partie de l'os coronal (1). ce que faisant lui tranchit les
deux méninges (2), et ouvrit profundement les deux posté-
rieurs ventricules du cerveau (3) : et demoura le crane
pendant sus les espaules à la peau du péricrane par der-
Blessure à laquelle a succombé un des archers chargés de surveiller Frère Jean prisonnier.
1,08; 2, méninges; 3, ventricules postérieurs du cerveau.
rière, en forme d'un bonnet doctoral noir par dessus, rouge par dedans. Ainsy tomba roide mort en terre (4). »
(1) L’os du front, os frontal ou coronal.
(2) Voy. Anat. descriptive, Névrologie : Les membranes, comme la coqueluche d’un moine.
(3) Les ventricules latéraux du cerveau.
(4) Le dessin qui accompagne ce texte est emprunté à M. le D'Bré-
Tout est exact au point de vue M EAE UE dans le premier paragraphe, et dans le second il n’y a qu'une erreur concernant le chiffre des méninges, qui sont, je le rappelle, au nombre de trois et non au nombre de deux. Au point de vue physiologique, il n'y a rien à reprendre dans les deux paragraphes ; de telles blessures sont instantanément mortelles : l'une est une décollation en sens inverse de celle pratiquée par la main du bourreau; l'autre, une abrasion complète de la voûte du crâne et des parties qu'elle recouvre.
Les lésions traumatiques du cœur ont autant de gravité que celles du cerveau, du bulbe rachidien ou des gros troncs vasculaires du cou : aucun des personnages de l'épopée rabelaisienne n'y survit.
Hastiveau transpercé un peu au-dessus de la mamelle sœauche par l'épée de Toucquedillon « mourut incontinent ». | Panurge raconte en ces termes à Pantagruel comment il a été détaché par le maître de sa maison de la broche à laquelle il avait été attaché par les Tures. « De pleine. arrivée (1), il üire la broche où j'estois embroché, et tua tout roide mon rostisseur, dont, il mourut là par faulte de gouvernement (2\ ou aultrement ; car il luy passa la broche peu au dessus du nombril vers le flanc droict, et luy perça la uerce lobe du foye (3), et le coup haulsant luy pénétra le diaphragme, et par à travers la capsule du cœur luy sortit la broche par le haut des espaules entre les spondyles (4) et l’'omoplate senestre (5). »
M. le D' F. Brémond a vérifié sur le cadavre que ce
mond. (Voy. Æabelais-médecin, par M.le D' BréMonp», fig. 2, à la fin du 1. I.) Je ne saurais trop remercier mon savant et bienveillant confrère de l'autorisation qu'il m'a donnée de le reproduire.
(1) Aussitôt arrivé.
(2) De pansement.
(3) Le troisième lobe du foie, dit lobule de Spigel. On a attribué tour à tour sa découverte à Spigel, à Eustachi, à Sylvius, à Vésale.
(4) Vertèbres, du grec 576yôvhoz.
() Omoplate gauche, du latin sinister.
RONA dogs.
vigoureux coup de broche a un trajet parfaitement en règle avec l'anatomie topographique (1). Une tige de fer pénétrant dans l'abdomen à droite, au-dessus de l’ombilie, peut traverser le foie, percer le diaphragme, pénétrer dans le péricarde et aller sortir entre la colonne vertébrale et l’omoplate du côté gauche, après avoir lésé le poumon que Rabelais a oublié d'indiquer. Quant « au tierce lobe du foye » ou lobule de Spigel, il présente à sa partie moyenne un mamelon entouré d’un cercle artériel constitué par les artères splénique, Coronaire-stomachique, hépatique, dont la blessure — abstraction faite de celle des vaisseaux et des viscères voisins — suffirait pour amener une mort presque
foudroyante (2).
Nombre de symptômes et de complications des contusions des plaies et autres traumatismes ont été du reste signalés par le savant romancier.
Frère Jean « avec son baston de croix donna entre col et collet sus l’os acromion (3) si rudement à Tiravant qu'il l’estonna, et feit perdre tout sens et mouvement et tomba és pieds du cheval ».
: Par estonner 1l faut entendre ici « rester saisi, étourdi, ébloui ». Les mots estounna et resta tout estaut ont encore en provençal et en patois berrichon cette signification. Sur
les bords de la Méditerranée, les matelots disent de quel-
qu'un qui ne peut se mettre au bain que graduellement : l’'aigo l’estouno (4). Les éblouissements, les tintements d'oreille, la perte momentanée de connaissance et de mouvement sont les symptômes de la commotion cérébrale
(1) Dr F. BrÉMoNpD, loc. cit. suprä, note 213.
