ORGANES DES SENS
Quaresmeprenant avoit :
Les narines, comme un béguin.
La langue, comme une harpe.
Les tympanes, comme un moulinet.
Les nerfs optiques, comme un fusil.
L'epidermis, comme un beluteau.
Les narines, comme un béguin.
Béqguin, coiffe d'enfant.
« Ce que (1) faict les aureilles des asnes si grandes, déclare Panurge, c'est parce que leurs mères ne leur mettoient poinct de béguin en la teste, comme dict d’Alliaco (2) en ses Suppositions (3). »
Les narines très larges, très ouvertes.
La langue, comme une harpe.
La harpe ancienne a la forme de la langue. Telle est la forme de celle que tient Apollon dans le tableau Apollon Jouant de la harpe que possède le musée de Tours (4). C'est celle dont le dessin accompagne ce texte.
On nomme frein ou filet de la langue un repli muqueux
(1) Ce qui fait.
(2) Pierre d’Ailli, docteur en Sorbonne, archevêque de Cambrai, mort en 1420.
(3) BIT, ch. xvr.
. (4) Une harpe analogue se voit sur la coupe de Castel-Durante, de 1525 (Apollon et Marsyas), qui est la propriété du musée du Louvre.
étendu de la face inférieure de cet organe au plancher de la bouche. C'était jadis et c’est encore un préjugé, à peu près général, que la section de ce frein est indispensable pour assurer aux enfants une parole facile.
Au xvuit siècle, on disait couramment d'un grand parleur : « Il n’a pas de filet. »
La langue, comme une harpe.
Dans son épitre 1V, Boileau s'exprime en ces termes :
Tout charme en un enfant dont la langue sans fard, À peine du filet encore débarrassée, Sait d’un air innocent bégayer sa pensée.
M. Scbillot affirme que l'usage de couper le frein ou sublet est très répandu dans les campagnes de la haute Bretagne.
M. Moisset assure que, dans l'Yonne, c'est une opinion acceptée par tous que le nouveau-né dont on aurait omis de couper le frein de la langue serait muet.
Dans le Poitou, on répond à un bavard : « Celui qui L'a Re é le lignoux n'a pas volé ses cinq sous. »
Il faut remarquer avec soin, avance Riolan, que la
nature n'a mis de frein qu'à la langue seulement et aux parties honteuses; parce qu'elle a voulu que, sur toutes choses, les hommes fussent modestes dans l’usage de ces organes. »
Le frein de la langue ne rend réellement la prononciation etla succion difficiles que lorsqu'il est très court ; alors, mais alors seulement, il estindiqué de le sectionner. Il est question de cette petite opération dans la comédie (a Femme mule) (1),composée par Rabelais et jouée à Montpellier, en 1931 ou 1932, par lui et ses camarades, Antoine Sa-
porta (2), Guy Bourguier, Balthazar Noyer, Tolet (3), Jean
Quentin (4), François Robinet (5) et Jean Perdrier (6) :
Il s'agit d’un « bon mary qui avoit espousé une femme mute. Il vouloit qu'elle parlast. Elle parla par l'art du médicin et du chirurgien, qui luy couparent (7) un encyliglotte (8) qu'elle avoit soubs la langue. La parole recouverte (9), elle parla tant et tant, que son mary retourna au
(1) Muette, du latin mutus. M. Dubouchet a retrouvé dans le Liber Procuratoris de la Faculté de Montpellier, ad. ann. 1530, l'indication de la somme payée à l’auteur : « Pro composilore moralitatis, slultiæ el comedie qualuor aureos, valentes VIII libras Turonensium. »
(2) Antoine Saporta, d'origine espagnole, a été professeur en médecine et chancelier de l’Université de Montpellier.
(3) Pierre Tolet a été médecin de l'hôpital de Lyon et a laissé divers ouvrages importants : un Trailé de la goutte; une traduction des œuvres de Paul d'Égine, etc.
(4) Peut-être Jean Quintiani qui a habité Venise en 1546 et qui a pris à partie Galien dans un opuscule intitulé : Vid. Is. Spach. Biblioth. med. imp. Francofurt, 1591.
(5) François Robinet a exercé la médecine à Ypres.
(6) Rabelais était le précepteur de Jean Perdrier, à l'époque (1531 ou 1532) où cette pièce a été représentée. (Voy. Histoire abrégée de la ville de Montpellier avec un abrégé de la vie de quelques hommes illustres, tant en droit civil qu'en médecine de la dite ville qui s’y sont rendus recommandables, par M. Serre, 2° part., pp. 24 et 25; Montpellier, Mpccxix.)
(7) Coupèrent.
(8) « Ancyloglotte ou Encyliglotte. Une maladie de la langue, scavoir est un empeschement ou rétraction d'icelle (de celle-ci) : le fil ou filet des petits enfants ; en Poitevin le Ligon ; ayx5à0ç, crochus, contre-bas, et y\ützo. Voy. Paul Eginete, liv, 6, ch. 29. » (Alphabet de l’auteur françois.)
(9) Recouvrée,
médiein pour remède de la faire taire. Le médicin respondit en son art bien avoir remèdes propres (1) pour faire parler les femmes; n’en avoir pour les faire taire. Remède unique estre surdité du mary (2) contre cestuy (3) interminable parlement (4) de femme. »
On sait que c’est dans cette comédie de Maître François que Molière a puisé les éléments de son Médecin malgré lui.
Le D' Chervin a démontré que les sourds-muets ne parlent pas parce qu'ils n'entendent pas et leur apprend à parler en lisant sur les lèvres de leurs interlocuteurs les lettres qui composent les mots (5). Si grand que soit le mérite de M. Chervin. les lignes qui suivent n'en corroborent pas moins, jusqu'à un certain point, l'opinion émise par Esmangart et Johanneau, à propos de la conversation mimée de Nazedecabre (6) et de Panurge (Voy. Ostéologie : L'alkalim, comme un billart), que Rabelais a eu peut-être notion du langage par gestes des sourdsmuets, perfectionné, longtemps après lui, par Ammant et les abbés de l'Épée et Sicart :
« Conseil prenez de quelque mut (7), recommande Panta- DE à Panurge. — J'en suis d'advis, respondit Panurge. — Mais, dist Pantagruel, il conviendroit que le mut fust sourd de sa naissance, et par conséquent mut. Car il n’est mut plus naïf (8), que celluy qui onques n'ouït (9). —
(1) Efficace, souverain, du latin proprius.
(2) Utinam aut hic surdus, aut hæc muta facia sit, a Davus, dans l’'Adrienne de Térence. |
(3) Cet.
(4) Bavardage. (L. III, ch. xxxiv.) |
(o) D'après la forme qu'elles prennent en les accentuant.
(6) Naz de cabre, nez de chèvre, en patois languedocien.
(7) Muet, du latin mulus, tiré du grec péw, je ferme la bouche, d'où mystère. On dit encore rage-mue pour rage muette.
(8) Dans le sens du mot Jann nativus, naturel, inné, sans fard, sans artifice.
(9) N'entendit jamais.
Comment, respondit Panurge, l’entendez? Si vrai fust que l’homme ne parlast, qui n’eust ouï parler, je vous meineroie à logicalement inférer une proposition bien abhorrente (1) et paradoxe. Mais laissons Ia. Vous doncques ne croyez ce qu'escript Hérodote {2) des deux enfants gardés dedans une case (3) par le vouloir (4) de Psammetic (5), roy des Egvptiens, et nourris (6) en perpétuel silence : lesquels, après certain temps, prononcearent (7) ceste parole, Becus, laquelle en langue Phrygienne signifie pain? — Rien moins, respondit Pantagruel. C'est abus dire que avons langage naturel; les langages sont par institutions arbitraires et convenances (8) des peuples ; les voix (q), comme disent les dialecticians, ne signifient naturellement, mais à plaisir (10). Je ne vous di ce propos sans cause (11). Car Bartole, 7. I, de Verbor. obligat., racompte que, de son temps, fut en Eugube (12) un nommé messer Nello de Gabrielis, lequel par accident estoit sourd devenu : ce
Accords, conventions, du latin convententia.
