SUE RABELAIS. XJ
de Saint-Benoit qui possédait une abbaye à Maillezaisen Poitou. Là, Rabelais croyait airoir trouvé ce qu'il avait vainement cherché chez les cordeliers de Fontenay^le-Comte , mais son attente fut trompée; et, témoin chez les moines blancs des mêmes vices qui régnaient chez les moines noirs ^ il jeta le froc aux orties, se rendit k Montpellier pour y étudier les sciences , et reçut dans cette ville le bonnet de docteur en médecine. Cest au milieu de ces graves occupations qu'il fit paraître son premier livre de Gargantua^ dont la première et peut-*étre la seconde édition , sont inconnues à tous les biographes et bibliographes ( i ). De Mont*
(i) La preaiière édition ooonue esl celle dont le titre est tinsi con^ : La vis ivestimablk nu geaht GAmcAirruA , pub db Paittacbubl ,
lADIZ GOMPOUSéB FAB X.*AB8TBACTBUB DB QuXlTrB-BSSBirrB , UUBB PLBKV
DB Paktagbublismb ; Lyoo , Fbaxcois Jdsts , io-i6. ( 1** livre seul en cinquante-six chapitres.) Elle parut en i535.
« Cette édition est la première pour nous , puisque nous n*en connaissons point de plus ancienne ; mais ce qui prouve incontestablement qu'il en a existé d^antérieures , c^est x° le mot xWiJ, employé dans le titre; a« que nous en avons une du second livre, datée de i533, et 3** que Geoffroy Torj, qui, en xSag, publia son Champ Fieitry, rapporte, dans répitre de cet ouvrage , un passage du même second livre de Rabelais. Il est vraiment étonnant que , tandis que nous possédons encore tant d^impressions du quinnëme siècle , les premières éditions du roman de Rabelais aient disparu. ( Note de M. L'Aulnaye , tome III , page 3 de son édition de Rabelais , in -8*; Paris, Ix>uisJanet, i8a3.)
Xij WOTICE HisroniQUfi et littéraike
pelUer Rabelais vint à Lyon, où il fut nommé médecin au grand hôpital , et,seioD quelques-uns, il se lia d'amitié avec le célèbre et infortuné Etienne Dolet , qui publia plus tard une édition de ses ouvrages (i). Rabelais resta dans cette ville jusqu'en i534, que Jean DuRellay, ambassadeur du roi de France à Rome , passant par Lyon , l'emmena avec lui en qualité de son médecin ordinaire (2). Rabelais ne fit pas à Rome un long séjour; car, la même année, il revint Lyon où il ne demeura pas plus long-temps. En effet , il repartit pour- Rome où il sollicita et obtint l'absolution de la violation de ses vœux monastiques, puis il
SiDCODP iUQBEltTiï P*B l'aUTHEUII HESHE.— P<R- [PÎODES , BESTITCÉ IN aOB BiinHÏL, elC. ; PLUS, LES ilTIOUS DO DISCIPLE DE PilTTiG « UE L DICT PlHURCE;
à la Dolouere d'or, iii-i6 , de e iuvDi^tion qui semble âtre «a â Seigneur .' det calamniei des
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SUE RABEIJLIS. xiîj
rentra en France où U s'établit à Tabbaye de SainU Maur4es-Fossé8 qui fut sécularisée en i536. Bab^ lais y resta jusqu'en 1 545 , qu'il en sortit pour aller occuper la cure de Meudon que lui avait donnée le cardinal Du Bellay son protecteur. U y resta , malgré toutes les clameurs des moines qu'il détestait ouvertement , jusqu'à sa mort qui arriva à Paris , rue des Jardins-Saint-Pftul , le 9 avril 1 553(1;. Il fîit enterré dans le cimetière de Saint-Paul, et, à ce propos, M. de L'Aulnaye remarque qu'il n'obtint jamais les honneurs du plus petit monument.
Tek sont les renseignemens que nous donne l'histoire sur cet homme extraordinaire. Maintenant , si nous lui demandons quek furent son ca> ractère , ses mœurs et les habitudes de sa vie pri* vée , elle garde un profond silence. Mais i sa place s'établissent les faiseurs d'a/ia , les compilateurs d'anecdotes, la plupart du temps apocryphes , qui racontent je ne sais combien de faits tendant à prouver que Rabelais fut le précurseur de Tabarin et le type de Panurge : gens qui seraient tentés de nous peindre Molière jovial et
(i) Pigasiol de La Force , tonie IX. de sa Descripiion ds Paris.
Xiv NOTICE HISTORIQUE ET LITTÉBAIRE
Pascal plaisant , si tout le monde ne savait le contraire.
Rabelais , homme de génie s'il en fut dans le moyen âge, vécut dans une de ces époques où a la tragédie courait les rues. » Des cendres de Jean Hus un homme était né, qui prêchait ouvertement en Allemagne une nouvelle doctrine religieuse que Timprimerie , nouvellement inventée dans cette même Allemagne, propageait dans toute l'Europe et particulièrement en France. Les nombreux adversaires des réformés , désespérant de les convaincre et dédaignant de l'essayer, employèrent contre eux la persécution , et semblèrent ne plus se souvenir que , exercée contre les premiers chrétiens, elle n'avait servi qu'à augmenter leur nombre. Les bûchers s'élevaient, et
le catholicisme renouvelait dans les Gaules les sacrifices humains qu'il y était venu abolir. Pendant ce temps-là , un prince voluptueux prodiguait les sueurs de son peuple à ses maîtresses, et laissait l'État en proie à tous les vices de sa mère. Rabelais jetant un regard d'aigle sur les choses, en aperçut les imperfections, et, indigné contre son siècle, il fit son /eV/*e, qui en est la satire
SUm RAABLAI8. XY
complète. L'indignarion , qui s'exprime par les deux extrêmes du langage, comme le désespoir, se cache chez lui sous le voile d'une plaisanterie amère , reparait cependant quelquefois sous sa plus simple expression, on par interralle tombe et laisse la place à la quiétude de Thomme de bien , qui dicte alors le discours de Grandgousîer, les lettres de Gargantua k son fils, et énonce des maximes d'une admirable politique. En un mot, Rabelais fut, selon nous, un homme grave et de mceurs trés-sévéres , et il est plus que probable que cela seul le garantit des fiigots , que Clément Marot , qui n'avait pas ce même avantage , n'évita qu'avec peine. Si son livre est plein d'expressions que réprouve notre délicatesse du dix-neuvième siècle , cela ne doit rien fiaire préjuger contre ses mœurs , surtout si l'on pense au temps où il écrivit et au long séjour qu'il fit parmi les moines.
Pour ne parler maintenant de Rabelais que sous le rapport du savoir, chacun sait que le sien était immense. Il réunit toutes les sciences de son temps au plus haut degré. Il fut médecin, naturaliste , astronome , mathématicien , antiquaire , jurisconsulte , philosophe , musicien ,