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Cape de Biart, cape de Béarn, cape à capuchon. Cette cape est presque toujours de couleur rouge. « Celle de la mère dé ma bonne qui est née dans le village béarnais de Maumour était rouge, ma écrit, le 28 mai 1898, mon savant ami M. le D' Dureau, bibliothécaire de l'Académie de médecine; celle de sa grand'mère et celle de son aïeul étaient également rouges. Maintenant le tissu de cette cape étant souvent à côtes, c'est bien un système artériel. » Un récent voyage que je viens de faire à Pau me permet de confirmer ces dires. Les Basquaises portent le foulard ou le mouchoir, les Béarnaises la cape à côtes qui, de rouge qu'elle était primitivement, tend à devenir brune ou noire.
La cape de Béarn a été importée à la Cour de France
par Henri IV.
Les vènes, comme un chassis.
Les veines sont les vaisseaux qui ramènent au cœur le sang noir de tous les organes.
« Puisque de cestui endroict ne peulx sang de vous tirer, je vous saignerai d'aultre vène, » répond Panurge aux philosophe Trouillogan. (L. IIT, ch. xxxvr.)
Chassis, « se dit d'un métier sur lequel a été tendue de la toile ou de l’étoffe pour broder, ou des réseaux pour y faire des dentelles ou autres ouvrages. » (FURETIÈRE.)
« Sans le pantagruélion (le chanvre), de quoi feroit-on chassis? Comment sonneroit-on les cloches ? etc, » (L. IIT. GH/LI.)
Les vaisseaux sanguins et Iymphatiques s’anastomosent en formant des réseaux à mailles plus ou moins lâches et plus ou moins larges. En anatomie on dit : un réseau artériel, veineux, capillaire, lymphatique, les mailles du tissu vasculaire, etc.
l'état où se trouvait en Sorbonne un jeune homme pendant qu'il y soutenait son premier acte de théologie.
Le réseau veineux apparaît seul à l’état physiologique, sous la peau. On le voit nettement se dessiner sous forme de cordons bleuâtres plus ou moins saillants, au pli du coude où on le saigne, sur la gorge des femmes dont il rehausse la blancheur de marbre, etc. Les varices sont
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Les vènes, comme un chassis.
constituées par sa dilatation. Après la mort il est rempli de sang alors que les autres réseaux vasculaires sont vides el qu'il faut les injecter pour les disséquer. Il est done plus facile à voir que les autres réseaux et a été vu plus tôt.
Les adènes, comme une serpe.
Les adènes, les glandes du cou : adenes en latin et adenus en langue romane signifient glande du cou. En grec Adv, adévos, adées au pluriel, veut dire à la fois : glande, amygdale, tumeur glanduleuse.
Serpe, serpent et non serpe de vigneron, comme traduit Le Duchat. Serpent dérive du latin serpens, fait de serpere ramper (érw, en grec).
Du temps de Rabelais, la serpe pour tailler la vigne était appelée sarpe (du latin sarpere, tailler la vigne, dont on a fait en basse latinité sarpa, outil qui sert à couper des branches et de petits arbrisseaux).
« Vous vous damnez comme une serpe (1) et estes larron et sacrilège. » (L. IT, ch. xvrr.) Aussi seras-tu, beste immonde, Damné comme une male /2) serpe.
Et je serai comme une herpe (3) Saulvé en paradis gaillard.
(Ve CIE REYT.)
Un des quatre personnages envoyés par les Papimanes au-devant de Pantagruel était habillé comme un « vigneron d'Aurelians (4), avecques belles guestres de toile, une panoire (5) et une sarpe à la ceincture (6) ».
Les glandes du cou sont les amygdales, les glandes salivaires, le corps thyroïde et les glandes ou ganglions lymphatiques. Il est question plus loin des amygdales, des glandes salivaires, du corps thyroïde et de son hypertrophie ou goitre et des déformations de la trachée qu'entraîne cette hypertrophie. (Voy. Appareil digestif, Les amyqdales, comme lunelles à un œil; La salive, comme une navette, et Appareil respiratoire, Le nou, comme un baril ; L'aspre artère, comme un qouet.) Il faut done entendre ici par adènes les ganglions lymphatiques cervicaux, mal différenciés, quand vivait Maître François, des autres glandes
du cou (7).
