‹ RabelaesianaChapitre 13 sur 91 · En ceste Isle Sonnante où ne sont que caiges · texte numérisé non relu

En ceste Isle Sonnante où ne sont que caiges

^?^- et oiseaulx, ceulx-çy ne labourent, ne cultivent -^^

"^r la terre. Toute leur occupation est gaudir, -^[^

*:" gazouiller et chanter a perpétuelle sonnerie de ".>

*^" cloches. De tout l'aultre monde, exceptez-moy "i^

r quelques contre'es de régions aquilonaires et ':

,|^ héréticques, leur vient ceste corne d'abundance j

^("i et copie de tant de biens et frians morceaulx. j,^

^L Mesmement de la benoiste Touraine, ou Tou- i^

^^+ rangeaux oncques ne feurent de mauvailse pie +"+.

•>;" couvez, tant et tant de biens annuellement leur +/;<.

♦r?* venoyent, que leur feut dict ung jour par gens -ti;*

*-j^ du lieu par là passans, que le duc de Touraine "if^

*'•"" n'avoit en tout son revenu de quoy son saoul "^"^

T de lard manger, par l'excessifve largesse que :

n ses prédécesseurs ont laicte a ces sacro-samctz ::,

.^ oiseaulx, pour en l'Isle Sonnante de phaisans ^

^ les saouler, de perdreaulx, de gelinotes, poulies j)^

^% d'Inde, gras chappons de Loudunois, venai- ^^

i>^ son de toutes sortes, et toutes sortes de gibier. ^^

♦9' Quand le ciel seroit d'airain et la terre de -^

'^'^ fer, encores vivres ne leur fauldroyent, feust-ce "^

^'^ par sept, voyre huyct ans, plus longtemps que *i*

'^ ne dura la famine en Egypte. '^^

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^d,, 40 RABEL.ESIANA P^-^

.c^ A Papegaut, au temps de Panurge, permiz ;.^

^r^. et licite estoit porter armet en teste, timbré de h^<.

^'m. tiare persicque, et tout rem pire Christian estant h^<»

+S.. en paix et silence, luy seul guerre faire félonne tj*'

*Ç' et très cruelle, surtout a rebelles, héreticques, •^<*

*^" protestans, désespérez, non obeissans à la ''^"^

*'f saincteté de ce bon dieu en terre, comme "^

^^"^ l'appeloit Homenaz, evesque de Papimanie, J

^r lequel adjoustoyt : Cela luy est non seullement ;,

:, permiz et licite, mais commandé par les sacres ';i^

^l, decretales ; et doibt a feu incontinent empe- ;^^

^i, reurs, roys, ducz, princes, republicques, et a -!-}>

^►St. sang mettre, qu'ilz transgresseront ung iota de +:<•

«fr^*-'- ses mandemens ; les spolier de leurs biens, les +!)<•

"*;*• déposséder de leurs royaulmes, les proscripre, les t)***

"*^** anathematiser, et non seullement leurs corpz, ••*

*'f et de leurs enfants et parens aultres occire, V

^* mais aussi leurs âmes damner au parfond de la i

';^ plus ardente chauldiere qui soyt en enfer. J

^ Au tesmoingnage de Panurge, en l'Isle Son- 3'<.

^•■,. nante et en la cour et caige papegautale, y ^.j.

j^ avoit abbegesses a blanc plumaige et dames ^<.

«H- oyselles coinctes et jolyes, bien valant chascune -t^*

♦-+ ung péché ou deux. -^^

"^^l- Papegaut par nature est a veoir ung peu ""i*

*^' difficile et ne laisse facilement a tous venans ^*

'^''' baiser sa mulle, source divine à' eniul^entiarum, :\

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♦^ PAPEGAUT ET l'iSLE SONNANTE 4I -^T)*

^c;, c'est-à-dire d'indulgences, en languaigegallicque. h^*

*?(^ Toute foys ordre feut donné que le peussent -^

*9' veoir Pantagruel, Panurge, Rhizotome et leurs •^♦'

*9* bons compaignons ; et a l'heure où l'on leur "^

*'^ dist Papeeaut estre visible, on les mena en '^

^ tapinoys et silence droict a la caige en laquelle J^

• il estoyt accroué, accompaigné de deux petitz ^

cardingaux et de six gros et gras evesgaux. 3<.

