CHAPITRE yi
comMMMv ?A«TâGa«nn BXncMnrftA ir«a umousiv qui ooarftavAiMrry
LB LAJrGUAIOB rBAS^Tf.
L'autbur parle au chapitre V* des divers voyages que fait Pantagruel, et des exercices auxquels il se livre en sa première jeunesse; de là /une source inépuisable d'épigrammes contre la plupart des universités de France.
. Cette planche représente Pantagruel tenant dans sa main un écolier limousin, dont la peur devient sensible et matérielle. Dans ce chapitre, Rabelais jçtte à pleine main le ridicule sur certaines gens de son temps , qui , tout fiers de sa* voir le latin ou le grec dont la connaissance n'était pas à la portée du vulgaire, dédaignaient le français pour Tune ou laiitre de ces langues mortes, ou, par. un mélange adultère d'une des premières et du dernier, composaient un jargon presque inintelligible.
a Mon amy, dist Pantagruel à Tescholier, donc! viens-tu , à ceste heure ? L'escholier luy respondist: DeTalme, inclyte et célèbre academye que l'on YociteLutèce (delà bonne, fameuse et célèbre
académie que l'on appelle Paris) Tu viens
doncques de Paris , dit-il ( Pantagruel ) ; et à quoy passez-vous le temps, vous aultres messieurs estudians , on dict Paris ? Respondist l'escholier : Nous transfretons la Sequane on dilucule et crépuscule ( nous traversons la Seine avant le lever et le coucher du soleil); nous déambulons par les compiles et quadrivyes de l'urbe, (nous nous promenons par les carrefours et les places de la ville.).... A quoy Pantagruel dist : Que dyable de languaige est cecy ? Par Dieu , tu es quelque he-
rectique A quoy dist ung de ses gens : Seigneur,
sans double , ce guallant veut contrefaire la langue des Paiîsiens; mais il ne faict que escorcher le latin , et cuyde ainsi pindariser ; et luy semble bien que il est quelque grand orateur en françoys, par ce que il desdaigne l'usance commune
de parler Par Dieu, dist Pantagruel, je vous
apprendray a parler..... Or, viens cza, que je te
donne un tour de pigne »
Ce chapitre est terminé par cet adage :
.... Comme dysoit Octavian Auguste.... il faut éviter les motz espaves, en pareille diligence que les patrons de navire évitent les rochiers de mer.
RABEJJklSIENlfE. 87
ŒAPITRE XIV.
eOMMXHT PAjrUft«P mACKUnk la HAHIERB COMMUIT. II. HSGKArA Ol LA
MA» OISTUECQS.
Aphbs soa aventure avec l'écolier limousin , Pantagruel vient d'Orléans à Paris pour visiter Funiversité de cette ville; en y arrivant, il voit les livres de la Bibliothèque de Saint -Victor, et Rabelais insère dans le chapitre YII* une longue liste de livres la plupart imaginaires , qui , selon lui , étaient daqs cette bibliothèque.
Ijd Vni' chapitre rapporte « gommeh t Pantagruel , ESTANT A Paris , regeut lettres de son PÈRE Gargantua , et la copte d'icelles. » Cette lettre , que Ton fera bien de lire dans l'original , contient l'expression des sentimens affectueux' d un père sage et plein d'expérience.
Cette" bdle lettre, monument d'une grande sagesse, nous étonne en nous montrant Tn^i/i/'re Françojrs passant avec aisance d'une plaisanterie
à un discours moral, et des propos de buveurs à la lettre tendre , affectueuse et sage d'un père à son fils.
Dans le chapitre IX% Rabelais raconte quecr ung
jour Pantagruel rencontra un homme beau de
stature et eleguant en tous linearaens du cors , mais pitoyablement navré en divers lieulx, et tant mal en ordre qu'il sembloyt estre eschappé es chiens. » C'était Panurge (jiav^ùpyoç , factotum ) , lequel avant de parler français à Pantagruel , lui fait un discours en quinze langues , et raconte ses aventures au XIV* chapitre; les chapitres X% XI% XIP et XIIP étant consacrés' à écouter les plaidoieries et à juger le procès des seigneurs de Baisecul et de Humevesne, qui depuis long-temps était pendant au parlement de Paris.