(1) Le serpent qui a été l'agent du péché originel est un animal maudit dont la femme écrase la tête.
(2) Mauvais, malfaisant, du latin malus.
(3) Harpe. « Un ange me prendra entre ses bras, comme on tient une harpe, et en cet élat me portera dans le paradis. » (LE DucHar.)
(4) Orléans.
() Hotte ou corbeille de vendange.
(6) L. IV, ch. xzvurr.
(7) Les troncs de terminaison des vaisseaux lymphatiques (canal thoracique et grande veine lymphatique droite) n’ont été découverts qu'après 1992 par Eustachi et Sténon. Wharton a prétendu que les amygdales étaient les organes du goût et que la salive ou humeur pituiteuse qu’elles fournissaient leur venait du cerveau par les nerfs.
« On voit au-dessous de ces amigdales deux autres glandes situées à la région inférieure du larinx, une de chaque côté, tout auprès de quelques-uns des premiers anneaux de la trachée.. On doute encore de leur
Ces ganglions engorgés forment une chaîne ou chapelet (chaîne ou chapelet ganglionnaire) dont les sinuosités et les bosselures rappellent celles du corps d'un reptile en mouvement. La maladie connue sous le nom d’écrouelles, d'humeurs froides, d'adénite cervicale chronique, que Îles rois de France avaient le don de guérir, prétendait-on jadis, par l’apposition des mains, est due à l'engorgement des
ganglions susdits sous l'influence de la scrofule.
Les adènes, comme une serpe.
« Vous en vostres royaulmes, dit à Pantagruel le capitaine des gardes du palais de la reine de la Quinte, avez
usage. Quelques-uns croient qu'elles sont destinées pour arroser extérieurement le larinx d'une humeur visqueuse et grasse, et rendre par ce moyen les cartilages plus disposés au mouvement... Je crois qu'il faut plutôt observer s'il n'en sort point quelques vaisseaux salivaires.
«Auprès de ces glandes sont les parotides, les glandes jugulaires et aussi les glandes de la mâchoire situées sous la langue. » (DIEMERBROECK, l’'Anatomie du corps humain, t. I, p. 185 ; Lyon, 1729.)
Deusingius a avancé que la salive était versée des vaisseaux lymphatiques dans les glandes salivaires et de celles-ci dans la bouche.
quelques rois, lesquels phantastiquement guarissent d'auculnes (1) maladies, comme scrophule, mal-sacré (»), ficbvres quartés (3), par seule apposition des mains. Ceste (/)
nostre reine de toutes les maladies guarit sans y toucher, seulement leur sonnant une chanson selon la compétence (5) du mal.
« Puis monstra les orgues, desquelles sonnant, faisoit ses admirables guarisons. Icelles (6) estoient de façon bien estrange. Car les tuyaux estoient de casse en canon (7), le
(1) Dans le sens de certaines.
(2) De tout temps, plusieurs maladies, notamment les convulsions, l’épilepsie, l'hystérie, le délire, la folie ont été considérées, les unes comme sacrées, les autres comme indiquant la prise de possession du corps et de l’âme par les démons ou autres malins esprits. Hippocrate a écrit son beau Trailé de la maladie sacrée pour combattre ce préjugé. On ne l’a pas cru, puisque l’épilepsie a été encore ultérieurement dénommée morbus Herculeus (Aristote), morbus major (Celse), morbus divinus, morbus sacer, morbus dæmoniacus, mal d'en haut, haut mal, etc. Les Romains l’appelaient morbus comilialis, parce qu'il fallait fermer les comices lorsque l’un des assistants tombait en convulsions ; c'était un signe de la colère des dieux. Jehan Taxil, au xvrr siècle, a consacré tout un chapitre de son livre à prouver que les démoniaques sont des épileptiques. (JEHAN Taxi, Traité de l'épilepsie, maladie vulgairement appelée la goutette aux petits enfants; Lyon, 1603.) On connaît l'histoire des Ursulines de Loudun et des convulsionnaires du cimetière Saint-Méry. — Le mot épilepsie signifie « saisi d'en haut ».
(3) Fièvres intermittentes, revenant tous les quatre jours et très difficiles à guérir.
Quartana te teneat. (HORACE.) Que la fièbvre quartaine t'espouse! (Alain CHARTIER.)
