‹ RabelaesianaChapitre 1 sur 91 · Rabelaesiana · texte numérisé non relu

Rabelaesiana

Il n'a pas fallu moins de trois siècles pour que l'humanité brisât Vos médullaire dont maître François lui offrait à sug;cer la sub- '^ir stantificque moelle, et qu'elle tirât ses fines "*ç'' & impréciables drogues de la boyte où il les avait enveloppées, toujours riant, toujours beuvant, toujours dissimulant son divin sçavoir.

Ar'^^^^^^^^^^^^^^^^^'^^^^r.^^^^t-^^t.

^;;j. 2 LES FÊTES DE RABELAIS A TOURS -i^

; Ces fines et impréciables drogues, c étaient .;.j.

^'4 la science, la justice, la vérité, la raison, la .;.<,

^-•4. liberté de penser ; et ce devait être l'honneur +34.

^.■-- de la Révolution, de la République, de les -t;]*

*.;• faire goûter à tous et d'élever des statues au •v*

*^?- grand homme qui les avait recueillies et trans- "V***

*^c' mises à son pays et au monde. "":*

'^''^ Messieurs, il ne faut pas s'arrêter à la cancue :

r et aux scories dont il a volontairement et '- ^

: nécessairement entoure ses diamants, au lumier •.

^^. dans lequel il a caché ses perles. Ce qu'il .;,^

^i convient de voir dans son livre, que le car- -^-j^

^p. dinal du Bellay appelait le livre par excellence, •-;>

^'f c'est le savoir qui y est prodigué, c'est l'exprès- vi^

^y;- sion sincère du véritable esprit français, qui "^3*

*".:' courait risque de s'altérer, de sombrer et de '\^

*'^' se perdre dans les brouillards plus que cimmé- V

;:' riens du moyen âge ou dans le rigorisme étroit '^

;. de la Réforme et du calvinisme. • .

^^ Rabelais fut avant tout et peut-être , à mon .;^^

^'^ avis, plus qu'aucun autre de ses contemporains, .;>

^-t). l'homme de la Renaissance. v*

*^ Pendant de longs siècles, le cléricalisme t*

*> tout -puissant de ce temps -là, les disputes ".*

*.'" scolastiques et les doctrines théologiques 'V*

*^f avaient épaissi sur le moyen âge les brouillards *V

'^ plus que cimmériens et tenté de rompre la \'

*Qt 'T^ *T^ 'Y^ *"+* *T^ T* *^ *+ * ^i^ *T* 'T' '^ *+^ 't^ M^ '+* ' +* *"-^ '+^ *T* 'T* ^-i^ î'ë*

♦^H- chaîne qui rattachait la chrétienté à l'antiquité +3"''

*^ païenne. -t^

*ï^:' Au xv^ siècle, dans les arts, dans les sciences, •'".i*

*cr dans la philosophie et les lettres, un grand "■;'*

*Ç^ mouvement se fit pour renouer avec les trf^- "-^^

: ditions antiques 1 esprit moderne, et cette :

^; impulsion de la raison humaine fut favorisée -.^

^^ dans son essor par l'imprimerie inventée « par ,;,^

^l inspiration divine ». i'^

^^ Rabelais se jeta dans ce courant avec toute .k-<.

4^f^ l'ardeur de son vaste et puissant esprit qui +,*

*'^ devint une sorte de vivante encyclopédie. Lan- t)<*

*ç" gués anciennes, langues vivantes, médecine, "y'*

*|^f anatomie, botanique, astronomie, sciences et T*

:" arts de toutes sortes, il s'assimila tout par ]]

J: l'étude et consigna dans son livre toutes les r^

^•^ connaissances de son époque. .v.

^v. Mais alors que le moyen âge régnait encore .;.ç,

♦h- et que la foi aveugle, la superstition et le fana- .;>

<>:;• tisme bâillonnaient la libre-pensée et la traî- -A-c.