(2) On sait que Henri IIT et le président Carnot sont morts d'une hémorrhagie interne, peu de temps après avoir reçu dans le flanc droit un coup de poignaru qui avait atteint le foie.
(3) Apophyse de l'épine de l'omoplate, du grec &xp0s, bout, et ouos, épaule.
(4) L'eau le saisit. — On lit dans les Commentaires sur Dioscoride et
provoquée par un coup violent porté sur la tête ou le cou.
Marquet « baiïlla (1) de son fouet à Forgier si rudement à travers les jambes que les nods (2) y apparaissoient ». La peau cinglée par un vigoureux coup de fouet devient le siège d’une extravasation sanguine appelée ecchymose. Cette ecchymose, dont la coloration varie du noir foncé au jaune paille, suivant l'intensité, la période de la contusion et quelques autres conditions, est plus prononcée si la corde du fouet a des nœuds. Elle est limitée d'abord aux points qui ont été touchés par les nœuds de la corde.
Le seigneur Basché (3) et Oudart (4) « festoyarent à grands coups de gantelets un chicanous, si bien qu'il resta” tout estourdi et meurtri, un œil poché au beurré noir, huict costes froissées, le breschet (5) enfondré (6), les omoplates en quatre quartiers, la maschoire inférieure en trois loppins !.. Ainsy retourne à l'Isle Bouchard (7) chicanous accoustré à la tigresque..:.. et moyennant le secours des bons chirurgiens du pays, vesquit tant que vouldrez. Depuis
Malthiole d'Antoine du Pinet : « La vipère, rencontrant une branche de feu, demeure tout quoy comme estonnée. »
Et dans la Condamnation de Banquet, de Nicole de la Chesnaye, essai médico-poétique du commencement du xvi° siècle : Et moi qui suis epilencie (épilepsie) Dois-je pas avoir renommée.
Par moi est la teste estonnée..….
(1) Donna.
(2) Les nœuds, les nodosités, du latin nodus.
(3) La terre de Basché est située sur le territoire de la commune d'Azay-le-Rideau, à 12 kilomètres de Chinon. Le seigneur de Basché dont il s'agit était, sans doute, Perrot de Basché, ancien maître d'hôtel du roi Charles VII. :
(4) « Le curé de sa paroisse, qui le servoit de sommeiller, comme lors estoit la coustume en France. » (L. IV, ch. xrr.)
(5) Le sternum.
(6) Brisé, défoncé.
(7) Petite ville du Chinonais qui doit son nom à une île de la Vienne dans laquelle un château fort fut bâti au x° et au xr° siècle et à un Bouchard, qui fut un de ses premiers seigneurs.
n’en fut parlé. La mémoire en expira (1) avecques le son des cloches, lesquelles quarillonnarent à son enterrement. »
Est-il possible de trouver une phrase plus précise et en même temps plus imagée que celle accoustré à la tigresque, pourexprimer l’étatmoucheté, tachetéde marquesnoires,plus ou moinslarges et régulières, de la peau meurtrie de-ci de-là de l’homme de loi? Celui-ci survécut-11? Mourut-1l? Grâce au soin des chirurgiens de son pays, « 1l vesquit tant que vouldrez ». Les contusions multiples de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, les fractures, même compliquées, de l’omoplate et de la mâchoire inférieure guérissent, en général, assez bien; mais la fracture du sternum avec enfoncement des fragments peut avoir, en raison du voisinage du cœur et des poumons, les conséquences les plus graves. Et le docteur Rabelais, qui le sait, réserve sagement son pronostic.
Dans son combat contre le capitaine Loupgarou, Pantagruel «le frappa du pied un si grand coup contre le ventre, quil le jecta en arrière à jambes rebindaines (2), et vous le traisnoit ainsy..……. Et Loupgarou s'escrioit, en rendant le sang par la gorge : Mahom, Mahom, Mahom! (3) »
Un violent coup de pied dans le ventre peut fort bien, en effet, provoquer une déchirure des viscères abdominaux, suivie, quelques instants après, d'une hémorrhagie plus ou moins abondante par la bouche ou le fondement.
Qu'on ne s’y trompe pas, Rabelais a possédé toutes les qualités d’un médecin d'élite : la science, l'humanité, l'amé-
(1) « Cette façon de parler est des plus anciennes dans notre langue. Grégoire de Tours, De Gloria martyrum, liber I, caput LX, faisant parler un prêtre catholique d’un autre prètre hérétique mort subitement : Pertit memoria ejus cum sonilu ef Dominus in ælernum permanet. Elle est prise de la Vulgate, verset 8 du psaume IX. L'hébreu dit cum illis au lieu de cum sonilu ; c’est-à-dire que le deuil s'en passa avec le son des cloches qui carillonnèrent à son enterrement. » (Le DucHar.)
