Uriel en valet costumé, Adonia partit d'un rire comprimé.

Puis, elle lui dit : « C'est Riel que Ton te nomme. Valet de nom, tu n'en seras pas moins un homme ! Mon nom d' Adonia, je ne veux plus l'avoir Non plus. Appelle-moi Donie. A mon lavoir, Ma servante a ce nom. Elle s'appelle Besse.

Mais on la nomme ainsi, du nom de sa maîtresse. C'est simple, c'est champêtre et moins prétentieux. A cheval maintenant, nous monterons aux cieux ! Car tu sais que je suis une bonne écuyère.

Nul ne pourrait monter ma jeune poulinière, A poil nu, comme moi, la bride sur le cou ; Ni mon pie étalon, sans mors, rien qu'un licou. Mes bêtes sont pour moi, d'une douceur humaine. Avec caresses, sucre et des soins je les mène. Mon étalon me suit partout comme un mouton.

Je le monte comme un homme, à califourchon.

Poètes, nous ferons d'épiques chevauchées Aux régions d'amour, par les dieux recherchées. Mon père est plein de joie à te voir travesti. Ma fille, m'a-t-il dit, le voilà converti !

Il lui.fallait cela pour devenir mon gendre ;

Je pourrai m'en servir pour une vache à vendre.

Tu prisais ton ami, plus cher qu'il ne valait.

Tu voulais un rabbin, tu n'auras qu'un valet !

Je lui dis : Ce n'est pas l'habit qui fait le moine.

C'est l'esprit ! c'est le cœur ! le seul vrai patrimoine,

Que le Créateur donne à chaque être en naissant.

Le haut, le bas dans l'homme est déjà dans le sang.

Si j'étais mendiante, habillée en guenilles,

Ne me reconnaltrais-tu pas, parmi les filles?

Je puis avec toi vivre et sans me marier.

Mais si je me marie, Uriel, ouvrier,

Ou ministre ; fût-il vacher et moi vachère,

Nul. autre époux que lui, ne me dira : « Ma chère ! »

Ta mère avec tes sœurs vont pour toi comploter.

Tes sœurs ne comptent pas sur toi pour les doter.

Elles aimeraient mieux te voir dans une chaire,

Que de te voir conduire et fouetter une paire

De chevaux pomponnés, pour les vendre au marché.

Et penché comme un lys, au point d'être fauché.

Mais, moi, je ne crains rien. Je suis loin de te plaindre.

Rien n'abat mon ardeur et rien ne peut l'éteindre !

Dans ton nouvel état, en sa réalité.

Je vois notre destin et sa fatalité.

Unis, nous le serons ! Mais c'est en Amérique,

Où de tes dons divers se trouve la rubrique.

Dans ce monde nouveau, pays de liberté,

Je veux voir éclater ton génie indompté.

De ce monde élevé, le faite nous appelle !

BÂBBIN ET NONNE 41

C'est l'amour qui nous guide et Dieu nous tient l'échelle ! Laisse-toi donc grandir, en faisant ton métier, Sois marchand de bestiaux, mais sois-en le premier. Tu n'es, certes, pas fait pour ce commun négoce. Ton àme est d'un autre ége, et ton corps est précoce. Et tu seras toujours, un élu des élus !

Mais pour nous marier, il faut deux ans et plus. Moi, je suis déjà grande. Il me semble être vieille, Avoir des cheveux blancs ; une fleur qui s'effeuille. Il me semble être mère et parler à mon fils.

Je te fais des sermons, et des sermons confits... » — Parlez, parlez encor ! Des hauteurs inconnues, Vous descendez pour moi, comme un ange des nues ! Ce que fut à Jacob la divine Rachel, Vous Têtes et plus belle, à moi, votre Uriel ! Quatorze ans, jour et nuit, il a servi de pâtre. Pour obtenir sa fille, à ce cruel parâtre.

Si, pour vous obtenir, votre père voulait.

Que je fusse toujours, son pâtre et son valet ; Je n'hésiterais pas une seule minute !

Dussè-je rencontrer dans cette longue lutte.

Des monstres d'ennemis, des chacals et des loups ; Coucher sur l'herbe humide, et manger des cailloux ! Je n'exagère pas, ma Rachel, ma Donie !

Dans ta petite main, tu tiens toute ma vie.

Si je. reste au \illage, en homme déclassé.

C'est pour respirer l'air, où ton souffle a passé ! Et si tu me disais : « Pars ! Fuis ! Meurs ! Je l'exige ! » Je fuirais ! Je mourrais ! Je suis ton homme lige !

42 RABBIN KT NONNB

Dieu nous a pétris, d'un seul coup, de sa main. Notre âme lient de lui ; le corps seul est humain ! Laisse mon corps grandir. Emporte ma pensée ; Pensée et corps, tout est à toi, ma fiancée ! »

Mathis, jeune orphelin, vigoureux sauvageon, Né d'une fille-mère, et morte d'abandon. N'ayant pas d'autre état, que le vain pâturage, Comme gardien et pâtre et porteur de fourrage ; N'ayant jamais reçu d'un maître une leçon.

Pour lire et pour écrire et, d'ailleurs, bon garçon. Fut, malade, soigné par la fille du maire.

Qui, charitablement, lui tenait lieu de mère. A neuf, ans et guéri, près Fidèle nichant, Son dévouement parut si franc et si touchant. Que le maire le prit, pour son garçon d'étable, Par les servantes mis à l'écart de leur table. Un jour, porteur d'un pot, suivant Donie au bois. Chargé d'y recevoir les fraises d'or de choix, Qu'elle-même cueillait, pour régaler son père. Il vit à deux pas d'elle, une grosse vipère.

Et prompt, jetant au loin les fraises et le pot, L'écrasa de son pied et de son lourd sabot.

Et Donie, oubliant du gamin la naissance, Soit par bonté du cœur, soit par reconnaissance. L'école refusant Mathis, comme bâtard.

Lui paya des leçons et des maîtres à part.

Et ce garçon devint, son école finie, Le messager du maire et le groom de Donie.

Toutes les nations sur ce point sont d'accord : C'est par Fhonnêteté que se conserve l'or.

N'importe le commerce, a dit un vieux derviche, Fais-le ! mais sois honnête et tu deviendras riche. La traite des bestiaux est un commerce usé, Où, sur tous les marchés, on joue au plus rusé. Des bêtes les défauts sont comme ceux des hommes. C'est sur ce plus ou moins que se règlent les sommes. Il faut bien s'y connaître. Et tel, le plus huppé, Croyant avoir rusé, n'est qu'un trompeur trompé. Mieux vaut l'état de serf, et malgré ses attaches. Que celui d'un marchand de chevaux et de vaches ! Surtout sans les tramways et les chemins de fer... Riel d'un paradis, tomba dans un enfer.

