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Tesmoing (1), pape Pie second (2), Volaterran (3), Paulo
Jovio (4),le Vaillant homme (5), Jacques Cartier (6), Chaï-
ton arménian (7), Marc Paule vénitien (8), Ludovic ro-
(1) Pierre Martyr d'Angiera, auteur d'une des premières descriptions
de l'Amérique sous ce titre : De navigatione et rebus Oceani et lerris suo
po apertis. « Il est ici désigné sous le nom de Pierre Tesmoin, parce que uéoruo en grec signifie tesmoin en françois. » (Le DucHar.) (2) Æneas Sylvius Piccolomini, pape de 1458 à 1464. Il a composé divers ouvrages géographiques mis à contribution par H. Schedel dans le fameux Liber chronicorum mundi. Citons parmi eux le De ortu regione ac
“gestis Bohemorum et la Descriptio de silu, ritu, moribus ef conditione Germaniæ.
(3) Raphaël Maffey, dit Volaterranus, à cause de son lieu de naissance (Volaterres), auteur d’un gros volume géographique : Commen-
darii rerum urbanarum, libri XXXVIII, imprimé au commencement du
xvi® siècle.
(4) Paul Jove, surnommé Plume d'or, historien latin moderne, né à Côme en 1483, mort en 1552. Ses principaux livres sont un Traité des poissons et un manuel géographique : De Piscibus romanis libellus, 1545, in-8, et Descriptiones quotquot exstant regionum alque locorum.
(5) « C’est André Thevet, dit le bibliophile Jacob, qui n’avait rien publié du vivant de Rabelais, mais qui voyageait alors dans le Levant. »
(6) Jacques Cartier, né à Saint-Malo en 1494, a visité dans trois voyages successifs Terre-Neuve, les îles Madeleines, les baies Le Caspé et des Chaleurs, le Saint-Laurent, etc. Une maison qu'il fit bâtir près de Saint- Malo s'appelle encore aujourd'hui les Portes Cartier. Il a résumé les aventures de ses longues pérégrinations dans un livre intitulé : Brief Récit de la navigation faicte ès isles du Canada, Hochelage, Saguenay et aultres, 1544.
Des deux pilotes de Pantagruel, l'un, Jamet Brayet, est Jacques Cartier. Rabelais l'appelle Brayet parce que Cartier, Breton bretonnant, portait la culotte nationale bretonne, la braye, où bragou-braz. Quant à Jamet, c'est un diminutif de Jame (Jacques) en Anglais.
(7) Haïton, fameux voyageur arménien, sur la fin du xrr° siècle et au
commencement du xiv°.(Voy. Vossius, Historiens latins, p. 497.) « Les
anciens Français préposaient volontiers le C à de certains noms comme Huns, Hlotaire ct Hlovis, qu'ils aspiraient extraordinairement. » (LE DucHAT.)
(8) Marco-Paulo, né à Venise en 1254, mort en 1323. C’est le plus célèbre de tous les voyageurs du moyen âge. Il a parcouru la Tartarie, l'empire des Mongols, la Chine, le Thibet, l'Inde, Ceylan, la Birmanie, l’Annam, le Cambodge, le Tonkin, les côtes du Japon et de Java, la Perse, l'Arménie, etc. « Au temps de Rabelais, la relation des excursions lointaines de Marco-Paulo n'avait pas encore été publiée en italien, mais ‘les manuscrits en étaient fort communs. » (Bibliophile JACOB.) |
main (1), Pierre Alvarez (2), et ne sçcai combien d’aultres modernes historiens cachés derrière une pièce de tapisserie, en tapinois eseripvant de belles besognes, et tout par Ouidire.
« Derrière une pièce de velours figuré à feuilles de menthe (3), près d’Ouï-dire..…., nombre grand de Percherons et Manceaulx (4), bons estudiants, jeunes assez..., apprenoient à estre tesmoings, et en cestuy art profictoient si bien que, partants du lieu et retournés en leur province, vivoient honestement du mestier de tesmoignerie, rendants seur tesmoignage de toutes choses à ceulx qui plus donnoient par journée, et tout par Ouï-dire. »
Après cela, on conçoit que les tapisseries du pays de Satin soient décorées de dessins et de monstres hideux, hurlants, grimaçants, inconnus en zoologie, et d'animaux connus en zoologie, mais merveilleusement dressés pour le plaisir des yeux.