« Les paillardz Turcqs (dit Panurge) m'avoyent
mis en broche tout lardé, comme ung connil et
en ce poinct me faisoyent roustyr tout vif. » Mais
voilà que bientôt «c le roustysseur s'endormit
Quant je voy que il ne me tournoyt plus en roustyssant, je le regarde et voy que il s'endort; lors je prendz ung tison par le bout où il n'estoit point bruslé,et vous le jecte on giron (dans le sein) de mon roustysseur, et ung aultre je jecte, le mieulx que je peuz, soubz ung lict de camp qui estoyt auprès de la cheminée, où estoyt la paillasse de mon sieur mon roustysseur. » Le feu prend au lit du rôtisseur, qui s'éveille en criant : « dal baroth ! dal haroth ! » qui, comme on le pense bien ^ signifie :
RABBLAUISKHE. 3^
au feu ! A oe cri, le maître de la maison qai ae promenait dans la rue «avecquea quelques aultrei baschatz etmusafys,» accourut, détacha Panurge et tua le rôtisseur ayec la broche ; c puys voyant le baschatz que le cas estoyt désespéré , et que sa maison estoyt bruslée sans remission , et tout son bien perdu , se donna à tous les dyables appelant Grilgotby Âstaroth, Rappalus et Gribouilli2 , par neuf fois. »
Quand Panurge eut entendu cet appel à tous les diables , il fut saisi d'une nouYelle frayeur ; car il savait, d'après l'autorité du philosophe Jamblique et de Murmault , dans son apologie de Bossatis , et contrefadiSj pro magistros nostros^ que les diables sont très-friands de lardons , et lui , Panurge , avait été lardé comme un lapin. Le ba« cha^ impatienté de ne voir personne, prend le parti de se tuer lui-même de la broche , mais il n'y peut réussir. AlorsPanurges'approchant,lui dit : ccMissaire Bougrino, tu perds icy ton temps, car tu ne te tueras jamais ainsi..... Mais si tu veulx., je te tueray icy tout franc , en sorte que tu n'en sentiras rien ; et m'en croy, car j'en ai bien tues d'aultres qui s'en sont bien troves. Ha, mon amy, dist41, je t*en prye, et ce faisant, je te donne ma bouguette : tiens, la voylà ; il y a six cents seraphs, et quelques dyamans et rubyz en perfection.»
Alors le bâcha est, pour son argent , transpercé de la broche , pendu et rôti par Panurge. Mais le Uxk augmente, Panurge descend dans la rue, et
40 GALEBIE
reçoit, à son grand plaisir, une partie de Feau destinée à éteindre Fincendie. Il est bien traité par tout le monde, hormis par «ung villain petit turcq, bossu par le devant, qui furtivement (dit Panurge) , me crocquoyt mes lardons, mais je luy baillyz si vert sus les doigtz , à tout mon javelot, que il n'y retourna pas deux foyz, et une jeune Corinthiace, qui m'avoyt appourté ung
pot de mirobolans confitz à leur mode , re-
garduoyt mon pauvre haire esmoucheté Mais
notez que cestuy roustyssement me guarit d'une sciaticque entièrement, à laquelle j'estoys subject, plus de sept ans avoyt, du cousté onquel mon roustysseur, s'endormant , me laissa brusler.x>
Dans le chapitre XV% Rabelais enseigne , par l'organe de Panurge, un nouveau moyen pour bâtir les murailles de Paris. Ce n'est qu'un tissu d'ordures.
Dans le chapitre XVI% intitulé : des meurs ex CONDITION DE PANURGE , Rabelais nous apprend que «Panurge estoyt de stature moyenne, ny
trop grand , ny trop petit ; fin à dorer comme
une dague de plomb ; bien gualand homme de sa personne , si non que il estoyt quelque peu paillard, et subject de nature à une maladie qu'on appeloyt, en ce temps-là,
Faulte d'argent, c'est douleur sans pareille.
Toutesfoys, il avoyt soixante et troys mjinieras
RA.B£LAISlElfN£. ^l
d'en treuver tous jours à son besoing; dont la plus honorable et la plus commune estoyt par faczon de larreçin furtifvement feict ; malfaisant , pipeur, beuveur, batteur de pavez ^ ribleur, s'il en estoyt à Paris ;
Au demourant , le meilleur fili du moode ;
et toujours machinoyt quelque chose contre les sergeans et contre le guet. » Suit le récit d'une quinzaine de tours très«plaisans que Panurge jouait aux gens du guet, aux mattres-ès-arts et théologiens, aux pages, aux dames et demoiselles, aux cordeliers et aux portes de cofifres-forts.
Dans le chapitre XVII% on voit «comment Panurge guaignoyt les pardons, et marioyt les vieilles, et des procèz que il eut à Paris.» Ce qu'il faisait avec son adresse et talent ordinaires. Ce chapitre , en finissant , nous fait connaître un nouveau talent de Panurge. Mais écoutons Rabelais : a II avoyt , comme ay dict dessus, soixante et troys manières de recouvrer argent ; mais il en avoyt deux cens quatorze de le despendre (dépenser), hors mi la réparation de dessoubz le nez.»
4 3 GÀLERIX
CHAPITRES XVIII et XIX.