Debout, longtemps avant l'aube, on soigne sa bête. Qu'il faut accompagner, qu'il pleuve, ou qu'il tempête, Dans la boue et la neige, avançant, pataugeant, Pour prendre au saut du lit un client, Pierre ou Jean. Parcourant tout crotté, trois et quatre villages, Au dos souvent un veau, qui vous fait des sillages ; N'ayant pour tout dîner qu'un morceau de pain bis, Parfois trempé de lait, trait à la main, d'un pis. Jamais de parapluie ! Et les mains sans mitaines. Qu'il crève, lui ! pourvu que ses bêtes soient saines ! Le paysan du moins, reste l'hiver chez lui.

Le marchand est dehors, et s'il ne gèle, il cuit. Puis rentrant affamé, sa table toute prête.

Il faut auparavant faire manger sa bête.

Le sabbat seul au juif, est un repos complet.

En ce jour, il n'est plus, ni maître, ni valet.

Jour qu'il consacre à Dieu ; jour de liesse et de joie.

Nul malheur ne Tabat, nul fardeau ne le ploie.

Grands et petits, égaux devant le juif pieux,

Prennent part à sa table, au dîner copieux;

Au bout de quelque temps, la bête du juif même.

Reconnaît le sabbat, pour son repos qu'elle aime.

Nulle affaire non plus, pas pour un million.

Le sabbat fait un saint du dernier maquignon.

Uriel fut soumis à ce train de galère,

Non sans voir s'amoindrir l'estime populaire.

La compensation à ces vilains travaux,

Ce fut, par lui doublé, le trafic des chevaux

Les dangers sont plus grands : défauts rédhibitoires,

Vices secrets nombreux, qu'on ne voit pas aux foires.

Uriel connaissait tous ces défauts du sang.

Mais quel fier cavalier ! Le bel adolescent !

Quand sur un étalon, sans éperons, ni selle,

A côté de Donie et se penchant vers elle.

Ils chevauchaient, tous deux, sans haltes, sans arrêts,

Dévorant, respirant les senteurs des forêts ;

Se reposant une heure, ombragés par un hêtre.

En laissant leurs chevaux, dans les herbes pour paître.

Puis, rentrant vers le soir, et toujours au galop.

Au milieu des bravos et des sons de grelot !

Se voyant tous les joui's, ils passaient leurs soirées, A Fétude de leurs lectures préférées.

Donie étudiait la Bible en allemand,

Mais non sans la soumettre à son sain jugement.

Outre un précis français d'histoire universelle,

Riel lisait Corneille et Schiller avec elle.

Lui, restait tous les soirs fort tard chez le rabbin.

Poursuivant son hébreu. «Tu n'es plus un bambin !

Lui dit le pasteur. Va ! fuis ! pars pour l'Allemagne !

Après treize ans le juif est majeur. Pars et gagne

Ta vie ! Et tes parents, quand tu seras parti,

Ne craindront plus pour toi, de te voir converti.

Assez de tes amours ! N'as-tu pas le diplôme

De rabbin ? Il te faut encor celui de l'homme !

Maintenant je te prie, et pour me rassurer.

De faire le serment de ne pas abjurer

Pour la chrétienne foi, clandestine ou publique ;

Pour être l'époux d'une épouse catholique ! »

Uriel répondit : « Merci ! Mais c'est en vain !

Car l'esprit de Donie, esprit vraiment divin,

Et son âme de vierge, idéale, angélique,

Au-dessus de la juive et de la catholique.

Planent dans des hauteurs, que nous n'atteignons pas ;

Au-delà de la vie, au-delà du trépas !

Mieux que moi, mieux que vous, et depuis sa naissance.

Elle a vu le vrai ciel et du vrai Dieu l'Essence.

Prophétesse elle est née. Et comme Débora,

Heureux le peuple, auquel elle commandera !

Un hiver rigoureux de neiges et de glaces, Laisse, même en été, d'ineffaçables traces.

Le citadin cossu, bien chauffé, bien couvert,

Ne se figure pas ce que c'est que Thiver.

Les arbres au printemps, un moment avant Taube,

On dirait, saluant la lumière du globe,

Sans le moindre zéphir, et sans le moindre vent,

Remuent leurs faites drus, en arrière, en avant,

D un doux sussurement. C'est, dit-on, leur prière ;

Leurs chants, glorifiant le Dieu de la lumière.

Ces arbres, en hiver, sont des cadavres froids.

Les neiges ont blanchi les branches de leurs bois.

Plus de gais bruissements et plus de doux murmures !

Rien que des hurlements, des claquements d'armures !

A travers le brouillard, les sifflets des hiboux,

Les coua coua des corbeaux, et les hou ! hou ! des loups.

Les ruisseaux en été, secs, pleins d'herbes fleuries.

De leurs bourbeuses eaux, inondant les prairies,

En font un vaste champ de gel et de frimas ;

D'erratiques glaçons d'innombrables amas,

Et Tœil n'aperçoit plus qu'une plaine gelée.

Avec des tertres blancs, de neige amoncelée.

Par un de ces hivers, rigoureusement fort,

Uriel sans Donie aurait trouvé la mort.

Plusieurs fois vers la nuit, retournant au village,

Le chemin de traverse abrégeant le voyage.

Après avoir passé, les dents claquant de froid,

Par un bois déjà sombre, et non sans grand eflroi,

Glissant sur des guérets dont toute la surface,

D'eau de neige inondée, était prise de glace.

Il rentrait engourdi. Ses pieds étaient gelés.

Ses habits déchirés et ses genoux pelés.

BABBIN ET NONNB 47

Et quand sa mère au père imputait ce supplice, Le père répondait : « Il faut qu'il s'aguerrisse ! » Un jour Ricl avec deux jeunes compagnons, Par un temps infernal de neige en tourbillons ; Aveuglés, secoués, comme en mer de tangage, Tombèrent dans un tas, au moins haut d'un étage, De neige accumulée, et criant : Au secours !

Mais toujours enfonçant, et leurs souffles plus courts. Rien ! Personne ! Le sang leur sortait de la gorge. Quand Fidèle et Mathis, revenant de la forge. Pour un fer de cheval, reconnurent la voix D'Uriel, et jugeant qu'il était aux abois, Mathis courut sonner le tocsin de détresse.

Et Fidèle, d'un bond, avertit sa maîtresse.

Le tocsin c'est le feu ! Mais Donie accourant. Par Fidèle conduite, et Mathis requérant Des paysans, à grands coups de pioche et de houe. On entame la neige, qui s'effondre et se troue. Et les trois jeunes gens, moitié morts, étouffés. Furent portés chez eux, pour être réchauffés. Uriel, en sortant d'une courte agonie.

Grâce aux soins de sa mère, à côté de Donie, Ne pouvant dire un mot, les tenait par la main. Et Mathis, à cheval, en brûlant le chemin.

Galopait pour chercher dans la ville voisine, L'élixir du docteur, prescrit pour médecine.

Le bon Fidèle aussi, ses pattes sur le bord Du lit et rassuré, témoigna son transport.

