‹ Rabelais, anatomiste et physiologisteChapitre 56 sur 61 · AA CE · texte numérisé non relu

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garoux (1), onocentaures (2), tigres (3), léopards (4)

hyènes (5), camélopardales (6), origes (7), dorca-

(1) Loups dont il faut se garer. « Les loups seront loups et hommes, loups garoux et lutins, comme furent Lycaon, Bellerophon, Nabuchodonosor, » dit Rabelais dans le chapitre n1 du livre III. Par loups-garous, Maître François a donc entendu les hommes changés en loup. Ce qui a pu donner à croire à la transformation d'un homme en loup est vraisemblablement la forme de folie appelée lycanthropie (de Aÿxos loup et ävÜpwros, homme) presque inconnue de nos Jours, mais très commune au moyen âge.

(2) Bêtes monstrueuses résultant de l’accouplement du taureau et de l’ânesse. Elles avaient les pieds de devant conformés comme des mains, le corps d’un homme, la tête d’un âne etcherchaient à imiter, sans y parvenir, la voix humaine.

(3) Les Romains semblent avoir à peu près complètement ignoré l'existence du tigre royal avant l'ère actuelle; mais lorsqu'ils étendirent leurs frontières jusqu'à l'empire des Parthes, ceux-ci leur livrèrent des tigres qui furent conduits en Italie. Pline dit que Scaurus exhiba, le premier, en 743 de la fondation de Rome, un de ces félins dompté, enfermé dans une cage.

(4) Le léopard des Anciens, Leopardus Antiquorum, est le léopard d'Afrique. Les Grecs l’appelaient pardalis et Aristote en a parlé souvent. Le mot pardus est plus récent. Lucain et Pline sont les premiers qui l’aient employé. Celui de leopardus paraît avoir été créé par Julius Capitolinus à la fin du rm° siècle, où il était admis que -cet animal, était un métis provenant du lion et de la panthère. Pline a écrit « que le lion sent quand la panthère mâle s’est approchée de la lionne et en tire. vengeance ».

(5) Les hyènes sont des animaux qui ont singulièrement prèté à la superstition. Les Anciens ont écrit que l'hyène était alternativement mâle pendant six mois et femelle pendant autant de temps, qu'elle savait imiter la voix humaine, que la couleur de son poil et celle de ses yeux étaient Changeantes, etc. Cet animal est appelé tantôt hyœæna, tantôt glanus par Aristote. (ist. anim., lib. III, cap. v.) Les auteurs latins ont conservé le nom de hyæna, mais celui de ganus ou gannus et celui de belbus a été employé par Gesner. (ist. quadrup., p. 555.) Cuvier æ très bien expliqué pourquoi on a pu croire au changement successif de sexe de ce quadrupède.

(6) « Chameau moucheté » (PLiNE). Ce chameau moucheté, c’est la girafe, Camelopardus girafa, du latin camelus, chameau, et pardus, panthère. La girafe n’est pas seulement un composé de panthère et de chameau, ainsi que l’a dit Horace, mais bien de plusieurs animaux. Elle a la tête et le

corps du cheval, le cou et les épaules du chameau, les oreilles du bœuf

la queue de l'âne, les jambes de l’antilope, le pelage de la panthère.

(7) C’est l'Oryx beisa, ruminant de la famille des Antilopidés.« Sa couleur, dit Oppian (ce qui est exact), ressemble au lait du printemps ; il n’a que les joues noires. » Dans les chambres de la grande pyramide de Chéops,

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des {1}, cémades (2), cynocéphales (3), satyres (4), cartasonnes (b), tarandes (6), ures (7), monopes (8), pégases (9),

on voit souvent cette antilope représentée avecuneseule corne, et on avoulu en conclure que c’est l’oryx qui a donné naissance à la fable de la licorne. Voici ce que Pline en a dit : «Les déserts de l'Afrique produisent l’oryx qui ne boit jamais dans ces lieux toujours arides et qui lui-même est d’une grande ressource pour les voleurs gétules qui trouvent dans son corps des poches remplies d’une liqueur très salubre. »

(1) La gazelle commune, du latin Gazella dorcas. (Voy. ELteN, Nat. des anim., 1. XIV, ch. xv.) Le dorcas d’Aristote n’est pas la gazelle, mais le chevreuil.

(2) Faons de cerfs. (LAROUSSE.)

(3) « Animaux des Indes qui ont un corps humain avec une tête de chien et qui aboient au lieu de parler, » dit Elien (1. VI, ch. xzvr).

(4) « Animaux qui vivent aux Indes et ressemblent aux satyres de la fable, » dit encore Elien (l. XVI, ch. xxr).

