LE MINISTRE JACQUES DE LA TOUR
^ Je ne saurois ouïr parler de lanterne que je ;'
i^ n'aie le cœur tout gai, à cause d'une que j'ache- ^
^L tai, l'anne'e passée, à la foire de Fontenay. Je .^^
<.2i. ne fis pas un petit acquêt, d'autant que je crois ^4.
^•^ qu'elle est demi-sainte, vu le marchand qui me -^^4'
■<'?^ la vendit. -^
^^ — Dites-nous donc un peu cette aventure t1*
^'^ lanternière. y*"
'^ — Je le veux, à la charee que vous le tiendrez :)
2^ secret, pour ce que je suis un peu soupçonne 3
j^ de la huguenottete'. ^V
j^i^. Il y avoit un certain monsieur de la Tour, 3^
<.^ ministre en ce Poitou, lequel par hasard, ^^4.
•>9' — comme le diable est subtil à séduire les t^-**
*r;+ enfants de Dieu ! — ayant avisé une belle 4**
^^ femme qui ne lui appartenoit pas, et qui avoit "^^
"^^ père et mère, il la convoita, suivant l'intention -^
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^-Si- l36 PANTAGRUELISME i<.
^ du canon 17 du 1,174'' concile, qui démontre J
^ que la fille d'autrui n'est point défendue ; par ^^
^ quoi il oublia son devoir et sa charge et commit ^2^
^^ adultère. H^-e»
•î»^ Ce qu'e'tant connu du Consistoire, il fut -i^**
•9v corrigé et averti fraternellement, dont il ne •*B<*
"^^ tint compte, parce qu'il continua tellement que %^
'^^ le scandale fut grand, et fut passé par les "^
1* Consistoires , puis par le Synode, et enfin "^
2^ déposé, comme un pot en tas ; et lors fut '^
^ê|. inventé le jeu au ministre dépouillé. p.
^d,. La triste condition de M. Jacques de la Tour .p^
<.^H. le mit presque au désespoir; toutefois il eut ^<^
^'^ meilleur cœur ; il ^ne voulut pas se donner au ^3*
*9' diable après son âne, ni jeter le manche après •t3<*
•^c' les écourgées, comme font les petits garçons "'B^'
'^^ qui fouettent le sabot, mais s'avisa de trafiquer '^"^
1* et faire profiter si peu d'argent qu'il avoit de 'J
^ ses commodités passées. Il se mit donc à faire "^
^e^ la marchandise, et profitant un peu, il fut ^.
^p,, affriandé de venir aux foires. ^^
^ Ainsi, il se trouva à celle de Fontenay avec h^-^
•^9• beaucoup de marchandises, et, entre autres, '!•{•
•>9- grande quantité de lanternes. -^B*
*&' Nous y fûmes en bonne et joyeuse troupe de '"s^"
*^" gentilshommes du pays. Me promenant, j'aper- '^
^ eus ce marchand et le considérai fort, pour ce ;^
^^rîfi <~vî «Xi ^j^ ''ï^ «X^ <~1."* 4^4^^ <Y^ «T^ fX^ *T^ fX^ «Y^i «XJ <X2 iTj'î îX!> rÎTi ^ï^ ^Z^ ^X5 •>■>
^^+ LE MINISTRE JACQUES DE LA TOUR l3j ^
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^c,. qu'il m'etoit avis que je l'avois vu autre part. ^
^e,. Je le dis aux autres, qui de même en pensoient ^^
j^'^ comme moi. Ainsi que nous doutions et le J^
♦9^ trouvions de bonne façon pour un lanternier, -i^^
*î"9- et que de'jà nous nous étions entredit qu'il -i^-ç*
'^^^' ressembloit au ministre déposé, il s'aperçut que •^<*
'^^' nous le regardions. "^^
? Alors approchant, Le Fouilloux lui demanda: "5*
ç Mon maître, mon ami, n etes-vous point parent ^
^^ de ce ministre qui fut déposé à l'autre synode. ^
a2i, Adoncques sans s'émouvoir, il dit : ^4,
<.^ — C'est moi qui suis celui que vous dites. .^4,
•>r+ — Et pourquoi, et comment est-il advenu .i2<.
•>!^ qu'aujourd'hui vous êtes marchand de lan- -i^*
"^t ternes ? ^^
*s^ — Ho ! ho ! dit-il, et pourquoi non ? Je vous "^"^
£ les ai autrefois prêchées, maintenant je vous "l*
r les vends. "?
^e,^ Gela fut cause que j'en achetai une, pour ce ^
^p,, qu'elle venoit d'une telle main. ,3^
^^ Il ne se peut qu'elle ne soit ou ne devienne ^^
^'^ lanterne cabalistique ou archimistiquo. 4<.
*^ — Tout beau ! ce dit quelqu'un, vous blas- -^«o»
*E+ phèmez en deux intentions. '^'^
'^'^' Ce grec vous trouble. Cabalistique ou cavalis- ^"^
'^'^ tique ne vient pas de cavalerie. Il ne faut donc J'*'
^2^ parler d'ânerie qu'à propos. Davantage, il \
A*^ <i^ t^ '^ <^ «^ 1^ '^ cij tiL? (JLj ttj ç^
<i^« t^ rpi r^-i >r p cp i-p i-^î i~p i^p <ri.-i irp r-ifs er^ «"7^ r;.'^ <^|^ «"î.^ «"p «x^ «T^ «~J::î «^^ f-^v
^i^. l38 PANTx\GRUELISME ^^
^ convient dire sobrement , discourant des ^^
^4 lanternes, pour ce que lanterne se prend ^^
j^L, souvent pour lumière ecclésiastique , comme ^<.
<»9- grwe pour évêque : témoin Cassander (i) en son ^^
•î-^ recueil qu'il a fait des comparaisons, au titre •^2*
^r:' du Moyen d'accorder les Religions, nommant "^"^
"^J* le premier ministre de Strasbourg le grand t;"^
^^ lanternier d'ubiquité. 1^
• 2^ (i) Georges Cassandre, théologien, auteur de la Consul- ^^
^ tatio de articulis Jïdci intcr papistas et protestantes î^
*^ controversis. ''^"^
a'-'Îi î^' e^ î^ <i^ li^ t?^ c^ tlj eJ^ t^* tX' t^o tX^
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