Les mots, les paroles, du latin vor.
0) Comme il plaît, comme on veut.
(11) Épicure a écrit que, «dans la première formation du langage, les hommes ont agi d’une manière inconsciente, poussés par la nature comme le sont les animaux, en beuglant, en Jappant, etc. Pour ce qui est du développement du langage il s'est plus tard effectué par suite de conventions entre les hommes. » Cette opinion est une des plus justes qui aient été exprimées jusqu'ici. Les mots ne sont que des « institutions arbitraires et convenances des peuples » et le langage mimé a précédé le langage parlé (Voy. Lucrèce, De Nalurâ rerum, trad. A. Lefèvre; A. DE Brosses, Trailé de la formalion mécanique des langues, Paris, 1765; Wuit- NEy, la Vie du langage, Biblioth. scient. internat.; ZABOROWSKI, l’Origine du langage, Paris, 1879, etc.) :
(12) Eugubbio ou Gubbio, ville de l'Apennin près de laquelle on a trouvé, en 1444, sept inscriptions très curieuses, gravées sur bronze, en langue ombrienne.
nonobstant entendoit tout homme Italian, parlant tant secrètement que ce fust, seulement à la vue de ses gestes et mouvement des baulièvres (1). J'ai d'advantage leu, en auteur (2) docte et élégant (5), que Tiridates, roy d'Arménie, au temps de Néron, visita Rome, et fut receu en solennité honorable et pompes magnifiques, affin de l’entreteniren amitié sempiternelle du sénat et peuple romain : et n'yeut chose mémorable (4) en la cité, qui ne luy fust monstrée et exposée. À son département (5), l'empereur luy feit de grands dons et excessifs; oultre luy feit option (6) de choisir ce que plus en Rome luy plarroit, avec promesse jurée de non l’esconduire, quoy qu'il demandast. Il demanda seulement un joueur de farce, lequel il avoit vu au théâtre, et n’entendant ce qu'il disoit, entendoit ce qu'il exprimoit par signes et gesticulations (7) : alléguant que soubs sa domination estoient peuples de divers langages, pour auxquels respondre et parler luy convenoit user de plusieurs truchemens (8) : 1l (9) seul à touts suffiroit. Car, en matière de signifier (10), par gestes, estoit tant excellent, qu'il sembloit parler des doigts. Pourtant vous fault choisir un
(1) Des lèvres. Pour Le Duchat ce mot vient de bis, deux, et labra, lèvres, et pour Esmangart et Johanneau de ban et lèvres ; ln de ban s'étant changé en u comme dans couvent, de con-ventus. La dernière étymologie me paraît plus plausible que la première. On lit en effet baulèvres dans l'édition de 1552.
(2) Lucien, Dialogue de la danse.
(3) Élégant, du latin elegans, signifie ici plein de goût, de charme.
(4) De fameux, de beau ; du latin memorabilis.
(>) À son départ.
(6) Lui permit, lui donna le droit.
(7) L'histoire nous apprend que certains mimes célèbres de l’ancienne Rome rendaient avec une perfection inouïe les sensations et les sentiments des personnages de la fable qu'ils représentaient. De nos jours encore, et d'une manière assez parfaite, on joue, à Naples, de petites pièces dont le public comprend parfaitement le sens dans tous ses détails sans qu'aucune parole soit prononcée.
(8) Interprètes.
(9) Celui-ci seul.
(10) Danslesens du verbe latin significare, se faire entendre, comprendre.
mut sourd de nature, affin que ses gestes (1) et signes soient non feincts, fardés ne (2) affectés. »
Les tympanes, comme un moulinet.
Les {ympanes, l'oreille moyenne, la caisse du tympan.
Uhez l’homme, l'organe de l’ouie comprend trois partes :
Une externe, formée par le pavillon de l’oreille et le conduit auditif externe :
Une moyenne, la caisse du tympan, ainsi nommée parce quelle ressemble à un tambour (du grec ur, tambour) :
Les tympanes, comme un moulinel.
Une interne, l'oreille interne constituée par des canaux renfermant un liquide dans lequel baignent les extrémités du nerf acoustique.
La caisse du tympan est traversée par une chaîne de petits osselets, dit osselets de louïe, qui transmet, à la manière d’une poutre unissant les parois opposées d'un appartement, les vibrations de l'oreille externe à loreille
interne. ’ | . . , 0 On appelait autrefois, et on appelle encore aujourd'hui,
(1) En latin gestus, les mouvements du corps et principalement des
mains et des bras.
(2) Ni.
moulinet un petit moulin à vent dont on fait mouvoir les ailettes en soufflant dans une tige creuse de sureau qui lui sert de support.
Près de l'île de Caneph (1), pendant le sommeil de Pantagruel, « Carpalim (2) d'une coquille de noix grollière (3) faisoit un beau, petit, joyeux et harmonieux moulinet à aisle de quatre belles petites aisses d’un tranchoir de
vergne » (4).
« Lequel enfant s'esbatoit par soy, à ung petit moulinet
faict d’une grosse noix. » (FRoïssaRT, vol. 4, ch. 2.) La tige creuse de sureau du moulinet est l'homologue du conduit auditif externe, et la caisse du moulinet, l'homo-
logue de la caisse du tympan.
Les nerîs optiques, comme un fusil.
Les nerfs opliques, les nerfs de la vision. Chacun d'eux décrit une légère courbe à concavité interne et mesure D centimètres de longueur.
« Les productions manrmillaires étant ôtées, la première paire de nerfs, que l'on appelle la paire oplique, se présente d'abord à la Vue. » (DIEMERBROECK.)
Parmi les objets dont l'usage, comme celui des mouchettes, a presque disparu, 1l faut citer le briquet, remplacé presque partout aujourd'hui par des allumettes chimiques. Le briquet ancien, appelé fusilz, fusil ou foisil (de l'italien focile, fait, avee Ta même acception, du latin focus, feu), consistait dans un morceau d'acier dont la percussion sur
(1) En hébreu, hypocrisie. «Cette île d'hypocrisie, c’est Saint-Valéry, » dit M. Ducrot (loc. cit. suprä, p. 26). -
(2) Nom d'un des domestiques de Pantagruel. Prompt, alerte, du grec ZaPTAAULOS. k
(3) De noix mangée par les grolles. Les grolles ou freux (par contraction du latin fragilega, formé de fruges, fruits, et de legere, cueillir, parce que les freux se nourrissent de fruits) sont des oiseaux qui tiennent le milieu entre les corbeaux et les corneilles.
(4) De quatre belles petites planches d'un rond de vergue.
ns
mi
un silex faisaitjallhr des étincelles, quicommuniquaient le feu à des matières très inflammables, telles que lamadou, le bois pourri, le papier, le vieux linge brûlé, ete. Cette sorte de batterie perfectionnée a été appliquée, vers 1685, au mousquet, qu'on à, depuis, appelé fusil.
Voulez-vous ouïr chansonnelte De tous les cris de Paris ?
L'un crie : Allumette !
L'autre : Fusilz, bon Fusilz !
Chanson nouvelle de tous les cris de Paris et se chante sur la volte de Provence. (xvi° siècle, collect. Maupas, t. I, f. 243.)
Panurge avait « un fusil garni d’esmorche (1) d’allumettes, de pierre à feu, et tout aultre appareil à ce requis » (2).
L'arme (ou devise) de la Maison de Bourgogne était un fusil en forme de B (Bourgogne), posé sur trois pierres, avec ces mots : Prius ferit quam flamma micet, qu'on peut traduire : « qui me heurte m'enflamme » (3). C'est ce fusil, sculpté à profusion sur les tombeaux, les voûtes, les stalles, le jubé et les façades de l’église de Brou (Ain) (4), où des lions le présentent solennellement du haut de leurs colonnes, et entrant avec son caillou dans la composition du collier de la Toison d’or (5), c'est ce fusil, dis-je, qui me paraît donner la meilleure idée de la paire optique, des nerfs
(1) D'amorce.
