LA FEMME AU BERCEAU
«frCo Ce fut le sieur du Fouilloux qui berça sa i^-c
•9-?+ femme. Elle étoit mauvaise, grondoit quand -i-^^*
*9' il venait compagnie, rechignoit perpétuellement '*?'^
•^li^' et lui donnoit tant et tant de tourment qu'il ne ''^*
^^ savoit où se mettre. A la fin, il s'avisa d'un bon ^
,^ expédient. ^^
e^ Il fit faire un berceau assez grand pour la ^^
^e^ mettre et le fit porter en sa maison avec tout +'^^
«{.e,, l'attelage, amena aussi un prêtre, un greffier. .h2<'
-«.^ et quelques siens amis, avec quatre croche- +3"**
<•?<• teurs et six vezoux, '^'**
<';f Etant entré, il dit à sa femme : Ca, ma mie, ''0*
*ç faites-nous bonne chère. "^^
*g — Allez, dit-elle, de par le diable, faire bonne "^
f chère d'où vous venez ! vous ne servez qu'à i
(^ mettre tout sens dessus dessous. ^^
^(^^ Adonc il se mit en colère, au moins le fei- ^i^
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JX gnit, et il la fit prendre toute brandie, lier et 5
Tc|. emmailloter, et coucher dans ce berceau ; ce ^
^^ qu'ils firent. ^
<.^ Elle leur crachoit au nez, tempetoit : Je ^^
^ veux pisser, je veux chier ! ^3*
♦^ G'étoit tout un, ils n'en berçoient que mieux. '^<'
^'è' Les vezoux disoient de la vase, les gentils- "8*
*s^ hommes dansoient petonton les branles du "^"^
J^ Poitou. 2
*^ — O là, dit-il, mes amis, boutez : écrivez, i
.c^ monsieur le greffier, les injures et opprobres ^.
^^l^. dont ma bonne femme m'honore. Là, là, ma ^^
4,^ mie, vous mourrez bien heureuse ; on ne dira .^<.
«'^ pas que je vous ai tuée. O ! que vous serez heu- -^-^
Vjt- reuse ! Mais arrêtez un peu, ô berceux de para- -^^
•^9" dis, afin que monsieur le chapelain la confesse, "t*
*^ Confessez-vous, ma mie; vous n'avez plus "^^
^ qu'une heure à vivre ; j'ai pitié de votre âme ; i
S^, je ne veux pas tout perdre. ^.
^e^ Elle tempetoit plus fort et plus rudement ^^
^ on berçoit ; et vous en aurez ! ^^