SCÈNE Vil LES MÊMES, moins DAME ROSE
RABELAIS, bas à Dolly, montrant Pignon
De tous vos ennemis qu'il sert, il est l'agent !
A.CTE PBBMIER 47
PIGNON, bas au Comte, montrant Rabelais Votre mère acheta son aide à prix d'argent !
RABELAIS Je veux, moi, vous servir et braver leur colère...
PIGNON Il fait tout ce qu'il peut pour gagner son salaire !
J'ai feint de seconder leurs plans pour les saisir.
PIGNON
J'ai, de vous voir heureux, le plus ardent désir !
Revenez tous les deux me parler dans une heure...
PIGNON
Je vais vous indiquer la route la meilleure Pour arriver au but sans peine et sans danger.
BABELAIS
Je connais ici près, un bon moine étranger Qui bénira vos nœuds sans crainte, ni scrupule !
PIGNON
Cachez-vous à l'hôtel jusquesau crépuscule Et qu'elle vienne ici, tantôt, seule...
LE COUTE
Pourquoi'?.,.
PIGNON
Je veux qu'à votre mère elle parle et j'ai foi Qu'on verra triompher la cause qu'elle plaide !
48 U Ali KLM, S
Je m'en vais m'assurer sans plus tarder de l'aide De ce moine et ce soir vous porterez son nom !
PIGNON
Elle est si douce, elle a l*air si tendre et si bon, Son sourire est navrant qu'éclaire un regard triste ! Je n'imagine point qu'une mère y résiste !
LE COMTE
Mais si vous échouiez, si malgré vos efforts Ma mère refusait?
PIGNON
Hé bien, moi-même, alors, — Je vous en fais la plus solennelle promesse ! — Je vous marierai.
LE COMTE, incrédule
Vous.
PIGNON
Demain... après ma messe !
LE COMTK Vous mentiez donc tantôt?
Mais il le fallait bien, Votre mère était là, tout près, ne perdant rien De mes paroles...
LE COMTE Ah !
un. PBEMIEB 19
PIGNON
Moi, j'agissais par crainte, Mais mon cœur se brisait sous l'affreuse contrainte ! Vous me protégerez contre elle?...
LE COMTE
Contre tous!
PIGNON
Alors je suis à vous, Monseigneur! Tout à vous !
LE COMTE
Soyez digne de moi, Maitre Pignon! J'y compte...
DOLLY, à Rabelais Je suis seule et très faible !
RABELAIS, l'arrêtant en un cri dans lequel il y a déjà de la révolte d'une profonde tendresse blessée qu'on puisse la soupçonner de trahison.
Oh!
PIGNON
Oui Messire Comte
LE COMTE, prenant congé
Messieurs Prêtres, je vous souhaite le bonjour !
DOLLY, bas à Rabelais A tantôt !
LE COMTE
Nous viendrons vous voir un autre jour, Et recevrons peut-être un meilleur accueil!
PIGNON
Certes !
Nos humbles portes vous seront tout large ouvertes !
LE COMTE, sortant après avoir tendu le poing à Dolly qui y pose la main :
Le bonjour! le bonjour, Messieurs Prêtres!
LA COMTESSE
Hé bien?
Quels sont les résultats de ce long entretien?
(Un silence gêné) Parlez !
PIGNON
Moi, sans témoin, je les ferai connaître A Madame.
Hé bien moi, je veux par la fenêtre Et sur les toits, crier que ces charmants enfants Sortent d'ici vainqueurs !
LA COMTESSE
Vainqueurs?
Oh! triomphants!
Et qu'ils nous ont joués d'une façon indigne ! Qu'ils sont plus forts que nous, lui, l'aigle, elle, le
[cygne, Plus forts, beaucoup plus forts que les affreux cor-
[beaux !
\< Ti: PBEMIEB 51
Que nous ruines aussi vilains qu'ils lurent beaux! Que mon confrère, là, malgré tout son génie, Dans son piège, fut pris, comme un sot !
PIGNON
Je ne nie En aucune façon, que tout ne se passa Point comme je voulais !
Point tout à fait.
LA COMTESSE
Ah! ça Donnez-moi des détails! Parlez! Je veux connaître...
Tout aurait bien marché, Madame, sans un traître.
Voilà ! Tout se serait passé parfaitement, Si le traître n'avait agi traîtreusement (à Pignon)
Et ce traître traitreux, qui, par son bavardage, Se fit adroitement jeter en plein visage Notre nom...
LA COMTESSE
Mon fils sait...
Que vous êtes ici !
(à Pignon se montrant lui-même) Ce traître, dites-moi, le voici? ..
(Montrant Pignon)
Le voici!
(Pignon se tait)
LA COMTESSE, surprise Quoi! vous?
PIGNON
Quelle impudence, 6 Seigneur!
Quelle audace!
LA COMTESSE, après un silence
Pourtant qui préviendrait le malheur qui menace Mon pauvre fils, moi-même et toute ma Maison Pourrait tout espérer... Je vous l'ai dit!
Mais on
PIGNON, bas N'a point perdu courage encor!...
LA COMTESSE
Je vais écrire A l'archevêque. Il fait tout ce que je désire. Ce soir j'aurai de lui son blanc-seing, et ce soir Celui de vous qui sert, fidèle à son devoir, Ma sainte autorité de mère, cette cure Sera le premier prix de ses efforts. Je jure Que si l'un de vous deux était assez adroit, Pour faire triompher la raison et le droit, Et sauver, malgré lui, l'enfant qui se rebecque, Il pourrait être sûr d'être bientôt évoque.
PIGNON Oh!