GAUTIER DE METZ
Dans l'anatomie de Diemerbroeck, imprimée à Paris en 1727, on lit
saulvages, petites de corps : mais elles ont les testes grandes sans proportion, à peine les peuvent lever de terre; elles ont les yveulx tant vénéneux, que quiconque les voit meurt soubdainement, comme qui verroit un basilic (1). »
Avant d'arriver dans ce pays de Satin, où se fabriquaient ces riches étoffes, toutes brochées de fleurs, de fruits, de blasons et d'animaux (2), Pantagruel avait visité l’île de Medamothi (3), où 1l avait acheté «trois beaulx et Jeunes unicornes (4): un masle de poil alezan tostade (5), et deux femelles de poil gris pommelé (6). Ensemble un tarande que
encore (t. 2, p. 651). « Deux rangs de dents est un cas très rare. Il est encore plus extraordinaire qu'on en trouve trois rangs, ainsi qu'on l’a observé d’'Hercule au rapport de Rhodiginus, et que Colombus la remarqué en Phœbus son propre fils. Les tigres et les élaphants ont souvent trois rangs. De même aussi la mantichore, qui est une bête féroce, et le moraxus, qui est un poisson, sont armés d’un triple rang de dents. » Quelques naturalistes croient, sans raisons suffisantes, à mon avis, que la mantichore, nommée aussi manchicore, marticore, martigore, marthicore, manticore et manicore, du persan mardicouran, mangeur d’hommes, est le tigre.
(1) Voy. PuixeE, 1. VIII, ch. xxr. Cet animal, qui ferait bientôt périr tout le genre humain s'il levait facilement la tête, n’est autre, comme l’a établi Cuvier, que le Gnou(Antilope gnou, Catoplébas gnou). L'air extraordi- | naire du gnou — qui est un mélange d’antilope, de bœufet de cheval — son regard lugubre, rendu plus effrayant encore par les longs cils blancs de ses sourcils, et enfin sa crinière sans cesse tombante sur son museau, contribuent à lui donner un aspect vraiment fantastique sur lequel s'accordent tous les naturalistes.
(2) Ce pays de Satin, je le rappelle pour la dernière fois, c'est, pour M. Ducrot, le pays des draps de Frize dont parle Thibault de Pleignei en sa Description de la Touraine ; c'est Tours, célèbre par ses fabriques de soieries et de draps de laine.
(3) En hébreu : nulle part. M. Ducrot croit, ai-je dit (voy. Anatomie descriptive, Névrologie : La nuque, comme un fallot), que c'est Arkangel qui, du temps de Rabelais, était séparée de la terre ferme par la mer Glaciale et par le fleuve Pinègre, et visitée, à cause de ses grandes foires, par « les plus riches et fameux marchands d'Afrique et d'Asie ».
(4) Licornes. (Voy. p. 363, note 6.)
(o) Brûülé, del’espagnol tostar, fait de lostare dit par métaplasme pour torrere.
(6) Dans la lettre qu'il a adressée à son père à l’occasion de cetteacquision, Pantagruel dit : « Je vous envoie trois jeunes unicornes, plu
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lui vendit un Scythien de la contrée des Gelones (1). Ta-
rande (2) est un animal grand comme un jeune taureau, portant teste comme est d’un cerf, peu plus grande, avecques cornes insignes (3) largement ramées; les pieds forchus, le poil long comme d'un grand ours ; la peau moins dure qu'un corps de cuirasse (4). Et disoit le Gelon peu en estre trouvé par la Scythie, parce qu'il change de couleur selon Îa variété des lieux esquels (5) il paist et demoure. Et représente la couleur des herbes, arbres, arbrisseaulx, fleurs, lieux, pastis, rochers, généralement de toutes choses qu'il
domestiques et apprivoisées qui ne seroient petits chatons. J'ai conféré avecques l’escuyer, et dict la manière de les traicter. Elles ne pasturent en terre, obstant leur longue corne on front. Force est que pasture elles prennent és arbres fructiers, ou en rateliers idoines, ou en main, leur offrant herbes, gerbes, pommes, poires, orge, touzelle, bref toutes espèces de fruicts et de légumages.Je m'esbahis comment nos escripvains antiques les disent tant farouches, féroces et dangereuses, et onques vives n'avoir esté vues. Si bon vous semble, ferez espreuve du contraire; et trouverez qu'en elles consiste une mignotize la plus grande du monde: pourvu que malicieusement on ne les offense. » C’est la confirmation de ce que j'ai dit antérieurement de l'existence possible en Afrique de quelque éspèce d’antilope à une corne ou plutôt à deux cornes soudées en une seule et ignorée de nous, mais connue des Anciens.
(1) « Peuple de Scythie qu'on nomme aujourd'hui Tartares. » (Alphabet de l’auteur.)
(2) Le renne, {arandus rangifer, appelé tarandus par Pline, Gesner (Icon. quad., pp. 57-58, avec un dessin), Aldrovande (de Quad. bisul; pp. 859 et 861), {harandus par Hugues de Saint-Victor (De Bestiis, t. IT, fol. 241 des Opera, 1526) et Parandus par Brunetto Latini, Li livres don
trésor, publiés par P. Chabaïlle, Paris, 1863). Il n’était pas connu des
Grecs. Gaston Phæœbus semble parler du renne sous le nom de rangier ou ranglier, comme d’un animal qui aurait existé de son temps en France, dans les hautes montagnes telles que les Pyrénées. ( Vénerie de Jacques du Fouilloux ; Paris, 1614, feuillet 971.) |
(3) D'une grosseur et d’une grandeur remarquables, du latin insignis.