Ainsi « y vismes, poursuit le romancier-médecin, que n'avions encores vu; entre aultres y vismes divers élé- .-phants, en diverse contenance (5) : sus touts j'y notai les six masles et six femelles, présentés à Rome au théatre par leur instituteur (6), au temps de Germanicus, nepveu de l'empereur Tibere, éléphants doctes, musiciens, philosophes, danseurs, pavaniers (7), baladins : et estoient à table assis
(1) « Ludovic Vartomanni de Bologne, auteur d'un voyage dans l'Afrique et l'Asie écrit en italien. » (Bibliophile JAcos.)
(2) Pierre Alvarez Capral, Portugais qui fit, en 1550, un voyage à Calcutta qu'on trouve dans le IIIe volume des Navigaltions recueillies par Ramusio. Dans plusieurs des éditions anciennes ce nom est écrit Alliares, Alliates. |
(3) « Jeu de mots sur menthe et menterie. » (Bibliophile Jacog.) |
(4) Les Percherons et les Manceaux ont, comme les Gascons, la réputation d’être très hâbleurs. |
(») Posture, maintien, du latin continentia.
(6) Celui qui les avait dressés.
(7) Danseurs de pavane ou de padouane, espèce de danse cultivée ou : inventée à Padoue, selon Ménage. La pavane se dansait encore au xviI® siècle- |
en belle composition, buvants et mangeants en silence, comme beaulx-pères (1) au réfectoir (2). Ils ont le museau long de deux coubdées (3), et le nommons proboscide (4), avecques lequel ils puisent eau pour boire, prennent palmes (5), prunes et toute sorte de mangeailles, s’en deffendent et offendent (6) comme d’une main (7) : etau combat jectent les gens hault en l’aer, et à la chute les font crever de rire (8). Ils ont moult {q) belles et grandes aureilles de la forme d’un van. Ils ont joinctures et articulations és jambes : ceulx qui ontescript le contraire, n'en virent Jamais qu’en paincture (10). Entre leurs dents ils ont deux grandes
(1) En tèête du IV° livre de Pantagruel on lit: «Composé par M. François Rabelais, docteur en médicine et Calloier des isles Hyères. » Calloier, de xxkds et epos, que les jésuites et les moines traduisaient par « bon père », était traduit par « beau-père » par les mauvaises langues. Or ça, Jacobins, Cordeliers, Augustins, Carmes, Bordeliers, D'où vient qu'on vous nomme beaux-pères ?
C'est qu’à l'ombre du crucifix, Souvent faites filles et fils En accointant les belles-mères.
(2) On peut avoir une idée du haut degré d'intelligence et d'éducabilité de l'éléphant d'Afrique en consultant les annalistes romains des guerres contre Pyrrhus et les Carthaginois. Elien, Plutarque, Solin,Pline, Tretzes, n'ont même pas craint de donner à cet animal des mœurs raisonnées, une religion, etc.
Se abluant et purificant, dein adorant solem et lunam. Cadavera sui generis sepeliunt.
Sagittas extrahunt tanquam chirurgi periti, etc.
(3) Ancienne mesure correspondant à la longueur de la portion du membre supérieur de l’homme comprise entre le coude et l'extrémité des doigts.
(4) Trompe, du grec ro060544. L'éléphant est un pachyderme de l’ordre des Proboscidiens. |
(5) Des branches garnies de feuilles, du latin palma.
(6) Attaquent, du latin offendere.
(7) Veleres proboscidem elephanti manum appellaverunt. (VARTOMANUS apud Gesner, cap. De Elephanto.) Consult. aussi ARISTOTE, De Part. anim. 1. II, ch. xvi, et le mème, AHist. animal. 1. II, ch. 1.
BAVOYy. PLiNE, L'VIIT Ch iret:rir.
(9) Bien, très belles, dé latin multum.
(10) C'est Ctésias, médecin d’Artaxerxès Mnénon, qui a écrit le premier que l’éléphant avait les jambes sans articulations, qu'ilne pouvaitse cou-
cornes, ainsy les appelloit Juba (1); Pausanias dist estre cornes, non dents (2); Philostrate tient que soient dents, non cornes (3) : ce m'est tout un, pourvu qu'entendiez que c'est le vrai ivoire (4), et sont longues de trois ou quatre coubdées, et sont à la mandibule supérieure (5), non inférieure. |
« Si croyez ceulx qui disent le contraire, vous en trouverez mal, voire fust-ce Elian, tiercelet de menterie (6) Là, non ailleurs, en avoit vu Pline, dansants aux sonnettes sus chordes, et funambules (7) : passants aussy sus les tables en plein banquet sans offenser (8) les buveurs buvants.