^du Panurge curieusement considérant sa forme, ^

^^ ses gestes et son maintien, s'escria a haulte +3<*

+^1 voix, fort irrévérencieusement : En mal an soyt -^-^

♦Çt- la beste, il semble une duppe. -^B*

*^ Parlez bas, dist Editue-sacristain, leur con- v>^

**"',■'* ducteur: de par dieu il ha aureilles. Si une "^-^^

*'• foys il vous entend ainsi blasphémant, vous i

/: estes perduz, bonnes gens. Voyez-vous la i

e dedans sa caige ung bassin? D'icelluy sortira J.

^e^ fouldre, tonnoirre, esclairs, diables et tempeste, p^

^ par lesquelz serez cent piedz soubz terre h<^

<.'". abysmez. -t^-^-

+v[-^ Ne peurent obtenir Panurge et ses amys le -ip^*

*9' faire quelque peu chanter, afïin d'ouyr son -^^

^T* harmonie, parce qu'il ne chante qu'a ses jours "^^

*^ et ne mange qu'a ses heures. ^

'- S'en retournans de l'audience de Papegaut, "^

£ ilz apperceurent ung vieil evesgaut a teste verde ^

X lequel estoit accroué, accompaigné d'ung souf- ^^

a'?5 «i» tî^ '^ <^^ '^ ^^ ^î-' '^ «^'^ «^ <i^ «^ <^ ^î^ f^ ^^ «^ <^ «^ '^ ^i^ '^ ♦'^^

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^ 42 RABEL.ESIANA i?,*

^i, flegan (que nous appelons aussi suffragant) ^^,

^fn. lesquelz ronfloyent soubz une feuillade, pen- -^j^

♦^ dant qu'une jolye abbegesse se rompoyt la teste •§<»

•>9^ a force de chanter. Pour éveiller le gros villain -^3*

*^' evesgaut, qui ronfloyt au lieu d'écouter les "8'*'

*r chants de la belle abbegesse, Panurge sonna •>*'

*-r '-ine cloche pendente sus sa caige, et comme, "^

'a quelque sonnerie qu'il feist, plus fort ronfloyt ^

f|,^ evesgaut, point ne chantoyt, le hardy compère ^^

^4 ^^ist : Vieille buze, par ung aultre moyen bien ^^

^ chanter je vous feray. Adoncques print une ■^4.

^^ grosse pierre, le voulant ferir par la moitié. ■^4'

♦-'^ Mais Editue-sacristain s'escria : Homme de •^,*

*'^ bien, frappe, feriz, tue et meurdriz tous roys et "i*

"^v princes du monde, en trahison, par venin, ou "^^

^'^ aultrement quand tu vouldras ; déniches des "|y

,;; cieulx les anges, de tout auras pardon de i

A Papegaut ; a ces sacrez oiseaulx ne touches, ^

^ d'autant qu'aymes la vie, le proufict, le bien, ^^

^ tant de toy que de tes parens et amys vivans J^<.

<ii. et trespassez : encores ceulx qui d'eulx après ■^■^

♦l* naistroyent en seroyent infortunez. Considère -^

•>?*♦ ce bassin. -^

•9^ G'estoit bassin à fouldre, tonnoirre, esclairs, "^

*(^ diables et tempeste, par lesquelz sont, cent f^

*^ piedz soubz terre, hereticques et gens de J

2^ maulvaise pie couvez abysmez. i

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•è Ao.

•^^ PAPEGAUT ET l'iSLE SONNANTE 48 -t^^^

^f;. Si en ceste Isle Sonnante , sainct-siège de ^^

^•j< Papegaut, est la plus grande perche'e d'oiseaulx +3^

*'^' sacrez, vivans et festoyans de revenuz de son- ^2^

•''^ nerie, d'iceulx se rencontrent d'aultres espèces, ■^^

*? foisonnans en divers pays, telz que l'Isle de "l^

*f Tapinoys, en laquelle regnoit Quaresmeprenant, "^^

': ennemy des Andouilles, grand lanternier, con- :^

f^ falonier des ichthyophages, dictateur de Mou- i,'

^^ tardoys, fouetteur de petitz enfans, calcineur J^

^ de cendres, père et nourrisson des medicins, ^^

.j|t. foisonnant en pardons, indulgences et stations; }>,^

•9^ homme de bien, bon catholic, de grande devo- ^>

•>c^ tion. Les alimens desquelz il se paist sont ■^■

*'.'■ aubers saliez, morions saliez et salades sallées. "^'^

'* Toute la race de l'Isle de Tapinoys, dont est Y^

■^ seigneur Quaresmeprenant, feut enfante'e par 'f^

A Antiphysie, laquelle de tout temps est partie %

^^ adverse de Physis, — c'est Nature, — de soy- ||

^ mesme grandement féconde et fertile, et mère ^^

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