(4) Cette description du renne est, ainsi qu'on peut s’en rendre compte, copiée dans le chapitre xxx1v du livre VIII de l'Histoire naturelle de Pline : « Mutat colores el Scytharum tarandus.. Tarando magnitudo quæ bovi capul majus cervino, nec absimile; cornua ramosa, ungulæ bifides : villus magniludine ursorum sed cum libuit sui coloris esse asini similis est, etc... » Je ne sache pas que le mot /arandus se trouve avant Pline dans aucun auteur latin. È
(5) Dans lesquels.
approche (1). Cela luy est commun avec le poulpe marin (c'est le polype) (2), avecques les thoës (3), avec les Iycaons
(1) La couleur du pelage du renne change, «non selon la variété des lieux esquels il paist et demoure, » mais suivant les saisons. L'animal en question est blanc en hiver et gris en été comme les ânes de Meung-sur- Loire. k
(2) « Le polype prend la couleur des lieux où il est, surtout quand il a peur. » (PLINE.)
Sous la dénomination de Polypes (du grec ro, plusieurs, et xoù, pied, qui a plusieurs pieds), Aristote et les auteurs grecs et latins ont désigné les Poulpes et autres Mollusques rangés aujourd'hui dans le groupe des Céphalopodes (du grec pan, tèle, et roûs, gén. roûds, pied ; qui a des pieds à la tête). Vers le milieu du xvur siècle, après que Peyssonel et de Trembley eurent publié leurs observations, le premier sur le corail, le second sur l'hydre d’eau douce, le terme en question ‘fut détourné de la signification qu'il avait chez les Anciens et appliqué par Réaumur et Bernard de Jussieu à tous les organismes marins que les auteurs du xvi° et du xvu siècle avaient placés parmi les végétaux sous les noms de Lithophytes et de Cératophytes. Dans l’état actuel de la science, les Polypes constituent dans l'embranchement des Cœlentérés la classe des Anthozoaires ou Coralliaires.
Pourquoi certains mollusques céphalopodes, la pieuvre, la seiche, entre autres, quisont habituellement d'un blanegris, deviennent-ils subitement noirs sousl'influence de la peur? Il y a là un phénomène nerveux. Sous la peau des mollusques, on trouve un grand nombre de corpuscules sphériques, élastiques, remplis d’une substance noire. Lorsque l'animal est au repos, ces petites boules restent distantes les unes des autres, de telle sorte qu'elles foncent seulement la couleur de la peau et la font paraître grise. Lorsqu'il est effrayé, ces corpuscules tirés par.des fibres musculaires, dont Ia mise en jeu est sous la dépendance du système nerveux central, s’agglomèrent et leur réunion en masse donne aux téguments une teinte noire. Lorsque la cause qui a provoqué la contraction des fibres musculaires cesse, les corpuscules se séparent et la teinte pâle de l'animal reparaîit.
(3) Le Thoës, Thos ou Thaos des Anciens est le chacal ou loup doré (Canis aureus). Homère a comparé Ajax se précipitant au milieu des Troyens pour délivrer Ulysse, à un lion fondant sur des thos attroupés autour d’un cerf aux abois. Le scoliaste d'Homère, en traduisant le mot 05 par celui de panthère, a commis une erreur. En traduisant ce même mot qui figure dans l'Histoire des animaux d’Aristote (1. IE, ch. xvur) par celui de lupus cervarius où loup-cervier, Gaza en a commis une autre- Voici ce qu'a écrit Pline de ce. Mammifère (L, VII, ‘ch. GRxx Em ee TE, ch. Lxiv, trad. Guérault) : « Les thos, espèce de loup dont le corps est plus Tong, les jambes plus courtes, agile au saut, vivant de chasse et n'attaquant jamais l’homme. Ils changent de fourrure et non dé couleur ; couverts d'un long poil pendant. l'hiver, ils sont nus pendant l'été.…., ils sont ennemis des lions. » US
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de Indie (1), avecques le chaméléon, qui est une espèce de lizart tant admirable que Democritus ha faict un livre entier de sa figure, anatomie, vertus et propriétés en magie (2). Si est ce que je l’ai vu couleur changer, non à l'approche seulement des choses colorées, mais de soi-mesme, selon la paour (3) etaffections (4) qu'il avoit. Comme,sus un tapis verd, je l'ai vu certainement verdoyer ; mais y restant quelque espace de temps, devenir jaune, bleu, tanné (5), violet par
(1) Buffon considère comme très vraisemblable que le lycaon des Indes dont il est question dans les livres des naturalistes romains et dans ceux des naturalistes du moyen âge n'est autre que l’hyène. Tout ce que ceux-ci ont dit de fabuleux au sujet du lycaon convient à l’hyène. On donne aujourd'hui le nom de lycaon ou cynhiène (du grec xiwy, chien, et hyène, chien-hyène) à un animal qui tient à la fois de l’hyène et du chien. Le poil de l'hyène n'est pas plus sujet à varier de couleur que ce carnassier n’est sujet à varier de sexe (voy. p. 369, n. 5).
On sait que Lycaon, roi d’Arcadie, fut, selon la fable, changé en loup pour avoir essayé d’assassiner, pendant son sommeil, Jupiter qui lui avait demandé l'hospitalité.
(2) Lire Diogène de Laerce etl'étude magistrale de L..Leclerc sur les médecins arabes et aussi PLINE, 1. XXIT, ch. vin.
(3) Aristote, dont le nom se retrouve dans l’histoire de toutes les branches des connaissances humaines, n’a pas ignoré les changements de couleur du caméléon. Il à cru que ces changements de couleur coïncidaient avec le gonflement du corps ou la mort de l'animal. Théophraste est le premier qui les ait attribués à la peur. L'opinion si populaire que le caméléon prend la couleur des objets qui l’environnent remonte au philosophe Antigonus Carystius. Ovide l’a exprimé dans le vers suivant :
Protinus assimilat tetigil quoscunque colores.
Vengeons le caméléon. Grâce à MM. Paul Gervais, Milne Edwards et Brucke, il est acquis aujourd'hui que l'animal dont il s’agit n'adopte pas, comme le courtisan, les couleurs dominantes. Il ne change que sous l'influëénce de la lumière : l'obscurité le fait pâlir; le demi-jour marbre son corps des couleurs les plus variées ; le soleil le noircit comme la peau des races nègres tropicales et fait naître à la surface de son épiderme des couleurs irisées. Ces modifications sont dues à un jeu de pigment qu'on retrouve chez diver$é autres reptiles, les LE e les Iguanidés et plusieurs Batraciens.