« Pour vous montrer que nous apprenons aussi bien que les escrimeurs l’art de tuer, c'est que nous nous exerçons, de même qu'eux, toute notre vie, sur la tierce et sur la quarte » (Cyrano de Bergerac et les Médecins, dans Chronique médicale, juin 1898, p. 342.)
(4) Celle-ci. |
(o) Nature, convenance, du latin competere, convenir.
(6) Celles-ci.
(7) La casse est le fruit (gousse) du Cassia fistula, grand arbre de la famille des Légumineuses. On distingue en pharmacie : la casse en canon ou en bâton, qui n’est autre chose que le fruit à son état naturel; la casse en noyaux que l’on obtient en ratissant l'intérieur du fruit; la casse mondée qui est la pulpe de ce fruit que l’on a séparée des noyaux; enfin la casse cuite, quand elle a été mêlée avec du suc sur un feu doux. La pulpe de casse est légèrement laxative.
sommier de gaïac (1), les marchettes (2) de rheubarbe (3), 4
le suppied (4) de turbith, le clavier de scammonie (5).
« Furent les lépreux introduicts ; elle leur sonna une chanson ; furent soubdain et parfaictement guaris. Puis les empoisonnés ; elle leur sonna une aultre chanson, et gents debout. Puis les aveugles, les sourds, les muts (6) et les apopleectiques de mesme. »
Quaresmeprenant était-il scrofuleux? On l’admettrait d'autant plus volontiers qu'avec son chapelet cervical ganglionnaire, son corps étique, ses boyaux rétrécis, 11 avait le ventre proéminent des enfants qui ont le carreau et les yeux chassieux. Ce qui est certain, c'est qu'il était syphilitique. (Voy. Anatomie des formes : 771 avait le ventre à
(1) Le gaïac, Gayacum officinale, arbre de la famille des Rutacées dont le bois, l'écorce et la racine sont employés comme sudorifiques et dépuratifs.
(2) Les touches,
(3) Plante de la famille des Polygonées dont la racine a, selon la dose, un effet tonique ou purgatif.
(4) La pédale, du latin sub pede.
(») La scammonée est une gomme-résine extraite du Convolvulus scammonta. Elle appartient à la famille des Convolvulacées et renferme un principe purgatif très énergique.
(6) Muts ou mutes, muets, du latin mulus.
Remarquons la composition de ces orgues :
Les tuyaux estoient de casse en canon.
La casse était sous la domination de Jupiter ainsi que les côtes, l'estomac, les intestins, les bras et le sang. (Voy. C. AcripPpA, Philosophie occülte/ AT ch xx)
Le sommier de gaïac.
Le santal, l'ébène, le gayac étaient sous la domination de Mars ainsi que les veines, les reins,.les fesses et le dos. Les vertus antisyphilitiques de l'huile de gaïac ont été découvertes en 1502 par les Espagnols, et le célèbre guerrier Van-Hutten, guéri par cette huile, l’a recommandée dans un ouvrage publié en 1519 qui a fait grand bruit en Europe. Le gaïac a été appelé lignum vilæ.
Les marchettes de rheubarbe.
La rhubarbe était sous la domination de la lune, ainsi que le cerveau, le poumon, Fa moelle épinière, les menstrues et tous les excréments.
Le suppied de turbith.
S'agit-il ici du turbith végétal, racine du Convolvulus turpethum, appar-
DR Le abs
poulaines ; le mirach, comme un chapeau albanois; les œils, comme un eslui de peignes; le c.…., comme un miroir crystallin.)
Quoi qu'il en soit, si on place — comme je Le fais — le dessin d’un reptile à côté de celui d'un ganglion lymphatique cervical avec ses vaisseaux afférents et efférents, tel qu'il est représenté dans un traité d'anatomie moderne, puis le dessin de plusieurs reptiles à côté de celui des « conduits lymphatiques et des glandes du col », tels qu'ils sont représentés dans l'ouvrage de Jacques Henri Pauli, c'est-àdire peu de temps après la découverte du canal thoracique, on sera surpris de voir que, même chez un individu sain, la comparaison de Maître François est exacte.
tenant à la même famille que la scammonée ou du turbith minéral ? Cette énumération, qui ne comprend que des plantes, donne lieu de croire qu'il s’agit du turbith végétal. D'un autre côté, il est noté dans la Philosophie occulte d'Agrippa : que le turbith, composition alchimique de nitre et de vif-argent, l'esprit de vie des vénériens, était sous la domi nation de Vénus, ainsi que les membres génitaux, la chair, la graisse, le ventre, le nombril, l'os sacrum et les lombes. Le clavier de scammonie.