MhL 1 eh, xvr.
(3) Et signifiant, dit de Barante, auteur des Mémoires de Bourgogne : « La paix si l’on ne le travaillait, et la guerre si l’on le voulait offenser. »
(4) Construite au commencement du xvr° siècle, par Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien et tante de Charles-Quint, devenue duchesse de Savoie par son mariage avec Philibert le Beau.
(») Philippe le Bon, qui a donné le briquet pour arme ou devise à la maison de Bourgogne, a tellement été épris de ce symbole que, lorsqu'il a créé, en 1429, l'ordre de la Toison d'or, il a voulu que le collier fût fait de « fusilz touchans à pierre, dont partent étincelles ardens » (art. IT des statuts). Il est encore tel aujourd'hui.
optiques (1), depuis leur chiasma (2) ou entre-croisement au-dessous du cerveau, jusqu’au bord antérieur de la membrane appelée rétine, qui les prolonge à l’intérieur de chacun des deux yeux.
Qu'il me soit permis d'ajouter que la percussion, l’attrition des-nerfs optiques ne provoquent pas de la douleur, mais des sensations lumineuses. Un coup de pong sur Pœil, quand il ne le crève pas, « fait, selon une expression populaire, voir trente-six chandelles » (3); c’est
un choc qui fait jaillir également des étincelles du briquet.
Les nerfs opliques, comme un fusil.
On lit dans Gargantua (ch. xx) « que les larmes venoient és yeulx de Ponocrates et d'Eudemon (4) esclaffés de rire (5), par la véhémente concussion de la substance du cerveau, à laquelle (6) furent exprimées (7) ces humidités lachry-
(1) On trouvera ce briquet, plus ou moins finement ciselé, représenté dans le Blason des armoiries de tous les chevaliers de la Toison d’or, par J.-B. Maurice, La Haye, 1667; l'Histoire des Ducs de Bourgogne, par DE BARANTE, 1839, t. V, ‘p. 230; le Guide de l’église de Brou, par M. l'abbé H.-P. BourG, 1896, p. 90, etc. |
(2) Du grec, Aaoua, entre-croisement.
(3) La lésion d’un nerf sensoriel fait naître des sensations en rapport avec ses fonctions: des sensations lumineuses, s'il s’agit du nerf optique; des sensations auditives, s'il s’agit du nerf acoustique, etc.
(4) Nom d'un page de Gargantua, bon génie; du grec &, bien, et datpwv, providence, dieu, génie, démon (bon ou mauvais).
(») Dans letome XVIII du Grand Dictionnaire de médecine, le professeur Adelon s'est étendu assez longuement sur le mécanisme du rire à chaudes larmes.
(6) De laquelle.
(7) Extraites, tirées, du latin exprimere. Je lis encore à la page 352 du tome IT de l'Analomie de Diemerbroeck : « Dans la tristesse les mem-
males et transcoulées (1) jouxte (2) les nerfs optiques ». La joie, la tristesse, etc., déterminent bien un écoulement plus considérable des larmes, mais ces larmes pro-
branes du cerveau, conjoinctement avec le cerveau même, se retirent et se resserrent ; d'où vient que les humeurs sereuses du sang artériel (auxquelles ce viscère humide et visqueux communique un peu de viscidité) sont exprimées des glandes de l'écorce et de la substance même du cerveau (dans les petits vaisseaux et dans les pores duquel il se porte beaucoup de sang artériel) comme aussi de la glande pituiteuse et des petites glandules du plexus choroïde, dans les ventricules, et de ceux-ci elles tombent en abondance par les productions papillaires, et par les pores de l'os cribleux, dans les parties fongueuses des narines intérieures ; et comme à cause de leur quantité ou viscidité elles ne peuvent pas les traverser si promptement, les plus subtiles et les plus séreuses sortent par les trous étroits lacrimaux qui sont sur les côtés, et se portent dans les grands angles des yeux, où en les mouillant entiérement, et s'écoulant au déhors, elles forment les larmes...
« Les larmes qui s'écoulent dans les grands excés de rire ont la mème cause; car, dans cette contraction alternative des muscles de la tête et aussi du cerveau et de ses membranes, il se fait du cerveau et des glandes dont on a parlé ci-dessus, une forte expression de ces humeurs sereuses dans les ventricules, et d'eux dans les productions papillaires d’où elles s'’écoulent au palais, aux narines, etc... » (Pour détails complémentaires, voy. plus loin Névrologie et ARISTOTE, Problèmes ; B. Scorrias, De Nat. et Increment. Nili, 1. Il, ch. 11; GRÉGOIRE DE Nysse, De Hom. opific., ch. 1; Mocerius, De Struct. hom.; CoRINGIUS, Du Serment ; SEPrALIUS, Comment. sur la sect. 3 des problèmes d’'Aristote ; DESCARTES, T'railé des passions de l'âme, par. 2, art. 128, 130 et 131, etc.)
(1) Conduites en coulant. Dans les chapitres vr et vir du livre VIIT de
l'Usage des parles, Galien a décrit longuement un conduit qui, passant à
travers des tubercules mammillaires (Voy. Névrologie : Les addilaments mammillaires, comme un bobelin), est chargéde conduire des ventricules supérieurs ou latéraux du cerveau jusqu'à los cribleux (lethmoïde) les humeurs pituiteuses accumulées dans ces ventricules.
Le même auteur (eodem loco, ch. 111), J. Sylvius (Seconde Apol.), Riolan (Anthropog., 1. V, ch. L), J. Casserius (De la Fabr. du nez, sect. 3, ch. L), Hoffmannus (Znstit.), F. de le Boë, Sylvius (Disp. 4, th. 33), F. Puteus, Du Laurens, etc., ont soutenu que le corps de l'os situé au milieu de la base du crâne, du sphénoïde, était percé de trous par lesquels coulaient dans les fosses nasales les excréments pituiteux de la glande pituitaire (Voy. Névrologie : L’entonnoir, comme un oiseau de masson) et du ventricule moyen du cerveau. La croyance à une communication entre le crâne et les fosses nasales est demeurée vivace dans le peuple, qui donne encore le nom de rhume de cerveau au coryza ou inflammation de la muqueuse des fosses nasales. |
(2) Auprès, le long des, du latin juxta.
viennent d'une glande, dite glande lacrymale, située sous la paupière, à la partie externe de l'orbite et non du cerveau, «en transcoulant jouxte les nerfs optiques, » comme Pont cru Galien, Rabelais, etc.
L'epidermis, comme un beluteau.
La peau est composée de deux couches : une couche superficielle, Pépiderme, el une couche profonde, le derme ; L'épiderme (du grec ërt, sur, et, àéux, peau) est une membrane mince, résistante, criblée de petits trous correspondant aux poils et aux orifices des glandes qui sécrètent la sueur et l'humeur sébacée. C'est la pellicule grisâtre que soulève la sérosité du vésicatoire.
L'epidermis, comme un beluteau.
Beluleau, bluteau, blutoir, crible pour bluter ou passer la farine (du latin blutare, ancien mot barbare qui signifie vider, parce qu'en secouant le blutoir il se vide insensiblement).
« Loire pétrissoit sa paste ; sa femme belutoit la farine (1). »
Dans le dessin ci-desus, l'épiderme comparé au beluteau est l’épiderme de la paume de la main vu par sa face profonde à un grossissement de 8 diamètres. Il représente
(1) L. IV, ch. xrv.
le nombre des orifices qu’on observe dans cette région sur un espace de 25 millimètres carrés.
Rabelais a-t-1l vu ces orifices (1)? A-t1l été conduit à se prononcer d’une façon aussi catégorique par l'existence et la croissance des poils et par le dépôt à la surface de la peau de la sueur et de l'humeur sébacée ? Comme pour les spermatozoïdes, je ne puis le dire.