En léchant d'Uriel les mains et la figure.

Et cet instinct de joie, était de bon augure.

Uriel n'était pas encor hors de danger,

Que Donie apprêta sa fuite à l'étranger.

En priant le rabbin, qu'en ce sens il agisse...

Le père encor répond : « Il faut qu'il s'aguerrisse ! »

A peine rétabli, le jeune homme roula

De danger en danger, de Charybde en Scylla.

Son père un jour lui dit, revenant d'une foire :

« Il me faut une vache à lait, mais toute noire.

Je n'en ai pas trouvé, d'où je viens, au marché.

Mais un négociant juif, qui s'appelle Moché, *

M'a dit qu'il en est une, au bout de son village.

Qu'il sait qu'elle est à vendre et noire de pelage.

Tu vas me l'acheter, à n'importe quel prix.

Tu te moques de moi ; tu jettes de hauts cris.

Et tu ne comprends pas, pourquoi de couleur noire?

Mais malgré ton beau nez, fourré dans ton grimoire,

Tu ne sais rien de rien ; oui, mon fils, rien de rien !

Et nos doctes rabbins en savent moins qu'un chien !

Sache que dans la vie, il est nombre de choses,

Qui pour nos soi-disant savants, sont lettres closes.

Mais assez là-dessus! Tu l'apprendras plus tard.

Va m'acheter la vache, et dépêche-toi ! Pars ! »

Il fallait traverser la forêt de trois lieues,

Bien faite pour donner aux passants des peurs bleues.

A Donie Uriel, parlant de cet emploi,

« Nous t'accompagnerons, nous deux. Fidèle et moi.

1 C'est le mot hébreu pour Moïse.

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Lui dit-elle. Et Mathis, sa hache à la ceinture, Ne sera pas de trop. La forôt n'est pas sûre. Elle est pleine de loups et de fauves humains. Mais Fidèle a des dents, et nous avons des mains ! » On tâchait d'arriver au village avec Taube, Pour estimer la vache et voir sa noire robe.

La forêt traversée et le marché conclu, Car la bête fringante à Donie avait plu ; Il fallait l'emmener. A peine trois ans d'âge, N'ayant quitté Tétable, elle était fort sauvage. Le fils de la maison, lui seul, la caressait ; Seul, il pouvait la traire, et seul, il la troussait. Elle avait Tœil farouche et les cornes en pointes. Mathis pour la dompter, de doubles cordes jointes, Autour du front nasal, et serrant les naseaux, La sortit dans la cour. Mais comme des roseaux. Elle rompit la corde et rejeta son guide, A trente pas au loin, comme un vieil invalide. Donie, alerte et prompte, accourut vers Mathis. Quand la bête enragée, et de bonds abrutis,

Se rua sur Donie, épouvantée, aphone

* Mais Uriel, plus prompt que la foudre qui tonne. Faisant front à la bête, et reculant d'un pas. Pour donner libre cours à ses musculeux bras. Sans mesurer longtemps ses forces et leurs bornes, De ses deux mains de fer, la saisit par les cornes. .. Et crac ! la renversa comme un lambeau de chair. Sur un tas de cailloux, les quatre pieds en l'air. Au cou de son sauveur, et l'embrassant, Donie

S'écria : « Que je sois, et maudite et bannie ; Que plutôt on m'envoie à Tenfer, sans appel ; Que de vivre un seul jour sans toi, mon cher Riel ! Ton corps est aussi souple et fort que ton génie ! Ah ! ne cesse jamais, jamais d'aimer Donie !

Etre unis seulement un jour, et puis la mort ! Pourvu que nous ayons tous deux le même sort ! »

La bête comme Thomme, ayant trouvé son maître, S'adoucit et devient plus facile à soumettre. Uriel remmena sans encombre et sans bruit.

Quand le père lui dit : Demain soir à minuit. Tu connais comme moi, la belle Anne-Marie.

Sa vie est en danger par la sorcellerie.

— La plus grande beauté du village voisin ?

Servante mariée avec son vieux cousin ?

— Précisément, c'est-elle ! Elle est ensorcelée. Chose, qu'en grand secret, elle m'a décelée.

11 est riche, son vieux, mais ils n'ont pas d'enfants.

Motus ! sur tout cela. D'ailleurs, je te défends

De t'en moquer ; d'autant moins que le moindre blâme

Compromettrait l'affaire et l'homme, en étant l'âme.

Elle m'a dit qu'un vieux sorcier l'ensorcelait ;

Que ses vaches de choix ne donnaient plus de lait.

Que ses nourrins perdaient leur évidente graisse.

Et pour que cet état de choses disparaisse,

Elle suit les conseils d'un jeune et fort sorcier.

Voici pourquoi, mon fils, tu m'as vu négocier

Pour une vache noire. Et tu verras le reste.

Mais sans ouvrir ta bouche, et pas le moindre geste! » « Mon père, dit Riel ! Tu crois donc aux sorciers? »

— Si j'y crois, j'en ai vu. Ce sont les carrossiers

Du diable. Oui, j'en connais et surtout des sorcières. J*en ai vu le matin, au milieu des clairières; Cheveux épars ! pieds nus ! et rentrant du sabbat. C'est sur elles, dit-on, que le diable s'abat. Pour avoir manqué l'heure, aux sons d'infernaux cuivres. »

— C'était probablement des ivrognesses ivres !

— Des sorcières, mon fils, de leur sabbat rentrant. Et dans un satané désordre transparent. »

Le sol était boueux, d'une pluie importune.

Pas une étoile au ciel, pas un rayon de lune ! Un faible lumignon éclairant un hublot, Et dans la grange un homme avec un sourd falot. Minuit étant sonné, la vache étant venue, Anne-Marie en jupe, et la poitrine nue, (jlissa hors de sa porte, étant, d'ailleurs, en deuil, Prit sa croLx de jais noir, la coucha sur le seuil De l'étable, abritant deux vaches couleur moire, Valant le triple au moins de la vachette noire ; Marmottant et faisant le signe de la croix.

Qu'en invoquant la Vierge, elle faisait trois fois. Puis, elle disparut vivement dans la grange.

Le père d'Uricl, dans un jargon étrange, Après avoir sorti les deux vaches en troc, De sa plus forte voix, cria : Ml yidmé loch ! *

1 Mot hébreu, « qui peut être comparé à loi! »

Et frappa d'un gourdin tous les murs à la ronde,

A chasser et damner tous les sorciers du monde.

Un fumier se trouvait au milieu de la cour.

Des épines en tas, le couvraient tout autour.

Sur ce fumier, Riel, courant après la bête,

Une épine pénètre en son pied et l'arrête.

Un long, douloureux cri, retentissant au loin.

Sortit de son gosier ; lorsqu'un homme, d'un coin,

Sautant sur lui d'un bond, le saisit par sa sangle.

Et lui dit : « Pas un cri, jeune homme ! ou je t'étrangle ! »

Essayant d'un mouchoir, enroulé sur ses doigts.