(4) Tourments, du latin a/ffeclere. On dit encore ètre affecté pour être tourmenté, chagriné.
(») De couleur semblable à peu près à celle du tan,
succès (1), en la façon que voyez la creste des coqs d'Inde (2) couleur selon leurs passions changer. Ce que sus tout trouvasmes en cestuy larande admirable est que non seulement sa face et peau, mais aussy tout son poil telle couleur prenoit qu'elle estoit és choses voisines (3). Près de Panurge vestu de sa togebure (4), le poil lui devenoit gris; près de Pantagruel vestu de sa mante (5) d'escarlate, le poil et peau luy rougissoit; près du pilot vestu à la mode des isiaces (6) de Anubis en Égypte (7), son poil apparut tout blanc. Lesquelles deux dernières couleurs sont au chaméléon desniées (8). Quand, hors de toute paour et affections (q),1l estoit en son naturel, la couleur de son poil estoit telle que voyez és asnes de Meung. »
(1) Par succession, successivement, du latin successus.
(2) Le Dindon. Gallus Indiæ. « Une tradition populaire fixe das le xvi° siècle, sous François 1°, l'époque de la première apparition du dindon en France; car c'est dans ce temps que vivait l'amiral Chabot. Les auteurs de la Zoologie britannique avancent comme un fait notoire qu'il a été apporté en Angleterre sous le règne de Henri VIII, contemporain de François I°, » (Burron, Histoire des animaux.) C'est, en effet, du temps de Rabelais que ce volatile a été ramené des nouvelles Indes ou Amérique en Europe. Il n'en est pas question dans les œuvres de Clytus, d'Athénée, d'Elien, de Columelle, etc. |
Quand le dindon est en colère, la crête qu'il porte sur son bec supérieur s'allonge, se déploie et change de couleur.
(3) Des choses qui étaient auprès, qui l’avoisinaient.
(4) Toge (de) buré.
(5) Vêtement long enveloppant tout le corps.
(6) Les prêtres d'Isis étaient vètus de grandes robes de fin lin. Ce qui fait qu'Ovide les a appelés linigera turba.
(7) Ce Dieu à tête de chien (voy. p. 370, note 4), considéré comme fils d'Isis et d'Osiris, avait son image placée à la porte de tous les temples d'Égypte. Il était honoré principalement à Hermopolis la Grande (Chemnis ou Ouchmonnein, en arabe moderne).
De ses temples quand Rome, Isis, t’ouvrit la porte Des dieux à front de chien l'aboyante cohorte Suivit.
(LUCAIN.) On adore Anubis dans des cités entières, Mais l'autel de Diane, hélas! esl sans prières.
| (JUVÉNAL.) (8) Voy. PLUTARQUE, T'railé des causes naturelles. -
(9) Désirs.
Pantagruel était occupé à faire l'achat de ces animaux quand « furent ouïs du mole dix coups de verses (1) et faulconneaux ». C'était un des céloces (2) de « Gargantua, nommé la Chélidoine (3), pource que sus la pouppe estoit en sculpture de aerain corinthien (4) une hirondelle de mer eslevée (5). C'est un poisson grand comme un dar de Loire (6), tout charnu, sans esquames (7), ayant ailes cartilagineuses (quelles sont és souris-chaulves) (8) fort longues et larges, moyennant lesquelles je l’ai souvent vu voler (9) une toise au-dessus l’eau plus d’un traict d'arc. À Marseille on le nomme lendole. Ainsy estoit ce vaisseau léger comme
(1) « Les verses dont parle Rabelais pourraient bien ètre, dit Le Duchat, des faucons, et mème des doubles berches plus grosses que des simples berches ou fauconneaux. »
(2) Petit bâtiment à marche rapide, brigantin ou aviso, destiné à porter des dépèches, du latin celox.
(3) Du grec ysdwy, hirondelle.
(4) Le plus précieux de tous les airains. C'était un alliage de cuivre, d'or et d'argent, dont les Anciens se servaient pour fabriquer des objets de luxe. Ils croyaient qu'il était le résultat d’un mélange accidentel produit par la fusion des vases et des statues des temples de Corinthe, lors de la mise à sac de cette ville par Mummius (46 ans avant Jésus-Christ).
(5) Les poissons volants, rougets volants, appartiennent à l'ordre des Télostéens et au genre Dactyloptère. Le plus connu est le Dactyloptère volant, appelé vulgairement, depuis Aristote, faucon de mer et surtout hirondelle marine. Les ichtyologistes du moyen âge, Belon, Rondellet, Salviani l'ont nommé arondelle de mer et en ont donné de bons dessins. On ne doit pas le confondre avec l’exocet ou Muge volant.
(6) Un dard de la Loire. Le dard est un poisson du genre cyprin, plus connu sous le nom de vandoise. Sa chair est très estimée et il nage avec une telle vitesse qu'il ressemble à un trait décoché. D'où ces expressions proverbiales en Touraine : sain comme un dard, vifcomme un dard.
(7) Sans écailles, du latin squama ; on dit encore squammeux.
(8) La membrane alaire des chauves-souris, mammifères de l’ordre des Cheiroptères, est formée de deux feuillets dermiques très fins, sous-tendus par des phalanges, et des métacarpiens osseux, non cartilagineux.