Constatation de visu ou induction logique, il n'est pas moins vrai que Maître François a émis une opinion qui a été énoncée en ces termes, mais seulementen 1664, par Malpighi :
« Quand on soumet l’épiderme à l'action de l’eau bouillante, la partie superficielle ou cornée, tenace, résistante, bien que plus mince de moitié en général, se détache sous forme de lame, alors que la partie profonde se présente sous forme de lambeaux criblés de trous et figurant un réseau (2). »
Opinion encorc contestée après les délicates et patientes recherches de Grew (3) et d’Albinus (4) (168/4-1685).
PHYsSIOLOGIE. Odorat. — L'éternuement est provoqué par toutes les causes qui font naître une sensation pénible sur la muqueuse qui tapisse les fosses nasales. Parmi les sternutatoires, le suc desséché et pulvérisé de leuphorbe (Euphorbia officinaram) est un des plus actifs. Panurge en plaçait dans son mouchoir..« Et quand il se trouvoit en compagnie de quelques bonnes dames, il les mettoit sus le propos de lingerie, demandant : « Et cest ouvrage, est-il de Flandres, ou de Hainault ? » Et puys tiroit son mouchenez (5) disant : « Tenez, tenez, voyez en ei (6) de
(1) On les voit avec un grossissement de 4 diamètres.
(2) MazpiGar (Marc), Epistola de exlerno tactus organo, 1664.
(3) NEHEM GREW, Philosoph. Transact., p. 566, 1684.
(4) Azginus, Dissert. de poris humani corporis, Francofurti ad Viadr., in-4, et in Hazzer, Dissert. Anat.,t. ITT, 1685.
(o) Mouchoir.
(6) En voici.
l'ouvrage : elle est de Foutignan ou de Foutarabie (1). » Et le secouoit bien fort à leur nez, et les faisoit esternuer
quatre heures sans repos. »
Ouïe. — L'oreille, qui distingue la hauteur, l'intensité et le timbre du son, n’en perçoit pas toujours l'origine. Les ventriloques (2) ou engastrimythes (3) donnent à croire que les paroles qu'ils prononcent viennent du ventre. La ventriloquie (4) a été cultivée dé tout temps par un certain nombre d'individus et ceux-ci considérés tantôt comme des êtres divins et inspirés (3), tantôt comme des démoniaques dignes du bücher (6). Dans le chapitre Lvut du livre IV, il est question de leur généalogie :
« Les Engastrimythes soi disoient estre descendus de l'antique race d'Euryceles, et sur ce alléguoient le tesmoienage d’Aristophanes en la comédie intitulée les Tahons, ou mousches-œuespes. D'ond (7) anciennement estoient dicts Eurveliens (8), comme escript Plato (9), et Plutarche on (10)
(1) Fontignan et Fontarabie, villes d'Espagne, sur la Bidassoa. Par ouvrage de Fontignan « on doit entendre, dit Le Duchat, cette sorte de point que le Roman Bourgeois, p. 89, appelle le Pontignac à la différence de celui de Gênes ».
(2) Parler du ventre, du latin venter, ventre, et loqui, parler.
(3) Du grec év, dans, yasto, ventre, et pü0os, parole.
(4) « Le mécanisme de la ventriloquie réside dans une expiration lente el graduée, filée en quelque sorte, expiration qui est toujours précédée d'une forte inspiration au moyen de laquelle le ventriloque introduit dans ses poumons une masse d'air dont il ménage la sortie. » (RICHERAND.)
(>) Par saint Chrysostome, Origène, l'archevêque Eustathi. La célèbre Pythonisse d'Endor et maintes autres sibylles environnaient leurs prédictions d'un prestige plus éclatant en usant de la ventriloquie.
(6) Par Augustinus Steuchus, dit Eugubinus, évêque de Ghisaimo, en Candie.
(7) D'où.
(8) « Devineurs Engastriens ab Eurycle Engastrimytho, cujus meminit Scholiast. Aristoph. in Vespis, et Cœlius Rodig., liv. 8, ch. 10. » (Alphabet de l’auteur françois.) Euryclès était un devin fameux d'Athènes, surnommé l'Engastrimythe, parce qu’on croyait qu'il avait dans le ventre un démon qui lui révélait l'avenir.
(9) Dans celui de ses dialogues intitulé Le Sophislte.
(10) Au,
livre de la Cessation des oracles. És saincts décrets. 26, g. 3 sont appelés Ventriloques ; et aussy les nomme en langue ionique Hippocrates, Ed. 5., Epid. (1), comme parlants du ventre. Sophocles les appelle Sternomantes (2). C'estoient divinateurs, enchanteurs, et abuseurs de simple peuple, semblants, non de la bouche, mais dt ventre parler et respondre à ceulx qui les interrogeoient. Telle estoit, environ l'an de nostre benoist Servateur (5) 1513, Jacobe Rodogine (4), italiane, femme de basse maison. Du ventre de laquelle nous avons souvent oui, aussy ont aultres infinis en Ferrare (5) et ailleurs, la voix de l’esperit immunde, certainement basse, foible, et petite ; toutesfois bien articulée, distincte, et intelligible, lors que, par la curiosité des riches seigneurs et princes de la Gaulle Cisalpine (6), elle estoit appelée et mandée. Lesquels, pour oster toute doubte de fiction et fraude occulte, la faisoient despouiller toute nue, et luy faisoient clorre la bouche et le nez. »
Vue. — Les longues lectures, les travaux délicats réclamantune contraction permanente et persistante du muscle cilhaire (le muscle de l'accommodation) ont une action nuisible bien démontrée sur les veux. Que de gens eussent peut-être eu une bonne vue qui l'ont perdue par suite d’une application trop continue dans leur enfance!
(1) Hippocrate à cru que les ventriloques parlaient réellement du ventre. Dans le deuxième livre des Épidémies, il est noté que la femme de Ptolémarque étant affectée d’une angine, il sortait de sa poitrine des sons pareils à ceux qui parlent la bouche close.
(2) « La sternomantie, dit l'alphabet de l’auteur, est la divination qui se fait quand l'esprit malin parle et rend response du profond de la poitrine de cellny dedans le corps duquel il est entré. » Du grec oxégvov, poitrine.
(3) Conservateur, sauveur, libérateur, du latin servator.
(4) De Rovigo, ville d'Italie, d'où Cœlius ROMHETUS a tiré lui-même son surnom de Rhodiginus.
(5) Et aussi un nombre infini d’autres à Ferrare.
(6) L'ancienne partie des Gaules comprise entre le mont Cenis et le Rubicon.
Cette vérité est proclamée d'une façon plaisante au chapitre « Des faicts du noble Pantagruel en son jeune age ». « Au regard de se rompre fort la teste à estudier, il ne le faisoit mie (1), de paour (2) que la vue luy diminuasl. »
Rapprochons de ce chapitre celui où est noté l'effet désastreux qu'a sur la rétine, dans les pays couverts de neige, la réverbération de la lumière. « Le blanc extériorement (35) disgrège (4) etespart (5) la vue, dissolvent manifestementles esperits visifs (6), selon l’opinion d’Aristoteles en ses problèmes (7), et des perspectifs ; et le voyez par expérience, quand vous passez les monts couverts de neige : en sorte
1) Pas.
2) De peur.
3) Extérieurement.
4) Sépare, divise, disperse.
(5) Mème sens que mot précédent, « Éparpille, diverge » glossaire de L. Barré.
(6) Galien, suivant en cela la pensée d'Hérophile, dit (L VIII de l'Usage des parties, ch. vi, et 1. XVI, ch. 11) que les nerfs optiques sont creux, ont un trou manifeste. Plempius, au livre I de son Ophthalmographie, a indiqué la manière de trouver ce trou. Le cordon fibro-nerveux, dit nerf optique, qui unit la vésicule oculaire à la vésicule cérébrale est effectivement creux. (Voy, Névrologie : Les nerfs, comme un robinet.)