De lui fermer la bouche et d'étouffer sa voix.

L'homme était grand et maigre, et sa barbe était rousse,

Longue, épaisse et carrée, à donner la secousse

A tout homme peureux, qui l'aurait rencontré.

Dans un fourré de bois, tout seul et sans son gré.

« Mais, lui cria Riel : une épine pointue

M'a traversé le pied ! — Silence ! oa je te tue ! »

Et voyant dans la grange, une ombre s'avancer.

Il y porta lliel, pour le faire panser.

Par la jeune et belle Anne, aussi bonne que tendre,

.Afin de l'empêcher, qu'U ne se fit entendre.

(Les vaches devant lui, pour les mettre à l'abri.

Le père, déjà loin, n'entendait pas un cri.)

L'épine au pied était à la fois longue et mince.

On ne put l'arracher. On n'avait pas de pince.

Mais au risque de voir son pied percé perclus,

Le blessé se calmait et ne se plaignait plus !

Ses yeux ne voyaient plus que la belle Anne en jupe,

Et sa poitrine nue. Uriel fut-il dupe

De ses sensations ? D'amour un apprenti,

Encor pareil effet, il n'avait pas senti.

Pour lui, Donie était Tange et non une femme.

Marie- Anne, elle aussi, sentait d'amour la flamme.

Envahir son cœur pour le bel adolescent.

Et suçant sa blessure, encor pleine de sang.

Elle allait l'embrasser. Quand l'homme à barbe rousse,

S'élance furieux, la saisit et la pousse ;

Et s'enfuit avec elle, éteignant le falot

Dans la cour le mari, cria : « Ma femme ! hallo ! »

De l'homme les rapports des effets et des causes,

Se font aussi sentir dans les petites choses.

Riel pour son commerce, au bout de quelques mois,

Des clients de son père, était l'homme de choix.

Ne rusant, ni mentant, au profit d'une bête.

Et n'en rajeunissant, ni les pieds, ni la tête.

Disant sur l'animal la stricte vérité,

Tant pour être vendu que pour être acheté.

Et quand il fut trompé, ne trompant pas un autre.

Boue habituelle, où plus d'un marchand se vautre.

Une affaire était faite en dix mots échangés,

Et les conflits étaient, entre amis arranges.

D'ailleurs, partout connu pour un garçon de chance.

Apportant le bonheur, à l'affaire qu'il lance.

Sa mère aussi disait : Mon fils, quand même il dort.

Le plomb que tient sa main, change et devient de l'or.

Le père, respectant de son fils la parole,

Ne défalquait jamais d'une affaire une obole. Uriel, à son tour, maitre de son argent, Kq pourboires gagné, n'ayant jamais d'agent, Employa largement ses honnêtes richesses, A surprendre Donie, outre d'humbles largesses, De friandes douceurs, de présents en bijoux, (L'amour est un enfant, il lui faut des joujoux.) Toujours avec l'argent gagné sur ses aumailles. D'un diamant en bague, oflre de fiançailles!

Riel rentra pensif et métamorphosé.

Jusqu'à cette soirée, il n'avait pas osé

Imprimer à Donie un baiser sur la lèvre.

Depuis cette aventure, et comme pris de fièvre,

Il trembla, frissonna, en lui prenant la main.

Et sans se demander, sans chercher Fexamcn,

Ni de ses sentiments, ni de sa conscience,

Se croyant parfois pris d'un accès de démence,

11 la voyait en rêve, en venant acquiescer,

A prendre sur sa lèvre un amoureux baiser.

La serrant sur son cœur, au risque de Tétreindre,

Pour allumer sa flamme, ou plutôt pour l'éteindre !

Fut-il jamais, est-il dans la vie un hasard ? Tout fait est-il fortuit, sans génie et sans art? L'homme est-il le jouet d'une herbe indigérée ? D'une bête qui passe, aveugle ou mal ferrée?

Question épineuse, et par nos grands penseurs. Qui de l'àme et du cœur, sont les vrais ascenseurs,

BABBIN ET NONNE 55

Soulevée et pesée, admise et discutée,

Fà sans solution, fi la fin écartée.

Pascal là-dessus dit : Le hasard est un cas.

Par Dieu lui-même écrit, mais qu'il ne signe pas.

Donie à cet essor, devint triste et pensive,

Et se disait à part : Je voudrais être juive !

Uriel a seize ans, j'en ai peu moins que lui.

Selon le rite juif, et grâce à sou appui,

A Vautre bord du Rhin, nous trouverons peut-être,

Etant tous deux majeurs, pour nous unir, un prêlre.

J'y songe quelquefqis et je n'ose y penser.

Mon père m'aime lant. Ce serait l'offenser.

11 nous faudra partir, partir pour l'Amérique !

Un rêve ! Mais qui n'est nullement chimérique !

Un gros événement, longtemps inaperçu,

Toujours éclos de l'acte et dans sou œuf conçu.

Comme un coup foudroyant, compromettant leur vie,

Frappa subitement Riel et son amie.

Dans son rêve étoile d'amour et d'amitié,

Riel ne sentait rien de sa piqdre au pied.

De temps en temps pourtant, d'une douleur intense.

Il sentit au mollet comme des coups de lance.

Mais tous les jours dehors, par la pluie et le vent,

Il crut que ce n'était qu'un refroidissement.

La fête de Pourùn, jour de grande allégresse,

C'est la tête d'Esther, d'universelle ivresse,

Que le Talmud consacre, en disant : « Ce jour-15.

On ne doit distinguer le hélas, du holà »

Coïncidait avec un jour de grande foire.

A travers la forêt boueuse, épaisse et noire, Longtemps avant le jour, il fallait cheminer, Pour arriver à Taube, aQn de combiner Les affaires avec Esther et Mardochce, Et de joindre la fête, à ces noms attachée.

En pleine nuit Riel, seul et sans compagnons, A travers le village et ses obscurs pignons, Conduisait une vache, auparavant troquée ; On eût dit, elle aussi, d'une épine piquée, Qui se couchait, à tout instant, tout de son long. Et qui malgré les coups, restait là comme un plomb. En ce moment passa le père, en toute hâte, A cheval. « Ta vache est d'une drôle de pâte. Lui dit son fils. Descends, et viens à mon secours ! On ne pourra la vendre, elle n'aura pas cours. »

— Je te Tai déjà dit, qu'elle est ensorcelée !

— Ta sorcière aux pieds nus, en jupe, échevelée ; Mon père, je l'ai vue, ainsi que ton sorcier.

Une horrible crapule ! un gueux ! un besacier !

Je connais ton sabbat et tes sorcières mornes.

J'ai vu le diable aussi, mais pas à lui les cornes 1

Je te parais, mon père, un peu trop incisif.

Mais ces bêtes d'erreurs sont indignes d'un juif !

Et vrai, si de ta foi, c'en est une colonne.