(9) Rabelais ne s’est pas trompé. Les larges nageoires pectorales des Dactyloptères et des Exocets ne sont plus regardées aujourd'hui comme de simples parachutes, des appareils de soutien immobiles. Pettigrew et de Tesson ont constaté le battement de ces nageoires. Swainson rapporte ce faitimportant que le poisson volant peut changer son parcours, après avoir abandonné l’eau. Ce qui prouve d’une manière satisfaisante que les nageoires en question ne sont pas simplement des organes passifs.
une hirondelle, de sorte que plustost sembloitsus mer voler
que voguer. » | |
À bord de ce bâtiment était un écuyer de Gargantua nommé Malicorne (1), chargé de remettre au Prince des lettres de créance et « un gozal (2) emmailloté dans un panier... C’estoit un pigeon (3) prins (4) au colombier de Gargantua, esclouant (5) ses petits sus l'instant que le susdict céloce despartoit (6). Si fortune adverse (7) fust à Pantagruel advenue (8), il y eust des Jjects noirs attaché és pieds (9); mais pource que tout luy estoit venu à bien et prospérité, l'ayant faictdesmailloter, luy attacha és pieds une bandelette de tafetas blanc; et, sans plus différer, sus l'heure le laissa en pleine liberté de l’aer. Le pigeon soubdain s'envole haschant (10) en incroyable hastivelé (11), comme vous sçavez qu'il n’est vol que de pigeon,
(1) « Le procès-verbal de la coutume de Touraine, dressé en l'an 1559, parle d'un Marc de La Rue, sieur de la Couste et de la Marelle, de la Bérengerie, de Malicorne et du fief de Roche-Corbon. » (LE Ducxar.)
(2) Pigeon, en hébreu.
(3) Un pigeon voyageur. Le pigeon voyageur, columba migratoria (ordre des Colombins, intermédiaire entre les Passereaux et les Gallinacés, appartient aux deux races de pigeons cravatés et volants.
(4) Pris.
(o) Faisant éclore, couvant par conséquent.
(6) Partait.
(7) Contraire, mauvaise, du latin adversus.
(8) Arrivée, du latin advenire.
(9) Tournure latine : il lui eut attaché aux pattes des.
(10) Fendant l'air comme avec une hache.
(11) Des expériences établissent cette précipitation incroyable du vol des pigeonsvoyageurset en particulier du volde ceux d’origine arabe (gozal).
Des pigeons arabo-belges — des pur-sang — lancés de la dernière plateforme de la Tour Eiffel ont parcouru jusqu’à 130 kilomètres à l'heure, en planant à une hauteur de 400 mètres, alors que nos pigeons ne s'élèvent guère au-delà de 150 mètres et ne franchissent, en moyenne, que 70 à 80 kiiomètres à l'heure.
Et ce n’est pas un maximum. « En 1884, quatre pigeons arabo-belges firent le trajet de Paris à Buda-Pesth en sept heures. La distance entre les deux villes est de 1.293 kilomètres. Les voyageurs avaient donc fait 184%%,7 par heure, 5K0, 06 par minute, et 51 mètres par seconde. C’est 11 mètres de plus que l'ouragan. » (Cousrier, les Pigeons voyageurs et leur emploi en temps de guerre; Paris, 1891.) Ë
quand ilha œufs ou petits (1), pour l'obstinéesollicitude en lu y par nature posée de recourir (2) et secourir ses pigeonneaulx. De mode qu'en moins de deux heures il franchit par l’aer le long chemin qu’avoit le céloce en extrême diligence (3) par trois jours et trois nuicts parfaict (4), voguant à rames et à vèles (b), et luy continuant (6) vent en pouppe. Et fut vu entrant dedans le colombier on (7) propre nid de ses petits.
« Adoncques (8) entendant le preux (9) Gargantua qu'il portoit la bandelette blanche, resta en jJoye et seureté du bon portement (10) de son fils.
« Telle estoit l’usance (11) des nobles Gargantua et Pantagruel, quand sçavoir promptement vouloient nouvelles de quelque ghose fort affectée (12) et véhémentement (13) désirée, comme l'issue de quelque bataille, tant par mer comme par terre, la prinse (14), ou défense de quelque place forte, l’apoinctement (15) de quelques différents d'importance, l'accouchement heureux ou infortuné de quelque reine ou
(1) Qui n’a pas lu la fable des Deux Pigeons du bon La Fontaine ? Eh bien! chez les Colombins, l'amour de la femelle pour sa couvée et ses petits égale, si elle ne le dépasse, l'amour conjugal. « Une femelle, dont le panier avait été placé trop près de la fenêtre d’une volière, ne quitta sa couvée que lorsque ses petits furent éclos, bien que ses pattes fussent gelées et tombées par l’excès du froid. » (Burron.) Quelles que soient les espèces de pigeons, c’est dans les conditions indiquées par Rabelais que leur vol est le plus rapide.
(2) De revenir en toute hâte vers, du latin recurrere.
(3) Empressement, du latin diligentia.
(4) Accompli, du latin perfectus.
(5) Voiles, du latin velum. |
(6) Ayant continuellement le vent en poupe (en arrière), c’est-à-dire favorable.
(7) Au.
(8) Donc.
(9) Le prudent, le sage et aussi le courageux, le vaillant.
(10) État de santé.
(11) L’habitude, l'usage ; du latin usus.
(12) Même sens à peu près que désirer, souhaiter, du latin affectare.
(13) Vivement, du latin vehementer.
(14) La prise.
(15) La négociation, l’accord.
grande dame, la mort ou convalescence de leurs amis et alliés malades, et ainsy des aultres. Ils prenoient le gozal, et par les postes (1) le faisoient de main en main Jusques sus les lieux porter dont ils affectoient (2) les nouvelles. Le gozal, portant bandelette noire ou blanche, selon les occurences (3) et accidents, les ostoit de pansement (4) à son retour, faisant en une heure plus de chemin par l’aer, que n’avoient faict par terre trente postes en un Jour naturel (5). Cela estoit rachapter et gagner temps. Et croyez, comme chose vraisemblable, que par les colombiers de leurs cassines (6), on trouvoit sus œufs ou petits, touts les mois et saisons de l’an, les pigeons à foison. Ce qui est facile en mesnagerie (7), moyennant la salpestre en roche et la sacre herbe verveine (8). »
Sans remonter jusqu'au déluge, c’est-à-dire jusqu’à la colombe de l'Arche, ilest certain que, depuis bien longtemps, les pigeons sont au service de l'homme. Leurs aptitudes spéciales étaient connues des Grecs et des Romains. Charles- Quint s'en est servi au siège de Metz. En Égypte, les Khalifes et les Sultans les utilisent depuis plusieurs siècles pour porter des dépèches et assurer des communications
(1) Les courriers.
