‹ Rabelais, anatomiste et physiologisteChapitre 44 sur 61 · LH OT HO) #, À · texte numérisé non relu

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Les parastales, comme un pot à plume.

souple. Sa visière, relevée en triangle par devant et abais-

sée latéralement pour protéger les oreilles, était réunie au

couvre-nuque.

Quelquefois, cependant, il n'avait pas de rabat protecteur. Dans la nef latérale gauche de l’église romano-gothique de l’abbaye de Luxeuil, aujourd'hui église paroissiale, on

voit une série de vitraux représentant diverses scènes de la

Passion et dont tous les personnages sont, sauf le Christ, la Vierge et une des saintes femmes, costumés comme du

créance au conte de la papesse Jeanne, en déclarant très gravement, le premier, dans ses Annales d'Aquitaine, le second, dans son Diarium ilalicum, que, depuis cette époque, les cardinaux chargés d'élire le successeur de saint Pierre font constater de visu si testiculos habel.

(1) Du grec rap, auprès, ettorauu, je suis placé, placé auprès du testicule.

temps de François I {1). Au nombre de ces personnages figure (7° vitrail) un soldat dont le pot à plume, dépourvu de rabat protecteur, rappelle, encore plus exactement que celui dont je donne le dessin, une coupe antéro-postérieure horizontale du testicule, à quelque distance de l’épididyme (2).

«L'épididyme, disent MM. Cruveilhier et Mare Sée, est. couché à la manière d'un cimier de casque, le long du bord supérieur du testicule (3). »

Rabelais l'avait dit bien longtemps avant eux.

Les génitoires, comme un rabbot.

Les géniloires, les vésicules séminales, sont deux poches membraneuses situées dans le ventre, au voisinage de l'anus, et dans lesquelles séjourne, jusqu'à son expulsion au dehors, le liquide spermatique.

« Elles ont la forme, dit Sappey, d’un cône dont la base serait arrondie et la surface un peu comprimée de haut en bas.»

« La teste perdue, ne périt que la personne, dit: Panurge (4), les ec... perdues, périroit toute humaine nature. C’est ce qui meut le galant (5) CI. Galen, Lib. 1, de Spermale, à bravement conclure, que mieulx (c’est-à-dire

(1) Qu'on ne soit pas trop surpris de cet anachronisme. Les artistes du moyen âge en ont commis bien d’autres. Jésus de là sainte Famille de Rubens (Anvers) apprend à lire dans le Nouveau Testament; dans une des vieilles tapisseries de l’église de Notre-Dame-de-Nantilly, à Saumur, un des soldats de Titus assiégeant Jérusalem tient uñe arquebuse; un des saints de Solesmes (chapelle et sépulcre de Notre-Seigneur), Joseph d'Arimathie, est habillé comme du temps de Louis XI et décoré du collier de quelque ordre de chevalerie; les Romains de la légion Thébaine qui ornent la façade de la cathédrale Saint-Maurice, d'Angers, sont revètus, chacun, d'une armure complète, etc. |

(2) Ces vitraux sont modernes, mais copiés sur des anciens.

(3) CruvEILHIER et Marc SÉE, Trailé d'anatomie descriptive, 4° éd., t. I, 367; Paris, 1865.

(4) L. IT, ch. var.

(5) Estimable, méritant; du latin valente, ablatif de valens, participe de valere, valoir, avoir du prix, du mérite « Allusion à yaanvos, nom grec de Galien, » dit Le Duchat.

moindre mal) seroit poinct de cœur n'avoir, que poinet n'avoir de génitoires. Car là consiste, comme en un sacré repositoire (1), le germe conservatif de l'humain

lignage (2). »

« Les Utopiens avoient les génitoires tant féconds, et les Utopiennes portoient matrices tant amples, gloutes (3),

tenaces (4) et cellulées (5) par bonne architecture, que,

(1) Réceptacle sacré, tabernacle, du latin repositum.

(2) «Les testicules sont plus précieux que le cœur lui-même, puisque, indépendamment de la chaleur et de la vie qu'ils impriment aux animaux, ils leur fournissent le germe conservatif de l'humain lignage.» (CI. GALIEN, 1, I, de la Semence.)

(3) Goulues, avides, du latin gluto. Aristote et Platon ont regardé la matrice comme un animal avide de sperme. |

Riolan, qui n'ignorait pas la nature musculeuse de cet organe, a écrit (Anthropographie, Paris, 1629) : « J'advoue franchement que je ne suis pas encore bien esclaircy sur l'usage de certain petit nerf qu'on treuve enfermé dans la trompe de la matrice par exprez, sur ce qu'on tient qu'il attire à soy la semence et la cache. »

Il est assez curieux de retrouver la théorie de la matrice gloutonne dans le livre sur la Stérilité, que vient de faire paraître M. le D' Lutaud, médecin de Saint-Lazare. « Pendant la copulation, dit M. Lutaud, l'utérus entre lui-même en Jeu. Sous l'influence de lexcitation génésique, sa tunique musculaire ouvre l'orifice du col, expulse les sécrétions et produit en même temps une sorte d'aspiration du sperme. »

(4) Gardant, conservant, retenant si bien la semence; du latin fenere, « Si la femme doit concevoir, la semence ne tombe pa: au dehors, mais demeure dans les matrices. En effet, les matrices ayant reçu et s'étant fermées, la gardent à l’intérieur, l’orifice se serrant vermiculairement par l'effet du liquide. » (HippocraTE, trad. Littré, vol. VII, p. 477.)

(5) Divisée en cellules, en loges, en compartiments. Pour Haii- Abbas, la matrice était divisée en trois loges; pour Mundinus, Nicolas et Achillinus, en sept; pour Bonaceolus et Enneas, en dix. Vésale a décrit une crête saillante dans l’intérieur de cet organe. « L’utérus possède, a déclaré Diemerbroeck (loc. cit. suprä, t. I, p. 313), une ligne ou suture un peu élevée qui le divise parle milieu en deux parties : la droite et la gauche. Hippocrate et Galien disent que les mâles sont conçus en celle-là, et les femelles en celle-ci. »

L'adjectif cellulé se retrouve, avec le sens que je lui attribue, dans Guy de Chauliac, Mundinus et Béranger de Carpi, le seul anatomiste du moyen âge qui ait protesté contre l'opinion générale, alors, de la division de la matrice en plusieurs loges. J'en fournis la preuve :

« Bien que l’amary (la matrice) n'ait que deux seins ou cavités manilestes suivant le nombre des mamelles, toutefois elle -a chacune d'icelles (de celles-ci) triplement cellulée, et une au milieu, de sorte que, selon

on (1) bout de chascun neuviesme mois, sept enfants pour le moins, que masles, que femelles (2), naissoient chascun mariage. »

Rabbe, rabbot, navet, grosse rave ; du latin rapa ou rapum, fait dans la même signification du grec pique Où pérus (3).

Les géniloires, comme un rabbot.

À trois siècles de distance, Sappey s’est rencontré, sans le savoir, avec Rabelais.

Mundinus, on y trouve sept réceptacles. » (Guy pe CHAULIAC, -Grande Chirurqie, p. 77, édit. Joubert, Rouen, 1632.)

« Concavilas vero ejus habet septem cellulas, tres in parle dextra et tres in parle sinistra et unam in summilate vel medio ejus. La cavité de l’utérus a sept cellules, trois à droite, trois à gauche et une, au milieu, à la partie supérieure. » (Munninus, Analomia, éditée par Dryander, professeur à Marpug, imprimerie de Clusthiar Egenolphus.)

« Est purum mendacium dicere quod matrix habeat seplem cellulas. C'est un mensonge absolu que de dire que la matrice a sept cellules. » (Carpi Commentaria cum amplissimis addilionibus super anatomiam Mun° dini una cum textu ejusdem in pristinum nitorem redacto, p. 184.)

Maître François a cru, avec ses contemporains, que l'utérus de la femme était cloisonné, comme il a cru que celui-ci était pourvu de cotylédons, doué d’une mobilité extrême et en rapport avec les principales parties du corps. (Voy. Physiologie de l'appareil génital de Ia femme.)

(1) Au.

(2) Tant mâles que femelles. (L. ITT ch. 1.)

(3) En Auvergne on nomme rabiole une sorte de grosse rave ou de turneps.

ANATOMIE DESCRIPITVE 219

La géniture, comme un cent de clous à latte. Et me contoit sa nourrice, qu'il, estant marié avec la Miquaresme, engendra seulement nombre de adverbes locaulx, et certains jeusnes doubles ( 1).

Le mot géniture signifie aujourd'hui descendance, progéniture. Jadis il servait à désigner à la fois :

1° Les parties génitales de l’homme et celles de la femme ;

2° L'œuf fécondé dans le sein de la mère lorsqu'il n’est encore qu'une masse informe dans son organisation (2).

Hippocrate étend ce temps jusqu'au sixième jour, après lequel la géniture prend le nom d’embryon et celui de fœtus. (Voy. HiPPOCRATE, De (renilurd, et GALIEN, De Semine, Cap. 9.)

3° La semence de l’homme et celle de la femme. (Voy. HippocrATE, De Nalurä puert ; Amb. PARÉ, Œuvres XXI; J. CHRESTIAN, Grénéralion de l'homme, p. 102, 1559.)

Quel sens a-t-il ici ? Rabelais n'a certainement pas entendu désigner par ce terme lappareil génital, puisqu'il en a étudié séparément chacune des parties, ni le produit de la conception, puisqu'il s'agit d’un homme. Il a entendu

(1) « De tout le carème, il n'y à que la mi-carème où, dans la communion de Rome, il soit permis de se marier. C’est ce qui a fait naître à Rabelais la pensée de marier ce jour-là avec Quaresmeprenant ou le carème.: et comme le carème est stérile en fait de noces, de là vient qué d’un tel mariage il ne provient que des adverbes locaux et certains jeûnes doubles ; les jeûnes commençant, en effet, à se renforcer après la mi-carème, et chacun voulant savoir d'où l'on vient, où l'on va, et par où il faut aller pour gagner des indulgences ». (LE Ducar).

(2) Ma voix ne vous soit point amère ; Sachez que je suis dame Nature Que vous formay en votre mère Tantôt après la géniture ; De moy avez forme et figure

Et complexion corporelle Et de Dieu la noble âme et fière

Et la vertu spirituelle.