Tous les philosophes et les médecins du moyen âge, et Descartes luimême (Voy. sa Dioptrique et aussi son livre de l'Homme, art. 18, 19 et 20) ont pensé que les yeux étaient redevables de la faculté de voir aux esprits animaux ou visifs qui y'affluaient en plus ou moins grande quantité par la cavité qu'offre chaque nerf en question. Riolan a enseigné (Animadv. sur Bauhin) que la jonction du nerf optique droit et du nerf optique gauche avait lieu par l'intermédiaire d'un petit canal ayant la forme de la lettre H. Bauhin, Mercatus, Sennert et plusieurs autres ont affirmé que cette Jonction avait lieu par le mélange total de la substance des deux nerfs pour que les esprits visifs pussent passer avec facilité d'un œil dans l’autre pour augmenter l'étendue et l’acuité de la vision, . « non seulement dans les personnes saines, mais encore chez les personnes qui n'ont qu'un œil et chez lesquelles cet œil unique doit avoif la force de deux. » Aristote, Galien, Alexander ont déclaré que ces esprits visifs, viciés, de mauvaise qualité, ternissaient les miroirs en sortant des yeux et communiquaient par contagion l’ophthalmie.
(7) « La couleur verte médiocrement excite et esmeut l'organe de la veue, partant luy donne soulagement et le conforte : ce que peut faire la couleur blanche, attendu qu'elle excite, esmeut et change grandement
que vous plaignez de ne povoir bien regarder, ainsy que Xenophon escript estre advenu à ses gents : et comme Galen expose amplement libro X de Usu partium (1). »
À ces lignes relatives à l'organe de Ia vision qu'on relève dans Gargantua e& Pantagruel il faut ajouter les suivantes :
« Galen, 4b. 4, de l'Usage de nos membres (2), dict la teste estre faicte pour les veulx. Car nature eust pu mettre nos testes aux genoulx ou aux coubtes (35); mais ordonnant
l'organe d'icelle ; à cause qu'elle tend à une plus grande violence etexcellence. Car, d'autant plus que l’objet sensible est excellent, d'autant plus il débilite et destruict le sens. » (Les Problèmes d’Aristote, par Nicolas BONFoxSs.)
(1) «Rappelez-vous comment une lumière vive et brillante fatigue les yeux. Peut-être ignorez-vous à quel point furent incommodés les soldats qui marchaient, sous la conduite de Xénophon, par des chemins couverts d'une neige épaisse; car Je ne serais pas étonné que vous n'ayez pas souci des écrits de cet historien. Vous ignorez également, je pense, que Denys, tyran de Syracuse, avait fait élever au-dessus de la prison et enduire de plâtre une pièce, d'ailleurs très brillante et très éclatante: qu'après un long séjour au fond des cachots, il y'faisait monter les prisonniers; plongés si longtemps dans d’épaisses ténèbres et revoyant un jour brillant, ils devaient contempler la lumière.aveec ravissement, mais ils perdaient bientôt les yeux... Si vous n'en croyez pas Xénophon, vous pouvez apprendre par expérience combien un voyage dans les pays de neige est pernicieux pour les yeux. » (GALIEN, De l'Utililé des parties, 1. X, ch. 11, trad. Daremberg.)
(2) Ce n’est pas dans le livre IX mais dans le livre VIII de l'Utililé des parties que se trouve ce passage de Galien : « La tête a paru, à beaucoup de personnes, avoir été créée en vue de l'encéphale, et renfermer conséquemment tous les sens comme les serviteurs et les satellites d'un grand roi, mais les crabes etles autres crustacés n'ont pas de tête. La partie qui dirige les sens et les mouvements volontaires est certainement placée dans le thorax, à l'endroit où chez eux se trouvent tous les organes des sens (1. VIII, ch. 11). Il est évident que la tête n'est pas créée en vue de l'encéphale : pour nos yeux, les établir en un lieu bas était contraire à l'utilité qu'ils présentent ; les fixer sur un col nu n'était pas sans danger, et la nature, ne voulant ni les priver d'une partie de leur utilité, ni abolir leur sécurité, a imaginé de les établir dans un lieu élevé et propre en même temps à les protéger. » (L. VIII, ch. v.) .
(3) Coudes, du latin cubilus. On donne encore le nom de cubilus à l'os interne de l’avant-bras, dont une partie de l'extrémité supérieure forme la saillie postérieure mobile de l'articulation du coude. (Voy. Ostéologie : Les fociles, comme faucilles.)
les yeulx pour descouvrir au loing, ficha (1) la teste, comme en un baston au plus hault du corps; comme nous voyons les phares et haultes tours sus les havres de mer estre érigées, pour de loing estre vue la lanterne (2). »
Toucher. — Une dés caractéristiques du génie de Rabelais, c’est de passer du noble au familier, du sévère au plaisant, sans gêne et sans disparate. Jamais écrivain na fait plus lestement et plus facilement volte-face. La sueur humaine est salée. Elle est composée d'eau, des sels ordinaires du sang (le chlorure de sodium (3) domine : 22 p. 100). de principes gras et de plusieurs acides. Partant de là, Maître François a expliqué, avec un dévergondage inouï d'imagination, pourquoi la mer a un goût de saumure. « Au temps que Phœbus bailla (4) le gouvernement de son charriot lucifique (5) à son fils Phaeton (6), ledict Phaeton, malapprins (7) en l’art, et ne sçavant (8) ensuivre la ligne ecliptique entre les deux tropiques de la sphère du soleil, varia de son chemin, et tant approcha de terre, qu'il mist à sec toutes les contrées subjacentes... Adonc la terre fut tant eschaufée, qu'il luy vint une sueur énorme, dont elle sua toute la mer qui par ce est salée : car toute sueur est salée. Ce que vous direz estre vrai si vous vouler taster de la vostre. »
Organe d'absorption, d'exhalation et de tact, la peau, pour conserver l'intégrité de ses fonctions, a besoin d'être débarrassée fréquemment de la poussière et des produits qu'elle sécrète (humeur sébacée, sueur, cellules épidermiques). Quand sa puissance éliminatrice est affaiblie, des
1) Fixa, plaça.
3) UT Ch A0 |
3) Le chlorure de sodium est le sel de cuisine. )
9) Qui porte la lumière, lumineux, du latin lucifer.
6) Phaéton, fils d’Apollon et dé Climène, une des Océanides. 7) Mal appris.
8) Sachant, du latin scire.
accidents morbides apparaissent; si elle est recouverte d’un enduit imperméable, la mort survient (1).
À une époque où la propreté était loin d’être considérée comme une recommandation dans les collèges (2), les cloîtres et même les palais (3), l’auteur de Gargantua et de Pantagruel a insisté sur la nécessité de la balnéation, et même sur les avantages de la friction, du massage et de la sudation.
Devant le manoir des Thélémites « estoient les nata-
(1) En voilà un exemple éclatant. On célébrait à Palerme une fèle populaire, mélange bizarre de traditions mythologiques et de pratiques chrétiennes. Au nombre des spectacles offerts à la curiosité des habitants et des étrangers accourus de toutes parts, on admirait une brillante cavalcade composée de groupes de cavaliers splendidement costumés et de chars ornés de trophées et d'emblèmes allégoriques. Parmi ces chars, il en était un qui attirait principalement les regards : c'était celui de la Richesse figurée par un Jeune garcon qui avait consenti à laisser recouvrir son corps entier de feuilles d’or.
Pendant six heures consécutives, le long cortège parcourut les rues de la ville, soulevant sur son passage les exclamations joyeuses de la foule. Mais hélas ! cette fète si gaie devait se terminer dans le deuil et la tristesse.
Quand on voulut retirer le pauvre enfant de son enveloppe dorée, il ne restait plus de lui qu’un cadavre bientôt refroidi.