COMmiTT UHO GRARU CLSRC D^AVGLETBRRS VOUI.OTT ARGUSR GOITTJlB PiàllTAGAà«fc , ST VSDT VAIVOU PAU PAMVRGK.
Cette gravure, qui peut également s'annexer à l'un ou Tautre de ces deux cliapitres^ représente ces deux champions, de nouvelle espèce, argumentant non pas de la manière usitée dans les écoles, mais par signes.
L'Anglais nommé «c Thaumaste, ouyant le bruit et renommée du sçavoir incomparable de Pantagruel , vint du pays de Angleterre, en ceste seule intention de veoir Pantagruel et le cognoistre , et esprouver si tel estoyt son sçavoîr, comme en estoy t la renommée. De faict , arrivé à Paris , se transpourta vers Thostel dudict Pantagruel qui estoyt logé à Thostel Sainct-Denys ; » le salua respectueusement et luy proposa de disputer avec lui sur certaines questions dont la solution intéressait beaucoup son ame avide de sagesse. Pan-
RABBLÂISIEVRE. 43
tagruel reçoit avec plaisir et modestie la proposition de rétranger, «et loue grandement la
manière d'arguer proposée, c'est & sçayoir par
signes sans parler; car (dit-il) ce faisans, toy et moy, nous entendrons, et serons hors de cet frappemens de mains que font ces badaulz so* phistes quand on argue, alors qu'on est bon de l'argument. » Panurge voyant Pantagruel se préparant à la dispute et ne rêvant la nuit qu'à des bouquins, dont Rabelais donne la liste , lui dit: «Seigneur, laissez toutes ces pensées et vous ailes coucher; car je vous sens tant esmeu en votre espérit que bientoust tumberiez en quelque fiebvre éphémère, par cest excéz de pensement; mais premier, beuvant vingt et cinq ou trente bonnes foys , retirez*vous , et dormez i vostre ayse ; car de matin je respondray et argueray contre monsieur l'Angloys ; et , on cas que je ne le mette ad metam non ^e» (vulgairement a ^loa), dictes mal de moy. »
Le lendemain Thaumaste , bien reconforté de vin que l'accointance dePantagruel lui avait rendu nécessaire , et Panurge se rendirent dans la salle de conférences, où ils commencèrent à argumenter de la manière convenue entre eux.
Au milieu de la dispute, l'Anglais s'écria : « Et si Mercure. «Vous avez parlé, masque, lui répondit Panurge. L'Anglais se tut et , toujours assis , recommença à se servir de signes : bientôt il « se leva ; mais , en se levant , feit ung groz ped de
boulengier, car le bren vint après, et puoyt comme tous les dyables. » Mais cet inconvénient ne déconcerte ni son auteur ni l'antagoniste , et la dispute dure jusqu'à l'instant où Panurge, pour exprimer la défaite de son adversaire j fait le geste que l'artiste a fidèlement exprimé dans la gravure.
Dans le chapitre XX"" ce Thaumaste raconte les vertus et sçavoir de Panurge j » en commençant néanmoins par ceux de Pantagruel.
Dans les XXP et XXIP chapitres , on trouve le récit de plusieurs exploits de Panurge. Celui-ci , non content d'insulter une dame chez elle et dans l'église , et de lui faire sa déclaration en termes tirés du vocabulaire des mauvais lieux, lui coupe encore son chapelet, orné de marques d'or, et court le vendre à la fripperie. Le lendemain il revient, « pourtant en sa manche une grande bourse plaine d'escutz du palays et de gettonss) et veut la tenter par l'appât de l'argent. La dame commençait à céder, lorsque Panurge, brusquant les choses,
«retourna son faulx visaige et luy dist: Par
Dieu , je vous feray chevaulcher aux chiens : et ce dict , s'enfouy t le grand pas de paour des coups , lesquelz il craignoyt naturellement. »
Le jour suivant, qui « estoyt la feste du sacre, à la quelle toutes les femmes se mettent en leur triumphe de habillemens ; et , pour ce jour, la dicte dame s'estoyt vestue d'une très-belle robbe de satin cramoisy, et d'une cotte de veloux blanc bien pretieulx, » Panurge s'approche d'elle, lui remet
RABELAISIEHNE. 4^
un rondeau où il chante son martyre et couvre le derrière de sa robe d'une drogue en poudre qu'il avait composée. A peine eut*il fini que voilà tf tous les chiens qui estoyent en l'ecclise accoururent à ceste dame y pour Fodeur des drogues que il avoyt espandu sus elle ; petitz et grands,
gros et menuz , tous y venoyent la sentans, et
pissant partout sus elle ; c'estoyt la plus grande
villainye du monde Un grand lévrier lui pissa