(LACOMEE.)

désigner la semence humaine (1), et on se demande avec un suprême étonnement... s'il n'aurait pas eu notion des spérmatozoïdes. |

La semence humaine (en grec, oréeux) tient en suspension des corps dits animalcules spermatiques, spermatozoïdes, spermatozoaires, visibles seulement au microscope. Les spermatozoïdes sont pourvus d'un renflement antérieur (tête ou disque) terminé par une pointe onduleuse très fine (queue). Ce ne sont point, comme on l'a cru, des animalcules ou des êtres reproduisant en petitle corps de l’homme, mais de simples éléments cellulaires. Le sperme qui n’en possède pas n’est pas de la semence, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique. Pas de spermatozoïdes dans le liquide sécrété par les testicules, pas de fécondation.

C'est dans une lettre datée du mois de novembre 1667, mais publiée seulement en 1678 (2), sous le titre : Observalions sur les animalcules de la semence humaine, que Leeuwenhoeck a fait connaître qu'il venait de découvrir des animalcules dans le sperme (3).

(1) « La semence, dit Diemerbroeck (loc. cit. suprà, t. 1, p. 350), est appelée tantôt sperme, tantôt géniture: et quoique Aristote, I, De Ort. animal, c. 18, semble mettre quelque distinction entre la géniture et le sperme, comme si celle-ci était la semence des animaux qui s’accouplent, et celleci de ce qui ne s’accouple pas, comme les plantes ; néanmoins, parce que le philosophe lui-même confond par tout ailleurs ces noms, ainsi que fait Galien et plusieurs autres, nous aussi, nous nous servirons indiferemment de ce nom pour une seule et même chose. »

Une dernière preuve qu'en attribuant ici au mot géniture la signification de sperme je ne me trompe pas, c’est que, dans le chapitre xxxr du livre IIT on lit encore qu’ « Hippocrates maintient grande portion de la géniture sourdre du cerveau et de l’espine du dos ».

(2) Trans. phil., n° 141, pp. 1041 et 1043. Société royale de Londres.

(3) La découverte des spermatozoïdes a été contestée à Leeuwenhoeck par Hartsoeker (Essais de dioptrique). « Si Leeuwenhoeck, dit Buffon, n'est pas le premier quiait fait cette découverte, il est celui qui l'a suivie le plus loin et le plus accréditée. » (Burron, ist, nalur., Dela Génération des animaux.) Leeuwenhoeck a été obligé de reconnaître lui-même que les spermatozoïdes avaient été vus avant lui par un étudiant de Leyden, L. Hamm.

Si l'invention du microscope n'était pas, — du moins on le prétend (1), — postérieure d’une quarantaine d'années à Rabelais, on pourrait croire qu'il a vu les spermatozoïdes ; d'autant (2) mieux :

1° Qu'en raison de l’aberration de sphérieité des lentilles primitives les éléments fécondants du liquide spermatique examinés avec ces lentilles ont une tête très arrondie, une queue droite, courte, rectiligne, ressemblent étrangement, en un mot, à « des clous à latte ». Ainsi les a décrits et représentés Leeuwenhoeck lui-même ;

(1) C'est vers 1590 que furent, dit-on, fabriqués par Hans Janssens et son fils Zaccharias les premiers microscopes. Ce qui n’est pas douteux, c'est que les lentilles ou globes de verre et leur pouvoir grossissant étaient connus des Anciens. Lyard en a ramassé une dans les ruines de Ninive. Néron, dont la vue était mauvaise, regardait les combats des gladiateurs au moyen d'une sorte de lunette ou plutôt d’une lorgnette munie d’une lentille d'émeraude. Vittori (De Glyplographiä, 1759) raconte qu'il a trouvé, au musée Vittorio, des pierres précieuses ayant la grosseur de la moitié d'une lentille portant des gravures de figures invisibles à l'œil nu. Dans l'histoire de la l’Académie des Inscriptions (ch. 1, p. 276), on peut lire la description du célèbre cachet de Michel Angelo, qui, mesurant 15 millimètres de long sur 12 millimètres de large, présente 17 figures d'animaux, une naissance de Bacchus avec une cérémonie rapportée aux Pyanepsis, fêtes athéniennes en l'honneur d’Apollon. L'invention du microscope a été, enfin, attribuée tour à tour à Bacon, à Métius d’Alkmar, à Porta, à Galilée, etc.

Une lentille sertie dans une monture métallique, composée de deux lames, à laquelle s'adaptait un porte-objet mû par une vis : tel est le microscope avec lequel Leeuwenhoeck. a fait ses observations, celui qu'il a légué à la Société royale de Londres. Le savant anglais a ignoré l'usage du miroir qui sert à éclairer les objets et tenu son petit appareil à la main en le tournant vers la lumière du jour ou d’une chandelle.

(2) Hippocrate, dans son traité De Dielä, paraît avoir insinué que les semences d'animaux sont remplies d’animalcules. Platon l’a -énoncé d'une manière formelle dans le Timée (p. 1088, trad. de Marcus Picenos). Démocrite a parlé de certains vers qui prennent la nature humaine. Aristote a soutenu que les premiers hommes sont sortis de terre sous l’aspect d’un ver, etc. On dira peut-être que Maître François, très érudit, a admis a priori, à l'exemple des auteurs précités, qu'il y avait dans le sperme des éléments imperceptibles dont chacun était le résumé du corps humain. À cela je répondrai : Pourquoi leur a-t-il donné Ia forme qu'ils ont dans les planches de Leeuwenhoeck? Pourquoi a-t-il limité leur nombre à cent ?

2° Que le chiffre cent concorde avec la diminution du nombre des spermatozoïdes chez un homme d’un certain âge, émacié et vivant de privations (1) ;

Spermatozoïdes, vus avec Spermalozoïdes, vus avec les

Clous à latte.

nos microscopes. microscopes de Leeuwenhoeck.

3° Qu'il n’est pas besoin d’un très fort grossissement pour voir les spermatozoïdes (2), que Leeuwenhoeck luimême les a vus avec des doublets et des triplets (3) ;

4° Qu'au moyen âge les Arabes étaient réputés les premiers lunettiers du monde et avaient des rapports constants avec la Faculté de Montpellier où a étudié Rabelais (4) ;

Je n'insiste pas. Pour terminer, je ferai seulement observer que c'est folie de croire qu’une invention quelconque ait été l’œuvre d'un seul jour et œuvre d’un seul homme (5).

- (1) Il y a des milliers de spermatozoïdes dans une goutte de sperme grosse comme une tète d'épingle.

(2) À un grossissement de 300 à 400 fois, on voit que leur longueur totale est, chez l'homme, de 1/20° de millimètre, et le grand diamètre de leur tète de 1/300° à 1/200° de millimètre. |

(3) Avec des microscopes, différant sensiblement, par conséquent, du microscope composé actuel.

(4) Rabelais a parlé couramment l'arabe. Un paragraphe entier du chapitre 1x du livre IT est écrit en arabe, et, en plus des termes anatomiques Alkatim, Mirach, Siphac, D'Algmala, etc., que j'ai cités, on trouve encore dans l'épopée pantagruélique les termes astronomiques arabes Azimuth, Almicantarah, etc.

(5) À l'époque où parut Newton, Descartes avait changé la face des sciences mathématiques par l'application féconde de l'algèbre à la théorie des courbes et des fonctions variables. La géométrie de l'infini, dont cette théorie renfermait le germe, commençait à percer de toutes parts. Wallis, Vren, Huyghens venaient de trouver les lois du mouvement. La découverte de Galilée sur la chute des graves, et d'Huyghens sur les développées et la

Quel immense laps de temps s'estécouléentre la découverte de la vapeur et son application à [la traction des wagons ! On commence seulement à emmagasiner. l'électricité, qui est connue depuis Ampère.

Il y a quelques siècles, il était plus prudent de garder le secret d'une invention scientifique que de la divulguer. Chassé de son monastère, emprisonné, Roger Bacon est mort en murmurant : « que les hommes ne valaient pas la

force centrifuge conduisaient à la théorie du mouvement dans les courbes. Képler avait déterminé l'ellipse que décrivent les planètes. Enfin Hook avait très bien vu que les mouvements de ces planètes sont les résultats d’une force de projection combinée avec la force attractive du soleil. La mécanique céleste n'attendait qu'un homme de plus pour être constituée à l’état de science parfaite, Cet homme fut Newton.

Combien de siècles avait-il fallu pour faire éclore Descartes, Wallis, Vren, Huyghens, Képler, Galilée, Hook, Euclide et Archimède, les prédécesseurs de Newton?

C’est à l'imprimerie que le siècle de Rabelais doit son éclat. Elle a vulgarisé et mis à la portée de tous des documents précieux qui contenaient en germe toute la science moderne. Que d’inventions regardées comme récentes, dont l'origine se perd dans la nuit des temps. N'a-t-on pas rencontré dans les dolmens des crânes trépanés pour guérir des maladies locales ou générales; dans les hypogées de Thèbes et dans le cimetière étrusque de Tarquinia (Italie), le cimetière des douze villes confédérées du Latium, des dents cariées aurifiées; dans la maison d’un médecin de Pompéi, la sonde uréthrale à double courbure de Sims ? N’a-t-on pas extrait des tourbières du Danemark des lurs ou grands cors de bronze donnant 22 tons (4 octaves et demie) d'une pureté, d'une clarté, d'une douceur et en même temps d'une force répondant aux exigences d'une oreille exercée. Ces lurs, toujours trouvés par paire, ne donnent-ils pas à croire que ce sont les Scandinaves de l'âge du bronze qui ont doté la civilisation moderne de l'harmonie? N'a-t-on pas recueilli dans des décombres à Sofia et dans les sarcophages d'Antinoë (Égypte) des miroirs qui établissent d’une façon positive qu'au temps des empereurs romains la fabrication du verre métallisé était chose courante? N'a-t-on pas, enfin, retiré également des sarcophages d'Antinoë des soieries du répertoire byzantin de Lyon qui témoignent qu'au n° siècle les tissérands étaient déjà maîtres de tous les procédés en usage aujourd’hui? De tous les procédés, je le répète. A tel point que, devant certains brochés, des membres de la Chambre de commerce de Lyon se sont écriés : « Mais c'est du Jacquart! » Et que telle étoffe de haute lisse ressemble tellement à ce que nous connaissons, qu'on n’a pu la désigner que sous le nom de Gobelins. Les Gobelin comme Jacquart n'ont donc rien inventé; ils ont retrouvé un art qui s'était perdu,

peine qu'on s'occupât de leur avancement. » Dans sa Wagia universalis naluræ et artis, Schott raconte que Scheiner, un des plus grands savants de son temps, a été considéré comme magicien et privé de sépulture, parce qu'on avait trouvé chez lui, après son décès, un vifrum pulicarium (1) duquel le diable s'était échappé transformé en puce.