C'est ce fait qui a donné au physicien Foucault, de passage à Palerme, l'idée de ses belles recherches sur la chaleur animale, et c’est à la thermophysique qu'est dû l'emploi plus méthodique, plus scientifique de l’eau dans le traitement des maladies (hydrothérapie).
(2) « Sauf la chaire du professeur, les classes n'avaient au xv° siècle ni banc, ni siège d'aucune sorte; elles étaient jonchées de paille pendantl'hiver et d'herbe pendant l'été. Les élèves devaient se vautrer dans cette litière soi-disant pour faire acte d'humilité. Leur uniforme, consistant en une robe longue et serrée à la taille, était fait pour ramasser l’ordure et aussi pour la couvrir. Qui pourrait dire ce qui se cachait sous l'habit scolastique ? Nous en avons l’idée par un article qui fut inscrit dans les règlements intérieurs. Au réfectoire, pendant toute la durée du repas (qu’on nous pardonne la crudité de ce détail historique), il était défendu de porter la main à son bonnet, tant l’état des têtes inspirait de crainte... C’est par là que se forma la renommée proverbiale dont à joui si-longtemps la crasse des collèges. » (QuicHerar, Histoire de Sainte-Barbe, collège, communauté, institution; Paris, Hachette.)
(3) Fagon, le médecin de Louis XIV, nous apprend, dans son joua que le grand roi ne s'est baigné qu'une fois dans sa vie.
toires (1), avec les bains mirifiques à triple solier (2), bien garnis de touts assortiments, el foison d'eau de myrrhe » (3).
« Gargantua nageoit en profunde eau, à l'endroict, à l'envers, de costé, de tout le corps, des seuls pieds, une main en l’aer, en (4) laquelle tenant un livre transpassoit (5) toute la rivière de Seine sans icelluy (6) mouiller, et tirant par ses dents son manteau... Puis d’une main entroit par grande force en un basteau : d'icelluy (7) se jectoit derechef en l'eau, la teste la première : sondoit le parfond (8), plongeoïit és abysmes et goulphres.
« Issant de l'eau (9), roidement montoit encontre la montagne, et dévaloit (10) aussy franchement, ete. »
Puis : |
«Le temps ainsy employé, luy frotté, nettoyé et refraischi d'habillements, tout doulcement retournoit. »
N'est-ce pas là le grand bain ou bain d'immersion, pris dans une rivière ou dans une piseine de natation — ainsi
(1) Lieux où l’on nage, du latin nataltoria.
(2) A triple étage (en latin solium), c'est-à-dire un bain chaud, un bain tiède et un bain froid, dans chacun desquels l'eau était distribuée au moyen de canaux telle qu'il Ia fallait. :
(3) La myrrhe est une gomme résine d’une odeur suave. « Une petite quantité dans l’eau forme un liquide excellent pour faire des lotions stimulantes. » (D' E. Brémonp».). Chez les Hébreux, on frottait d'huile et de myrrhe pendant dix mois les filles destinées au roi.
(4) Avec laquelle.
(5) Traversait. Sous la discipline de ses premiers précepteurs sophistes, Gargantua était très sale. Il se peignait avec un peigne quelque peu primitif, les « quatre doigts et le poulce. Car ses premiers précepteurs disoient que soy aultrement peigner, laver et nettoyer, estoit perdre son temps en ce monde. » Ponocrate s'est excusé en ces termes auprès de Grandgousier de n'avoir pas placé Gargantua au collège de Montaigu : «Mieulx sont traictés les forcés (les forçats) entre les Maures et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle, voire certes les chiens en vostre maison, que ne sont ces malautrus audict collége de pouillerie. » (B."[, ch: xxxvI 1.)
(6) Sans mouiller celui-ci, ce livre.
(7) De celui-ci, de ce bateau.
(8) Le fond. |
(9) Sortant de l’eau.
(10) Descendait.
héetee
que le recommandait Priessnitz, le fondateur de l’hydrothérapie, — bain d'immersion au sortir duquel, bien essuvé, énergiquement frictionné et promptement habillé, on va faire une promenade plus ou moins longue en marchant plus ou moins vite ?
La
NÉVROLOGIE OU ÉTUDE DES NERES
Quaresmeprenant avoit :
Les membranes, comme la coqueluche d’un moine.
La cervelle, en grandeur, couleur, substance et vigueur, semblable au c... gausche d’un ciron masle.
Les ventricules d’icelle, comme un tirefond.
La voulte, comme une goimphe.
Le conare, comme une veze.
L'entonnoir, comme un oiseau de masson.
Les additaments mammillaires, comme un bobelin.
L'excrescence vermiforme, comme un pilemaille.
La nuque, comme un fallot.
La mouelle, comme un bissac.
Les nerfs, comme un robinet.
Les esperits animaulx, comme grands coups de poing.
Les esperits vitaulx, comme longues chiquenauldes.
Les membranes, comme la coqueluche d'un moine.
Les membranes (du latin membrana, parchemin), les méninges, sont des gaines qui protègent les centres nerveux. Elles sont au nombre de trois. Rabelais n’en a connu que deux. Frère Jean des Entommeures « tranchit les deux méninges » d'un des archers chargés de sa garde. La troisième méninge, appelée arachnoïde (du grec ép#n, toile d'araignée, et &èo, ressemblance, qui ressemble à une toile d'araignée), fort mince, transparente, très difficile à isoler
entièrement, n'a été décrite que longtemps après Ia mort de l’auteur de Gargantua. L’inflammation des membranes constitue la terrible maladie appelée méningite. Coqueluche, capuchon, partie de lhabit de certains moines qui leur couvre la tête. On dit familièrement prendre le capuchon, pour se faire moine. Un certain nombre d'étymologistes avancent que le nom de coqueluche, déjà attribué, en 1414, du temps de Charles VI, au catarrhe
spasmodique et contagieux des bronches (MÉZERAY), dérive
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Les membranes, comme la coqueluche d'un moine.
de la coqueluche (1) qu'ont portée primitivement les enfants atteints de cette maladie. Comme celui des moines, ce capuchon était généralement rond.
Les membranes enveloppent le cerveau à la manière d'un capuchon. Le dessin ci-dessus de Hirschfeld et Léveillé (Névrologie ou description el iconographie du système nerveux et des organes des sens de l’homme, avec 92 planches dessinées d’après nature, Paris, 1853) en est une preuve évidente.
(1) Pour d'autres il dériverait de coquelicot (pavot rouge, Papaver rhœas de la famille des Papavéracées) parce que les fleurs de cette plante ont été employées jadis dans la toux suffocante et convulsive, dans la toux bleue des enfants (Marcus) ou de la ressemblance de cette toux avec le chant d’un coq.
La cervelle, en grandeur, couleur, substance et vigueur, semblable au c... gausche d'un ciron masle.
Le lesticule gauche est plus volumineux que le testicule droit, mais constitué, ainsi que lui, par une substance d’un gris rougeâtre, assez peu consistante, dite pulpe testiculaire.
Le cerveau des aliénés et des idiots est revenu sur luimême, piqueté de rouge et ramolli.
En établissant un parallèle entre la cervelle de Quaresmeprenant et la glande génitale d'un ciron, un des animaux les plus infimes de la création, Rabelais confirme ce qu'il a donné antérieurement à entendre de l’état mental du personnage susdit. En choisissant la glande gauche, plus grosse que la glande droite (1), il tempère légèrement sa comparaison.
Les ventricules d’icelle, comme un tirefond.
Le cerveau est creusé de cavités, dites ventricules. Ces ventricules sont au nombre de trois : un moyen, vertical, plus large à sa partie inférieure qu'à sa partie supérieure et qui est moins une cavité qu'une fente (fissura media, Gordon), et deux latéraux, horizontaux, communiquant entre eux par l'intermédiaire du précédent (2).