sus la teste , les aultres aux manches , les aultres à la croppe; les petitz pissoyent sus ses patins. » Pendant cela, Panurge de rire, de lancer d*in&mes quolibets sur le sort de cette malheureuse dame, et d'aller chercher Pantagruel pour le faire rire à ses dépens. Enfin la dame rentre dans sa maison , mais oc tous les chiens y accouroyent de demye lieue ^ et compissarent si bien la porte de sa maison , que ilz feirent ong ruisseau de leurs urines, onquel les cannes eussent bien nagé. Et c'est celluy ruisseau qui de présent passe à Sainct- Victor,
onquel Gobelin tainct Tescarlatte »
Mais pendant ce temps-là, il se passait d'autres choses d'une plus grande importance, «c Peu de temps après Pantagruel ouyt novelles que son père Gargantua avoyt esté translaté on pays des Phées par Morgue , comme feut jadyz Ogier et Artus ; ensemble que , le bruit de sa translation entendu, les dipsodes (les altérés) estoyent yssuz de leurs limites, et avoyent guasté ung grand pays de Utopie , et tenoyent pour lors la grande
ville de Amaurotes assiégée ; dont partit de Paris , sans dire adieu à nuUy, car Taffaire requeroyt diligence , et vint à Rouen. » C'est dans ce même chapitre XX1U% que Panurge donne/ une raison grivoise au peu de longueur des lieues en France. Dans le chapitre XXIY*, Pantagruel reçoit d'une dame une lettre qui ne contenait que ces mots hébreux : Lammah hazabthani, pourquoi m'astu quitté ? et une bague y ornée a d'ung dyamant faulx. D Panurge explique tout cela par un jeu de mots, et affirme que cette missive signifie : « Dy , amant faulx, pourquoy m'as-tu quittée. »
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ŒAPITRE XXV.
CaMMXHT rANURGB , CAftPALIM , BUSTtfBSlS tT SPISTIMOIT , OOMPAIGHOVS
OS pautagrubl , ducovfirkrt six cens soixahtb chsvalibbi Bixxr
SVBTILEMXHT.
Amis l'explication de la lettre et de la bague h diamant qu'elle renfermait, près du port, «ils advisarent six cens soixante chevaliers , montez &
RABBLAISIBIINE. 4 7
TadTanttige sus chevaulz légiers j qui accouroyent là veoir quelle navire c*estojt qui estoyt de nouveau abourdée on port, et couroyent à bride avallée, pour les prendre s'ilz eussent peu.» Pa* nurge qui , à défaut de courage , ne manquait pas de subtilité , « tyra deux grandes chordes de la nef, et les attacha on tour (cabestan) qui estoyt sus le tillac, et les meit en terre, et en feit un g long circuit l'ung plus loing, Taultre dedans cestuy-là; et dist à Épistemon : Entrez dedans la navire, et quand je vous sonneray, tournez le tour sus le tillac diligentement , en ramenant à vous ces deux chordes. Puys dist à Eusthénes et & Carpalim : En&ns , attendez icy et vous offrez
es ennemys franchement et feictes semblant
de vous rendre; mais advisez que n'entrez on cerne (dans Tenceinte) de ces chordes, retirezvous tousjours hors ; et incontinent entra dedans la navire , et print ung faix de paille et une botte de pouldre à canon , et espandit par le cerne des chordes, et avecques une migraine de feu se tint auprès. »
Tout se fait comme Panurge l'a concerté, les chevaliers sont culbutés , et lorsqu'ils cherchent à se relever, Panurge met le feu aux poudres ce et les feit tous là brusler ; hommes et chevaulx nul n'en eschappa , excepté ung qui estoyt monté sus ung cheval turcq , qui le guaigna à fouyr ; mais , quand Carpalim l'apperçeut, il courut après en telle hastiveté et allaigresse qu'il l'attrapa en
moins de cent pas, et saultant sus la croppe de son cheval , Tembrassa par derrière , et l'amena à la navire. »
Selon sa louable coutume ^ Pantagruel célébra, avec ses compagnons , par un festin , cette victoire, immédiatement après l'avoir gagnée «cet leur prisonnier avecques eulx familiairement; sinon que le paovre dyable n'estoyt point asseuré que Pantagruel ne le devorast tout entier, ce que il eust faict , tant avoyt la guorge large, aussy facillement que feriez ung grain de dragée , et ne luy eust monté en sa bouche en plus que ung grain de millet en la gueuUe d'ung asne. »
La planche représente les apprêts du festin où le dessinateur a mis mal à propos des hommes à la broche, Rabelais n'en faisant pas mention, et Carpalim qui ramène au navire le chevalier qu'il vient de faire prisonnier.
RABEtAISlEHNE. 49
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