Les jeusnes doubles. Les jeûnes doubles, les abstinences doubles commandées par l'Église et aussi les jeûnes doubles, les monstres doubles ou. Pygopages (2). On devine le jeu de mots qu'a voulu faire Rabelais. Comme Velpeau, son compatriote et son confrère, Maître François en a fait beaucoup d’autres.

Panurge entraîne Anarche, roi des Amaurotes (3), vêtu d'une livrée «pers et vert (4) », en observant que cette livrée « luy advenoit (5), veu qu'il avoit été pervers ». — « Clerice (6), dist Homenaz, clerice, esclaire 1cy a double lanternes. »

Au cours de la fête qui précède la délivrance de Gargamelle, un buveur s’écrie : « Le grand Dieu feit (7) les planètes, et nous faisons les plats-nets. »

Dansles Enfers, « Nicolas Pape tiers (8) estoit papetier ».

(1) Employés particulièrement pour observer des puces et des mouches, les plus anciens microscopes simples étaient qualifiés de tombeaux ou cimetières de petits animaux, de vitra pulicaria, de vitra muscaria.

(2) Les Pygopages sont des monstres composés de deux individus à ombilics distincts, soudés à la région fessière. Ils se divisent en trois tribus : les monstres en X, les pages, les monstres en Y renversé, les adelphes, les monstres en Y, les dymes. Cette monstruosité rare est produite par la soudure de deux germes dans le mème ovule. Hélène- Judith, Millie-Christine, Rosa-Josepha en sont des spécimens.

(3) Gens obscurs, inconnus, du grec auavços, noir. L'amaurose est une maladie des yeux caractérisée par la perte de la vision.

(4) Vieux mot presque inusité qui servait à désigner une étoffe d’une couleur intermédiaire entre le vert et le bleu.

(5) Convenait, du latin advenire.

(6) Clerc, en latin clericus.

(7) Fit.

(8) Troisième du nom.

Avant de manger, la reine du pays de Lanternois (1) prenait «en guise de pilules qui sentent si bon (je dis ante cibum) (2) pour soi desgraisser l’estomach, une cuillerée de pétasunne ». « N’asardons rien, s'exclame le poltron Panurge, à ce (3) que ne soyons nazardés. » Triboulet est fol a latere (4), altéré ; le capitaine Tripet meurt estripé; le général Cervelat, escervelé. Frère Jean interrompt le service divin pour le service du vin. De Lyra (5), délire, etc.

Adverbes locaulx. « Les adverbes latins unde, quà, quo, les stations d’où on vient, où on va, et par où il faut aller pour gagner les indulgences. » (Alphabet de l’auteur.)

PHYSIOLOGIE. — « Chascun membre du plus précieux de son nourrissement (6) décide (7) et rogne, dit Rabe-

(1) La Rochelle, foyer de la Réforme, pays des lumières, de la science.

(2) L'aloès est un des médicaments purgatifs le plus anciennement employés. Les pilules ante cibum, encore ordonnées aujourd'hui, et qu'on prend avant de manger, comprennent :

DCR CO ES MAR EEE RIT 6 parties.

Extrait de. QUinQuiIRE.. 2. 0 21.1 #5 3 — RE les n + à à 1 SON ADMNINe RES ANT ue, q. S.

(3) Pour que, afin que nous ne soyons pas. (L. IV, ch. £v.)

(4) Lalere, a latere. Légat a lalere, cardinal envoyé extraordinairement par le pape auprès d’un prince chrétien, ainsi nommé de lalus, lateris, côté, parce que le pape ne nomme à cet emploi que des cardinaux détachés d’auprès de sa personne, tirés de son conseil. Maître François a-t-il entendu, dans le cas présent, faire allusion à l’état mental d'un légat altéré ? On l’a dit en se basant sur ce que le même Triboulet est qualifié antérieurement, par l'irrespectueux Panurge, de fol papal, épiscopal, consistorial, conclaviste, etc., etc. Cette interprétation est très discutable.

(5) Juif qui s'est fait cordelier et qui, dans ses commentaires de la Bible, a introduit les rèveries des rabbins. (L. ITT, ch. r.)

(6) Des parties les plus précieuses des aliments absorbés et transformés, du sang par conséquent. « La semence ou géniture, dit Ambroise Paré, provient de toutes les parties du corps. » (A. Paré, Œuvres XXIL.)

« Je pense, a écrit Buffon, que les molécules organiques renvoyées de toutes les parties du corps dans les testicules ou dans les vésicules séminales du mâle et dans les testicules ou telle autre partie que l'on voudra de la femelle, y forment la liqueur séminale, laquelle, dans l'un ou l’autre sexe, est une espèce d'extrait de toutes les parties du corps. » (BUFFON, Histoire naturelle des animaux.)

(7) Choisit,

lais (1), une portion, et la renvoye en bas. Nature y ha préparé vases et réceptacles opportuns, par lesquels descendant és génitoires, en longs ambages et flexuosités, reçoipt forme compétente {2) et trouve lieux idoines (3), tant en l’homme comme en la femme, pour conserver et perpétuer le genre humain. »

La sécrétion spermatique, qui a pour objet la conservaion de l'espèce, et la digestion, qui a pour objet la conservation de l'individu, sont les deux fonctions physiologiques les plus importantes. « Entre les dons, graces et prérogatives, desquelles le souverain plasmateur (4) Dieu tout puissant ha endouairé (5) et aorné (6) l'humaine nature à son commencement, celle (7) me semble singulière (8) et excellente, par laquelle elle peult en estat mortel acquérir espèce d'immeortalité, et en décours (9) de vie transitoire perpétuer son nom et sa semence. Ce que est faict par lignée issue de nous en mariage légitime (10). »

C'est pour ces motifs que Maître François s’est certainement étendu aussi longuement sur la sécrétion spermatique que sur la digestion. Dans les réponses du médecin Rondibilis à Panurge, qui lui demande s’il doit se marier, on trouve une énumération à peu près complète des causes qui influent sur cette sécrétion.

L) IMITECRONT, 2) Convenable, du latin compelens.

3) Propres, du latin idoneus.

(4) Le souverain Créateur de l'homme. [Asoux, la créature, l'homme formé du limon de la terre. On nomme aujourd'hui plasma la partie liquide des sucs nutritifs, et notamment le sang. Rabelais médecin s'est servi à diverses reprises du mot plasmature pour désigner l'ensemble de l'organisme. — « Dieu notre plasmateur » (Nef des dames verlueuses, par Symphorien CHAMPIER ; Lyon; 1503).

(5) Doué, doté.

(6) Orné, du latin adornatus.

(7) Celle-ci.

(8) Unique, particulière, du latin singularis. ( (

9) Cours rapide, du latin decursus.

10) L. IE, ch, vrrr.

Le

« Vous dictes, observe le docteur Rondibilis à Panurge, que sentez en vous les poignants aguillons de sensualité. Je trouve en nostre faculté de médicine, et l'avons prins de la résolution (1) des anciens platoniques (2), que la concupiscence charnelle est réfrénée par cinq moyens :

« Par le vin prins intempéramment ; car par l’intempérance du vin advient au corps humain refroidissement de sang, résolution (3) des nerfs, dissipation de semence générative, hébétation des sens, perversion des mouvements, qui sont toutes impertinences (4) à l'acte de génération. De faict, vous voyez peict Bacchus, dieu des ivrognes, sans barbe et en habit de femme, tout efféminé, comme eunuche (5)... Aultrement est du vin prins tempéramment (6). L'antique proverbe nous le désigne (7), auquel (8) est dict : que Venus se morfond sans la compagnie de Cerès et Bacchus (9). Et estoit l'opinion des anciens, selon le récit de Diodore sicilien (10), mesmement des Lampsaciens (11), comme atteste le grand Pausianias (12), que messer Priapus fut fils de Bacchus et Venus. »

Les effets généraux de lalcoo!l sur le système nerveux sont bien tels. Quant à ses effets particuliers sur les fonc-

bons dela génération, 1l est reconnu par tous les hygiénistes (1) Pris, appris, de la décision.

(2) Disciples de Platon.

(3) Dépression des nerfs.

(4) Dispositions impropres, du latin imperlinens, (5) Eunuque.

(6) Avec modération.

(7) Nous le montre, nous l'indique.

(8) Dans lequel.

(9) Sans pain ni vin.

Verbum, Hercle, hic verum est : sine Cerere et Baccho Friget Venus.

Certes ce proverbe est vrai : sans Cérès et Bacchus, Vénus est transie de froid. (TÉRENCE, Euneuchus, acte IV, scène v.) (10) Diodore de Sicile, L. V, vr.

(11) Peuples qui habitaient Lampsaque dans l'Asie Mineure.

(12) Pausanias, lib. IX, 31.

que l’alcool pris passagèrement en excès excite les désirs vénériens, mais que pris habituellement en excès 11 affaiblit les fonctions génératrices. Examinons les autres moyens proposés par Rondibilis à son client : |

« Secondement, par certaines drogues et plantes, lesquelles rendent l’homme refroidy, maléficié et impotent à génération. L'expérience y est en nymphea heraclia (1), amerine saule (2), chenevé (3), periclimenos (4), tamarix (5), vitex (6), mandragore (7), ciguë, orchis le petit (8), la peau d’un hippopotame (9), et aultres, lesquelles dedans les corps humains, tant'par leurs vertus élémentaires, que par leurs propriétés spécifiques, glacent et mortifient le germe prolifique ; ou dissipent les esperits qui le debvoient conduire aux lieux destinés par nature ; ou opilent (10) les voies et conduicts par lesquels povoit (11) estre expulsé.

(1) Le nénuphar, ou volet d’eau douce, de la famille des Nymphéacées.

(2) Selon Marty, qui a raison en cette circonstance, il faut écrire ces deux mots sans les séparer par une virgule. L’'Amerina salix est, en effet, une sorte d'osier d’'Amérie, en Ombrie, qui n'est rien autre chose que l’amerino des Provençaux. |

(3) Chènevis.

(4) Le chèvrefeuille. (Voy. Puine, 1 XXVII, ch. xir.) (5) Le tamaris ou tamarin.