«J'y vid un rhinoceros, du tout semblable à cestuy que Henry Clerberg (9) m'avoit aultresfois monstré : et peu différoit d’un verrat qu'aultresfois j'avois vu à Limoges, exceptez qu'il avoit une corne au mufle longue d’une coubdée, et poinctue, de laquelle 1! ausoit entreprendre un éléphant en com-
cher ni se redresser, et que, lorsqu'il était blessé, ils'appuyait contre un arbre pour se soutenir, etc. Cette fable a été acceptée par Aristote, Diodore deSicile, Strabon, saint Ambroise, Cassiodore, etc. Ce qui a pu l’accréditer, c'est sans doute : |
A) La forme cylindrique des jambes de l'éléphant qui ont l'air d’être tout d'une pièce et sur lesquelles on aperçoit difficilement la trace des jointures ;
B) Le mode de flexion des jambes qui est différent du mode de flexion des jambes des chevaux, parce que les jambes ne sont pas conformées sur le même plan dans les deux espèces ;
C) Le fait que l'éléphant, appuyé sur ses quatre membres comme sur quatre colonnes, dort souvent debout.
(1} Noms de deux rois de Mauritanie, dont le second, vaincu par les Romains, a écrit à Rome des ouvrages sur l'histoire, la BÉOGTANEN ES
(2) Pausanias, les Éliaques.
(3) PHILOSTRATE, Vie d'Apollon, IL, 13.
(4) Voy. Anat. descriptive, Appareil digestif : Les dents, comme un uotge. (5) La mâchoire supérieure. Cette observation est exacte, ainsi que celle concernant l'ivoire des défenses des éléphants. |
(6) Triple menteur. L'Histoire es coins AM eee LEE
(7) Et marchant sur la corde, du latin funis, corde, et ambulo, je marche.
(8) Sans attaquer, du latin offendere.
(9) Encore orthographié Hans Cleberg et Haue Clebeir, personnage inconnu,
bat, et d'icelle le poignant (1) soubs le ventre (qui est la
plus tendre et débile partie de l'éléphant) (2), le rendoit mort par terre. J'y vid trente-deux unicornes (3) : c'est une beste félonne (4) à merveilles, du tout semblable à un beau cheval, excepté qu'elle ha la teste comme un cerf, les pieds comme un éléphant, la queue comme un sanglier, et au front une corne aigue, noire et longue de six ou de sept pieds, laquelle ordinairement luy pend en bas comme la creste d'un coq d'Inde : elle (5) quand veult combattre, ou aultrement s’en aider, la lève roide droicte. Une d'icelles je vid, accompagnée de divers animaulx saulvages, avecques sa corne emun-
der (6) une fontaine... purifiant l'eau d’ordure ou venin... et
ces animaulx divers en seureté venoient boire après elle...
(1) Le piquant, du latin pungere.
(2) « Le rhinocéros, dit Pline, est l'ennemi né de l'éléphant. Il aiguise sa corne sur une pierre ; dans le combat, il vise au ventre, sachant que c'est l'endroit le plus vulnérable, et tue ainsi l'éléphant, » L'inimitié de l'éléphant et du rhinocéros est un conte comme l'amitié de cet animal et du tigre.
(3) « Vous les nommez licornes. » (Alphabet de l’auteur.) La licorne a été également appelée unicorne et monocéros par Pline, auquel Maître François a emprunté ces détails, ainsi que beaucoup d’autres qui précèdent ou qui suivent. « Pline, assurent Esmangart et Johanneau, est, de tous les auteurs anciens, celui que Rabelais a mis le plus souvent à contribution : on dirait qu'il le possédait par cœur. En effet, Rabelais était le Pline de son temps; et il est encore aujourd'hui regardé, ainsi que l'a très bien dit Nodier, comme le plus universel et le plus savant des écrivains : c'était une encyclopédie vivante. »
(4) Méchante.
(2) Celle-ci, la licorne.