La scammonée était sous la domination de Mars et de Saturne, qui présidaient au foie et à la partie charnelle de la poitrine.
Des orgues fabriquées avec ces différentes plantes possédaient, par conséquent, les propriétés curatives de ces plantes, et les sons se chargeaient de les transmettre aux parties malades, d'après Agrippa.
« Isménie guérissait par les chants les plus graves maladies, » (Philosophie occulle, 1. IT, ch. xx1v.)
« Le chant artificiel, soit de cordes, soit de flûtes, soit naturel de la VOIx, pénètre jusqu'aux plus intimes profondeurs du cœur et de l'âme, remue les membres et purge les humeurs du corps. Démocrite enseigne que beaucoup de maladies humaines sont guéries par le son des flûtes. » (Eodem loco.)
Des flûtes, dit Rabelais, mais plus il y en a, mieux cela vaut : Etle voilà qui imagine un instrument multiple, un orgue formé d’un grand nombre de flûtes. Et c'est ici que sa malice se montre dans toute sa finesse. Toutes les flûtes sont composées de telle sorte qu'on y retrouve les laxaüfs, sudorifiques, altérants, dépuratifs et toniques destinés aux pauvres malades et surtout à ceux auxquels il a donné dans ses prologues la qualification de frès précieux. (Voy. Ph. Ducror, Étude sur la quintessence el la magie, loc. cit. suprà, p. 16.)
Le sang bouillant, comme nazardes multipliées.
Le sang, la chair coulante de Bordeu.
Nazardes, chiquenaudes sur le nez. C'est un homme à
nasardes, qui mérite des nasardes, dit-on familièrement,.
Nasarder, donner des nasardes. ,
Dans les Enfers. « Tous les chevaliers de la table ronde estoient pauvres gagne-deniers, tirants la rame pour passer les rivières de Cocyte, Phlegeton, Styx, Acheron et Lethe (1). Mais pour chascune passade, ils n'en ont que une nazarde, et sur le soir quelque morceau de pain chaumeni (2). »
Que le ciel affrontant, je nasarde la lune (M. RÉGnIER, Satire XI.)
« Les esprits animaux, selon la différence de leur mouvement ou influence, dilatent, a noté Diemerbroeck, ou res-
serrent plus ou moins les orifices du cœur, c'est-à-dire de
ses ventricules ; d'où il s'ensuit que, dans les passions de l'âme, le sang entre plus ou moins facilement dans le cœur
eten sort de même, et c'est de là que procèdent pour lors.
les différents changements des pouls; et que, dans les grandes terreurs, on sent des palpitations de cœur ; dans la tristesse des constriclions avec un pouls pelit ; dans la jJoye une agréable chaleur aux environs du cœur avec un pouls gai et vigoureux. » (DIEMERBROECK, loc. cit. suprà, t. IE, p. 62.) Quaresmeprenant avait le pouls battant à petits coups
(1) Rivières ou plutôt fleuves des Enfers. Le Cocyte (du grec xwzvtds, pleurs, larmes, dérivé de xoxiw, je pleure, je me lamente) était formé par les pleurs des méchants ; le Phlégéthon (du grec gléyw ou vkeyélw, je brûle), roulait des torrents de flammes; le Styx faisait neuf fois le tour des Enfers; l’'Achéron (du grec 405, douleur, et gdos, fleuve) était le résultat du changement en fleuve d'Achéron, fils du Soleil et de la Terre, qui avait fourni de l’eau aux Titans; le Lethé (du grec Afün, oubli) donnait l'oubli du passé à ceux qui buvaient de ses ondes.
(2) Pain dur et grossier, plein de chaume ou paille; du latin calamus. On disait aussi chaumoisi.
d’un homme jeûnant depuis longtemps et « plourant les trois parts du Jour ».
PHYSIOLOGIE. — Dans le chapitre 1v du livre IT, qui est, on le sait, un résumé succinct de la première thèse de licence de Rabelais, on lit :
« La vie consiste en sang (1): sang est le siège de l'ame (2); pourtant (3) un seul labeur poine (4) en ce monde, c'est forger sang continuellement. En ceste forge sont touts membres en office propre (5)... La matière, et métal (6) convenable pour estre en sang transmué (7), est ballé (8) par nature : pain et vin. En ces deux sont comprinses (9) toutes espèces de aliments. Pour icelles (10) trouver, préparer et cuire, travaillent les mains, cheminent les pieds...