(6) « Le nom de vilex, disent Burgaud des Marets et Rathery, servait à désigner les Verbénacées, telles que l'Agnus castus ou gattilier, arbrisseau aromatique. »

(7) L'empereur Julien a cependant mentionné, dans son épître à Callixène, qu'il buvait du jus de mandragore pour s’exciter au jeu de l'amour.

(8) D'après Théophraste (1. IX, ch. xix), « le plus grand des deux tubercules de l'orchis ou satyrion, pris dans du lait de chien, favorise l'acte vénérien, tandis qu'au contraire le plus petit l'empêche ».

Le Satyrion a dû sa réputation à son odeur spermatique et à la ressemblance de son bulbe avec la glande séminale, d'où son autre nom d’'Orchis.

(9) Il était également admis au temps de Rabelais que les goutteux étaient soulagés en portant, au-dessus du genou, une jarretière faite avec un morceau de la peau du même animal.

(10) Bouchent; du latin oppilare. Au livre I, chapitre 11, des Causes des symptômes, de Galien, 1lest dit que «l'influence de la faculté animale est empêchée lorsque le nerf qui a en soi des ouvertures est ou bouché où COMprimé ».

(11) Pouvait.

Comme au contraire nous en avons qui eschauffent, excitent et habilitent à l'acte vénérien (1). »

Je ne veux pas discuter la propriélé anaphrodisiaque de toutes les herbes indiquées par Rondibilis. On attribue cependant encore cette propriété au nénuphar, au gattilier (vitex), à la ciguë. Quant au tamarin, à l’amérino, au chèvrefeuille (periclimenos), au chènevis (chenevé), il est douteux qu'ils la possèdent.

« Tiercement (2), dist Rondibilis, par labeur assidu. Car en icelluy est faicte si grande dissolution (3) du corps, que le sang, qui est par icelluy (4) espars pour l’alimentation d’un chascun membre, n’ha temps, ne (5) loisir, ne faculté de

(1) Rabelais en a cité quelques-uns : les aliments du carème (Voy. Physiologie de l'Appareil digestif), les fustigations des reins, l'émeraude.

Panurge compare les Chicanous, qui mouraient de faim s'ils n'étaient pas battus, « aux gens qui ne peuvent le cercle caverneux vers le cercle équatorial dresser, s'ils ne sont très bien fouettés ».

C'est principalement, en effet, sur les organes chargés de la reproduction qu'agit la flagellation. Les personnes qui ont lu les Confessions de Rousseau savent ce qu'il éprouvait, encore enfant, sous l'influence des corrections de Me Lambercier. Et, sans évoquer les obscénités du règne de Néron, ni les flagellations de Henri III et de ses mignons, sans renvoyer au discours 11 des Dames galantes de Brantôme, sans feuilleter le traité de Meibomius : De flagrorum usu in re venereä, ni l'Histoire des Flagellans de l'abbé Boileau, on pourrait trouver, dans l'aveu des modernes prètresses de Cythère, mille exemples de résurrections opérées sous leurs verges ensanglantées.

La braguette de Gargantua était fixée par « deux crochets d’esmail, en un chascun desquels estoit enchassée une grosse esmeraugde de la grosseur d’une pomme d'orange. Car, ainsy que dict Orpheus, libro de Lapidibus, et Pline, libro ultimo, elle ha vertu érective et confortative du membre naturel ».

Dans les Poèmes orphiques, l'émeraude est donnée comme un puissant aphrodisiaque. Il n’est pas question de ce corps dans le dernier livre de Pline, quoi qu'en dise Rabelais. « L’émeraude, a écrit, en 1669, Robert de Berquen, conserve la chasteté et découvre l'adultère, ne pouvant du tout souffrir l'impudicité autrement qu'elle se rompt de soi-mème en pièces, ainsi que le fait entendre Agricola. » (DAUBRÉE, Mémoires de l'Institut, 1891.)

(2) Troisièmement, du latin lertius.

(3) Affaiblissement, anéantissement, du latin dissolulio.

(4) Dans celui-ci.

(5) Ni.

— Qu

Rite. D Y-,2

rendre celle (1) résudation séminale (2) et superfluité de la tierce concoction (3). Nature particulièrement se la réserve, comme trop (4) plus nécessaire à la conservation de son individu, qu’à la multiplication de l'espèce et genre humain. Ainsy est dicte Diane chaste, laquelle: continuellement travaille à la chasse. Ainsy jadis estoient dicts les castres, comme castes (5) esquels continuellement travailloient les athlètes et souldars (6). Ainsy escript Hippoc. lib, de Aëre, Aqua et Locis (7), de quelques peuples en Scythie, lesquels, de son temps, plus esloient impotents (8) que eunuches (9) à l’esbatement (10) vénérien, parce que continuellement 1ls estoient à cheval et au travail (11). Comme au contraire disent les phylosophes, oisivelé estre mère de luxure. Quand l’on demandoit à Ovide, quelle cause fut pourquoy Ægistus devint adultère ? rien plus ne respondoit, sinon quil estoit otieux (12).

(1) Dans le sens de cette.

(2) Sécrétion de la semence spermatique, du latin resudalio, fait de resudere, rendre un liquide, le rejeter.

(3) Voy. Appareil digestif.

(4) Beaucoup.

(5) Les camps (castra, en latin), comme chastes (casta, en latin). Jeu de mots emprunté à Isidore qui dit, au livre IX de ses Étymologies : « Dicta autem castra, quasi casla, ed quüd ibi castraretur libido. On les appelle castres, comme qui dirait castes — chastes, — parce que tout désir vénérien en était banni. »

(6) Les soldats.

(7) Au livre de l'Air, de l'Eau et des Lieux.

(8) Impuissants, du latin impolens.

(9) Eunuques.

(10) Au jeu, à l'amusement.

(11) La microrchidie ou atrophie du testicule (de prgds, petit, et opyxe, testicule) était en quelque sorte endémique chez les Scythes, aussi l’impuissance était-elle fréquente parmi eux. La microrchidie est la maladie féminine d’Aristote. (Voy. Les c..., comme une guedoufle.)

(12) Oisif, du latin ofiosus. Dans l'ouvrage d'Ovide intitulé De Remedio amoris (1. I, v. 161), on lit :

Queretur Ægystus quare sit fuctus adulter, In promptu causa est, desidiosus erat.

On demande pourquoi Ægyste devint adultère, la cause HÉTAE

loire est qu'il était paresseux,

Et qui osteroit oisiveté du monde, bien tost périroient les arts de Cupido (1); son arc, sa trousse et ses flèches luy seroient en charge inutile, jamais n’en fériroit (2) personne. Car il n’est mie si bon archier (3), qu'il puisse férir les grues volants par l’aer, et les cerfs relancés par les bocages (comme bien faisoient les Parthes), c’est à dire les humains tracassants (4) et travaillants : 1l les demande cois (5), assis, couchés et à séjour (6). De faict, Théophraste, quelque fois interrogué quelle beste ou quelle chose ïl pensoit estre amourettes, respondit que c'estoient-passions d’esperits otieux. Diogenes pareillement disoit paillardise estre l'occupation des gents non aultrement occupés (7). Pourtant (8), Canachus (9) Sicyonien, sculpteur, voulant donner entendre qu'oisiveté, paresse, nonchaloir (10), estoient les gouvernantes de ruffiennere (11), feit (12) la statue de Venus assise, non debout, comme avoient faict ses prédécesseurs. »

Il n'est pas besoin de longs commentaires pour démontrer que les travaux manuels, et encore plus le surmenage

physique, chassent les idées érotiques. Les ouvriers et les

paysans sont moins portés vers les plaisirs de la chair que les citadins et les oisifs. Etles raisons que donne de ce fait

(1) Traduction de ce vers d'Ovide :

Oltia si tollas, periere Cupidinis artes.

(De Remedio amoris, 1. T, v. 139.)

) ) ) Se donnant du tracas, du tourment, de l'activité. ) Tranquilles, du latin quielus.

(6) En repos.

(7) « Cette apophthegme est de Diogène le Cynique, dans Diogène de Eaerce. » (LE DucHAT.)

(8) À cause de tout cela.

(9) Voy. Les Corinthiaques de Pausanias. » (LE DucnarT.)

(10) Nonchalance.

(11) De débauche.

(12) Fit,

le médecin du moyen âge sontencore admises par les physiologistes d'aujourd'hui.

« Quartement (1), par fervente estude. Car en icelle est faicte incrédible (2) résolution des esperits, tellement qu'il n’en reste de quoy porter aux lieux destinés ceste résudation générative (3), et enfler le nerf caverneux (4), duquel l'office est hors la projecter, pour la propagation d'humaine nature. Qu'ainsy soit (b), contemplez la forme (6) d’un homme attentif à quelque estude, vous voirrez en luy toutes les artères du cerveau bandées, comme la chorde d’une arbaleste, pour lui fournir dextrement (7) esperits suffisants à emplirles ventricules du sens commun, de l’imagination et appréhension (8), de la ratiocination (9) et résolution, de la mémoiré et récordation (10); et agilement courrir de l’un à l'aultre par les conduicts manifestes (11) en anatomie, sus (12) la fin du rets admirable (15), onquel (14) se terminent les

(1) Quatrièmement, du latin quartus.

(2) Incroyable, du latin incredibilis.

(3) Voy. p. 226, note 2.

(4) Les nerfs caverneux sont ceux qui se distribuent aux deux corps caverneux qui, avec le prépuce et l’urèthre, constituent la verge. (Voy. Le membre, comme une pantophle, p. 202, note 1.) — Par nerf caverneux, on doit, je crois, entendre ici les corps caverneux dont l'érection est nécessaire pour «projecter hors la résudation générative ». Je le crois d'autant plus : 1° qu'Aristote et Galien ont dit que la semence du mâle, essentiellement chaude, contenait un souffle qui dilatait les corps caverneux et en provoquait l'érection; 2° que Rabelais a appelé (1. II, ch. xvm) la verge « le membre nerveux, caverneux ».

(5) Pour en juger.

(6) L’'apparence, l'attitude.

(7) Avec dextérité, rapidité, du latin dexler, formé du grec ôskxepos ou ess, droit, qui est du côté droit; parce qu'on travaille avec plus d'adresse de la main droite que de la gauche.

(8) Apprébension, du latin apprehentio.

(9) Raisonnement, du latin ratiocinatio.

(10) Souvenance, du latin recordatio.

(11) Apparents, du latin manifeslus.