(6) Faire disparaître ce qu'il y a d'inutile ou de nuisible.
« C’est ici, prétend Le Duchat, une raillerie contre P. Jove, qui, au XVIII livre de son histoire, a attribué à la corne des monocéros, que nous appelons licornes, cette merveilleuse propriété sur la foi des peuples du royaume de Goianne en Afrique. »
Bien que les Anciens aient parfaitement connu les deux espèces de rhinocéros, celle à deux cornes et celle à une corne, la description que Rabelais donne de l’unicorne est tellement fantaisiste qu'il faut beaucoup de bonne volonté pour y reconnaître le rhinocéros à une corne, monocéros ou licorne. D'autant plus de bonne volonté que les trois unicornes achetés par Pantagruel dans l’île de Medamothi ont la peau couverte de poil, alors que le rhinocéros a la peau glabre. Pour traiter
«J'y vid un chaméléon, tel que le descript Aristote, et tel que mé l’avoit quelquesfois monstré Charles Marais (1), médicin insigne (2) en la noble cité de Lyon sus le Rhosne; et ne vivoit que d’aer (3) non plus que laultre (4).
entièrement la question de l'animal décrit ici sous le nom d’unicorne ou de licorne, il me faudrait entrer dans une discussion qui m'’entraînerait trop loin. J’observerai seulement qu'il est possible qu’il y ait en Afrique. quelque espèce d'Antilope à une corne ou plutôt à deux cornes soudées en une seule, dont les Anciens aient eu connaissance et que nous ne nous soyons pas encore procurée. J’ajouterai aussi que plusieurs espèces animales différentes, définies par ce caractère de n’avoir qu'une seule corne comme le rhinocéros, ou même qu'une seule grande dent comme la licorne marine, le Narval monocéros, mammifère de l’ordre des Cétacés monodontes, ont été réunies sous le même nom et ont jeté parmi les savants de Ia confusion. Il est singulier de voir combien il s’est débité, chez nos pères, de poussière de la corne de la licorne dont le blason seul a gardé le dessin précis.
Ayons de l'eau de ces lycornes Qui sert fort contre le poison.
(CHICHEFACE, Recueil de poésies françaises, t. XI, p 291.)
Pierre Pomet, le célèbre apothicaire du xvu® siècle, a avoué, il est vrai, queles tronçons de cette corne, vendus alors à Paris comme ailleurs, étaient des défenses de narval. (Pomer, Hist. des drogues, 2° part., ch. xx, p. 78, et les Repas, pp. 22 et suiv.)
(1) Charles Maris dans quelques-éditions.
(2) Distingué, remarquable, du latin insignis.
(3) Le caméléon vulgaire (Chamoæleo vulgaris, Daudin ; Lacerla Chamœæleo, Linné) est un reptile saurien, propre à l’ancien continent. « Cet animal, dit Pline, est le seul qui ne boive ni ne mange ; seulement il hume l'air, se tenant debout, etne vit d'autre chose. » Solin, Ovide, Stobie, saint Augustin ont soutenu la même opinion. Ce qui lui a donné vraisemblablementnaissance, c'est que, lorsque le caméléon aspire l'air, comme ses poumons sont très développés, l'air lui remplit tout le corps comme s'il se versait dans ses intestins et dans son estomac. Il faut ajouter à cela que le caméléon, de même que la plupart des reptiles qui ont peu de sang, et le sang froid, peut, sans paraître souffrir, jeûner pendant longtemps. Bien qu'il n'y ait guère d'apparence qu'un animal auquel la nature a donné des dents, un estomac, tout un appareil digestif, ne soit destiné à ne digérer que de l'air, il a fallu les expériences décisives de Laudius, de Belon, de Pieresc pour détruire ce préjugé. Le caméléon se nourritd’insectes, qu'il saisit de fort loin avec sa langue effilée et gluante qu'il darde hors de sa bouche à une distance presque égale à la longueur de son corps. +
(4) Dans les pages que Rabelais a consacrées à l'anatomie comparée,
er]
«J'y vid trois hydres, telles qu'en avois ailleurs aultresfois vu. Ce sont serpents, ayants chaseun sept testes diverses (1).
il est une autre erreur que je tiens à relever de suite; c'est celle qui concerne le mode de développement des Ursidés.