« L'appetit admoneste (11) d'enfourner viande. La langue en fay l’essay (12); les dents la maschent; l’estomach la reçoit, digèreetchylifie. Les vènes mésaraïques (13) en succent ce qui est bon et idoine (14), délaissent les excréments, lesquels par
(1) Otez le sang, la vie cesse.
(2) Quia anima in sanguine est. L'âme de la chair est dans le sang. (Lévitique, xvur, 2.) Empédocle a placé le siège [de l'âme dans le sang et Pline (ist. nat., 1. 11, ch. 49) dans le cœur.
Sanguinem vomit ille animam, lit-on dans l'Énéide; ce que lé D' Brémond traduit par: «il vomit son âme de sang. »
(3) Pour cela, pour cette raison.
(4) Peine.
(o) En ce labeur chaque membre a son office propre.
(6) Le mot métal désignait autrefois tout corps destiné à être travaillé.
(7) Changé, du latin fransmulare.
(3) Donné.
(9) Comprises.
(10) Celles-ci.
(11) Prévient, du latin admonere, formé de ad augmentatif et monere, avertir ; avertir fortement.
(12) La langue est le principal organe du goût.
(13) Les veines intestinales contenues dans le mésentère, du grec Eodpatoy, le mésentère.
(14) Utile, convenable, du latin idoneus. « Les veines mésaraïques préparent le chyle et donnent comme quelque commencement au sang.» (SAUVAGEON, Des parties naturelles, 1646.)
vertus expulsive sont vuidés hors par exprès conduicts (1); puis la portent au foye ; il la transmue derechef (2), et en. faict sang (3)... Puis est transporté dans une aultre officine (4), pour mieulx estre affiné (5) : c'est le cœur, lequel, par ses mouvements diastoliques (6) et systoliques (7), le subtilise et enflambe (8), tellement (9) que par le ventricule dextre (10) le met à perfection, et par les vènes l’envoye à touts les membres. Chaseun membre l’attire à soy, et s’en alimente à sa guise : pieds, mains, yeulx, tout. Par le ventricule gausche il le faict tant subtile, qu'on le dict spirituel, et l’envoye a touts les membres par ses artères, pour l’aultre sang des vènes eschauffer et esventer (11). Le poulmon ne cesse
(1) Je laisse momentanément de côté tout ce qui a trait aux fonctions des autres appareils organiques qui seront étudiés plus loin.
(2) La transforme, la modifie de nouveau.
(3) Pour Hippocrate (1. IV, des Maladies), Platon (le Timée) et Aristote (ch. x de l'Hist. des anim.; 1. I, ch. r, et 1. III, ch. m1, Des parties des animaux), le sang était engendré par le cœur, et pour Galien (1. V, ch. xxx et xvu, et 1.4, ch. xvi de l'Us. des part.; 1. VI, ch. rv et wdes-Senr. d'Hippocr. et de Plat.), Vésale, Columbus, Picolhominus, Carpus, Bauhin, Joubertus, et une infinité d’autres, tantôt par le foye, tantôt par les veines, tantôt par les deux. « L'action du foye est, dit Ambroise Paré, de tourner le chylus en sang : qui est la seconde coction. Car, bien que le chylus commence à prendre couleur de sang dès qu'il est tombé dans les veines mésaraïques : toutefois il n’acquiert point la vraye forme et haute couleur de sang tant qu'il ait esté élabouré au foye. » (Les Œuvres d’'Ambroise Paré; Paris, 1658, p. 114.)
) Retraite, lieu, du latin officina.
) Purifié.
) De relâchement, du grec Ôtastélw, je sépare, j'ouvre. : ) De contraction, du grec oustélw, je contracte.