'^'r naient au bûcher comme hérétique, il y avait t*

*-:' un double écueil à éviter, l'ennui des disserta- y*

*:' tions et démonstrations trop savantes, trop 'V'*

; absconses, qui ne pouvaient servir à vulgariser V'

^ les idées nouvelles, et par-dessus tout l'accu- V'

^^ sation d'impiété et d'hérésie qui conduisait 'r^

^ tout droit dans l'antre des Chats Fourrés et de S^

+(f^ 'T* *x •> «Y^ "T* T^ «T^ '"îp '^P «"4^ «^^ <^-i^ 'T^ '^P 'P' 'T* *T^ *+^ ^P *¥* T^ '^4-'^ ^t* Se*

•*'r^" 4 LES FÊTES DE RABELAIS A TOURS "^

^/- là aux fagots de la place de Grève ou de la •*^<e'

•>ri'' place Maubert. "^

*^' Louis Berquin, brûlé en Grève en i53o; ''p*

■^1^' Jean Caturce, régent de l'Université de Tou- '^'^

**"?* louse, brûlé dans cette ville en i532; Etienne '"?

-: Dolet, pendu puis brûlé sur la place Maubert ^.

;',, en 1546; Scaliger, qui laillit l'être pour avoir ^

^p.. mangé gras en ca.-ême; Clément Marot, com- JL

^'i. promis et obligé de fuir pour un crime sem- ^-^^

«-> blable et pour avoir traduit des psaumes en -A^.

<»>*+ vers français, c'étaient là des exemples bien "-W

<"':• capables de rendre prudents les plus braves. t^

^v Qui donc oserait blâmer Rabelais d'avoir, *'|j*

*;■ pour échapper à ces tragédies, enveloppé et T

V roulé ses plus erandes pensées dans la comédie ^

•. et la larce ^ t.

^',. D'autant que les farces les plus salées, les .;.^

^^. propos les plus graveleux ne répugnaient point .;<<.

^H- à ses contemporains, et que l'esprit gaulois -^

•O'r'- s'est toujours mieux accommodé du rire que -^j***

<n^- des larmes. "■j*

^p,. Mieulx est de ris que de larmes escripre, ÙJ^

J. Pour ce que rire est le propre de l'homme. ',.

*?::*• tt*"

/: Quoique François Rabelais, par sa pro- "^t

fession, par sa robe de moine puis de prêtre, appartînt à l'Isle Sonnante, alors en lutte J^

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lÇ'.

^. contre la Réforme, il ne prit point parti pour

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'.•' contre la Réforme, il ne nrir noint nnrti nnnr "^'J^

P la première, pas plus qu'il ne s'inféoda à la seconde. Gomme Erasme, il n'était pas homme

^ç-,. à vouloir remplacer une intolérance religieuse ^.

^?^. par une autre, le fanatisme ultramontain par ^^

4'^]'' le fanatisme réformateur. ^.^^

•>^}' Aux deux religions qui allaient se faire de -^^^

*".■'' cruelles guerres et se livrer de sanglantes "■>

^'^ batailles, il préférait la bonne religion panta- '■^;*

*^^ gruelique de « celluy grand bon piteux Dieu, "^^

A lequel créa les salades et les bons vins », c'est- 1

J à-dire le bien vivre, la tolérance, la liberté de -

^.1 conscience, la liberté de penser. ^^

^'/.u Aux nouveaux couvents et instituts des ^^

*/■-. frères Fredons, — probablement des Jésuites, — -^<.

*^ qui voulaient importer en France le catholicon +^-c«

*-^ d'Espagne, il préférait sa magnifique abbaye "S^

*'.* de Thélème, dont la règle si libérale était : "^

[^ Fay ce que vouldras. "^^

A Ainsi son génie s'identifiait avec le génie "?*

^,^ même de la nation française qui a pour les i

^^ dogmes imposés et pour les doctrines illibé- J

^2^ raies une répugnance invincible. Ainsi, ce ^!^

<.à, bouffon sublime, au milieu des bêtes du cirque i><,

♦>+ qui menaçaient de le déchirer et de le dévorer, ^,<.

'^^ portait à l'autel de la patrie l'œuf de la civili- -^^

•'•.■*' sation moderne, le trésor de la philosophie "*?!<•

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