Tu peux la mettre au tas. Je sais ce qu'en vaut l'aune. »

Jamais Riel n'avait ose parler ainsi.

Mais voyant dépérir sa bête, et lui, transi,

Et son père à cheval, comme un étranger rogue.

Passer comme le vent, un jour de fête en vogue,

Pour aller festoyer, et sans se soucier

De son fils en détresse, imputée au sorcier.

Le lien de famille, encor fort en son âme,

Se rompit, comme un fil de lin qui sent la flamme.

La vache non vendue, et le père rentré,

Riel la ramena, triste et contre son gré.

Un soi-disant ami, portant le nom d'Élic,

L'accompagnait ; ami d'un jour qui vous oublie.

Une croix de bois noir, au cœur de la forêt,

Sur le bord d'un fossé, servait de point d'arrêt.

A ce point arrive, Riel, naguère ingambe,

Comme paralysé, ne put lever sa jambe.

Tuméfiée, enflée en un seul gros tuyau.

De la plante du pied, par-dessus le moyau,

Il dit à son ami : « Va, ramène la bête.

Préviens mes père et mère et prends part à la fête.

Qu'on vienne me chercher, à cheval, en chariot.

Préviens aussi Donie et Matliis, son petiot.

Va ! Pars au pas de course, et que la vache crève !

La nuit va me surprendre. Et si l'on ne m'enlève,

Je suis un homme mort ! » Le jeune ami partit.

Se traînant vers un chêne, Uriel s'y blottit.

Surpris par des chalcure et des frissons de glace.

Malgré la fièvre, il voit un bûcheron qui passe.

Le dos chargé de bois. « Hé, là-bas ! bûcheron !

Lui cria Riel, si tu n'es pas un poltron.

Jette ton bois, prends-moi, croisé sur ton épaule.

58 BABBIN ET NONNE

• Pour me porter chez moi. Ce n'est pas une obole, C'est cent sous que je t'offre en argent : les voici ! » Mais jetant son fagot, de bois volé farci, Le bûcheron, au lieu d*accepter cette course, Arrache d'Uriel, et sa pièce et sa bourse.

Puis, le roulant du pied au fossé, comme un fût, « Crève ! bougre de juif ! » dit-il. Et disparut. — Sois maudit, et maudits soient les tiens et ta femme ! M'cntends-tu, misérable ! Entends-tu, gueux infâme !

Uriel te maudit, et son Dieu rcntcndra ! »

(Il mourut quelques mois après du choléra.) Mais Elie arrivé, hors d'haleine, à Tenfrée Du village, où d'Esther la fête consacrée Battait son plein ; traîné par divers compagnons. Mangeant, chantant, buvant de maisons en maisons. Et roulant aviné, lui-même sous la table, (La vache toute seule entra dans son étable.) Ivre, avait oublié le malheureux Riel, Se mourant, étouffé par l'air pestilentiel.

Sous d'affreuses douleurs et d'intenses fièvres, Et le nom de Donie, échappant de ses lèvres.

Ne voyant pas son fils, à neuf heures, rentré

La mère, toute en pleurs, le visage empourpré,

Arrêtant son mari, lui dit, hors d'elle, et comme

Une folle. « Mon fils ! Où l'as-tu, cruel homme !

Où l'as-tu laissé? » « Bah ! dit l'homme. Il est, il boit,

Probablement avec ses compagnons. Il doit

Être rentré. » La mère alors avec Donie

Accourant, rencontra dans une compagnie

Élie, un peu remis, titubant du jarret.

Qui leur dit : « Votre fils, il est dans la forêt,

A la croix noire ! 11 a la jambe toute enflée,

Et ne peut faire un pas ! » Son haleine essoufflée

Lui coupa la parole. A peine ces mois dits,

Que traité comme un traître, élève de bandits.

Il fut roué de coups de poing et de vaisselle,

Dont un tesson en pointe, aveugla sa prunelle !

La foule, en accourant, quittant cet assassin.

Et se ruant d^abord à sonner le tocsin ;

S'apprêta pour partir, à cheval, en voiture.

L'un montrant une corde et l'autre une ceinture.

Donie, en s'élançant sur son pie étalon.

Sans cravache et sans un éperon au talon ;

Ventre à terre, et fendant l'air, comme ayant des ailes ;

Arrachant aux cailloux des bouquets d'étincelles ;

Derrière elle Mathis sur la jeune jument,

Arrive à la croix noire. Et juste en ce moment,

La lune miroitante, émergeant d'un nuage,

Sur Uriel, pâmé, sur son pâle visage,

Dessinait le reflet d'un nimbe en cercle rond.

Donie en se penchant, le baisant sur le front,

Et sans perdre de temps, sans dire une parole,

Fit approcher Mathis, le mit sur son épaule,

Et se rangeant d'un bond sur son gras étalon.

Elle hissa Riel devant, comme un pilon,

Le tenant de sa droite, et la bride en main gauche ;

Et partît, on eût dit, un éclair qui chevauche!

Riel était déjà dans son lit reposant,

Quand les autres partaient, discutant et musant.

« Bien heureuse la femme en Rappelant : sa fille !

Moi, je n'en connais pas, allant à ta cheville !

Dit la mère à Donie, en lui sautant au cou.

Devant toi je fléchis humblement mon genou !

Je serai de ta foi, si tu n'es de la nôtre !

Tu seras ma bru ! Toi, ma fille, et pas une autre ! »

Uriel délirait d une fièvre de mort.

Et naturellement le médecin, un fort, Déclara net, que pour éviter la gangrène.

Contre laquelle Tart n'a d'herbe, ni de graine, Il fallait procéder à l'amputation.

On conçoit des parents la désolation.

Mais Donie écoutée, avec la mère intime.

Et traitée en future épouse légitime.

Par un des mouvements, d'involontaire essor. Dit à l'opérateur : « J'aime mieux le voir mort ! S'il mourait, je pourrais, comme lui, ne pas vivre. Mais pour m'estropier, je ne voudrais le suivre ! » Puis amenant son père, ayant sans médecin Guéri des gars mordus d'une bête à venin.

Celui-ci lui donnant une feuille de lierre ; « Voici, lui dit-il, l'art, le secret de ton père. Et voici le moyen de s'en servir. D'abord L'appliquer à l'envers, et le poison en sort. Puis en mettant la feuille, et sur l'endroit du lierre, La peau plate se joint comme sous la meulière...

lUBBIN ET KONNE 01

Ces pansements se font au moins trois fois par jour,

Avec de Teau glacée, aspergée tout autour. »

Donie exécuta strictement ce précepte.

Avec joie et bonheur le malade l'accepte.

Et redoublant de soins, son fiancé chéri,

Au bout d'un mois, était complètement guéri!

Pour sa grande beauté connue, Anne-Marie Croyait-elle vraiment à la sorcellerie ?

On peut sonder Tablme, en largeur, en longueur. Mais de la femme, nul ne peut sonder le cœur. De ses divers aspects, nul n'aura la mesure.