(2) Les jambes en l'air.
(3) Mahomet.
nité de caractère, de gestes et de langage, le soin de sa personne.
I. La science. Tout le démontre : les ouvrages de Maitre François (1), les instruments de chirurgie qu'il à inventés, les médailles frappées en son honneur, les écrits en vers el en prose que lui ont dédiés ses contemporains, les
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(Glossocomion de Rabelais.
hautes positions qu'il à occupées dans l’enseignement médical et dans les hôpitaux des premières villes de France, la réputation qu'il a laissée partout où il s’est livré à la pratique de son art. | |
Au nombre des instruments de chirurgie inventés par Rabelais,ilenest deux quisont surtout très ingénieuxettrès per-
(4) Gargantua, Pantagruel, une réimpression des Aphorismes d'Hippocrale, une préface aux Epitres médicales de J. Menardi de Ferrare, une traduction du premier livre d'Hérodote, etc,
ee ” "i Da gi SE n ;
sonnels : un glossocomion, glotlocomion ousolène mécanique pour la réduction des fractures de l'os de la cuisse, et un stryn-
gotome pour débrider l'intestin hernié et étranglé. On doit
à M. Heulhard Nivernoys la connaissance d’une traduction du IVe livre de Galien, publiée à Lyon en 1537, donnant la
……… Lame tranchante,
… Cylindre creux et tige mobile.
Bouten.
Siryngotome de Rabelais.
description de ces deux objets et leur dessin de la main même du grand railleur. Ainsi qu'on peut s’en rendre compte de visu (1), le glossocomion de Rabelais (2) ressemble absolument à celui d'Ambroise Paré, dont presque tous les
(1) C'est à M. Heulhard que je dois les dessins de ces instruments. Qu'il me permette de lui exprimer ici toute ma gratitude.
(2) « L'une des parties, dit Rabelais, celle qui étend le membre droictement, se nomme en grec euthyporos, c'est-à-dire procédant en droicte figure. Et l’aultre partie qui attyre premièrement en hault et puisen bas, elle est dicte metaleplice, qui est autant à dire comme translative, et toutes deux sont faictes par tours et circuitions de lacqz. »
appareils à extension et à contre-extension employés maintenant dans les cas de fractures du fémur ne sont que des modifications plus ou moins heureuses.
Quant au siryngotome, il est constitué par un tube de bois ou de métal contenant une tige mobile terminée, à l'une de ses extrémités, par une lame tranchante, et à l’autre par un petit bouton. En appuyant sur ce petit bouton, l'opérateur fait saillir, au moment voulu, la lame tranchante (1). |
Sur quatre médailles frappées en l'honneur de Rabelais, deux exaltent le médecin. Une, large de 4 centimètres, offre seulement le buste de face et, en exergue, l’inseripion : A. François Rabelais, D' en méd. Sur l’autre sont gravés, d’un côté, le même buste et une devise latinë et, sur le revers, un coq (2) et un renard habillé en pèlerin tenant une bulle d’absolution avec les mots allemands : Wer glaubl zu geschwint oft schaden empfindl (3).
Paul Lacroix a écrit que Hubert Sussanneau, correcteur à l'imprimerie Sébastien Gryphe en même temps que Maître François, mais brouillé avec lui, « ne balança pas à s adresser à ce savant homme, qui lui inspirait plus de confiance que tous les professeurs de la Faculté de Montpellier, et que Rabelais répondit à cette confiance en le guérissant. Leur réconciliation data de la convalescence du poète, qui ne manqua pas, dans ses Ludi, de célébrer cette belle cure ».
Voici la pièce de vers des Ludi de Sussanneau dont a voulu parler Paul Lacroix :
(1) L'appareil de fracture et l'instrument à inciser les fistules appelés le premier yAwssoxduoy Ou swk#y, le second siryngoltome par les médecins grecs, n'ont rien de commun que le nom avec le glossocomion et le siryngotome de l'illustre médecin chinonais. |
(2) Chez les Grecs et les Romains, le coq était offert en holocauste à Esculape, dieu de la médecine. On sait que Socrate, avant de boire la ciguë, a recommandé à ses amis de ne pas oublier d'immoler à Esculape un Coq qu'il lui avait promis. |
(3) Qui croit trop promptement, mal s'en ressent,
SUSSANEUS AD RABELÆSUM CUM ESSET IN MONTE PESSULANO
Hubertus celsa medicorum languel in urbe ; Pharmaca languentem nulla juvare queunt, Tu potes ; haud ullo, ni fallat opinio, morbo, Est desiderio languidus ille lui.
Fronte serenabis dulci, penitusque recedet Qui lolo mixtlus corpore languor eral (1).