A.CTE PREMIER
Quand il met erratum au bouquin signé D'wu !
Quand, se croisant les bras devant l'Œuvre divine,
Il dit : « Ce n'est vraiment pas mal — mais je raffine,
J'ajoute des pudeurs, des formes, des façons,
Habillons, déguisons, voilons, ornons, gazons,
Plaçons ici de l'Art, là de la Poésie,
Et là de la Vertu!... » Stupide hypocrisie 1
L'Art, et la Poésie, et la Vertu — toujours !
Sont (quoique nosdocteursen disent dans leurs cours,
Quoique puisse en penser la Sorbonne ingénue)
Sont — sont dans la Nature entière et toute nue...
Tout ce que le ciel fit est noble et bienséant :
Et j'admire beaucoup mon ventre — et mon séant!
PIGNON
Vous les cachez, pourtant, ces admirables choses !
Je les ferais, dans des splendeurs d'apothéoses, Vers la gloire hautaine et douce de l'azur, Sous la clarté virginale du grand jour pur, S'étaler, et monter, et planer, triomphantes, Si je pouvais — pour ennuyer les sycophantes ! Je les ferais porter très haut sur des pavois, Au milieu de hérauts clamant au monde : « Vois ! » Et vantant, et louant, et chantant leurs mérites, Si je pouvais — pour ennuyer les hypocrites !
PIGNON
Vous avez cependant dit à Dieu : Je promets De ne point consentir à convoiter jamais, Les plaisirs de la chair d'un désir immodeste.
il aABELAIS
Non! — .l 'ai dit au Seigneur (qui s'en moquait du reste) Ces femmes — fleurs de chair! — quel que soit mon
[émoi, Je n'y veux point toucher car c'est trop beau pour
[moi !...
Oui! dussé-je sentir, ainsi que saint Antoine, Un porcelet me tirailler le péritoine, Je me trouve trop laid, Seigneur, beaucoup trop laid, Pour suivre vers l'amour ce tentant porcelet! Je me trouve trop laid pour jamais être idoine, A faire en ce bas monde autre chose qu'un moine .. A défaut de vertu, le tact me fut donné : Trop s'approcher des fleurs messied, à certains ne/.
PIGNON
Cher confrère !... j'ai tort ! mille fois tort ! Vous êtes Si bon... si vertueux... Comme tous les poètes ! Je m'humilie ! Excusez-moi! Je le sais bien, Il est coupable, il est indigne d'un chrétien, De prétendre juger les pensers, les paroles, Les actions d'autrui... mais des esprits frivoles, Pourraientcomprendremalvos discours — etj'aipeur Que Monseigneur, déçu par un rapport trompeur, Et n'appréciant pas leur côté... littéraire, N'agisse à votre égard, d'une façon contraire A notre vif désir à tous deux, de vous voir Curé de ce village...
RABELAIS Oh! je n'ai nul espoir,