On voit un temple au loin, de près une masure. Marie-Anne, un matin, prenant un air dolent.

Portant la poule noire avec un beau coq blanc. Qu'elle avait promis, lors du minuitain échange De ses bôtcs, apprit, dans un naïf mélange De passion d'amour et de crédulité. Et d'une voix câline, au jeune homme alité.

Que son maire, un cafard, étant amoureux d'elle. Lui cherchait une sotte et méchante querelle. Eu faisant répéter au village le bruit.

Qu'elle allait au sabbat, et pas seule, à minuit.

Ayant reçu du diable une vache à lait noire

Elle ajouta : « J'en perds le manger et le boire. Qu'elle soit rousse ou blanche, il faut me la changer. L'homme roux n'est plus là. Vous viendrez sans danger.» Donie, en entrant, dit, jouant de sa cravache : « Que te veut cette femme? » — Elle veut une vache. »

« C'est cela, dit Marie. Est-ce que tu viendras? »

Donie, à ce mot Tuy laissa tomber ses bras.

Une subite, chaude et rouge fulgurence.

Faisait fumer son front, si calme en apparence.

Riel s'en aperçut et Marie-Anne aussi.

« Je viens trop tard, dit-elle, à part... Et haut : Merci !

Votre père viendra. Père ou fils, c'est tout comme. »

« Madame ! allez-vous en ! Riel n'est pas votre homme. »

Dit Donie, en raillant son injuste courroux.

Et Riel lui conta l'exploit de l'homme roux.

A l'autre bord du Rhin dans le duché de Bade,

Les Juifs d'alors, n'ayant ni fonction, ni grade.

Suivaient de leurs rabbins la juridiction.

Sans publier les bans, et sans immixtion

De la loi de l'État, ni pour les mariages.

Ni pour enregistrer les sexes et les âges.

Donie ayant senti par sa précocité,

Les désirs de l'hymen et sa nécessité,

Et dé son jeune ami, voyant les véhémences

De Tamour se trahir par ses effervescences ;

Comme jadis Juliette avec son Roméo,

Dût son lit nuptial devenir son tombeau,

Hâta son mariage, en bravant la justice.

Malgré les préjugés d'un monde peu propice.

Uriel, fût-il même en France converti,

Nul prêtre à les unir, n eût jamais consenti I

Cherchons, dit-elle, au Rhin le vent à notre poupe...

Mais la distance est loin de la lèvre à la coupe.

Le curé du village, en secret dénoncé,

Comme un chaud partisan des Juifs, fut remplacé,

Par un jeune curé, mangeur d'Israélites.

Elève zélateur, chéri des jésuites,

Voulant contre Donie, aimant un juif maudit,

Lancer son anathème, un jour, il se rendit.

Avec force saints au peuple, auprès du maire.

Et lui dit, d une voix sournoisement amère :

« Votre fille est folle ! Elle est prise de transports

Au cerveau. C'est certain. On a fait des rapports

Sur elle à TEvêché, puis, à la Préfecture,

Sur sa conversion, comme juive future.

Qu'elle aille au couvent ! ou vous serez révoqué ! »

« Ce méchant rapporteur est lui-même un toqué. •

Lui dit le père. Et si Ton dit ma fille folle,

Qui viendra la toucher, n'aura pas poire molle !

Je ne m'appelle pas maire, mais charbonnier.

Maître chez moi ; de plus, un ancien grenadier. »

<( Ah ! lui dit le curé. Vous sifflez haut, beau merle !

On viendra bel et bien, vous prendre votre perle !

Un médecin suffit (j'en serais désolé,)

Pour la déclarer folle et la mettre sous clé.

Votre fille est, dit-on, une habile écuyère,

Fière et précoce. Même on dit qu'elle est sorcière.

Croyez-moi, vous serez contre le pot de fer.

Toujours le pot de terre. Il se casse, ou se perd. »

Cette accusation d'impure ignominie,

Couvrait un brin d'amour du curé pour Donie.

Un tartuffe toujours, concupiscent et faux,

Est dans tout zélateur, avec tous ses défauts.

Pendant sa maladie et sa convalescence,

Uriel méditant, scrutant sa conscience,

Résolut dans son for, de braver tous les maux,

Plutôt que de rester négociant d'animaux.

Ayant communiqué sa pensée à sa mère,

Celle-ci Fapplaudif par un bravo sommaire.

Et pendant qu'il était au lit, malade et coi.

Il avait rédigé ses préceptes de foi,

Pour les communiquer, les soumettre à Donie,

Qui, disait-il, avait plus que lui de génie.

Car il faut au bonheur de durable union.

Que les cœurs soient d'accord par leur religion.

Et pour sceller Tamour d'un homme et d'une femme.

Que leurs âmes ne soient, qu'une seule et même âme !

A peine hors du lit, Uriel tracassé

Par son père, lui dit : « Assez ! mon père ! assez !

Mon corps me vient de vous, maïs de Dieu me vient l'âme.

Le corps, c'est le fourreau. L'esprit, c'en est la lame.

De travailler pour vous, partout, je le promets.

Non pas dans les bas fonds, mais sur les hauts sommets.

D'une spirituelle et glorieuse vie.

Mon âme périrait et serait enfouie,

Dans les puants fumiers des vaches et des veaux.

Ma mère, elle, sait mieux que vous ce que je vaux.

— Tu n'as jamais été que le fils de ta mère.

Conspirant avec toi pour la fille du maire.

Tu parles du fumier, tu crèveras dessus !

En vil renégat juif, et sans croire à Jésus.

Demande à ton rabbin. Il connaît des exemples,

De rabbins en abbés, méprisés dans leurs temples ;

Et zélateurs, forcés, pour que Ton croie en eux,

De poursuivre les Juifs, d'accuser les Hébreux,

Inoffensifs et doux, des crimes improbables,

Dont d'anciens chrétiens seuls, eussent été capables. »

Le père abasourdi, tristement anxieux.

N'avait pas regardé sa femme, de ses yeux.

Avant de se coucher, il avait l'habitude

De rester en chemise. Et dans cette attitude,

En sirotant du kirsch, sur son fauteuQ de bois ;

De réveiller sa femme, et lui dicter ses lois.

La mère dans Falcôve était déjà couchée.

« Femme ! s'écria-t-il, d'une voix écorchée,

Je me vois abreuvé d'ennuis et de défis.

N*as-tu pas contre moi, conspiré pour ton fils?

Je ne suis plus d'un char que la cinquième roue.

Je reçois de mon fils des soufflets sur ma joue.

D'un maître je n'ai plus qu'un risible attribut »

Alors, également en chemise, apparut.

Comme un spectre, la mère, en levant sa main droite

Vers le ciel, le plafond haut de la chambre étroite,

Et dit à son époux, effrayé de ce ton,

« Par feu mon père ! et par Jéhovah ! Non et non !