(1) Maître François s’est très bien aperçu que le testicule gauche est plus fort que le testicule droit, et ce qui le démontre, c'est que, pour mieux marquer son amilié à frère Jean, Panurge en lui parlant a ajouté plusieurs fois l'adjectif gauche au mot €... « mon ec... gausche ». (L. IT, ch, xvir.) Ce mot a encore un sens amical dans le peuple.
(2) Il està remarquer que, dans les systèmes organiques dont il n'a cité que quelques parties, le savant anatomiste a toujours choisi celles qui étaient considérées de son temps comme les plus importantes.
En myologie : le diaphragme.
En angéiologie : le cœur, le siège des esprits vitaux ; l'hexagone artériel de Willis, par lequel ces esprits vitaux étaient transmis au cerveau pour devenir animaux; l'artère pulmonaire, les carotides, les veines cave supérieure et inférieure, les jugulaires, les veines mésaraïques, les veines rénales, les veines pulmonaires, etc.
En névrologie : la voûte soutenant toute la masse du cerveau ; les ven-
Tire-fond, instrument d'acier avec lequel le chirurgien enlève la pièce d'os qu'il a sciée avec le trépan.
Pour démontrer l'exactitude absolue de la comparaison de Maître François, il me suffira d’accoler (Voy. le dessin ci-dessous) une coupe transversale et verticale du
Les ventricules d'icelle, comme un tirefond.
cerveau en arrière des tubercules mamillaires (1) et le tire-fond, qui est dessiné dans le X° livre des œuvres d'Ambroise Paré (p.343, Paris, 1628).
La voulte, comme une goimphe.
La voulle, la voûte à trois piliers, le trigone cérébral, est une cloison constituée par deux bandelettes de tissu nerveux, plates, blanches, juxtaposées, qui recouvrent le ventricule moyen du cerveau en décrivant une courbe à concavité inférieure, Cette partie du cerveau était jadis appelée « lorlue, par la raison qu'il semble, dit Diemerbroeck, qu'en la
cules de cet organe, où s’opérait la transformation des esprits vitaux en esprits animaux et s’accumulait l'humeur pituiteuse ; les méninges, dont les contractions unies à celles du tissu cérébral chassaient cette humeur excrémentitielle des ventricules ; les tubercules mamillaires et la glande pituitaire chargés de conduire des ventricules cette mème humeur à des trous percés dans la base du crâne, etc.
(1) Elle est représentée dans le Traité d'anatomie humaine (de BEAUNIS et BoucHARD).
maniére des tortuës, ou des voutes dans les bâtiments, elle soûtient toute la masse du cerveau qui est appuyée dessus, et cela afin que le troisiéme ventricule n’en soit pas comprimé » (1).
Goimphe ; véugwsx, en grec, signifie assemblage, réunion de plusieurs pièces en une seule. On donnait autrefois le nom de goimphe à un bonnet de femme composé de divers morceaux. J'ai entendu, dans le Morvan, dire encore goim-
La voullte, comme une goimphe.
pher sainte Catherine, pour : coiffer sainte Catherine. Jusque sous le règne de François I®", les femmes ont porté une coiffe sur laquelle était posée une bande d’étoffe, dont les pans pouvaient être et étaient généralement relevés sur le sommet de la tête, ainsi que le montre un des dessins (92) ci-dessus. Ces pans relevés donnaient plus de liberté au cou et plus de coquetterie à la coiffure.
Le conare, comme une veze.
Le conare, la glande pinéale, est une petite excroissance épithéliale avec quelques éléments nerveux, située sur la
(1) DIEMERBROECK (loc. cit. suprä, t. I, p. 243). (2) C'est la copie de la coiffure d’une des suivantes de Marguerite de Valois, reine de Navarre, sœur de François Ier, auteur de l’Heptaméron,
ligne médiane du cerveau, en arrière du ventricule moyen. Galien et Oribase l'ont comparé à un cône (d’où ses noms divers de conare, conarium, xoväguv, Cône; pinea, pomme de pin, etc.).
La glande pinéale est un vestige de l'œil pariétal impair et médian des Sauriens iguanides. Descartes en avait fait le siège de l'âme.
NS ARE RES NN ÿ = TRS RER « AS
AS
Le conare, comme une veze.
Veze, cornemuse, en langage poitevin et saintongeois. Divers commentateurs écrivent un veze. En patois poitevin et saintongeoiïis, ce mot est féminin. Il vient, selon Esmangart et Johanneau, de vesica, vessie.
Les Andouilles farouches marchaient au combat «au son des vezes et piboles ».
Dans l'île de Ruach (1), où « le noble Scurron (2)
des Cent Nouvelles nouvelles, etc. (Ancienne collection Pillet, de Tours. Portrait en pied de Marguerite de Valois et de deux de ses dames d'honneur.)
(1) Les îles Loffoden, selon M. Ducrot (loc. cit. suprà, p. 18). En vieux celtique, Loffoden est composé de deux mots : loff, qui veut dire vent, flatuosité du ventre, et oden, route ; ensemble, route des vents. En bas breton actuel, Loff et oden signifient encore la même chose. « Loff est un trope; c’est le côté d’où vient le vent, pour le vent lui-même. » (JaL, Arch.
nav., P. 179.) (2) Un des maîtres de Rabelais, Son nom exact est Schyron, ainsi
médicin, passant un jour, nous comptoit que le Gierce (1) est si fort qu'il renverse les charrettes chargées... on avoit robé (2) au roy une veze pleine du vent propre que jadis à Ulysses (3) donna le bon ronfleur Eolus (4) pour guider sa nauf (5) en temps calme. Lequel il gardoit religieusement, comme un aultre Sangreal (6), et en guérissoit plusieurs énormes maladies. » | |
« Tellement que ceste mariée ne voulut jamais bouger de là où elle estoit, que les menours ne l’allassent prendre et que les piboleux et vezeurs n’eussent soufflé là. » (Bou- CHET, SERÉE, 9.)
La glande pinéale est une réduction minuscule du sac de peau de la cornemuse, distendu par le souffle du musicien. Pour plus de précision scientifique et pour mieux faire ressortir l'identité de forme des deux objets comparés, j'ai fait représenter, dans les dessins qui viennent à l'appui de ces lignes, la glande pinéale telle qu'elle est figurée dans la seconde édition du Système nerveux de l’homme, de Van Gehuchten (Louvain, 1897, p. 119), et une cornemuse poitevine du xvit siècle dont le tuyau d’embouchure,
rejeté en arrière, est masqué par le sac. Cette vèze appar-
qu'en témoigne l'inscription suivante, gravée sur la porte du théâtre anatomique que Henri IT fit construire à Montpellier : Curantibus Johanne Schyronio, Antonio Saporta, Guillielmo Rondeletio et J. Bocaltio 1556. (Voy. Tessier, addit. à l'éloge de G. Rondellet, et l'Histoire de l'Université de Montpellier, de J.-E. STRoBELGER ; Nuremberg, 1629, en latin.)
(1) Le vent circius (ouest-nord-ouest), que désiraient les peuples de la Narbonnaise pour purger leur pays des mauvaises exhalaisons.
(2) Dérobé, volé.
(3) Ulysse, fils de Laërte et d’Anticlée, roi d'Ithaque, dont Homère a narré les aventures dans l'Odyssée.
(4) Éole, fils de Jupiter, dieu des vents et des tempêtes. Il régnait sur l'Éolie (aujourd'hui les îles Lipari), et fit cadeau à Ulysse d’outres dans lesquelles étaient renfermés les vents contraires à sa navigation.
(o) Navire, du latin navis.
(6) Sangreal où saint Graal, espèce de calice dans lequel, suivant l'Ecriture, Joseph d'Arimathie recueillit le sang qui coulait du corps du Christ. On entend aussi par ce nom le grand plat creux dans lequel on prétend que Jésus découpa l'agneau pascal.