(12) Sur. |

(13) Voy. Angéiologie : Le rets admirable, comme un chanfrein ; et Névrologie, Physiologie. :

(14) Dans lequel.

artères, lesquelles de la senestre armoire (1) du cœur prenoient leur origine, et les esperits vitaulx affinoient (2) en longs ambages (5), pour estre faicts animaulx. De mode qu’en (4) tel personnage studieux vous voirrez suspendues toutes les facultés naturelles, cesser touts sens extérieurs : brief (5) vous le jugerez n’estre en soy vivant, estre hors soy abstraict par ecstase (6), et direz que Socrates n'abusoit du terme quand 1l disoit : Phylosophie n'estre aultre chose que méditation de mort. Par adventure est ce pour quoy Democritus s'aveugla (7), moins estimant la perte de la vue, que diminution de ses contemplations (8), lesquelles 1l sentoit interrompues par l’esgarement des yeulx (9). Ainsy est vierge dicte Pallas, déesse de sapience (10), tutrice (11) des gens studieux. Ainsy sont les Muses vierges ; ainsy demeurent les Charites (12) en pudicité éternelle. Et me soubvient avoir leu (13) que Cupido quelquesfois interrogué de sa mère Venus, pour quoy il n'assailloit (14) les Muses, res-

(1) Du ventricule gauche.

(2) Purifiaient, rendaient plus subtils, du latin afjingere, formé de ad, augmentatif, et fingere, façonner.

(3) En longs détours. Les artères vertébrales et les carotides internes, qui sont les branches d'origine du rets admirable (hexagonce artériel de Willis), ont un trajet très compliqué.

(4) De manière que.

(5) Bref.

(6) Extase.

(7) « La grande passion que Démocrite avait pour l'étude fit qu'il s'aveugla lui-même pour se mettre hors d'état de pouvoir s'appliquer à d’autres choses. Il exposa à découvert une plaque d’airain, qui renvoyait vers ses yeux les rayons du soleil, dont la chaleur lui fit à la fin perdre la vue. » (FÉNELON, Abrégé de la vie des plus illustres philosophes. — Voy. également CICÉRON, Questions lusculanes, 1. V, et PLUTARQUE, Traité de la Curiosilé.)

(8) Méditations, du latin contemplatio.

(9) La distraction que produit la vue du monde extérieur.

(10) De la sagesse, du latin sapientia.

(11) protectrice.

(12) Les Grâces, que l’on confond souvent avec les Muses, du grec Xaputes. H. Xaçi, la plus jeune des Grâces, Aglaé ou Charis.

(13) Dans Lucien, au dialogue intitulé : Vénus et Cupidon.

(14) Il n'attaquait pas. |

pondit qu’il les trouvoit tant belles, tant nettes (1), tant honestes, tant pudiques et continuellement occupées, l'une à contemplation des astres, l’aultre à supputation des nombres, l’aultre à dimension des corps géométriques, l’aultre à invention rhétorique, l’aultre à composition poétique, l’aultre à disposition de musique, que, approchant d'elles, il desbandoit son arc, fermoit sa trousse (2), esteignoit son flambeau, de honte et craincte de leur nuire. Puis ostoit le bandeau de ses yeulx pour plus apertement (3) les voir en face, et ouïr leurs plaisants chants et odes poétiques. Là prenoit le plus grand plaisir du monde. Tellement que souventil se sentoit tout ravy en leurs beautés et bonnes graces, et s’endormoit à l'harmonie. Tant s’en fault qu'illes voulsist (4) assaillir, ou de leurs estudes distraire. En cestuy article (D), je comprend ce qu'escript Hippocrates au livre sus dict, parlant des Scythes, et au livre intitulé (6) De genilard, disant touts humains estre à génération impotents (7) esquels (8) l’on ha une fois coupé les artères parotides (a) qui sont à costé des aureilles, par la raison cy-devant exposée quand je vous parlois de la résolution des esperits et du sang spirituel, duquel les artères sont réceptacles (10) :

1) Pures.

2) Son carquois.

3) Distinctement, du latin aperté.

4) Voulut, participe passé de l'ancien verbe vouloir.

») En ce qui touche cette articulation, cette assertion.

(6) De la géniture, de la semence.

(7) Impuissants, du latin impotens.

(8) Auxquels.

(9) Du grec rapx, auprès et oùs, &rds oreille. On appelle encore paroltides les glandes salivaires situées près des oreilles. Chacune de ces glandes est traversée par l'artère carotide externe.

(10) « Les artères sont destinées pour porter le sang re Non pas que le sang artériel soit tout spiritueux, mais c'est que sa plus grande partie étant telle, il tire d'elle, comme étant sa plus noble partie, sa dénomination. Car il faut remarquer que des parties du sang, les unes sont plus, les autres moins spiritueuses. En éfet, il ne faut pas croire que le chyle, qui après s'être mêlé avec le sang dans la veine cave, entre pour la première fois dans le cœur, y acquiére dabord et sur le champ

aussy qu'il maintient (1) grande portion de la géniture (») sourdre du cerveau et de l’espine du dos (3). »

Que le sperme soit sécrété directement par les testicules au licu d'y être, comme on le croyait autrefois, porté de la moelle et du cerveau, il ne s'ensuit pas moins que l'excès des travaux intellectuels, appliqués aux lettres, aux sciences ou aux arts, est reconnu comme une cause d’affaiblissement de la virilité, de l'éloignement des désirs vénériens et, enfin, de l'impuissance.

à cette même entrée, autant de spirituosité, qu'en ont déja acquis les autres particules du sang qui avoient auparavant été mêlées avec le chyle, et qui par la circulation ont passé souvent par le cœur, et y ont été plusieurs fois dilatées. Car tout ainsi que dans la distilation du vin, plus le vin est distilé de fois, plus l'esprit qu'on en tire est subtil, pur et éficace : de même, plus le sang est dilaté de fois dans le cœur, plus les particules spiritueuses se débarrassent et se séparent de la masse épaisse, et plus elles s’attenuent. Celles qui sont moins spiritueuses, et non suftisamment attenuées, et qui, par cette raison là sont peu propres pour la nutrition, retournent au cœur, par le moyen des veines, afin qu'y étant de nouveau rarefiées, elles acquiérent une plus grande RIRES » (DIEMERBROECK, loc. cit. suprà, t. TL, p. 498.)

(1) Ainsi qu'Hippocrate assure.

(2) De la semence.

(3) Selon Hippocrate, le liquide spermatique est une sécrétion des parties les plus fortes et les plus essentielles de tout ce qu'il y a d'humide dans le corps et particulièrement dans la tèle, « parce que ceux auxquels on a coupé les artères auprès des oreilles ne produisent plus qu'une semence faible et souvent inféconde. » (HipPOCRATE, lib. De Genilurâ, p. 127, et lib. De Dietä, p. 198; Lugd. Bat., t. I, 1665.) |

Il existe un dessin, extrêmement curieux, intitulé De Coïlu, dont l'auteur est un contemporain de Rabelais, un grand peintre doublé d'un grand savant. J'ai nommé Léonard de Vinci. C'est la reproduction par le trait des anciennes doctrines concernant la génération dans l'espèce humaine. Chez l'homme, on voit des canaux qui charrient de la moelle et du cerveau aux testicules le sperme nécessaire à la fécondation, et les canaux qui portent des poumons à la verge le souffle qui, d’après Galien, produisait l'érection. Chez la femme, on aperçoit une matrice assez bizarre, de laquelle naissent des conduits qui vont se terminer aux mamelles, en conformité de la théorie hippocratique, qui voulait que les règles se transformassent en lait, après la délivrance, pour servir à l'allaitement.

Aujourd’hui encore, on croit dans le peuple que la semence humaine vient de la moelle. Les bouchers, pour désigner le haut de la moelle, disent toujours « l'amourette ». À côté de cette dénomination erronée, rappelons

« Quintement, par l'acte vénérien » fréquemment répété.

L'abus des rapports sexuels entraîne non seulement l'impuissance, mais encore de spermatorrhée, qui débilite l'organisme.

À ces causes de la diminution de la sécrétion spermatique, il faut généralement ajouter, enfin, le défaut de fonctionnement régulier des glandes génitales et la vieillesse.

« Panurge, mon ami doulx, remarque (1) le fondateur de l’abbaye de Thélème (2), je ne te conseille chose que je ne fisse, si J'estois en ton lieu. Seulement aye égard considération de tousjours bien lier et continuer tes coups. Si tu y fais intermission (3)..., t'adviendra ce qu'advient aux nourrices. Si elles désistent (4) allaicter enfants, elles perdent leur laict. Si continuellement n'exerce ta mentule (5), elle perdra son laict... Par non usage sont perdus touts privilèges (6)... Pourtant (7)..…., maintien tout ce bas et menu populaire, troglodyte (8), braguetodyte (9), en estat de labourage sempiternel. Donne ordre qu'ils ne vivent en gentilshommes, de leurs rentes, sans rien faire.

« Le temps matte toutes choses. Il n’est le marbre ne (10) le porphyre, quin'ait sa vieillesse et décadence. Desja voi-je ton poil grisonner en teste. Ta barbe, par les distinctions du gris, du blanc, du tanné et du noir, me semble une mappe-monde. Regarde icy. Voila Asie; iey sont Tigris et

qu'ils nomment très exactement la matrice la « portière » (de porter), et le fœtus enveloppé de ses membranes, « l'enfant de chœur ». (1) L. IT, ch xxvir ee ) Du mot grec 0ékrua, qui signifie volonté.

) Si tu espaces d'une manière régulière. Conservé dans ce sens. ) Si elles renoncent, si elles cessent, du latin desistere. ) La verge. En latin mentula.

) Ancienne maxime de droit canonique.

(7) Pour ce motif, à cause de cela. (8) Logé dans un lieu obscur, du grec tpwyroèvrre, formé de tewyàr, trou, et de 5ivw ou 35», j'entre.

(9) Mot forgé, caché dans la braguette.

(10) Ni.

nos

Euphrates (1). Voila Afrique; icy est la montagne de la Lune (2); voids-tu les palus (3) du Nil? Deça est Europe : voids-tu Theléme? Ce toupet icy tout blanc, sont les monts Hyperborées (4)... mon ami, quand les neiges sont 6s (5) montagnes, je di la teste et le menton, il n'y ha pas grande chaleur dans les vallées de la braguette. »

«Ge qu'il y a de vif et de moëlle est étouffé, par ses longueries, » a dit Montaigne, ennuyé par un discoureur prolixe. Pour ne pas encourir ce reproche, je passerai sans transition de la description des organes génitaux de l’homme à celle des organes génitaux de la femme. La naissance de Gargantua a fourni à Maître François — je le rappelle (Voy. Angéiologie) — l'occasion de parler des organes génitaux de la femme, dès le vi chapitre du livre [.