« Les cynocéphales et les satyres sont d’un naturel plus farouche que les autres singes... Les Minisminiens, qui font partie des Éthiopiens nomades, se nourrissent du lait des animaux que nous nommons cynocéphales. Ils en forment des troupeaux, ne réservant qu'un très petit nombre de mâles pour la reproduction, » a écrit d'autre part Pline (1. XXXI, ehrv, 61: VIT, Cch:°xxxt);

Sauf le cynocéphale gelada, tous les autres cynocéphales, c'est-à-dire les singes à tête de chien (du grec xbwv, chien, et x:9ah1, tête), étaient connus d'Hérodote, de Plutarque, etc. Un d’entre eux a été adoré par les Égyptiens sous le nom de Toth et Och. Ce sont les plus hideux, les plus grossiers et les plus repoussants de tous les quadrumanes.

Il est plus que probable que tout ce que les Anciens nous ont transmis sur les satyres, les faunes et les sylvains tire son origine de l’histoire mal connue des Anthropoïdes. La peau de satyre que saint Augustin a vue à Rome était une peau de gorille, et les peaux de satyres suspendues par Hennon dans le temple de Junon Astarté, à Carthage, des peaux de chimpanzés. (Voy. Hannonis Periplus, græce cum annotationibus, édit., J. L. Friburgi, 1803, in-4.)

(5) « Cartazanous, nom que les Indiens donnent à la licorne. » (ELIEN, 1. XVI, ch. xx.) Les Persans appellent cartazonon une sorte d'âne sauvage fabuleux, dont le front est armé d’une longue corne.

(6) Rennes, du latin arandus.

(7) L'aurochs, le bison européen, le {ur des Lithuaniens. L'urus a été chassé dans l’Europe centrale jusqu’au temps de Jules César. On ne le trouve plus aujourd’hui que dans la forêt Bralowicza, en Lithuanie.

(8) Animaux de Pœonie, de la grosseur d’un taureau. « On dit que, lorsqu'ils sont poursuivis, ils lancent des déjections mortelles pour ceux qu'elles atteignent. » (ELreN, IL. VII, ch. 1x1.)

(9) Chevaux ailés. « Je mets au rang des fables, dit Pline, les pégases

cèpes (1), néades (2), prestères (3), cercopithèques (4), bisons (5), musmones (6), bytures (7), ophyres (8), striges (9),

à tète de cheval et les griffons aux oreilles saillantes, au bec crochu, les premiers dans la Scythie, les seconds dans l'Éthiopie. Je ne crois pas plus aux sirènes, quoique Donon, père de Cléarque, auteur célèbre, affirme qu’elles existent dans l'Inde. » (Pure, 1. X, ch. xuix, et 1. VIII, ch. xxr.)

(1) On doit peut-être lire Cepphes. Divers auteurs prétendént que les Anciens ont désigné sous ce nom la harpie. D'autres, et c’est le plus grand nombre, traduisent cepphus par foulque. Le foulque est un oiseau aquatique appelé aussi diable, à cause de sa couleur noire. (Voy. Hisloire des animaux de GESNER, 1. IIT, de haro.)

Cèpes, néades, prestères, cercopithèques manquent dans les éditions de Hollande et dans les trois éditions de Lyon (1573-1584 et 1600.)

(2) Voy. p. 353, note 7.

(3) Stères ou prestères, serpents venimeux de Lybie quicheminaient, croyait-on, la bouche ouverte, semant du venin autour d'eux et dont la morsure provoquait une telle enflure du ‘corps humain qu'il finissait par éclater. (Voy. p. 132, note 6.)

(4) « Animaux qui ont la tête noire, le poil de l'âne et qui ne diffèrent des autres singes que par la voix. » (PLINE.)

Les cercopithèques de Pline, de Varton et d'Isidorus sont les guenons ou singes à grande queue, du grec xépxos, queue, et xl{änxos, singe. Les cercopithèques appartiennent tous à l’ancien continent. Les principales espèces sont la mone, le patas ou singe rouge, l’ascagne ou blanc-nez, etc.

(5) Le bison d'Amérique ou le buffle, comme l’appellent les Américains.

(6) « Moutons d'Espagne dont la toison ressemble plutôt à du poil de chèvre qu’à de la laine, » dit Pline (1. VIII, ch. xzix). C'est le mouflon (Musimon musmon) qui paraît être la souche primitive de toutes les autres races de moutons.

(7) Ou Biures (Biurus, de bis, deux, et opt, queue), animaux à deux queues qui rongent les vignes, au dire de Cicéron. (Voy. PziNe, 1. XXX, ch. xv.)

(8) Selon Hesychius et Varinus, l'ophiurus est un oiseau d'Éthiopie qui a une queue de serpent; du grec oyloupos, qui a la queue d’un serpent, (GESNER, Histoire des animaux, 1. II.) On disait autrefois : Africa portenlosa, l'Afrique est la terre des monstres. L'orphiurus était un des plus merveilleux.

(9) Oiseaux qui se faisaient téter par les enfants avant de les mettre en morceaux et dont le cri et le vol avaient quelque chose d’effrayant.