Et mille et mille fois encore non ! Dussé-je

Mendier dans la rue et nu-pieds dans la neige ;

Et pour calmer ma faim, étreindre mes boyaux,

Mon fils ne restera pas marchand de bestiaux !

Et quant à ce bel ange, au doux nom de Donie,

RABBIN BT NONNE

En elle il a trouvé la terre au ciel unie.

Tu crois plaire au dieu juif : Dieu n'est d'aucune foi.

Pour nous tous, ses enfants, il suit la même loi.

Ma grand'mère était une orpheline tardive ;

Servante catholique, et convertie en juive.

Et je suis, tu le sais, la fille d'un rabbin.

Avec les Montagnards, ayant rompu le pain.

Ce fut le Décadi^ suite de Tathéisme,

Contre le sabbat juif, la cause de son schisme.

J'avais dix ans. J'ai vu le farouche Schneider.

Et j'ai vu la beauté, qu'il voulait posséder,

Et pour laquelle il est mort sous la guillotine.

Moi-même je devins une riche orpheline.

Un traître de parent, malhonnête tuteur.

M'a tout mangé. J'étais seule, sans protecteur,

Quand tu vins. Tu me vis. Je te rends la justice,

Tu ne demandas rien à la vierge novice.

Que sa verte jeunesse et sa mûre vertu.

Mais j'ai toujours souffert de te voir, le sais-tu ?

Restreint et confiné dans ton négoce, en somme

Brutal et dangereux. Quoiqu'un fort honnête homme,

Un père de famille austère et bon époux,

Ton vif tempérament est trop prompt au courroux.

Mais mon fils à moi tient encor plus de mon père.

Je ne veux pas le voir, ramer dans ta galère.

Il partira ! C'est moi, qui le ferai partir !

Il aura sa Donie et sans se convertir ! »

« Ma fille, dit le maire, abattu, le front blême.

.Gooq\^

Aussi bien, mieux que moi, tu sais combien je t'aime ! Mon amour paternel (je ne l'aurais pas cru,) S'est encore pour toi, de jour en jour, accru. Et pourtant j'ai poussé trop loin mon indulgence Pour ton amour. Ma fille, on te dit en démence. Il ne s'agit plus d'un couvent, trop bon pour nous. Mais pour toi, bel et bien, d'une maison des fous. Certes ! Tu me diras là-dessus, que nous sommes Nos maîtres et chez nous ! Mais tu connais les hommes. Ils sont bêtes, méchants, ombrageux, envieux. Pour rester encor maire, on me trouve trop vieux. Et toi trop jeune, trop libre d'extravagance. Le nouveau curé, plein d'audace et d'arrogance. Leur sert d'inquisiteur. Il ne s'est pas gêné. Il m'a, dans un discours, rudement malmené.

Plus forts que nous, ils ont le pouvoir et le nombre. Il faut donc d'un soupçon, éviter jusqu'à Tombre ! Il te faut renoncer à fréquenter Jon Juif.

Quel qu'en soit ton chagrin, intense ou fugitif! D'ailleurs, à la rigueur j'appellerai la force. Qui t'écrasera, comme on écrase une écorce !

A quoi bon leur prêter, par bravades, le flanc? Point n'est besoin de croire. On peut faire semblant De croire, comme ils font ! Assister à leurs messes. Et que même au curé parfois tu te confesses.

Contré l'ennemi vrai, soyons un faux ami !

Et contre un fort tartufie, un tartuffe et demi ! » « Tout cela, père, est vrai, lui répondit Donie. Le danger est réel, personne ne le nie.

Mais sommes-nous forcés de courber notre cou, Pour soumettre la nuque à cet infâme joug?

Sommes-nous donc des serfs attachés à la glèbe? Et pour nous subjuguer aux soupçons de la plèbe ? Mon père, il est encor sous le ciel des pays. Des prêtres alTranchis ; non encore envahis Par nos dissensions et nos haines slupides.

Où les hommes en paix, par des progrès rapides, En citoyens égaux, montent sur des hauteurs, Qui nous semblent ici, des rêves de conteurs. Bon nombre d'Alsaciens s'en vont en Amérique. Et qui n'est plus pour eux un pays chimérique. Mon pcre ! Vous pourriez vendre comme eux, en lots Tous vos biens et partir aux sons clairs des grelots. Dix mille francs ici, font là-bas six cent mille. D une forêt ils font en deux ans une ville.

Et pour tout t'avoucr, je compte tôt ou tard, Pour ce libre pays, t'annoncer mon départ.

— Enfant, que dis-tu là ! Je suis vieux et malade. Et beaucoup trop cassé pour pareille escalade. Tu peux donc me quitter, et me laisser tout seul ? Etrangle-moi d'abord, couvre-moi d'un linceul ! Tu pourras alors vendre, et tes biens et tes bêtes. Non aux sons des grelots, mais aux sons des trompettes. Donie, en appliquant un filial baiser A son père attristé, lui dit pour l'apaiser, « J'obéis ! Attendons ! Un maître trop sévère, Ne règne pas longtemps. Il est dur, mais de verre. Attendons ! J'obéis ! Laisse-moi réfléchir.

Devant ma volonté, tout se verra fléchir ! »

Donie, avertissant Riel dans une lettre,

Lui dit, qu'en apparence elle allait se soumettre

A la nécessite. Qu'elle s'efforcerait

De le voir seulement, la nuit dans la forêt.

Que de s'enfuir sur l'heure, elle tuerait son père ;

Que son cœur lui disait plus que jamais : « Espère ! »

Qu'il lui restait toujours deux éprouvés amis.

Son Fidèle et Mathis, jusqu'à la mort soumis.

Elle ajouta : « Sois sûr, mon cher, quoi qu'il arrive.

Que je n'appartiendrai qu'à toi seul, morte ou vive! »

Des faits récents prouvaient au gémissant Riel,

Que le danger était, aussi grand que réel.

Le curé se gonflait en bœut, (cette grenouille) !

De l'Evèché jamais il ne rentra bredouille.

Préfet et sous-Préfet, jusqu'au juge de paix.

Tour à tour remplacés, dégommés et défaits.

Pour céder aux dévots et féaux satellites,

Des maîtres du pouvoir, valets des jésuites.

Il manquait une croix au village d'en bas.

Les Juifs qui l'habitaient ne s'en souciaient pas.

Alors, soit qu'il voulût compromettre le maire ;

Soit pour vexer les Juifs, le curé, dans sa chaire,

Exaltant les esprits, fanatisant les cœurs,

l'ar d'enflammants discours, et des hymnes en chœurs.

Prit la croix de sa main, d'un charpentier en vogue,

Et la fit ériger devant la synagogue.

A rinsu du curé, ce fut un peuplier

Du père d'Uriel que prit le charpentier,

Pour charpenter la croix, sur le conseil du maire.

Mais toute foi de haine en crime dégénère.

Pour inaugurer cette austère, sainte croix.

Dont un juif orthodoxe avait livré le bois,

La foule de plusieurs catholiques paroisses,

Hurlant: « A bas les Juifs ! qui se mouraient d'angoisses.