« Gargamelle (6) commença à se porter mal du bas... Peu de temps après, elle commença à souspirer, lamenter et crier. Soubdain vindrent (7) à tas sages-femmes de touts costés (8).

(1) Grand fleuve d'Asie qui va se jeter dans le golfe Persique après avoir reçu un autre fleuve, le Tigre.

(2) Les montagnes de la Lune (en arabe ET-Kamar) limitent au sud l'ancienne Nigritie ou Soudan. |

(3) Les marais, du latin palus.

(4) Du grec Üx£p, augmentatif, et Bopéas, vent du nord.— Montagnes de la Sarmatie. Je trouve dans le dictionnaire de N. Landais que « c’est Voltaire qui, le premier, a dans l’Orphelin de Chine, francisé l'adjectif latin Ayperboreus pour en faire le mot hyperborée ». N. Landais n’a pas lu Rabelais.

(5) Aux sommets des montagnes. Panurge n'avait cependant que «trente et cinq ans ou environ » quand il a rencontré Pantagruel.(Voy.l. Il, ch.xvr.)

(6) Grande gorge, en patois languedocien.

(7) Vinrent.

(8) « Pendant fort longtemps, les femmes en couches, même les reines, ont été soignées exclusivement par des sages-femmes. Astruc prétend que ce n'est qu'en 1663 qu'on a commencé à la cour de France à se servir d’un accoucheur, et ce fut, dit-il, dans une de ces occasions où l'honneur en danger ne prend conseil que du trouble qui l'égare et viole une partie des règles pour sauver l’autre. Qui le croirait? ce fut la honte qui fit, pour la première fois, recourir à des hommes. Un roi, qui connaissait le pouvoir de l'exemple sur le trône et qui voulait cacher ses faiblesses et ménager la délicatesse de celle qui les partageait, crut ne pouvoir remettre en de meilleures mains un secret si cher. On craignait que la

« Et la tastant par le bas, trouvarent (1) quelques pellau-

deries (2), assez de maulvais goust, et pensoient que ce fust l'enfant (3); mais c’estoit le fondement qui lui escapoit (4), à la mollification du droict intestin (lequel vous appelez le boyau c...) (5), par avoir (6) trop mangé de tripes, comme avons déclairé cy-dessus (7). |

« D'ond (8) une... vieille de la compagnie (9), laquelle avoit réputation d’estre grande médicine.. lui feit (10) un restrictif (11) si horrible (12), que touts les larris (13) tant (14) furent oppilés (15) et reserrés, que à grand’-peine avecques les dents vous les eussiez eslargis….

présence d'une sage-femme dans le palais, où les soupçons régnaient déjà, ne fournît un nouvel aliment à la maligne curiosité des courtisans. On se servit pour leur donner le change d'un chirurgien, que son ministère attachait à-la cour. C'est ainsi que Jupiter confiait quelquefois à des dieux subalternes, plutôt qu'à des déesses, son embarras et le soin de dérober aux yeux de Junon le fruit de ses infidélités. » (Histoire médica le et philosophique de la femme, par le D' MENvILLE DE PonsAN, 2° édit., t. I, p. 409.)

(1) Trouvèrent.

(2) Lamelles de peau, rognures de peau. En Normandie, on nomme les mégissiers : paultiers.

(3) Allusion à l'ignorance des accoucheuses du temps.

(4) Échappait, sortait, tombait; scappare en italien, escapar en espagnol et échapper en français ont la mème signification.

() Le rectum. |

(6) Pour avoir. |

(7) Voy. Appareil digestif : Le boyau c.…., comme un bourrabaquin monachal.

(8) Par suite, pour ce motif.

(9) De Ia corporation des sages-femmes.

(10) Lui fit.

(11) Restrainctif, en langue romane, un remède astringent, du latin restringere. Un restrainctif, en vieux langage médical, est un remède qui resserre le ventre. Dans certains cas dechute du fondement, on conseille encore aujourd'hui des topiques astringents (injection, liniment, pommade).

(12) Énergique, excessif, violent, du latin horribilis.

(13) Le col de la matrice et les parois vaginales, du celte larrua, qui veut dire peau, cuir, membrane. Ce sens est attribué également au terme larris dans un passage des Cent Nouvelles nouvelles, qu'il est impossible de reproduire.

(14) Furent si bien.

(15) Bouchés, du latin oppilare. Le remède, dont la dose était exces-

« Par cest inconvénient (1) furent au-dessus relaschés (9) les cotylédons (3) de la matrice, par lesquels (4) sursaulta (5) l'enfant, et entra en la vène creuse (6), et gravant (7), par le diaphragme Jusques au dessus des espaules, on (8) la

sive, avait agi à la fois sur le rectum et sur les organes creux avec lesquels celui-ci est immédiatement en rapport en bas et en avant.

(1) Dans le sens du mot latin inconveniens, qui ne s'accorde pas avec les vues, les projets, les espérances, etc. ; formé de in négatif, et de convenire, convenir, s'accorder.

(2) En vertu de la vieille théorie du sfrictum et du laxum d'Asclépiade et de Cœlius Aurelianus, qui prétend que, dans deux parties organiques voisines, lorsque l'une est resserrée, l'autre est relâchée. En faisant prescrire pour Gargamelle un « restrictif si horrible » par une des sages-femmes, Maître François a donc eu ses raisons. Il a rendu impossible, d'une part, la sortie de l'enfant par les voies naturelles, et rendu possible, d'autre part, le saut de l'enfant au-dessus des cotylédons couvrant les deux parois de la matrice écartées l’une de l’autre.

(3) Il ne s'agit pas ici des villosités ‘ou franges vasculaires du délivre ou placenta, ni de celles de la membrane qui enveloppe complètement le fœtus, du chorion (du grec, yüprv, fait de ywpetw, contenir).

« Les cotylédons sont, dit Dioclès de Caryste, des bras de poulpes ou des cornes, excroissances en forme de mamelles larges à la base, terminées en pointe au sommet, sur les deux côtés de l'utérus, créées par prévoyance par la nature pour exercer le fœtus à attirer le mamelon du sein. » Aristote en a fait mention (1. VII, ch. v). Dans le Trailé des chairs d'Hippocrate (trad. Littré, vol. VIII, p. 593), il est mentionné que « l'enfant dans le ventre maternel ayant les lèvres continuellement collées suce la matrice... Il n'aurait pas de matières excrémentitielles s'il n'avait sucé dans la matrice; et à la naissance il ne saurait prendre tout d’abord le mamelon, si dans l'utérus il n'avait usé de la succion. » L'influence de Démocrite sur l'anatomie a été considérable. (Voy. DIoGÈNE DE LAERTE et l'étude magistrale de F. LEcLEerc sur les médecins arabes) et il y a lieu de soupçonner que les lignes précitées d'Hippocrate ont été inspirées par le philosophe d'Abdère. Celui-ci a affirmé, en effet, « que c'est parce que l'enfant s'est nourri préalablement en suçant des sortes de tétines, situées dans la matrice, qu'il sait, dès qu'il est né, tirer avec les lèvres le lait des mamelles de sa mère ». A Vésale et à Arantius revient l'honneur d'avoir démontré péremptoirement que des cotylédons de ce genre n'existent pas chez la femme.

(4) Au-dessus desquels.

(9) Sauta.

(6) Les veines caves inférieure et supérieure. (Voy. Angéiologie, Physiologie.)

(7) Montant.

(8) Où.

dicte vène se part (1) en deux, print (2) son chemin à gausche, et sortit par l’aureille senestre (3). » | Il appert de ce passage et de ce que J'ai dit antérieurement (Voy. Les géniloires, comme un rabbot) que Rabelais a admis non seulement la division de la matrice de la femme en plusieurs compartiments, mais encore la présence dans ce viscère d'excroissances mamelonnées, « cotylédons, » créées par la nature pour permettre au fœtus de s'exercer à la succion. Ne plaçons pas pour cela Maître François bien au-dessous de Vésale. Ce dernier n’a pas dépassé luimême de beaucoup Achillinus, Béranger de Carpi, Gabriel :

(1) Se divise, se partage, du latin Dee

En traitant de l'appareil circulatoire, j'ai établi que l'illtelte professeur dont la Faculté de médecine de Montpellier garde si pieusement le souvenir, a fait mention çà et là, dans Gargantua et dans Pantagruel, des veines rénales, des veines caves supérieure et inférieure (vène creuse) et de la valvule qu'offre la veine cave inférieure à son entrée dans le cœur, des veines jugulaires et qu'il a fait justement cheminer l'énorme fœtus dans le tronc veineux brachio-céphalique gauche, qui est plus large que le tronc veineux brachio-céphalique droit. Le moment est venu d'observer que Maître François n'a pas dit un mot des veines utéro-ovariennes, qui relient la matrice à la veine rénale gauche et à la veine cave inférieure, et par l’une ou l’autre desquelles veines utéro-ovariennes Gargantua a dû aussi forcément passer. Le commentateur de Galien les a évidemment connues. Elles ont été, en effet, décrites en ces termes par le savant médecin de Pergame : « De la veine cave et de l'aorte partent également deux vaisseaux, deux veines et deux artères. Elles se divisent en deux groupes, comprenant chacun une artère et une veine. Le groupe droit se porte sur les parties latérales droites de l'utérus, le groupe gauche sur les parties latérales gauches. Avant d'atteindre la matrice, ces vaisseaux donnent quelques branches aux testicules (ovaires), puis elles viennent se ramifier et se perdre dans les tissus utérins. Ces vaisseaux naissent un peu au-dessous de ceux qui se rendent dans les reins. Les veines sont beaucoup plus grosses que les artères. Chez certaines femmes, ces vaisseaux pourraient provenir, à ce qu'assure Hérophile, des vaisseaux rénaux. Je n’ai rencontré que très rarement cette disposition chez les animaux, sauf chez les singes. Je ne dis donc pas qu'Hérophile n'ait pas raison pour la femme. C'était en effet, à ce qu'il me semble d'après mon expérience personnelle, un excellent anatomiste qui a travaillé beaucoup plus souvent sur les cadavres humains que sur les cadavres des animaux. » (Liv. de la dissect. de l'utérus, trad. Daremberg.)

(°):Prit:

(3) Gauche, du latin sinister.

Je CHI

de Zerbis, etc. (1), dans sa description de l'appareil génital féminin (2).

