ACTE PREMIER il
U A HELAIS
Elle riait de moi... d'un rire radieux,
D'un rire éblouissant, qui faisait en ses yeux
Pétiller follement de folles flammes roses!
PIGNON
Cher confrère, ce sont de bien profanes choses!...
RABELAIS Non ! devant la Beauté, l'on est plus près du ciel !
PIGNON
La beauté ! Bien fragile et tout matériel ! C'est le Malin qui fit sa douceur tentatrice !
RABELAIS « Tentatrice! »... Comment ?
PIGNON
Au bord du précipice La fleur, qui tente, attire à la mort l'insensé...
RABELAIS Qui tente?... à quoi?
PIGNON, embarrassé
Qui tente à... vous savez !
Je sai!
Mais non, je ne sais pas !
Oh! voyons!... cher confrère...
Vous, la Beauté vous tente? A quoi donc?
PIGNON
A mal faire !
KABELAIS Mal faire? quoi?...
PIGNON
Mal faire... enfin n'insistons pas !
Voir certaines beautés remplit nos sens de bas Appétits et réduit nos cœurs à l'impuissance Contre l'impur démon de la concupiscence... Ah !... sous son joug honteux lorsque nous croupissons...
RABELAIS, l'interrompant
Assez de « croupissons » et de « concupissons », Vraiment, mon pauvre ami, je ne supposais guère Que votre âme d'ascète était aussi vulgaire, Et ne m'attendais point, en la sondant, à voir, Que la Beauté, pour vous, n'est qu'un concupissoirl
PIGNON
Quels mots ! quels mots affreux sur vos lèvres au-
[gustes
De clerc, d'oint du Seigneur, guide et pasteur des
[justes.
Le mot est expressif, s'il n'est pas élégant, Et d'ailleurs, à la fin, vous êtes fatigant, Avec votre air de supposer que la Nature, Est un livre où chacun peut faire sa rature, Que l'animal humain n'est point sot — plus qu'un
[peu ! —