S'ameutaient, en formant une procession.

Pour prendre et transformer en leur possession,

La synagogue juive, en église ou chapelle.

Mais d'Uriel la mère à Donie en appelle.

Et Mathis sur son ordre, en montant sa jument,

Part et gagne le bourg, siège d'un régiment.

Au moment où la foule envahit le village.

Des tambours sauveteurs on entend le tapage.

Et la tourbe surprise, assourdissant la voix,

S'agenouille, en tremblant, pour adorer la croLx.

De la garde royale, un peloton d'élite.

Avait sauvegardé le temple israélite.

Veut-on savoir la fin de ce faux petit saint?

Il avait réuni dans un cercle restreint,

Les plus jeunes beautés, de l'âge le plus tendre.

Pour les édifier, à force de l'entendre.

La plus jolie était la fille de l'adjoint.

Adorant, comme un dieu, ce nouveau Messie-oint.

Cette fille, ô miracle ! estimée une sainte,

Au bout de quelques mois s'était trouvée enceinte.

Le curé prit la fuite. On ne Fa plus nommé.

S'il avait été juif, on l'aurait assommé !

Pris d'une fluxion mortelle de poitrine,

Le maire s'alita. Ce fut une autre épine

Dans le pied de Donie. Elle ne quitta pas

Le chevet de son père. Et quand son corps trop las

S'affaissa, d'Uriel la mère, en sa demeure

Venait la remplacer, chaque fois pour une heure.

Le maire était censé, par tous les citoyens.

Quoique tolérant, être un des meilleurs chrétiens.

Le curé contre lui, semant bien de la haine,

N'en avait jamais pu récolter une graine.

Dès que le médecin parla de ponction,

On chercha le curé pour l'extrême-onction.

Il parlait à Donie, en véritable apôtre,

Et la félicita, pour avoir quitté l'autre.

Puis, parlant des Hébreux, d'un ton fort agressif,

« Il me semble avoir lu, que Jésus était juif.

Est-ce bien vrai? » dit-elle, en mordant sa parole.

(( Oh ! lui dit le curé, ce n'est qu'un pur symbole.

D'un corps juif apparent, le Christ s'est revêtu.

Dès que l'esprit monta, le corps s'est abattu.

Les Juifs en ont gardé la chair et la poussière.

Les Chrétiens en ont l'âme, en toute sa lumière. »

Fidèle n'avait pas non plus quitté le fond

De la chambre, où couchait son maître moribond.

Et Mathis habillé, lui tenant compagnie, Remplissait, jour et nuit, les ordres de Donie. Grâce à ses soins, aussi tendres que continus, Les dangers imminents, pour mortels reconnus, Venaient de disparaître, au bout d'une semaine. Et la convalescence était complète et pleine. (( Ma fille, dit le maire à Donie. As-tu su, Ce qu'avant d'être au lit, j'avais pour toi conçu ? » ' — Non, mon père. » « Tant mieux! dit-il. Ma maladie A dévoré ma haine et mon antipathie Contre ton Juif. Sa mère, elle m'a bien soigné. Puis, à t'accorder tout je me suis résigné.

Je n'avais contre lui qu'un même et seul scrupule : Sa foi. L'ai-je rêvé ? Ma fille, il ne recule Plus devant le séjour des anges, comme toi.

Je vous ai vus unis, d'un seul lien étroit.

Il s'est fait catholique ! En mon trop long délire ; Était-ce un cauchemar ? Tous trois sur un navire, Nous tenant par les mains, sous un ciel nuageux, Trempés de vagues d'eau, fouettés de vents neigeux. Nous luttâmes en vain, contre vent et marée.

Riel presque mourant, et toi, toute effarée.

Nous reprenant toujours, l'un l'autre par les mains. Et faisant vainement des efforts surhumains.

Soudain un tourbillon, par des trombes étranges. Nous lance au sein du ciel. Et nous étions des anges ! »

Donie, au fond du cœur, pensait comme Riel, Sur le droit de l'enfant, entier, essentiel ;

RABBIN ET NONNK 73

Droit inaliénable et droit imprescriptible, D'opter pour TEvangile ou pour Tancienne Bible. Mais devant le respect, devant Tamour profond Pour son père, et de peur de le heurter de front, Elle se tut ; pensant qu'il suffit que deux âmes, Se tissent librement leurs chaînes et leurs trames. Et se disant : Le Temps, de Dieu le justicier. Change l'acier en cire, et la cire en acier.

Uriel a quitté ses bottes et sa blouse.

Dont plus d'une fillette avait été jalouse.

Sa sœur aînée, étant mariée, habitait

Un village voisin. Et Riel promettait.

Comme, de son côté, avait promis Donie,

D'y vivre saintement, bravant toute avanie ;

D'éviter le scandale et de garder pour soi.

Les préceptes secrets d'une idéale foi.

Autant que son esprit, son corps était précoce.

Il s'était renforcé par son récent négoce.

Sa voix ayant mué, devenait un ténor.

Sur sa joue ondoyait un léger duvet d'or.

A l'office il chantait tous les airs canoniques,

Suivis de courts sermons, purement rabbiniques.

On le dit assagi ; du moins on le croyait.

Mais pour mieux se dresser, un instant il ployait.

Le père de Donie, il le savait malade.

Pas un soupçon ! Et pas la moindre reculade !

L'abîme devant eux s'élargissait, béant,

Il fallait le franchir, par des sauts de géant.

Vérités de Cabale, en arcanes chiffrées,

Sa science en hébreu les avait pénétrées.

Son intuition et son sagace esprit,

Les avaient, en vers courts, réduites par écrit.

EtDonie attendait avec impatience.

Ce fruit qu'Eve a nommé : Tarbre de la science.

Espérant se créer un nouveau paradis.

En écrasant du pied, tous les serpents maudits.

Le jour où Riel vint voir sa mère au village,

De Donie il reçut par Mathis ce message :

« Il faut absolument que tu viennes me voir.

Non pas dans la forêt, mais dans un taudis noir,

La chambre de Mathis, la chambre de lésine.

Qu'il n'éclaire qu'avec des branches de résine.

Nous nous verrons bientôt, j'espère, seule à seul ;

Dans les champs, dans les prés, sous l'orme et le tilleul.

Ce vestibule noir, un temple pour nos âmes,

Mathis l'illustrera de ses fragrantes flammes.

Fidèle aussi sera présent. Il comprend tout.

Il me parle de toi, l'œil dans l'œil et debout.

Je m'arrête. Assez dit ! Je ne puis tout t'écrire.

La haine contre nous dégénère en délire.

Il faut nous marier et braver leurs arrêts.

Vivre, en s'aimant un jour, on peut mourir après !

Et si tu veux me voir développer mon thème...

J'essaierai ! Le voici : Je t'aime, t'aime et t'aime ! ... »

TROISIEME EPOQUE

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