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^2^ L APPARITION ^j^
J; Durant la Ligue, il y eut un bruit qui courut h^
.Q^^ (puisqu'il faut ainsi dire), qu'une nonnain de .,^^
^ç;. Malenoue avoit eu apparition d'ange. J^
^ A cette nouvelle, quelques dames des plus •i3<'
^f^ grandes firent partie de l'aller voir, ce que ^
<fi:' elles accomplirent. Étant là avec elle, oyant ^"^
^h discourir des merveilles de cet ange, elles "^
*^ étoient en extase de douceur ; et comme cette Y^
*|* fille les voyait ainsi transportées d'aise, elle leur T
[: amplifioit son discours du reste de la merveille, ^
j^ puis ajouta: — J'e'tois si contente, madame, que hj^
^i, jamais tant ni plus. G'étoit le plus beau l'ange ^
<.à. du monde ; et puis, quand ce beau l'ange fut ^<r
♦II- sorti, toute ma chambre étoit si embaumée que "^^
*^ c'étoit merveille, tant elle sentoit l'use, et le -^
^'^ membre vert et gris (voulant dire le musc et i
'• lambre vert et gris . ^
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^ LE CRUCIFIX ET LES SAINTS MANGEURS d'oIES '^;<*
<.[](. Dans un village, depuis naguères, on avoit ^
•>9' fait un crucifix tout neuf, et l'on avoit mis le "^
vieil au grenier du presbytère. Le curé, qui "^^
*<:^' désiroit maneer d'une bonne oie, l'avoit fait "6*^
*^' engraisser, tuer et mettre à la broche, pour cuire "^*'
f toute farcie. Or, pour e'pargner son bois, il "^y
e^ avoit mis le vieil crucifix au feu, et, conscience j
^ le dévorant, ne l'avoit voulu rompre, si qu'il ^^
^ le mit tout entier au feu et laissa son petit ^<.
<.^ neveu rôtir l'oie, c'est-à-dire tourner la broche. .^<.
•0^ Quand le bras du crucifix fut brûlé, 1^ corps i^'C*
*^' tombe la tête sur le rôti, et le petit garçon de •^<'
'^c' se lever et courir à l'éelise, où il va crier : "^^
"^^^ — Mon oncle, mon oncle, cet homme que "^
!f vous avez mis dans le feu mange notre oie. "^
è Qui connoit mieux ce cure que moi .'^ Un J
^2,, jour je dinois chez M. du Mesnil, celui que ^
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•fr^^ l88 CONTES DE BRÉVIAIRE '^*
<^ M. de Gué-Hubert fit porter par le diable avec •^■^
<%- sa femme dans un champ à deux lieues de sa •%<^
*?* maison. Le curé dîna avec nous, puis, en dili- "^
*v eence s'en retourna: et aussitôt nous ouïmes "^
^ sonner les cloches, comme pour un nouveau '2
^ miracle. ^ ^^^
^2^ Le fait est tel. Un voisin de M. le curé lui i^
^4 avoit dérobé une oie et l'avoit mangée. Ce ^^
<|). curé l'avoit tant cherchée qu'il en avoit dépit. ^^
•0»^ Enfin, par confession du paysan il sut la •^•c»
^"^ vérité ; et, pour ce que c'est sacrement, il n'y '^'**
*-' a pas moyen de s'en venger en la découvrant ; "^
^ par quoi il délibéra pour l'attraper de lui en "^
A faire autant, selon que l'Evangile l'enseigne ^
J^ aux gens d'Eglise : — Si on vous frappe en une j^
^ Joue, baillez une bonne et forte jouée en J^
«2(. l'autre. ■^■^
♦9* Il fit donc tant qu'il empoigna une bonne, -t^
•0^ grosse, grasse, ferme et délicate oie du paysan; -^
*c et se délibéra d'en manger à gogo, cou et tout; "^^
"^^ et, pour cet effet, il la fit dévotieusement cuire ^
^ au feu presbytéral, comme dit est. "^
Q^ Etant revenu de l'église, et délibérant se h^
^e+ mettre à table, voilà que M. du MesniU'envoya ^^
^2,, quérir. Quoi! perdre une repue franche ? Ce ^^
^ seroit double perte à un curé : il perdroit ce 4***
<t^ qu'il mangeroit et ce qu'on lui prépare. '^'O*
^ , . . •^* A'itcJo tX> tX> tx? «Ai ifj «Jo iX.1 <tX) iti.* «X? liSjf zX> fjts itX> <l|j çXî tXi tjj fXs tA-' zXsfji'A
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^Ç^ LE CRUCIFIX ET LES SAINTS MANGEURS d'oIES 189 ^^
^ Le curé, délibérant d'aller dîner, dit au mes- ^^
^i sager : Mon ami, je vais après vous. ^^
^e^ Il se prépara pour venir. Or, il avoit envie ^^
^^. de manger de l'oie et disoit : Je la mangerai ^^
^^ par dépit. — De la laisser au logis il n'y avoit -t^**
"^^ point de moyen ; par quoi il s'avisa de la cacher; •^<'
*^r et pour en ôter la connaissance à son valet et "^
^(^ à sa chambrière,' il les occupa de messages, -^"^
^' puis prit les clefs de l'église, et y porta l'oie "^
): toute cuite, et la mit en un coffre ; puis il cacha ^
J- les clefs sous une tombe. i,.
^^ Le valet qui étoit au guet l'aperçut ; par quoi, ^^
^?A.. sitôt que le curé eut pris l'air, il s'en vint avec ^^^
^^^- la chambrière et un autre de leurs familiers, et -^j<r
•9'9' allèrent manger l'oie tant qu'ils purent ; puis tj*
*^ ils dépendirent toutes les images, et les mirent '^*
^C autour de ce coffre, leur ayant graissé le minois "^"^
S^ et les mains du reste. Il restoit encore une demi- i-*
'>: cuisse, qu ils mirent en la goule du diable qui est '^.
^f;, sous sair.t Michel, et s'en allèrent fermant l'huis ^^
^L et remettant les clefs où elles étoient mussées. ^2^
^^. Le curé revenu va droit aux clefs ; et, les ^3*
•9>9' ayant trouvées comme il les avoit mises, dit : -i^^
•O"^ — Je mangerai de l'oie à mon compère. '6<*
*(f II ent;-a en l'église, et voyant tant de saints "^o*"
'*'g autour de son coffre à l'oie : O, ho, dit-il, et «J*
.^ qui, tous les diables, vous a mis là r ^
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^c^ Etant approché et les voyant ainsi gras par ^
^c^ le mufle et les mains, et la cuisse en la gorge ,^^
^2h du diable, la lui arracha, disant : ^^
*9* — Vilain que tu es, je ne me soucie pas des «t^*
•>9' autres ; mais toi, j'en aimerois mieux étrangler t^*
*&' que tu l'eusses ; et dà, j'en tâterai. -^•î*
^G** Comme il la savouroit, il se va souvenir de '^'**
^^' sa faute ; si qu'il sonna les cloches pour appe- '^
^ 1er le peuple pour voir ce erand miracle. ^
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