‹ RabelaesianaChapitre 79 sur 91 · XV · texte numérisé non relu

XV

^2^ L APPARITION ^j^

J; Durant la Ligue, il y eut un bruit qui courut h^

.Q^^ (puisqu'il faut ainsi dire), qu'une nonnain de .,^^

^ç;. Malenoue avoit eu apparition d'ange. J^

^ A cette nouvelle, quelques dames des plus •i3<'

^f^ grandes firent partie de l'aller voir, ce que ^

<fi:' elles accomplirent. Étant là avec elle, oyant ^"^

^h discourir des merveilles de cet ange, elles "^

*^ étoient en extase de douceur ; et comme cette Y^

*|* fille les voyait ainsi transportées d'aise, elle leur T

[: amplifioit son discours du reste de la merveille, ^

j^ puis ajouta: — J'e'tois si contente, madame, que hj^

^i, jamais tant ni plus. G'étoit le plus beau l'ange ^

<.à. du monde ; et puis, quand ce beau l'ange fut ^<r

♦II- sorti, toute ma chambre étoit si embaumée que "^^

*^ c'étoit merveille, tant elle sentoit l'use, et le -^

^'^ membre vert et gris (voulant dire le musc et i

'• lambre vert et gris . ^

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^ LE CRUCIFIX ET LES SAINTS MANGEURS d'oIES '^;<*

<.[](. Dans un village, depuis naguères, on avoit ^

•>9' fait un crucifix tout neuf, et l'on avoit mis le "^

vieil au grenier du presbytère. Le curé, qui "^^

*<:^' désiroit maneer d'une bonne oie, l'avoit fait "6*^

*^' engraisser, tuer et mettre à la broche, pour cuire "^*'

f toute farcie. Or, pour e'pargner son bois, il "^y

e^ avoit mis le vieil crucifix au feu, et, conscience j

^ le dévorant, ne l'avoit voulu rompre, si qu'il ^^

^ le mit tout entier au feu et laissa son petit ^<.

<.^ neveu rôtir l'oie, c'est-à-dire tourner la broche. .^<.

•0^ Quand le bras du crucifix fut brûlé, 1^ corps i^'C*

*^' tombe la tête sur le rôti, et le petit garçon de •^<'

'^c' se lever et courir à l'éelise, où il va crier : "^^

"^^^ — Mon oncle, mon oncle, cet homme que "^

!f vous avez mis dans le feu mange notre oie. "^

è Qui connoit mieux ce cure que moi .'^ Un J

^2,, jour je dinois chez M. du Mesnil, celui que ^

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•fr^^ l88 CONTES DE BRÉVIAIRE '^*

<^ M. de Gué-Hubert fit porter par le diable avec •^■^

<%- sa femme dans un champ à deux lieues de sa •%<^

*?* maison. Le curé dîna avec nous, puis, en dili- "^

*v eence s'en retourna: et aussitôt nous ouïmes "^

^ sonner les cloches, comme pour un nouveau '2

^ miracle. ^ ^^^

^2^ Le fait est tel. Un voisin de M. le curé lui i^

^4 avoit dérobé une oie et l'avoit mangée. Ce ^^

<|). curé l'avoit tant cherchée qu'il en avoit dépit. ^^

•0»^ Enfin, par confession du paysan il sut la •^•c»

^"^ vérité ; et, pour ce que c'est sacrement, il n'y '^'**

*-' a pas moyen de s'en venger en la découvrant ; "^

^ par quoi il délibéra pour l'attraper de lui en "^

A faire autant, selon que l'Evangile l'enseigne ^

J^ aux gens d'Eglise : — Si on vous frappe en une j^

^ Joue, baillez une bonne et forte jouée en J^

«2(. l'autre. ■^■^

♦9* Il fit donc tant qu'il empoigna une bonne, -t^

•0^ grosse, grasse, ferme et délicate oie du paysan; -^

*c et se délibéra d'en manger à gogo, cou et tout; "^^

"^^ et, pour cet effet, il la fit dévotieusement cuire ^

^ au feu presbytéral, comme dit est. "^

Q^ Etant revenu de l'église, et délibérant se h^

^e+ mettre à table, voilà que M. du MesniU'envoya ^^

^2,, quérir. Quoi! perdre une repue franche ? Ce ^^

^ seroit double perte à un curé : il perdroit ce 4***

<t^ qu'il mangeroit et ce qu'on lui prépare. '^'O*

^ , . . •^* A'itcJo tX> tX> tx? «Ai ifj «Jo iX.1 <tX) iti.* «X? liSjf zX> fjts itX> <l|j çXî tXi tjj fXs tA-' zXsfji'A

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^Ç^ LE CRUCIFIX ET LES SAINTS MANGEURS d'oIES 189 ^^

^ Le curé, délibérant d'aller dîner, dit au mes- ^^

^i sager : Mon ami, je vais après vous. ^^

^e^ Il se prépara pour venir. Or, il avoit envie ^^

^^. de manger de l'oie et disoit : Je la mangerai ^^

^^ par dépit. — De la laisser au logis il n'y avoit -t^**

"^^ point de moyen ; par quoi il s'avisa de la cacher; •^<'

*^r et pour en ôter la connaissance à son valet et "^

^(^ à sa chambrière,' il les occupa de messages, -^"^

^' puis prit les clefs de l'église, et y porta l'oie "^

): toute cuite, et la mit en un coffre ; puis il cacha ^

J- les clefs sous une tombe. i,.

^^ Le valet qui étoit au guet l'aperçut ; par quoi, ^^

^?A.. sitôt que le curé eut pris l'air, il s'en vint avec ^^^

^^^- la chambrière et un autre de leurs familiers, et -^j<r

•9'9' allèrent manger l'oie tant qu'ils purent ; puis tj*

*^ ils dépendirent toutes les images, et les mirent '^*

^C autour de ce coffre, leur ayant graissé le minois "^"^

S^ et les mains du reste. Il restoit encore une demi- i-*

'>: cuisse, qu ils mirent en la goule du diable qui est '^.

^f;, sous sair.t Michel, et s'en allèrent fermant l'huis ^^

^L et remettant les clefs où elles étoient mussées. ^2^

^^. Le curé revenu va droit aux clefs ; et, les ^3*

•9>9' ayant trouvées comme il les avoit mises, dit : -i^^

•O"^ — Je mangerai de l'oie à mon compère. '6<*

*(f II ent;-a en l'église, et voyant tant de saints "^o*"

'*'g autour de son coffre à l'oie : O, ho, dit-il, et «J*

.^ qui, tous les diables, vous a mis là r ^

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^c^ Etant approché et les voyant ainsi gras par ^

^c^ le mufle et les mains, et la cuisse en la gorge ,^^

^2h du diable, la lui arracha, disant : ^^

*9* — Vilain que tu es, je ne me soucie pas des «t^*

•>9' autres ; mais toi, j'en aimerois mieux étrangler t^*

*&' que tu l'eusses ; et dà, j'en tâterai. -^•î*

^G** Comme il la savouroit, il se va souvenir de '^'**

^^' sa faute ; si qu'il sonna les cloches pour appe- '^

^ 1er le peuple pour voir ce erand miracle. ^

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