(2) Désiraient.
(3) Les événements, du verbe latin occurrere.
(4) De réflexion, d'inquiétude.
(5) On distinguait chez les Latins le jour naturel(dies naturalis), dont la durée était comprise entre le lever et le coucher du soleil, et le jour civil (dies civilis), qui était de 24 heures. Les premiers courriers, se reposant la nuit, on conçoit l'utilité de l’épithète que Rabelais accole au mot jour.
(6) Maison, de l'italien casina ou plutôt casino, fait, dans la mème siguification, du latin casa, dont il est un diminutif.
(7) Le mot ménagerie signifie exactement : lieu où on nourrit les animaux rares, et ici colombier.
(8) La verveine a été considérée comme une plante sacrée par les Grecs et les Latins, qui l’appelaient hierobante ou herba sacra. On s’en servait pour purifier les autels de Jupiter, pour les orner pendant les sacrifices, etc, Au lieu du moyen indiqué par Rabelais, on emploie aujourd’hui, en Suisse, pour ramener les pigeons au colombier, une boule, composée de grains d’anis, d'argile et de sel.
suivies entre les villes. [ls ont même obtenu, par la séleclion continue des sujets, les gozals, qui sont les pigeons voyageurs les plus réputés pour l'élévation et la rapidité de leur vol. Ces gozals, Maître François en a entendu parler, et a dû par conséquent, ainsi que nous l'avons déjà dit, se trouver en rapport à Montpellier avec quelques étudiants ou savants arabes (1).
L'écuyer de Gargantua avait quitté Medamothi et la flottille de Pantagruel, regagné, depuis cinq jours, la haute mer, quand elle fut accostée par un bâtiment contenant un troupeau de moutons. Ces moutons marchandés par Panurge, puis noyés, par un stratagème de celui-ci, avec leur propriétaire Dindenault et leurs bergers, sont plus célèbres que ceux de Mme Deshoulières et de Rosa-Bonheur. Ils le méritent doublement : ils nous prémunissent contre les dangers d’une imitation servile et sont de noble race.
« De leur toison seront facts, dit Dindenault à Panurge, les fins draps de Rouen; les louschets (2) des balles de Limestre, au prix d'elle, ne sont que bourre. De la peau seront faicts les beaulx marroquins, lesquels on vendra pour marroquins turquins (35), ou de Montelimart ou de Hespaigne (4) pour le pire. Des boyaulx, on fera chordes de violons et harpes, lesquels tant chèrement on vendra, comme si fussent chordes de Munican (5) ou Aquileie (6).
(1) Voy.Anat. descript., Appareilgénital: La géniture, comme un cent de clous à latte.
(2) Ancienne espèce de serge croisée qu'on appelait aussi drap de Limestre.
Combien, pour avoir mis leur honneur en sequestre, Ont-elles en velours échangé leur Limestre, (M. RÉGNIER, sat. XII.)
(3) Turc, d’un bleu turc. Le marbre turquin et les turquoises se trouvent en Turquie.
(4) D'Espagne.
(5) « On pourrait croire que ce serait ici Municken, capitale de la Bavière: mais c'est plutôt Monaco, dans la Ligurie. Les meilleures cordes de luth viennent d'Italie. » (LE DucarT.)
(6) Aquilée, ville d'Istrie.
«S'il vous plaist, dist Panurge, m'en vendrez un.
« Mon ami, respondit le marchand... ce n'est viende que pour roys et princes. La chair en esttant délicate, tant savoureuse, ettant friande que c’est basme (1). Je les ameine d'un pays, onquel (2) les pourceaulx... ne mangent que myrobalans (3). Lestruiesenleur gésine (4) (saulve l'honeur de toute la compagnie) ne sont nourries que de fleurs d'orangers. — Mais, dist Panurge, vendez m'en un, et je vous le payerai en roy. Combien? — Nostre ami, respondit le marchand. ce sont moutons extraicts de la propre race de celluy qui porta Phrixus et Helle, par la mer dicte Hellesponte (5)... Par touts les champs esquels (6) ils pissent le bled y provient (7)... Il n’y faut aultre marne ne fumier. Plus y ha. De leur urine les quintessentiaulx (8) tirent le meilleur salpestre du monde.
(1) Baume, fBaksxuoy en grec, balsamum en latin.
(2) Où.
(3) Myrobalans où myrabalans, en grec pv2064havos, en latin myrobalanum (Pine) et myrobalanus (Julius VALLERIUS), sorte de noix aromatique, noixde ben. « Myrobalans, que les Arabes appellent Been, car ils semblent à glands et sont unctueux. » (L. IIT, ch. L.) ;
(4) Festin de relevailles et aussi les couches, le temps des couches.
« L’exposant oï dire que icelle femme avoit esté à une gésine, aultrement nommée au pays. » (COUTANCES, 1414, arch. J. J. 167, p. 89.)
(5) Athamas, roi de Thèbes en Béotie, épousa en premières noces Néphélé ou Themisto, dontil eut, entre autres enfants, Phryxus et Hellé, et, en secondes noces, Ino, fille de Cadmus, qui le rendit père de Léarque et de Mélicerte. Cette deuxième épouse, irritée des dédains de Phryxus, détermina Athamas à le sacrifier aux dieux avec Hellé. Mais, la veille du jour désigné pour le sacrifice, Jupiter envoya à Phryxus un bélier à toison d'or, sur lequel il s'enfuit avec sa sœur. Celle-ci tomba dans la mer en passant l'Hellespont (le détroit des Dardanelles, mer d’Hellé); le jeune homme arriva sain et sauf en Phocide, où il devint le gendre du roi Aétés.
(6) Dans lesquels.
(7) Le fumier, l'urine et la chaleur du corps de ces animaux raniment en peu de temps les terres épuisées, froides ou infertiles. Cent moutons améliorent en un été huit arpents de terre pour six ans.