Quels sont ces oiseaux? C. Poinsinet de Sivri veut que ce soit notre grimpereau ou torche-pot. Brottier pense que c'est le hibou d'Orient, « oiseau si vorace, dit-il, qu'il entre la nuit dans les maisons et qu'il déchire les enfants ». Brottier s'appuie sur l'autorité d'Asselquis. ( Voyage dans le Levant, t. IT, p. 19.) :

gryphes (1). J'y vid la Mi-quaresme à cheval (2), la miaoust et la mi-mars (3) luy tenoient l’estaphe (4).

«J'y vid une rémore (5), poisson pelit, nommée échineis des Grecs, auprès d’une grande nauf(6), laquelle ne se mouvoit, encores qu’elle eust pleine voile en haulte mer : Je croi

« Ovide en a fait mention en ces termes :

Grande caput, stantes oculi, apta rapinæ :

Canilies pennis, unguibus hamus inest,

Est illis strigibus nomen ; sed nominis hujus Causa, quod horrendä sidere solent.

« Les striges ont la tête grosse, les yeux fixes, le bec propre à la rapine, les ongles en hameçons; on les nomme striges parce qu'ils ont l'habitude de pousser pendant la nuit un cri âcre. » (Stridor en latin signifie craquement, grincement, bruit désagréablement entrecoupé semblable à celui d’une scie.)

A Rome, du temps des Césars, les sorcières et les magiciennes étaient appelées striges ou volatices, parce qu'on supposait qu'elles pouvaient prendre la forme de ces oiseaux.

(1) Oiseau plus gros qu'un lion, aux ongles formidables, au bec long et pointu, qui déterrait l'or et le gardait dans les montagnes des Indes. Pantagruel et ses officiers furent conduits au port de Condemnation par « certains gryphons de montagnes » (1 V, ch. x). Une planche du Livre des Merveilles, de H. de Mandeville, représente le combat d'un griffon et d'un centaure avec une explication du motif qui anime ces deux bêtes l’une contre l’autre.

(2) L'auteur fait allusion ici à une vieille coutume tourangelle et berrichonne. On s’'amusait, il y a quelques années encore, en Touraine et dans le Berry, à envoyer dans un carrefour ou carroi solitaire, le soir qui précède le vingtième Jour de la sainte Quarantaine, quelque nigaud attendre jusqu’au lever du jour la Mi-Carème à cheval, en lui promettant que celle-ci le comblerait d'échaudées — gâteaux secs et triangulaires de la Mi-Carème, — en échange d’une botte de foin. J'ai connu un jeune homme qui est allé ainsi faire le guet, à deux reprises différentes, au même endroit, et qui, la seconde fois, est revenu chez lui roué de coups par le bon apôtre qui, le visage barbouillé de suie et déguisé en femme, jouant le rôle de la Mi-Carème, avait prétendu que la botte de foin ofterte n'avait pas le poids voulu.

(3) Mars tombant en Carème, on comprend que la mi-mars accompagne la mi-carême, mais que vient faire ici la mi-août? Est-ce un nouveau jeu de mots du grand moqueur ? Est-ce, comme le prétendent Esmangart et Johanneau, parce que, les chattes étant plus amoureuses pendant le carème, on y entend davantage de miaou ? Je ne voudrais pas dire non.

(4) L'étrier, on dit encore estafier, estafette.

() Voy. p. 133, note 5, et p. 350, note 5.

(6) Navire, du latin navis.

bien que c’estoit celle de Perianderle tyran, laquelle un poisson tant petit arrestoit contre le (1) vent. Et en ce pays de Satin, non ailleurs, l'avoir vue Mutianus (2)...

«J'y vid des sphinges {3), des raphes (4), des oin-

(1) Périandre, tyran de Corinthe, un des sept Sages de la Grèce. Il régnait 620 ans avantJésus-Christ et a publié un Poëme moral, dont les fragments sont édités d'ordinaire avec les sentences de Théognis, les vers dorés de Pythagore et de Solon, etc.

(2) Les Anciens rapportent qu'un navire fut envoyé à Corcyre par ordre de Périandre ; l'équipage avait pour mission d'immoler une partie des enfants nés à Corcyre; malgré un vent favorable, le navire restait immobile, arrêté par un grand nombre de remoras, qui, en souvenir de ce fait miraculeux, furent dès lors honorés dans les temples de Vénus.

(3) Animaux dont Pline a parlé en ces termes (1 VIIT, ch. xx1) : « Spinges fusco pilo, mammis in peclore geminis, Ethiopia generat, multaque alia monstra similia. — Avec beaucoup d’autres monstres, l'Éthiopie produit les sphinx au poil brun et aux deux mamelles pectorales. » Le sphinx de Thèbes, dont OEdipe a deviné la dernière énigme, a inspiré maints poètes anciens et modernes.

Né parmi les rochers, au pied du Cithéron,

Ce monstre à voix humaine, aigle, femmeet lion,

De la nature entière exécrable assemblage,

Unissant contre nous l’artifice et la rage !

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