« Un procès à sa naissance première, avoue le juge Bridoye, me semble comme à vous aultres, Messieurs, informe et imparfaict. Comme un ours . naissant n'ha pieds, ne mains, peau, poil, ne teste : ce n’est qu'une pièce de chair, rude et informe. L'ourse, à force de leicher, la met en perfection des membres... Ainsy voi-je, comme vous aultres, Messieurs, naistre les procès à leurs commencements, informes et sans membres. Ils n’ont qu’une pièce ou deux : c'est pour lors une laide beste. Mais lorsqu'ils sont bien entassés, enchassés etensachés, on les peult vraiment dire membrus et formés.. Les sergents, huissiers, appariteurs, chiquaneurs, procureurs, commissaires, advocats, enquesteurs, tabellions.. succants bien fort, et continuellement, les bourses des parties, engendrent à leurs procès, teste, pieds, gryphes, bec, dents, mains, vènes, artères, nerfs, muscles, humeurs. »
Parmi les mammifères, ii n'y a que les Marsupiaux qui mettent bas des petits incomplètement développés. Pline, Aristote, Elien et les poètes de l'antiquité ont supposé qu'il en était de mème des Ursidés et que c’est en léchant ses petits que la femelle de l'ours parvenait à leur donner la forme qu'ils doivent avoir. « Ce qu'enfante l'ours, a écrit Ovide, ce n'est pas un petit, mais une chair mal vivante que la mère façonne en membres en la léchant et qu'elle amène ainsi à la forme qu'elle désire. » On dit encore proverbialement aujourd'hui d’un homme mal tourné, déplaisant, que « c'est un ours mal léché ». Au moyen âge, Solin a attribué l’état d'imperfection des oursons nouveau-nés à ce que la gestation de l’ourse ne dure que peu de temps, trente Jours environ. Les oursons sont complètement formés dans le sein de leur mère, qui les porte pendant sept mois et non pendant trente jours, et si les jeunes ours ont paru au premier coup d'œil informes aux Anciens, c’est que l'ours adulte l’est lui-même par la masse, la grosseur et la disproportion du corps et des membres. (Pour détails complémentaires, voy. MAT- THIOLE, Commentaires sur Dioscoride, et ALDROVANDE, De Ouadruped. digit.)
(1) L'hydre la plus célèbre est celle qui a ravagé les environs du marais de Lerne, près d’Argos. Elle avait sept têtes, et, quand on en coupait une, il en revenait plusieurs autres à la place. C’est Hercule qui les a coupées — d’aucuns disent brûlées — toutes d'un seul coup. La lutte épique de l’hydre de Lerne contre Hercule constitue le second de ses
douze travaux.
L'hydre affreuse oublia d'épouvanter les morts. (ViRGILE, Énéide, trad. de Delille.)
Quand je vis en sursaut une bête effroyable, Chose étrange à conter, toutefois véritable,
Qui plus qu'une hydre affreuse à sept gueules meuglant, Avait les dents d'acier, l'œil horrible et sanglant.
(M. RÉGNIER, Épitre I.)
me
«J'y vid quatorze phénix. J'avois leu en divers auteursqu'il n'en estoit qu'un en tout le monde, pour un age (1) : mais selon mon petit jugement, ceulx qui en ont escript n’en virentonques ailleurs qu'au pays de tapisserie, voire fust-ce Lactance Firmian (2).
J'y vid la peau de l’Asne d'or d’Apulée (3).
«J'y vy trois cents et neuf pélicans (4), six mille et seze oiseaulx séleucides (5), marchants en ordonnance et dévorants les saulterelles parmi les bleds, des cynamolges (6),
(1) « Le phénix d'Arabie, dit Pline, l'emporte sur tous les autres oiseaux. Toutefois je ne sais si ce qu’on en rapporte est fabuleux ou véritable, savoir: qu'il n’y en aurait qu’un seul au monde et qui, encore, ne se laisse voir que dans des circonstances extraordinaires. Du reste, on dit que le phénix est de la taille de l'aigle, jaune doré par derrière et rouge pourpre sur le reste du corps. I a la queue bleue entremèlée de plumes incarnat et la tète surmontée d’un panache magnifique. Mamilius, illustre sénateur romain, est le premier qui en ait écrit avec détail. II dit que jamais homme n’a vu le phénix manger, et qu'en Arabie cet oiseau est consacré au soleil et vit six cent soixante ans. Il ajoute que, se sentant vieux, il se fait un nid avec de l'écorce de cannelle et de l’encens et meurt dessus, et que de ses cendres sort un ver qui se change bientôt après en oiseau. »
Cette fable égyptienne, dans laquelle on a trouvé une des preuves de la résurrection de la chair, a été accueillie et vulgarisée par les premiers auteurs chrétiens, par saint Cyrille, saint Épiphane, saint Ambroise, : Tertullren, etc.