(8) Les savants du moyen âge qui cherchaient la quintessence. « Tous les corps, a écrit Cornelius Agrippa (Philosophie occulte, 1. I, ch. x1v) sont composés de quatre éléments : le feu, l'air, l’eau et la terre. Ces corps ainsi matériellement formés possèdent des propriétés diverses, selon leur diverse composition.
« L'esprit est essentiellement et spontanément mobile : la matière ne
Pie TE
Deleurs crottes (mais qu’ilne vous en desplaise) les médicins
- de nos pays guérissent soixante et dixhuict espèces de mala-
dies (1). La moindre desquelles est le mal sainct Eutrope de Xaintes (2), dont Dieu nous saulve et gard (3)... Aussy me coustent-ils bon.
« Vendez m'en un, le payant bien, respondit Panurge.
« Nostre ami, dist le marchand... considérez un peu les
l’est pas. Donc il faut un certain medium, ni âme tout à fait, ni corps tout à fait, qui relié ces différents éléments comme ce qui unit l'âme au corps humain.
« Ce médium, les philosophes l’appellent l'esprit du monde; nous l’appelons, nous, Quintessence, parce que ce n’est pas un des quatre éléments mais un cinquième, subsistant au-dessus et en dehors d'eux.
« C’est cette quintessence qui distribue à toutes choses les propriétés de l’âme du monde. Par la quintessence, toutes sortes de propriétés occultes sont distribuées aux animaux, aux plantes, aux métaux, par le soleil, la lune, les planètes et les étoiles. »
C'est cet esprit du monde, cette quintessence, qu'ont cherchée avectant d'opiniâtreté les alchimistes, les DACIPRUeS: les magiciens, sous le nom de pierre philosophale.
(1) Les crottes de moutons ont été, en effet, employées autrefois en médecine contre l'hydropisie.
(2) De Saintes. Dindenault, qu'on ne l’oublie pas, était de Saintes.
(3) Une conversation tenue entre Lasdaller, le chef d'une bande de pèlerins, et Grandgousier nous apprend quel est ce mal :
D'où venez-vous et où allez-vous ? demande Grandgousier aux pélerins (1. I, ch. xv). « Lasdaller pour touts respondit : « Seigneur je suis de Sainct Genou en Berry, cestuy-ci est de Paluau; cestuy-ci de l'Onzay.…. Nous venons de Sainct Sébastian près de Nantes et nous en retournons par nos petites journées. — Voire, mais dist Grandgousier, qu'alliez-vous faire à Sainct Sébastian ? — Nous allions, dist Lasdaller, lui offrir nos votes (vœux, prières et aussi offrandes, du latin volum) contre la peste. — O, dist Grandgousier, pauvres gents, estimez-vous que la peste vienne de Sainct Sebastian ? — Oui, vraiement, respondit Lasdaller... — Ainsy preschoit à Sinays un caphar, que Sainet Antoine mettoit le feu és jambes; Sainct Eutrope faisoit les hydropiques; Sainct Gildas les fols; Sainct Genou les gouttes. »
Saint Eutrope fait partie de cette série d'élus qui ont fait dire à M. Eugène Noël que, du temps de Rabelais, « le culte des Saintsétait souvent basé sur des jeux de mots et — l’on est honteux de le dire — sur de véritables calembours » : Saint Eutrope (eau trop) guérissait l'hydropisie ; saint Genou, la goutte; saint Main, la gale aux mains, la rogne; saint Cloud, les clous ; saint Eustange ou Eustanche, les hémorrhagies, etc., etc. |
merveilles de nature consistants en ces animaulx que voyez, voire (1) en un membre que estimeriez inutile. Prenezmoi ces cornes-là, et les concassez un peu avecques un pilon de fer, ou avecques un landier, ce m'est tout un. Puis les enterrez en vue du soleil, la part que vouldrez, et souvent les arrosez, En peu de mois vous en voirrez naistre les meilleurs asperges du monde (2). Je n’en daignerois excepter ceulx (3) de Ravenne (4)... À propos, si vousestiez clerc, vous sçauriez que, és membres plus inférieurs de ces animaulx divins, ce sont les pieds, y ha un os, c’est le talon, l’astragale (5), si vous voulez, duquel, non d'aultre animal du monde, fors de l’asne indian (6) et des dorcades de Lybie (7); l’on jouait antiquement au royal jeu des tales, auquel lempereur Oclavian Auguste un soir gagna plus de cinquante mille escuts (8)... Et quand... vous aurai-je, nostre ami... dignement loué les membres internes : les espaules, les esclanches, les gigots, le hault costé, la poictrine, le foie, la ratelle, les trippes, la gogue (9), la vessie, dont on joue à la balle; les costelettes, dont on faict en Pygmion les beaulx petits arcs pour tirer des noyaulx de cerises
(1) Où vous voudrez. HU
(2) Znvenio (sylvestrem asparagum) nasci et arietis cornibus tusisque atque defossis. Je trouve que l’asperge sylvestre est née des ‘cornes broyées et enterrées d’un bélier. » (PLINE, L. IX, ch, var.)
(3) L'auteur, 1, V, ch. vu, fait encore asperge du masculin.
(4) Mollis in æquorea quæ crevit spina Ravenna, non erit inaultis gres lior asparagis. (MARTIAL, épigr. xx1 du I. II.)
(5) L’astragale est un os court situé entre les os de la jambeet ceux du pied et dont la forme rappelle celle de la petite moulure ronde qui entoure le fût d'une colonne. Il était appelé {alus par les Latins et &orpdyæhos par les Grecs. (Voy. Ostéologie : Les rassetles, comme des échasses.)
(6) L'âne sauvage, l'onagre (?). Pline avance qu'on le rencontre sur les bords de l’Indus (aujourd’hui le Sind).
(7) La gazelle dorcas.
(8) Voy. SUÉTONE, ch. Lxx1, de la Vie d'Auguste. Les tales sont les dés en or, en argent ou en ivoire ayant la forme de l’astragale, dont les Anciens se servaient pour jouer...
