LA HUGUENOTE BATTUE
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^ê,. Un officier, — on appelle ainsi un sergent à ^^
^% Genève, — avoit une femme assez fâcheuse et ^^
^è< qui le tourmentoit. Il la battit plusieurs fois et ^<^
«>9- à dur ; dont elle se contrista et menaça son ^3<*
"fr^* mari du Consistoire, qui est le Purgatoire des -^
"''9' huguenots. Remis qu'il fut au Consistoire, il y '^><'
"^^ alla ; et on lui remontra qu'il n'étoit pas beau '^
'^' de battre sa femme. "Y**
5 — Elle étoit battable, dit-il. "^ .ê,. — Allez, lui dit le diseur, sachant la pensée p j^,. de notre seigneur le Consistoire, retirez-vous ; i^ <.Ç. qu'il y ait de la mesure en vos actions, et qu'on i^. •^ n'oie plus parler de vous ! m^-î* •fl»^ Il retint fort bien son congé, et, quelques •^•e* ^^' jours après, sa femme, se faisant forte du Con- ■*B"**
■'' sistoire , se mit à faire la méchante et il la '^'^
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l; battit ; mais avec quoi ? Avec une aune qu'il -^
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^^ 140 PANTAGRUELISME 4<'
^ avoit empruntée du seigneur Lai, qui avait ^
^ été jadis couturier, et la frotta dos et ventre ^
^ sur ses habillements. h^j.
•0^ La pauvrette se plaignit et fit encore appeler •^'î»
•>^* son mari au Consistoire, auquel on fit la "^^
^'^^' joyeuse et courte remontrance , pour ce qu'on "^
*^' n'avoit pas le loisir de parler à lui, à cause que ';?
'• l'on faisoit répo^ise à une lettre que le duc i
e^ de Savoie avoit écrite, et dit-on a ce maître h^
^^. officier : ^<.
^ç;. — Allez et soyez sage ; et si votre femme ^<»
^a. vous fâche, ne la battez pas. -^^
•fr^* — Monsieur, je ne lui ai fait que ce que "B***
<^ vous m'avez commandé ; je l'ai battue par '"s*
^ mesure. '^'**
q1 — Oui, dit-elle, messieurs, il m'a battue 2.
"^ avec une des aunes de messieurs ; — et disoit JT
^ bien, pour autant que là on mesure justice. ^
^e^ • — Gomment ! dit maître Jean Pinaut, vous A^
^Q^. abusez des paroles saintes ? N'y retournez ^<^
<.^ plus. 4*"
<^ — Monsieur, dit-il, ce ne sont que remon- "^
•fr^" trances que je lui ai faites. "ii^
*':^ — Allez, dit le président clerc, remontrez- "Y"
f lui avec l'Écriture sainte ou bien l'on vous .,
A mettra leans. s^
J^ Quelques jours après elle fut encore mauvaise i^
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^t^ LA HUGUENOTE BATTUE I4I -i^*
^(' et il la battit, mais ce fut avec un gros Nouveau- ^^
^{'^ Testament couvert de bois et ferré : Il le lia ^<.
^^^ en une serviette et la plauda en cas-pendu ; il -t^»
^ n'y manqua rien. •^■>
^ Elle s'en plaignit, et, les formes observe'es, "^"^
^t e'tant devant le benoit Consistoire qui s'ennuyoit "^
^(^ de le voir si souvent, il fut tance'. "*|^
"^ — Messieurs, dit-il, je ne l'ai corrigée qu'avec JT
? l'Écriture sainte. •;.
^ — Hélas ! quelle Ecriture samte, messieurs ! 3^
j^Q' dit-elle. Ça été avec un gros maudit Testament .t^<.
^ qu'il m'a bourrelée. t^-e*