La longue tirade de Rondibilis sur le mode de genèse de l'hystérie chez la femme fourmille également d’assertions erronées. C’est une compilation pleine de verve, d'élégance et d'érudition, mais très diffuse et que je négligerais, si je ne tenais, avant tout, à être impartial et complet.

« La nature ha dedans le corps des femmes, posé en lieu secret et intestin (3), professe Rondibilis, un animal, un membre (4), lequel n'est (5) és homme; onquel quelquesfois

sont engendrées certaines humeurs salses (6), nitreuses (7),

bauracineuses (8), acres, mordicantes, lancinantes, chatoil-

(1) Achillinus, Béranger de Carpi, Gabriel de Zerbis vivaient au iv® siècle. Achillinus et Béranger de Carpi, professeurs à Bologne, ont découvert, le premier la membrane hymen, le second l'unité de l’utérus; Gabriel de Zerbis de Vérone a isolé tous les ligaments de l'utérus, sauf le ligament rond.

(2) Il a prétendu que la matrice était divisée en deux par une crête saillante et oublié la plupart des ligaments de ce viscère.

(3) Intérieur, du latin inlestinus.

(4) La matrice a été considérée par Platon comme un animal; puis par Guy de Chauliac, Mundinus, Mathieu de Gradibus, etc., comme un membre viril retourné et interne. « Elle est, dit Guy de Chauliac, comme la verge renversée ou mise au dedans, au quatorzième de l'usage des parties. Car elle a au-dessous deux bras cellulaires avec les testicules, comme la bourse des testicules. Elle à aussi un ventre commun au milieu comme les parties du pénil. Elle a son col en bras canulé comme la verge. Elle a aussi la vulve comme une balance et la mitre. Elle a aussi le tentigo comme un prépuce. Elle a aussi sa longueur comme la verge de huit ou neuf doigts. Et, bien qu'elle n'ait que deux seins ou cavités manifestes suivant le nombre des mamelles, toutefois elle a chacune d’icelles triplement cellulée, et une au milieu, de sorte que, selon Mundinus, on y trouve sept réceptacles. Elle a colligence ou alliance avec le cerveau, le cœur, le foie, l'estomac, et est attachée au dos. Entre elle et les mamelles sont continuées les veines du lait et des menstrues, à raison de quoi, dit Galien au chapitre vr, Hippocrate disait le lait estre frère des menstrues. » (Guy DE CHAULIAC, Grande Chirurgie, p. 77, édit. Joubert, Rouen, 1632.) |

(5) Qui n'existe pas chez les hommes.

(6) Salées.

(7) Contenant du nitre, du salpètre.

(8) Renfermant du borax. Dans les œuvres de Bernard Palissy, borax est écrit bourrac.

lantes (1) amèrement : par la poincture (2} et fretillement doloreux (3) desquelles (car ce membre est tout nerveux et de vif sentiment) tout le corps est en elles esbranlé, touts les sens ravis, toutes affections intérimées (4), touts pansements (b) confondus. De manière que, si Nature ne leur eust arrosé le front d'un peu de honte, vous les voirriez comme forsenées, courrir l’aguillette (6), plus espouvenblement, que ne feirent (7) onques (8) les Prætides {g}, les Mimallonides (10), ne (11) les Thyades (12) bacchiques au

(1) Chatouillantes.

(2) La piqûre, du latin pungere.

(3} Douloureux.

(4) Éteintes, du latin interimere.

(5) Pensées. ”

(6) On disait jadis des femmes de mauvaise vie qui sollicitaient les

passants dans les rues qu'elles couraient l’aiguillette. C'est pourquoi je recherche une jeune fillette, Experte dès longtemps à courir l’aiguillette. , (M. RÉGNIER. Epitre II.)

Suivant quelques étymologistes, cette locution aurait pris naissance à Toulouse, où, au moyen âge, les prostituées étaient obligées de porter, comme une marque d'infamie, une aiguillette sur l'épaule.

Suivant d’autres, elle serait née à Beaucaire, où, la veille de la foire, les femmes de mœurs faciles célébraient la sainte Madeleine, en organisant entre elles une course dont le prix était un paquet d'aiguillettes, c'est-à-dire un paquet de tresses ou cordons ferrés par les deux bouts.

Cette dernière explication est évidemment la plus plausible.

(7) Firent.

(8) Jamais.

(9) Les Proétides, filles de Proétus, roi d'Argos, étaient au nombre de trois, savoir : Lysippe, Yphinoé et Yphianasse. Ayant négligé le culte de Bacchus, au dire des uns, ayant osé comparer leur beauté à celle de Junon, au dire des autres, elles furent punies par un accès de démence qui leur fit croire qu’elles étaient changées en génisses. Le divin Mélampe les guérit en épousant l’une d’entre elles.

PrϾtides implerunt falsis mugitibus agros.

(VIRGILE, Egl. VI, v. 48.)

(10) Mimallonides, Mimallones (STRAT.). Mimallonides (Ovine). Les bacchantes, les prètresses de Bacchus. Les Mimallonides ont tiré leur nom du mont Mimas, en Asie Mineure, où elles célébraient leurs orgies.

(ID) eNTE €

(12) Thyades, du grec 65w, ètre en furie. Autre nom donné aux bacchantes, parce que, dans les célébrations dés orgies, elles couraient, çà et là, tout échevelées, vèêtues de peaux de tigre, avec une vivacité qui res-

jour de leurs bacchanales (1); parce que cestuy terrible animal a colliguance (2) à toutes les parties principales du corps, comme est évident en l'anatomie.

« Je le nomme animal, suivant la doctrine, tant des académiques (3) que des péripatétiques (4). Car, si mouvement propre est indice certain de chose animée, comme eseript Aristoteles (5), et tout ce qui de soy se meut est dict animal, a bon droict Platon le nomme animal (6), recognoissant (7) en luy mouvements propres de suffocation, de précipitation, de corrugation (8), de indignation : voire si violents, que bien souvent par eulx est tollu {9) à la femme tout aultre sens et mouvement, comme si fust lipothymie (10), syncope, épilepsie, apoplexie, et vraie ressemblance de mort. Oultre plus, nous voyons en icelluy discrétion (11) des odeurs manifeste (12), et le sentent les femmes fuir les

semblait à de la fureur, en tenant des thyrses, des torches, des flambeaux et en poussant des hurlements effroyables.

(1) Fêtes de Bacchus.

(2) Alliance, union, relation.

(3) Les disciples de Platon. On les appelait ainsi parce que Platon donnait ses leçons dans un jardin célèbre, Academus, situé dans le Céramique, faubourg important d'Athènes.

(4) Les philosophes de l’école d’Aristote. On les qualifiait de la sorte soit parce qu'ils se réunissaient dans les salles (xepirarus) du lycée, soit parce que leur maître professait en se promenant (reptrateiv, se promener).

(5) Aristote.

(6) « La matrice, dit Platon, est un animal qui désire ardemment engendrer des enfants ; lorsqu'il reste longtemps stérile après l'époque de la puberté, il a peine à le supporter ; il s’indigne, il parcourt tout le corps, obstruant les issues de l'air, arrètant la respiration, jetant le corps dans des dangers extrêmes et occasionnant diverses maladies, jusqu’à ce que le désir et l'amour, réunissant l'homme et la femme, fassent naître un fruit, et le cueillent comme sur un arbre, semant dans la matrice, comme dans un champ, des animaux invisibles par leur petitesse et encore informes. » (PLATON, le Timée, édit. Cousin, t. XII, p. 241.)

(7) Reconnaissant,

(8) De plissement, de froissement, de contraction, du latin corrugare.

(9) Est enlevé, ravi, du latin follere.

(10) « Défaillance du cœur » (alphabet de l’auteur). Évanouissement léver, en grec keroûuula, formé de Àszw, je manque, et 0vu0s, esprit, courage.

(11) Discernement, pouvoir de distinguer, du latin discreltio,

(12) Évident, certain, du latin manifestus.

puantes, suivre les aromatiques (1). Je scay que CI. Galen (2) s'efforce prouver que ne sont mouvements propres et de soy, mais par accident; et qu'aultres de sa secte travaillent à démonstrer que ce ne soit en luy discrétion (3) sensitive des odeurs, mais efficace (4) diverse (5), procédente de la diversité des substances odorées. Mais, si vous examinez studieusement et pesez en la balance de Critolaüs (6)

(1) C'est la codification de la théorie de l'utérus mobile qui a dominé pendant de longs siècles l'histoire de l'hystérie. ARE

« Cette névrose, dit Hippocrate, s'observe surtout chez les femmes qui n’ont pas de rapports sexuels, et chez les femmes d'un certain âge plutôt que chez les jeunes, parce que les vaisseaux sont plus vides, et la matrice, desséchée par la fatigue, est vide aussi et légère et se déplace; elle se jette sur le foie, y adhèreet se porte aux hypocondres; elle court, va en haut vers le fluide. Or, le foie est plein de fluide. Quand elle s’est jetée sur le foie, elle cause une suffocation subite, interceptant la voie respiratoire qui est dans le ventre. Parfois, en mème temps, du phlegme descend de la tète aux hypochondres; alors la matrice quitte le foie, retourne à sa place, et la suffocation cesse; ayant pompé du fluide et étant devenue pesante, la matrice retourne ; d’autres fois, elle se porte vers les lombes ou vers les hanches et cause des souffrances. » (HIPPOCRATE, édit. Littré, t. VIH, p: 32.)

Le traitement hippocratique de l'hystérie est le reflet et le corollaire de la théorie ci-dessus énoncée. « Comme les accidents convulsifs, ajoute le père de la médecine, surviennent surtout chez les vieilles filles et chez les veuves qui, étant jeunes et ayant eu des enfants, restent dans la viduilé, le mieux est de les engager à se marier. » (T. VII, p. 315.)

« Quant aux médicaments antispasmodiques, les fétides font fuir l'utérus en haut, les aromatiques l’attirent en bas. On placera donc des substances fétides sous les narines : asphalte, soufre, corne, mèche de lampe, huile de veau marin, et on fera des fumigations aromatiques aux parties génitales. » (T. VII, p. 343.)

(2) Galien a maintenu l'origine utérine de l'hystérie, mais repoussé comme absurde l'idée d’une matrice mobile se déplaçant comme un animal. « Ceux qui ont accrédité, remarque-t-il, ces erreurs n'avaient aucune connaissance en anatomie, car les personnes exercées dans cette. science savent que les mouvements de la matrice sont impossibles. » (GALIEN, De Locis effeclis, lib.. VI, pp. 3-38.) C'est la rétention dans la matrice des humeurs, et surtout du liquide séminal, qui est pour Galien la véritable cause de la névrose. ja , :

(3) Discernement, du latin discretio, fait de discernere, discerner, distinguer. | 4: |

(4) Vertu, du latin efficacia.