(9) Le ventre, Le mot gogue est encore employé en Tourare pour désigner le gras-double qu achètent les malheureux.
ANATOMIE COMPARÉE 30y
contre les grues ; la teste dont, avecques un peu de soulphre, on faict une mirifique décoction pour faire viender (1) les chiens constippés du ventre... Par le digne voult de Charrous (2), le moindre de ces moutons vault quatre fois plus que le meilleur de ceulx que jadis les Coraxiens (3) en Tuditanie (4), contrée de Hespaigne, vendoient un talent d'or la pièce (5) ». |
Les moutons, dont la laine, la chair, la graisse, les os, les entrailles, les résidus de la digestion, la litière fournissent tout à la fois à l’homme de quoi se vêtir, se nourrir, s éclairer, fumer ses champs, réparer ses instruments de musique (6), sont les animaux les plus sots de la création. La domesticité, en achevant de les dépouiller de la faible part d'instinct qui leur avait été dévolue par la nature, en a fait des espèces de machines vivantes. Abandonnés à euxmêmes, dans les climats les plus favorables, ils périraient avant deux mois de misère ou par la dent des carnassiers. Lorsqu'ils sont en troupe, si celui qui va en tête s'arrête
(1) « Viander c'est ici fienter. » (LE DucHAT.) (2) L'abbaye de Charroux, en Poitou, était célèbre par ses reliques, les pèlerinages et les vœux qu'on y faisait :
Par la foy que je doy la couronne et li clou Que dans Challe et Chaux apporta à Charou.
(Dom DE NANTEUIL, cité par Fauchet, Lang. et poés. franç., p. 114.)
On jurait par l’image (vullus) de Charroux.
(3) Coraxi (PLINE); les habitants de la Colchide.
(4) En Andalousie.
(5) SrrABoON, L. IUT de sa Géographie, cité par Budé, I. IV de son De Asse. Il y a loin de la Colchide à l’Andalousie. « C'est ce qui rendait, dit Le Duchäat, si prodigieusement chers les moutons des Coraxiens parmi les Andalous, qui, ayant d'ailleurs chez eux une grande quantité d'or, comptaient pour peu de chose ce que leur coûtaient ces moutons dont ils ‘voulaient avoir la race. »
(6) « Et pour conclusion les brebis sont grandement profitables pour l'usage des hommes. Aussi trouverons-nous en l'Escriture Saincte que la richesse d'anciens Roys consistoit en troupeaux à laine, lesquels même ils daignoient bien garder en leurs propres personnes (pour le profit et excellence de ces bestes), comme nous lisons d'Abraham, Isaac, Jacob, HLaban, Moïse, David et autres. » (A. Paré, loc. cit. suprà, p. 57.) |
devant le plus léger obstacle, tous les autres en font autant, et on les tuerait plutôt que de les faire avancer ; le berger, dans ce cas, n’a qu'une ressource, c'est d'en prendre un et de le porter au delà de l'obstacle, et alors les autres passent. Mais si, au contraire, poussé par quelque imbécile frénésie, le premier mouton se jette dans un précipice ou dans une rivière, les autres s’y lancent après lui sans la moindre hésitation.
C'est en tablant sur cette particularité que Panurge a fait noyer Dindenault, ses moutons et leurs bergers. « Soubdain, je ne sçai comment (le cas feut subit, je n’eu loisirle considérer), Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton eriant et beslant. Touts les aultres moutons, criants et beslants en pareille mtonation, commencearent soi jecter et saulter en mer après à la file. La foulle estoit à qui premier y saulteroit après leur compagnon. Possible n'estoit les en garder. Comme vous sçavez estre du mouton le naturel, toujours suivre le premier, quelque part quil aille. Aussy le dict Aristoteles lib. 9, de Histor. anim. estre le plus sot et le plus inepte animant (1) du monde. Le marchand, tout effrayé dece que devant ses yeulx périr voyoit etnoyer ses moutons, s’efforçoit les empescher et retenir de tout son povoir. Mais cestoit en vain. Touts à la file saultoient dedans la mer et périssoient. Finablement (2), il en print (3) un grand et fort par la toison sus le tillac de la nauf, cuidant (4) ainsy Île retenir, et saulver le reste aussy conséquemment. Le mouton fut si puissant qu'il emporta en mer avecques soi le marchand, et fut noyé, en pareille forme, que les moutons de Polyphemus (5) le borgne cyclope emportarent hors
(1) Animal.
(2) Finalement.
(3) Prit.
(4) Croyant, du latin credere.
(o) Polyphème, le plus grand, le plus célèbre et le plus hideux des
la caverne Ulysses et ses compagnons. Aultant en firent les aultres bergers et moutonniers, les prenants uns par les cornes, aultres par les jambes, aultres par la toison. Lesquels touts feurent pareillement en mer portés et noyés
misérablement. »
Les grands Cétacés (baleines, cachalots, etc.) étaient plus communs autrefois qu'aujourd'hui dans les mers du
Nord.
Dans leurs longues pérégrinations, Pantagruel et ses compagnons en ont rencontré trois : deux (1) entre l'île d'Oultre (2) et le royanme de la Quinte (5), un près de l'île Farouche (4). Ce dernier a fourni à Rabelais l’occasion d’une description de la pêche pénible et dangereuse, mais lucrative, d’un de ces gigantesques mammifères. « Sus le hault du jour, approchants l'isle Farouche, Pantagruel de loing apperceut un grand et monstrueux physétère (5)...
cyclopes, né des amours de Neptune et de Thoosa, habitait les côtes de la Sicile où il faisait paître de nombreux troupeaux. Ulysse et ses com- .pagnons, enfermés par lui dans une caverne, en sortirent en se cramponnant au ventre des béliers qu'il surveillait.
(1) Au moment où lé prince faisait passer des provisions aux marins d'Henri Cotiral pour les remercier d’avoir renfloué la thalamège ensablée, « deux grands physétères impétueusement abordèrent leur nauf et leur jectèrent dedans plus d’eau que n'en contient la Vienne, depuis Chinon jusqu'à Sanlouant (Saint-Louant) ».