Il est possible que ce soit la vue d'un de ces brillants oiseaux des régions tropicales qui ait fait inventer l'histoire du phénix et inspiré l'idée de forger à cet animal inconnu des mœurs aussi extraordinaires que son plumage. On suppose, non sans quelque apparence de raison, que ce peut être le faisan doré de Chine ou l'oiseau de paradis.
(2) On a attribué à cet auteur, surnommé le Cicéron chrétien, un poème Du Phénix, qu'il aurait composé avant sa conversion.
(3) Apulée Lucius, auteur latin, né vers 114 en Afrique. Le plus connu de ses ouvrages est la Métamorphose ou l’Ane d’or, roman fantastique en. onze livres, dont la magie forme le principal ressort... On y trouve le déli-cieux épisode de Psyché, si admirablement imité par La Fontaine.
(4) Voy. plus loin Onocrotales.
(5) « On nomme séleucides certains oiseaux qu'à la prière des habitants du mont Cassin Jupiter envoie contre les sauterelles qui ravagent leurs moissons. On n’a pas encore découvert d’où ils viennent, ni dans quels lieux ils vont; on ne les voit que quand on a besoin de leurs secours. » (Puine.) Apollon, comme dieu destructeur des sauterelles, avait un temple à Séleucie, en Cilicie.
(6) Oiseaux qui font leurs nids avec des brins de cinnamome (cina-
dés: argathyles (1), des caprimulges (2), des thynnuncules (3), des crotenotaires (4), voire, di-je, des onocrotales avecques leur grand gosier (5), des:
molgus). « En Arabie, l'oiseau nommé cannellier construit son nid de brins de cannelle. Les habitants abattent ces oiseaux avec des flèches garnies de plomb ; ils en font un objet de commerce.» (PLiNE, L. X, ch. xxxur.) On disait aussi cinnamologos, cinnamulqus, cinnamus, cinamulgos, etc.
(1) Sorte d’hirondelles (hirondelles d’eau, hirondelles de rivage, argatiles, ergatiles), selon les uns, de loriots, selon les autres, qui font leurs nids avec du chanvre et des étoupes. (Voy. PLINE, IL. X, ch. xxxH1, addition de Du Pinet et Gesner, De avium alurû, de hirundinibus ripæriis.)
(2) Tette-chèvre ou engoulevent, caprimulqus, du latin capra, chèvre, et mulgere,traire (Puixe, 1. X, ch. x). Cetoiseau, encore appelé agothilem, caprivulqus ægothelas, crapaud-volant, fresaie, sèche-terrine, etc., se nourrit de guêpes, de scarabées, de cantharides (Klein, Charleton, etc.). C’est une variété d'orfraies. Il résulte de recherches de Schwenckfeld que jamais une chèvre ne s’est laissé téter par un oiseau quelconque.
(3) Sortes de thons, du latin /hynnus ou thunnus, formé du grec Déyvos, thon. La pêche du thon s’est faite dans la Méditer ranée dès la plus haute antiquité. Le garum retiré du thon était très recherché par les gourmets de l’ancienne Rome.
« Je suis fille d’un thon, a écrit Martial à un de ses amis, en lui envoyant du garum préparé avec ce poisson, si je l’étais d’un scombre (maquereau), je ne t’aurais pas été envoyé. »
(4)-Notaires crottés, jeu de mot avec onocrotales.