(5) Contraire, opposé, du latin diversus.

(6) Philosophe péripatéticien que les Athéniens envoyèrent en ambas-

leurs propos et raisons, vous trouverez qu'en ceste matière, et beaucoup d’aultres, ils ont parlé par gayeté de cœur et affection (1) de reprendre leurs majeurs (2), plus que par recherchement (5) de vérité. En cette disputation (4) je n'entreray plus avant. Seulement vous diray que petite n’est la louange des preudes femmes, lesquelles ont vescu pudiquement el sans blasme, et ont eu la vertus de ranger cesttuy (5) effrené animal à l obéissance de raison. »

En anatomie et en physiologie humaines, c'est l’anatomie et la physiologie des organes génitaux de la femme que Rabelais a le plus mal connu. Lui, l’anatomiste habile, qui a fait une coupe des ventricules du cerveau identique à celle qui est reproduite dans le Traité d'anatomie de Beaunis et Bouchard (Voy. plus loin, Névrologie : Les ventricules, comme un lrefond) et des comparaisons anatomiques que Cruveilhier, Marc Sée, Sappey, etc., croient avoir faites les premiers ; lui, l'humaniste par excellence, a ignoré ou n'a pas mentionné les ouvrages d’Aetius (6) et de Paul d'Égine, où se trouve une explication des accidents hystériques qui se rapproche de la nôtre, n’a tenu aucun compte des sages réserves de Galien, cru avec Platon, Hippocrate, Kernel,

sade à Rome avec Canéade et Diogène, l'an 155 avant Jésus-Christ, Critolaüs appartenait à la troisième Académie qui enseignait que la probabilité est le dernier degré de la science. On peut admettre que les expressions « peser en la balance de Critolaüs » » veulent dire : en tenant compte du pour et du contre.

(1) L’ambition, le désir, du latin affectio.

(2) Ceux qui les ont précédés, du latin majores, les ancêtres, les aïeux.

Fernel, qu'on a appelé le réformateur de la médecine, Fernel, le contemporain de Rabelais, a adressé le même reproche à Galien: « En prétendant que la matrice ne peut se déplacer dans l'abdomen et encore moins dans la poitrine, Galien, dit-il, s’est trompé ; j'ai senti, dans plusieurs cas, cet organe remonter sous ma main jusque dans l'estomac. » (FERNEL, De Morbo partium queæ sub diaphragmale sunt, cap. xvi, ulere sympt.)

(3) Recherche.

(4) ne ‘controverse, du latin dispulalio.

(@) G ; (6) ne Serm., IV, cap. Lxvitr.

LA

242 HABELAIS ANATOMISTE

Mundinus et Guy de Chauliac, que la matrice cellulée, garnie de cotylédons, mobile à l'extrême, avait colligence ou alliance avec toutes les parties principales du corps. Pourquoi? Parce qu'il n’a disséqué et ne pouvait guère disséquer, comme ses contemporains, que des cadavres d'hommes, des cadavres de criminels (1).

Qu'on me pardonne cette digression; je reviens à la naissance de Gargantua.

Va-t-on se récrier sur la facon dont il est venu au monde ?

« Pourquoy ne le croiriez-vous ? Pour ce, dictes-vous, qu'il n'y a nulle apparence. Je vous di que, pour ceste seule cause, vous le debvez croire en foy parfaicte ; car les sorbonnistes disent que foy est argument des choses de nulle apparence.

« Est-ce contre nostre loy, nostre foy, contre raison, contre la saincte escripture ? De ma part, je ne trouve rien escripl és (2) Bibles sainctes, qui soit contre cela. Mais si le vouloir de Dieu tel eust esté, diriez-vous qu'il ne l’eust pu faire ? Ha ! pour grace (3), n'emburelucoquez (4) jamais vos esperits de ces vaines pensées. Car je vous di, que à Dieu rien n'est impossible. Et s1l vouloit, les femmes auroient doresenavant ainsy leurs enfants par l’aureille. Bacchus (5)

(1) Et aussi, comme je l'ai indiqué quelques lignes plus haut, parce que les femmes en couches ou atteintes de maladies du bas-ventre étaient alors soignées principalement, sinon exclusivement, par les sagesfemmes.

(2) Dans les.

(3) Par grâce.

(4) Ne torturez, ne tourmentez, Le verbe emburelucoquer se retrouve au chapitre vin du livre IT et au chapitre xxir du livre III. Suivant Le Duchat, il signifie : « Ne vous remplissez pas la tête de chimères semblables à celles que les moines ont accoutumées de loger sous leur capuchon de bure. »

(») Bacchus, fils de Jupiter et de Sémélé, Sémélé étant morte en état de grossesse, Jupiter enferma Bacchus dans sa cuisse, où celui-ci resta tout le temps qu'il aurait dû demeurer dans le sein maternel.

ne fut-il pas engendré par la cuisse de Jupiter? Roquetaillade (1) nasquit-il pas du talon de sa mère? Croquemouche, de la pantoufle de sa nourrice? Minerve (2) nasquit-elle pas du cerveau par l’aureille de Jupiter? Adonis (3) par l'escorce d'un arbre de myrrhe ? Castor et Pollux, de la coque d'un œuf, pont (4) et esclos par Leda (5)? Mais vous seriez bien d'advantage esbahis etestonnés, si je vous exposois présentement tout le chapitre de Pline, onquel (6) parle des enfantements estranges et contre nature. Et toutesfois je ne suis poinct menteur tant asseuré (7) comme il ha esté. Lisez le septiesme de sa Naturelle Histoire, chap. s) (6), et ne m'en tabustez (9) plus l’entendement.

. (1) Rabelais fait certainement allusion à une légende de la famille de la Roquetaillade. Il existe encore, dans l'Aude, près de Carcassonne, où a habité l’auteur de l'épopée pantagruélique, un hameau de la Roquetaillade.

(2) Déesse de la sagesse et de la guerre, qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter.

(3) Prince célèbre par sa beauté, né du commerce incestueux de Cynéras, roi de Chypre, et de sa fille Myrrha. Après sa naissance, sa mère devint l'arbre qui porte la myrrhe.

(4) Pondu.

(5) Léda, femme de Tyndare, roi de Sparte, fut aimée de Jupiter qui triompha d'elle sous la forme d'un cygne. Plus tard elle accoucha de deux œufs, de l’un desquels sortirent Pollux et. Hélène, et de l’autre Castor et Clytemnestre.

(6) Dans lequel il.

(7) Effronté.

(8) C'est au chapitre 1v et non au chapitre nr du livre VIT qu'on trouve le texte de Pline auquel renvoie Rabelais. Le voici : |

« Il est avéré qu'il peut naître trois enfants à la fois, témoins les Horaces et les Curiaces. Un plus grand nombre est regardé comme un prodige, excepté en Égypte, où l'eau du Nil augmente la fécondité... Trogue nous apprend qu'en Égypte les femmes mettent au monde jusqu'à sept enfants à la fois. Quelques individus naissent avec les deux sexes. Alcippe mit au monde un éléphant, mais ce fait est un de ceux qu'on regarde comme des présages sinistres. Ce fut au commencement de la guerre des Marses qu'une esclave accoucha d'un serpent. On a l'exemple d'un enfant qui rentra aussitôt dans le ventre de sa mère, à Sagonte, l’année où cette ville fut détruite par Anmibal, (PLINE, ch. 1v, 1. VII, Accouchements merveilleux, trad. de Grandsagne.)

(9) Ne m'en tourmentez plus. Le verbe tabuster est un diminutif, une contraction cu verbe tarabuster.

Er]

En faisant accoucher la femme de Grandgousier par l'oreille, le prêtre-médecin a été inspiré par d’autres motifs que ceux qu'il accuse. Ces motifs, quels sont-ils? Ceux-ci, Je présume : | |

In principio erat verbum, et verbum eral apud Deum el Deus erat verbum..... et verbum caro factum est, lit-on dans l'Évangile selon saint Jean. Nos bons aïeux ont paraphrasé (Voy. la dissertation de Grimaldi) à la Musset cet article de foi (1). Un noël de la Monnoye abonde en détails d’une naïveté charmante sur la conception et l’enfantement par l'oreille du divin enfant. Dans l'Histoire de la peinture sur verre, de Lenoir (t. Il), figure le dessin d'un vitrail qui pendant la tourmente révolutionnaire, a été, grâce à l'intervention de l'évêque constitutionnel Grégoire et de Lenoir, transporté de l’église | Saint-Leu au couvent des Petits-Augustins (alors le musée des monuments français, maintenant l'École des Beaux-Arts). Ce vitrail, aujourd'hui

(1) Où le père a passé, passera bien l'enfant. | (Musser, le Rhin allemand.)

« Je suis entré en elle par le sommet de la tête, » dit Jeshu au sujet de la conception de la Vierge Marie. « Le Verbe du Père est entré par l'oreille de la femme bénie, » lit-on dans le bréviaire des Maronites. Selon saint Augustin et le pape Félix, la Vierge est devenue enceinte par l'oreille. Dans une hymne de saint Éphrem, dont l'inspirateur serait, d'après Voisin, saint Grégoire Néocésarée ou le Thaumaturge, on trouve cette affirmation : « Virgo, quæ per aurem concepisli; Vierge, qui as conçu par l'oreille. » (Voy. VoTAIRE, Dict. philosoph., au mot Généalogie.)

On chante maintenant dans les églises catholiques :

Gaude, Virgo, mater Christi, Quæ per aurem concepisti.

Du temps d’Agobart, on y chantait : « Le Verbe est entré par l'oreille de la Vierge Marie, et il en est sorti par la porte dorée. »

« Un sujet de sermon sur lequel, au moyen âge, les moines des différents ordres revenaient sans cesse était si la Vierge, pendant l’opé-

ration du Saint- Esprit, avait éprouvé du plaisir. Lorsque deux ordres étaient d'accord pour le plaisir, il fallait agiter les questions : ubi et quomodo ? » (Noez, loc. cil. suprà, p. 701.)

Rabelais s'en est tenu sans doute à cet axiome physiologique : c’est toujours par la voie par laquelle s'est opérée la fécondation que sort 4e produit de la conception.

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