Er ri ge.
tient à une famille poitevine amie de la mienne. Un instrument analogue. mais avec trois tuyaux apparents, est sculpté en ronde-bosse sur le chapiteau en bois d'un des piliers de la petite porte de la façade de la maison d'Adam (xv® siècle), regardant la place Sainte-Croix, à Angers. On en voit un autre à quatre tuyaux entre les bras d’un des musiciens du tableau le Concert de Famille de Jacques Jordaens.
L'entonnoir, comme un oiseau de masson.
L'entonnoir est un cordon rougeâtre, creux, comprimé d'arrière en avant et évasé supérieurement (1), placé audessous du ventricule moyen. L'entonnoir, encore appelé choana, infundibulum, üige du corps pituitaire, est terminé
par un corps grisätre ovalaire, formé d'un lobule épithélial et d'un lobule glandulaire intimement unis, le corps pituitaire. Les anciens anatomistes ont donné à ces deux lobules intimement unis le nom de corps pituitaire, parce qu'ils ont cru que cé corps avait pour usage de recevoir les humeurs pituiteuses ama$sées dans le troisième ventricule
ou ventricule moyen du cerveau, et de les conduire à des
trous percés dans le corps de l'os, situé au milieu de la
(1) Cette partie évasée. était désignée autrefois sous le nom de bassin.
base du crâne, du sphénoïde, d’où elles s’écoulaient dans les fosses nasales. Il est dénommé glans piluilam eæcipiens par Vésale.
Oiseau de masson, sorte de hotte composée de deux planchettes disposées en équerre, et qui sert à porter le mortier sur les bâtiments en construction. On retrouve l'oiseau de maçon sur les bas-reliefs de la colonne Trajane et sur plusieurs de nos monuments des premiers temps du moyen âge. Dans quelques provinces de France, les maçons emploient encore cette hotte, et partout les couvreurs en font usage pour porter les ardoises sur les toits.
L'entonnoir, la glande pituitaire, les bandelettes optiques et le chiasma des nerfs optiques rappellent l'oiseau de macon. Jadis, quand on croyait que la glande pituitaire était presque carrée, plus dure et plus plate (1) que les autres glandes, la comparaison en question a pu paraître bonne.
Les additaments mammillaires, comme un bobelin.
Les addiltaments mammillaires, les tubercules mamillaires, sont deux petits corps sphériques, très rapprochés l’un de l’autre, qu'on trouve à la face inférieure du cerveau.
Les additaments mammillaires, comme un bobelin.
Additament vient du latin addilamentum, addition, augmentaon, et mammillaire, de mammila, petite mamelle, parce que les Anciens « n'ont pas mis ces productions au nombre des
() Voy. DiemerBroEck, loc. cit. suprà, t. I, P. 270.
nerfs (1), qu'elles sont très blanches, et que l'extrémité de chacune d’entre elles est ronde en forme de mamelon ».
(DIEMERBROECK.)
Bobelin, peloton de laine ou de fil (2). On dit encore bobeliner ou boubeliner, pour bobiner, pelotonner.
Chaque tubercule mamillaire est semblable à un petit peloton de fil blanc. L'analogie est d'autant plus évidente que chacun d'eux est formé par l’enroulement sur elle-même de l'extrémité antérieure d’un des faisceaux nerveux qui entre dans la composition de la voûte du cerveau. (CASSERIUS, CRUVEILHIER, LUYS, etc.).
L'excrescence vermiforme, comme un pilemaille.
L’excrescence vermiforme, excroissance qui a la forme d’un ver, excrescentia vermiformis en latin. On l'appelle
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L'excrescence vermiforme, comme un pilemaille.
(1) Je rappelle qu'on a décrit autrefois dans leur intérieur un conduit chargé de porter les humeurs pituiteuses des ventricules latéraux du cerveau aux fosses nasales, en passant par les trous de l’ethmoïde (os cribleux). Pour les anciens anatomistes, les « additaments mammillaires », encore appelés productions mamillaires ou papillaires, n'étaient que des annexes du cerveau, les origines des conduits de la pituite.
(2) On appelait aussi autrefois bobelin une espèce de savate dont se servaient les gens du bas peuple. Il estévident que cette chaussure n’a aucun rapport avec les « additaments mammillaires ».
aujourd'hui éminence vermiforme. Cette éminence est constituée par le lobe médian du cervelet, dont la surface annelée rappelle celle d’un ver.
Pilemaille, maillet dont on se servait Jadis pour jouer au mail. De pila, balle à jouer, boule, et de malleus, marteau, maillet. Le jeu même s'appelait palemail ou, comme a écrit Nicot, palemaille. Selon Burgaud des Marets et Rathery, on disait également paille-maille.
Dans les OEuvres d’'Ambroise Paré (loc. cit. suprà, p. 168, 1. V), on trouve déjà un bon dessin de l’excrescence vermiforme : «le vermiformis, tant antérieur que postérieur, dont l’antérieur est entièrement séparé. » C’est ce « vermiformis antérieur entièrement séparé » qui figure, dans notre dessin, à côté du pilemaille.
La nuque, comme un fallot.
Rabelais a donné au mot nuque le sens que luiattribuaient les médecins de son temps (Voy. Furetière); par nuque il a entendu la moelle allongée, le bulbe rachidien. En arabe Nou Kha’a signifie moelle.
Le bulbe rachidien ou bulbe crânien (pars cephalica medullæ spinalis, Hasse) est un renflement polygonal, aplati d'arrière en avant, à base supérieure, qui couronne à la manière d'un chapiteau la moelle épinière dont il constitue l'extrémité supérieure (principium medullæ spinalis des Anciens).
Fallot, lanterne adaptée au bout d'un bâton. Falot, en terme de blason, désigne aussi une sorte de vase avec un manche.
Dans l'île de Médamothi (1), « Panurge achapta
(1) Nulle part, en hébreu. D'après M. Ducrot, c’est Arkhangel. Mais Arkhangel n'est pas une île. De nos jours, non ! mais, au temps de Rabelais, c'en était une, séparée de la terre ferme par la mer Glaciale et par le fleuve Pinègre, qui baignait la ville de Sabatea, et qui recevait comme tri-
un grand tableau painct et transsumpt (1) de l'ouvrage jadis faict à l'aiguille par Philomela (2)... Je vous jure par le manche de ce fallot, que c'estoit une paineture galante et mirifique (3) ».
Au bal de la reine de Lanternois, « se faisoient bien valoirles gentils fallots avecques leurs jambes de bois » (4).
La nuque, comme un fallot.
Qui connaît l'anatomie et a vu les lanternes emmanchées qu'on porte encore, dans certaines campagnes, de chaque côté du dais pendant les processions ou devant le prêtre qui va administrer les derniers sacrements à un malade, approuvera la comparaison (5).
butaire la rivière de Culuga, d'après les cartes de Hondius et jusqu'au xvin° siècle (DUcROT, loc. cit. suprä, Pp. 11).
(1) Imité, copié, du latin {ranssumpltus.
(2) L'ouvrage représentant l'attentat dont Philomèle, fille de Prandion, roi d'Athènes, avait été l’objet de la part de Terée, le mari de sa sœur Prognée.
(3) Merveilleuse, du latin mirificus.
(4) Il y avait encore au xvinr° siècle des porte-falots à Paris. Ils appelaient, à la sortie des théâtres, les équipages des grands seigneurs et accompagnaient dans les rues mal éclairées le bourgeois ou l'ouvrier jusque chez lui, montaient dans sa chambre, allumaient sa chandelle.
«Voilà le falot !» étaitle dernier cri qui retentissait le soir par la Grande Ville, il y a cent cinquante ans.
(5) Celui-ci est une réduction d'un de ceux dont on se sert dans une commune du Loir-et-Cher,
La mouelle, comme un bissac.
La mouelle, la moelle épinière, est cette tige nerveuse, blanche, quiestlogée dans la colonne vertébrale. La moelle n’a pas le même calibre dans toute sa longueur : elle se renfle au niveau des premières vertèbres cervicales (renflement cervical, intumescentia cervicalis), diminue ensuite successive-
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