(5) Pélican. Des deux noms pélican et onocrotale que les Anciens ont donné à ce grand oiseau, le dernier à rapport à son étrange voix (du grec ôvos, âne, et xporakos, son rude et âpre), qu'ils ont comparée au braiment d'un âne. « Le premier nom pelecan, dit Buffon, a été le sujet d'une méprise d’Aristote, et même de Cicéron et de Pline; on a traduit pelecan par platea, ce qui fait confondre le pélican avec la spatule, et Aristote lui-même, en disant du pelecan qu'il avale des coquillages minces et les rejette à demi digérés pour en séparer les écailles, lui attribue une habitude qui convient mieux à la spatule, vu la structure de son œsophage ; car le sac du pélican n’est pas un estomac où la digestion soit seulement commencée, et c'est improprement que Pline compare la manière dont l’'onocrotale (pélican) avale et reprend ses aliments à celle des animaux qui ruminent. »
J'inclinerai, pour ma part, assez volontiers à croire que Rabelais a entendu désigner par onocrotale le pélican, ainsi qu'en font foi les mots « grand gosier », et par pélican l’oiseau donton a fait le symbole de la tendresse maternelle et aussi de la chute de l'homme par Satan et de sa rédemption par le sang de Jésus-Christ (saint Jérôme, saint Augustin, etc.). Cet oiseau, qui s'ouvre la poitrine de son bec pour nourrir ses petits de son sang, n’est pas moins fabuleux, en effet, que Pacte qu’on lui prête. Il est teint de vert et de jaune, tandis que le pélican
stymphalides (1), harpyes (2), panthères (3), loups
véritable est de couleur blanche; on le dessine avec un bec court et aigu, tandis que le bec du pélican véritable est large et aplati; on lui donne la grosseur d'une poule ou d’un pigeon, tandis qu'il devrait avoir celle d’un cygne; on lui attribue des doigts divisés, tandis qu'il devrait avoir les. pieds palmés comme la plupart des oiseaux aquatiques; on le gratifie enfin d’un cou cylindrique, tandis que le pélican véritable porte, au-dessous du bec, un jabot qui lui pend sur la poitrine.
Voici, je crois, ce qui a donné lieu à la légende du pélican.
Dès. que cet oiseau aperçoit le poisson qu'il convoite, il s’élance rapide ; à l’aide de seslongues ailes, il bat la surface de l’eau sur une assez grande étendue, en étourdissant par ce moyen les poissons, petits et grands, qu'il a dès lors tout le temps de choisir et de déposer dans la poche placée sous sa mandibule inférieure. Cette poche remplie, il gagne le rivage, où, sur un point escarpé, il va satisfaire son vorace appétit.
Si c'est une mère et si, autour d'elle, ses petits se pressent affamés, elle leur dégorge la nourriture qui, dans son jabot, a subi une première macération. Fréquemment ces débris de poissons laissent quelques traces sanguinolentes qui tranchent avec éclat sur le plumage blanc de l'oiseau et font croire que celui-ci s’est blessé,
(1) Oiseaux d'une grandeur prodigieuse qui hantaient le lac Stymphale et dont le bec était si fort et si dur qu'il perçait le fer. Hercule les tua à coups de flèches.
« Stymphalidas pepulit volucres discrimine quinto. Dans son cinquième travail, Hercule a abattu les Stymphalides. »
Lucrèce a fait des Stymphalides des oiseaux de proie à ongles crochus.
«.… Uncisque timendæ Unguibus Arcadiæ volucre s stymphala colentes.
Il faut redouter les oiseaux d’Arcadie aux ongles recourbés, habitant le lac Stymphale. » (Lucrèce, I. V.) Len
(2) En grec &pruta, fait de &pxaew, ravir, enlever, parce que les harpies très voraces enlevaient tout. Oiseaux monstrueux et fabuleux qui avaient un visage de femme, « le col tors, les pattes pelues » (L V, ch. 51), le corps et les ailes d'un vautour et qui infectaient tout ce qu'ils touchaient..
(3) Depuis Aristote et Pline jusqu'aux naturalistes de nos jours, on s’est toujours disputé sur la détermination exacte des trois félins auxquels on a donné les noms de panthère, de léopard et d’once, et qu'on a considérés tantôt comme des variétés, tantôt comme des espèces distinctes.
Ceux qui considèrent la panthère et le léopard comme des variétés parce qu'aucun naturaliste n’a réussi à établir les caractères qui les distinguent n'oublient qu'une chose, c'est que les Romains, qui ont donné deux noms différents à ces animaux, ont eu beaucoup plus d'occasions de les étudier que nous. Il nous serait bien difficile aujourd'hui de réunir un nombre de peaux de panthères et de léopards égal au nombre de ces animaux vivants qui concouraient à un seul combat de bêtes chez les Romains.