‹ Rabelais analysé, ou, Explication de 76 figures gravées pour ses œuvresChapitre 19 sur 70 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

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Sis BVVBlITt.

Les soldats de Picrochole s'étant mis en campagne, pénètrent dans le clos de l'abbaye de Sùiilé, où la vendange n'était pas encore faite, et te ravagent.

' Le moine à formes athlétiques que la gravure représente, est le frère Jean des Entorameures, dont Rabelais trace le portrait suivant : Il était ce jeune, guallant , frisque , de hait, bien à dextre, hardy, adventureux, délibéré, hault, maigre, bien fendu de gueuUe , bien advantaigé en nez , beau despescheur d'heures , beau desbrideur de messes, beau descroteur de vigiles; pour tout

dire sommairement ^ yray moyne si oncques en feut , depuys que le monde moynant moyna de moynerie; au reste , clerc jusques es dens en matière de bréviaire.

» Ycelluy entendent le bruy t que faisoyent les ennemyz par le clouz de leur vigne , sortit hors pour veoir ce que ilz faisoyent : et , advisant que ilz vendangeoyent leur clouz , onquel estoyt leur boyre de tout Fan fondé , retourne au cueur de

recclise meitbasson grand habit, et se saisit

du baston de la croix , qui estoyt de cueur de cormier, long comme une lance, rond à plain poing, et quelque peu semé de fleurs de lys toutes presqu'effacées. Ainsy sortit en beau sayon, meit son froc en escharpe, et de son baston de la croix donna brusquement sus les ennemys qui, sans ordre ne enseigne, ne trompette, ne

tabourin, parmy le clouz vendangeoyent Il

chocqua doncques si roiddement sus eulx, sans dire guare, que il les renversoyt comme porcz, frappant à tors et à travers à la vieille escrime ; » et pendant ce temps-là , « aulcuns des moynetons empourtarent les enseignes et guidons en leurs chambres pour en faire des jarettieres. »

RABELAlSIEJf HE. a I

C3IAPITRE XXX.

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Dàhs les chapitres XVin* et XIX' qui sont, selon nous, les plus beaux de ce beau livre, ou trouve la narration de la prise d'assaut , par Picrochole , de la Roche-Qermauld , et l'admirable lettre de Grandgousier ^ son fils Gargantua.

Ce bon monarque , désolé de voir ses sujets inquiétés par Picrochole pour lequel il n'avait eu que de bons procédés , et qu'il avait souvent aidé a de gens , d'argent et de conseils, » prend la résolution de n'entreprendre la guerre qu'après avoir essayé tous les moyens de paix et de réconciliation.

«Adoncques feit convoquer son conseil, et propousa l'affaire tel comme il estoyt; et feut conclud que on envoyeroit quelque homme prudent devers Picrochole , sçavoir pourquoy ainsy soubdainement estoyt party de son repous, et

envahy les terres esqueltes n'avoyt droict quelconque Tout pleut à Grandgousier et com-

menda que ainsy feut faict que Ulrich Gallet,

maistre de ses requestes, homme saige et discret altast devers Pîcrocho le pour luy remons-

BABBLAlSIBNlfE. aS

neDt de terre, et en ousta les rafneaulx et le para pour son plaisir. Ce pendent sa jument pissa pour se lascher le ventre ; mais ce feut en telle abundance que elle en feit sept lieues de déluge; et dériva tout le pissat on gué de Yede , et tant l'enfla devers le fil de l'eaue, que toute ceste bande des ennemys feurent en grande horreur noyez, exceptez aulcuns qui avoyent prins le chemin vers les cousteaulx, à gausche. » Cependant

« ceulx qui estoyent dedans le cbasteau , luy

tirarent plus de neuf mille vingt et cinq coupz de faulconnaux et arquebonses , visans tous à sa teste; et si menu droyent contre luy que il s'escria : Ponocratès, mon amy, ces mousches icy me aveuglent; baillez-moy quelque rameau de ces sauUes pour les chasser : pensant , des plombées et pierres d'artillerye,que feussent mousches bovines. » Ponocratès lui ayant appris que c'étoient des boulets , il « chocqua de son grand arbre contre le chasteau , et à grandz coups abbatit et tours et forteresses et ruyna tout par terre. » Après ce bel exploit, Gargantua retourna en la maison paternelle où « soy pignant , faisoyt tum ber de ses che veulx les bouUetz d'artilierye : » ce qui est plus amplement décrit dans leXXXYII^ chapitre.

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