(8) L’enflamme. Le cœur était considéré jadis comme la source de la chaleur et de la vie. « Le cœur est une cavité sinueuse, a dit Pline (His. nat., 1. XI, ch. Lxix); en lui se trouve le premier foyer de la chaleur et du sang; l'âme y réside.» — «Il est ridicule, a objecté Riolan à Guill. Harvey, de dire que le cœur reçoit du sang la'chaleur et la vie, puisqu'il est lui-même le foyer de la chaleur et de la vie, et que c’est de lui que toute chaleur du sang résulte. » — « Le sang tombant dans les ventricules du cœur y est enflammé et raréfié par le feu qui est naturel à ce viscère, » a écrit Franc. de Boë Sylvius. (Dispulat. med. thesaur., 15-16.)
(9) Si bien, de telle sorte que.
(10) Le ventricule droit.
(11) Suivant Galien, l'esprit du sang spiritueux (artériel) était formé
avecques ses lobes et soufflets le refraischir (1). En recognoissance (2) de ce bien, le cœur lui en départ (3) le meilleur, par la vène artériale (4). Enfin, tant est affiné dans le rets merveilleux, que par après (5), en sont faicts les esperits animaulx (6), moyennant lesquels elle imagine, discourt, juge, résoult, délibère, ratiocine (7), et remémore (8). »
Sauf une omission fort importante, les lignes ci-dessus sont une synthèse parfaite de la théorie galéniste du cours du sang dans les vaisseaux. L'auteur n'a pas parlé des pertuis de la cloison interventriculaire au moyen desquels sopérait, croyait-on autrefois, le passage du sang veineux du ventricule droit dans le ventricule gauche. Cette omission est-elle voulue ou involontaire? Elle est au moins singulière.
Comparons aux passages de Rabelais que nous venons de citer ceux du Christianismi restilutio (9), dans lequel Michel Servet a fait la première fois mention de sa découverte de la circulation pulmonaire.
Michel Servet affirme positivement que: « L'esprit vital üre son origine du ventricule gauche du cœur et que les poumons contribuent à sa perfection... que les poumons au moyen de l'air inspiré donnent au sang plus d'élaboration et d’affinement. » Il ajoute de plus que « le sang est porté
dans le ventricule gauche, et ce sang était seul propre « à la conservation de la chaleur naturelle fluente ». — « Dans le ventricule gauche, dit Diemerbroeck, le sang se fermente de nouveau, se dilate, se rend spiritueux et acquiert sa dernière perfection. » (DIEMERBROECK, loc, cit. suprà, P. 94.)
(1) Rafraîchir.
(2) Reconnaissance.
(3) Lui en fournit, du latin partiri, diviser, distribuer,
(4) Artère pulmonaire.
(5) Qu’ensuite.
(6) Les esprits animaux. Pour détails complémentaires sur les esprits animaux et vitaux, voy. plus loin Névrologie.
(7) Raisonne, du latin ratiocinari.
(8) Se rappelle, du latin rememorari.
(9) Daniel LecLerc et ELoy, Biographie médicale, t. 1, p: 221; Paris, 1853;
par la veine artérieuse (1) du ventricule droit du cœur dans les poumons... que les rameaux de la veine artérieuse le versent dans ceux de l'artère veineuse (2) avec lesquels ils communiquent ;..... que le sang est attiré de lartère veineuse dans le ventricule gauche du cœur dans le temps de la diastole ». Enfin « que l'esprit vital ou le sang affiné dans les poumons est distribué du ventricule gauche dans les artères de tout le corps, et que la portion la plus ténue passe vers les parties supérieures où cet esprit de vital qu'il était commence à devenir animal. »
Il y a certes loin de la fphysiologie de Rabelais à celle de Michel Servet; « cependant on ne peut moins faire, observe M. le D' Paquelin (3), que d’être frappé de Flair de parenté qu'elles ont entre elles tant au point de vue du fond que de l'expression même.
«€ Michel Servet étudia d’abord le droit à Toulouse puis la médecine à Paris en 1436 et à Lyon en 1535, époque où il publia une édition très estimée de la géographie de Ptolémée. Quand 1l se rendit à Paris, 1l habitait Lÿon depuis plusieurs années, et par conséquent s'y trouvait en même temps que Rabelais y enseignait l'anatomie sur le cadavre.
« Enfin le Chrislianismi reslitulio a paru plusieurs années après Pantagruel. »
De ces données, M. Paquelin croit avoir le droit de conclure sans trop s’avancer que « Michel Servet a été le disciple de Rabelais et que c’est à son enseignement verbal ou écrit qu'il a puisé les notions qui lui ont permis d'apporter son contingent de faits à la solution de la question qui préoccupait alors si vivement les esprits ».
