ACTE PREMIER
(A Rabelais qui est remonté vera le fond) Que regardez-vous par la fenêtre ?
RABELAIS, troublé Moi... rien... rien !
LA COMTESSE
J'ai su que mon Henri, que tout prêtre Se garde bien dosera son Anglaise unir, Vient de se décider à faire, ici, bénir Son mariage. Il faut, si vous craignez mon frère, Lui refuser tout net ce service.
PIGNON, après un instant de silence.
Au contraire !
Comment!
PIGNON
Ce pauvre enfant, madame, se perdrait : Il finirait par l'emporter, il finirait Par trouver quelque prêtre ignorant ou cupide, Qui vous le marierait!
LA COMTESSE
Hélas !
PIGNON
C'est si rapide Un mariage : Un peu de latin, ec deux ouis Puis ceci...
(Il donne une bénédiction)
Puis cela...
(Il fait le geste de donner des coups de goupillon)
Puis... Tous les autres « puis !... »
PIGNON
Il faudrait le sauver tout de bon.
LA COMTESSE
PIGNON
Hé oui ! certes!
Toujours entre deux maux, deux hontes et deux
[pertes Le Sage (et le vrai Saint n'est qu'un Sage parfait) Choisit le moins cruel et le moins grand ! 11 fait Très bien, n'est-ce pas ?... Oui ! — Choisissons donc Marions-les! [le moindre.
LA COMTESSE
Si vous osiez !...
(Le sourire de Pignon l'empêche de continuer)
PIGNON
L'on peut les joindre D'une telle façon qu'au ciel — notez ce point ! — Dieu, Lui, ne joigne pas ce que l'homme a mal joint!
LA COMTESSE
Quoi! Vous vous prêteriez à quelque simulacre?...
PIGNON
Moi... point! Moi... je suis prêtre ...
(Montrant Rabelais!
Il n'est, lui, que Diacre !
Un Diacre, on le sait, ne peut, valablement, Ouvrir le Saint Trésor des fruits d'un sacrement, Tandis qu'un prêtre doit, d'après la loi divine, Unir tout couple aimant, qui, devant lui, s'incline...