Parmi les vaisseaux à sang rouge cités dans Gargantua
et Pantagruel, J'ai imdiqué l'artère pulmonaire, lPartère (1) Artère pulmonaire.
(2) Veine pulmonaire.
(3) PAQUELIN, la Revue de lilléralure médicale, 3° année, n° 19, p. 449, octobre 1878. |
radiale, lhexagone artériel de Willis, et, parmi les vaisseaux à sang noir, les veines mésaraïques etles veines émulgentes.
Ce ne sont pas les seuls.
Dans la bataille de Lerné, « Forgier atteinct Marquet de son tribard (1) par la joincture coronale (2) de la teste, sur l'artère crotaphique (3) du costé dextre (4) ».
Frère Jean des Entommeures prisonnier « férut (5) de son bracquemart (6) larcher qui le tenoit à dextre (7) lui coupant entièrement les vènes jugulaires et artères sphagitides (8) avec le gargaréon (9) jusques és (10) deux adènes ».
« L'estrange nativité » de Gargantua a fourni à Rabelais l’occasion d’une description des veines cave supérieure et inférieure qui ramènent au cœur droit le sang impropre à la nutrition. « Des cotylédons de la matrice, par lesquels sursaulta l'enfant, 1l entra dans la vène creuse (11), et gravant (12) par le diaphragme jusques au dessus des espaules où la dicte vène se part (13) en deux, print (1/4) son chemin à gausche et sortit par l’aureille senestre (19). »
Les veines des organes de la génération émanent des veines rénales et celles-ci de la veine cave inférieure qui se
(1) Gros et court bâton dont les crocheteurs et autres gens de peine se servent encore pour se reposer.
(2) Suture fronto-pariétale.
(3) Artère de la tempe, l'artère temporale, du grec zp0tapos, tempe.
(4) Du côté droit.
(5) Frappa, du latin ferire.
(6) Épée courte et large qu'on portait autrefois le long de la cuisse. Du grec Bpxyetx, mayatox, courte épée.
(7) A droite.
(8) Les artères de la gorge, les artères carotides ; du grec say, gorge.
(9) La luette, du grec yapyapewv.
(10) Aux.
(11) Les veines cave supérieure et inférieure étaient désignées autrefois sous le nom de veine creuse.
(12) Montant, gravissant.
(13) Se divise.
(14) Prit. :
(15) Gauche, du latin sinister.
dégage dans le cœur droit. La veine cave supérieure se divise en deux troncs, dits trones veineux brachio-céphaliques, auxquels aboutissent les jugulaires internes et externes qui recoivent les veinules des oreilles.
Un corps étranger charrié par le sang de la veine cave inférieure ne peut parvenir à l'organe de l’ouie sans passer par les poumons, le cœur gauche et les artères du cou. Au xv° siècle, avant la découverte de la cireulation pulmonaire, on croyait le contraire. Gargantua, sorti du sein de sa mère, a donc cheminé d’abord, selon Maître François, dans une des veines utéro-ovariennes, puis dans une des veines rénales, la veine cave inférieure, l'oreillette droite, la veine cave supérieure, le trone veineux brachio-céphalique gauche et l’une ou l’autre des veines jugulaires qui en émane. Remarquons-incidemment que le docte romancier a fait judicieusement s'engager l'énorme fœtus dans le tronc veineux brachio-céphalique gauche, qui est plus large que son homologue du côté opposé.
Le savant écrivain a omis, il est vrai, les veines Jugulaires, mais il en a parlé et précisé les rapports, je le répète, dans le chapitre XLIV du même livre. Quant aux veines caves, il a connu non seulement leurs connexions, mais encore leur structure, puisqu'il a signalé, on ne l’ignore pas (voy. le cœur, comme'une chasuble), la présence, à l'embouchure de l’une d’entre elles dans le cœur, de la valvule en croissant à laquelle Eustachi doit sa célébrité. Dans les tubes de la fontaine fantastique «il y a, dit Bacbuc à Pantagruel, une quintuple infoliature mobile à chascune rencontre intérieure, telle qu'est en la veine cave on (1) lieu qu’elle entre le dextre (2) ventricule du cœur » (3).
(1) Au. | (2) Ventricule droit, du latin dexter.
(3) L. V, ch. xzur.
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