(2) L'île de Jersey, pour M. Ducrot.
- (3) Saint-Michel-en-Grève, pour M. Ducrot.
(4) « L'île Grimm, au nord-nord-ouest de l'Islande, de temps immémorial rendez-vous des pècheurs de baleines, de veaux marins, qu’on extermine pour en avoir la graisse. De même que Rabelais fait tuer, dit M. Ducrot, un grand physétère ou baleine par Pantagruel sur les côtes de l'Islande, à l'endroit même où Mercator en a dessiné un; il en reparle encore entre la côte normande et la côte de Bretagne, là où Mercator en a dessiné un autre. La rencontre est fort singulière, on en conviendra sans peine. » (DucroT, loc. cit. suprà, p. 28.)
(2) On désignait autrefois, sous le terme générique de physétèrés, tous les grands cétacés à grosse tête (macrocéphales), baleines, cachalots, etc. Aujourd'hui il désigne le cachalot. Dans le langage commercial, on donne encore le nom de blanc de baleine (sperma-celi) à une substance visqueuse, rapidement coagulable, qu'on trouve dans les 6s du crâne du
x, Dal >
bruyant, ronflant, enflé, enlevé (1) plus hault que les hunes des naufs (2), et jectant eaux de la gueule en l’aer devant soi, comme si fûst une grosse rivière tombante de quelque montagne (5). |
« Pantagruel le monstra au pilot et à Xenomanes (4). Par le conseil du pilot furent sonnées les trompettes de la tha-
cachalot. «Le physétère, appelé peis mular en Provence et sedenecte en Saintonge, est, dit Le Duchat, une espèce de baleine qu'on voit quelquefois sur l'océan françois, particulièrement vers Bayonne. Les Grecs ont nommé ce poisson Physétère, comme qui diroit Souffleur, à cause de l'eau qu’il jette comme en soufflant, par un pertuis qu'il a dans le dessus de la tête. Voy. RoNDELLET, De Piscibus, 1. XVI, ch. xi1v, où il cite Pline JAN ACTIVE
(1) Élevé.
(2) Le penchant inné qu'a tout homme à exagérer encore les choses extraordinaires a pu se donner un libre cours au sujet des physétères et principalement de la baleine. Dans plusieurs ouvrages anciens, il est fait mention de baleines de 50 à 60 mètres de long. De fait, les baleiniers ne parlent plus, depuis trois ou quatre siècles, que de baleines de 20 mètres de long, ce qui est déjà bien raisonnable. Avec cette longueur, la circonférence, derrière les nageoires pectorales, est de 10 à 13 mètres ; le poids est d'environ 150.000 kilogrammes. Celui que représenteraient environ trente éléphants, quarante rhinocéros ou hippopotames, deux cents taureaux. (BREHM.)
(3) La respiration des Cétacés est singulière. Quand ils remontent pour respirer à la surface des flots, ils soufflent bruyamment l’eau qui a pénétré dans leurs narines incomplètement fermées, et cela avec une telle force que cette eau, réduite en poussière, s'élève à 5 ou 6 mètres, à 13 mètres même chez les grandes baleines, et peut être aperçu de plus d'un mille marin de distance. On dirait un jet de vapeur s’échappant d’un tuyau étroit ; le bruit qu'elle fait ressemble aussi au bruit de la vapeur. Ce n’est Te pas un Jet d’eau, semblable à celui d’une fontaine, et tel que le représentent les dessinateurs et que l'ont décrit quelques naturalistes.
(4) J'ai déjà dit que l’un des pilotes de Pantagruel était Jacques Cartier et l’autre Alphonse le Saintongeois. Ce dernier est indiqué clairement par ces deux phrases de Rabelais : « Panurge l’amena du pays de Lanternois » (c'est La Rochelle) et «icelluy.. avoit à Gargantua laissé et signé, en sa grande et universelle hydrographie, la route qu'ils tiendroient, » (L. IV, ch. 1.) Or c'est précisément l’ouvrage de Jean Alphonse, qui a habité avec Pierre Sécalar en la rue de Saint-Jean-de-Prez, à La Rochelle, devant l'église de Saint-Jean-du-Perrot, près la tour de la Lanterne. Son Hydr ographie a été imprimée à Poitiers en 1909 par Jean de Marnef, libraire. k
lamége en intonation de gare serre (1). À cestuy (2) son, toutes les naufs, gallions, ramberges (3), liburniques (4), selon qu'estoit leur discipline navale, se mirent en ordre et figure.
« Le physétère, entrant dedans les brayes (5)et angles des naufs et gallions, jectoit eau sus les premières à pleins tonneaulx, comme si fussent les catadupes (6) du Nil en Ethiopie. Dards, dardelles, javelots, espieux, corsiques (7), pertuisanes, voloient sur luy de touts costés.
« Frère Jean ne s’y espargnoit.
« Panurge mouroit de paour (8).
« L’artillerie tonnoitet fouldroyoit en diable, et faisoit son debvoir de le pinser (9) sans rire. Mais peu profictoit (10) : car les gros boullets de fer et de bronze, entrants en sa peau, sembloient fondre, à les voir de loing, comme font les tuiles au soleil (11). Alors Pantagruel, considérant l’occasion et
(1) Pour avertir de se mettre en garde et de se serrer l'un contre l’autre, de faire la scie (serra), manœuvre navale stratégique ancienne qui consistait à avancer et à reculer tour à tour. (VEGETIUS, AULUS-GEL- LIUS.)
(2) Ce.
(3) Vaisseaux longs.
(4) Navires légers des Liburniens. Liburna (HorACE, LUCIEN, TACITE). Liburnica (PLINE, SUÉTONE).
(5) Les écoutilles.
(6) « Lieu en Éthiopie onquel le Nil tombe de haultes montaignes, en si horrible bruyt que les voisins du lieu sont presque tous sours, comme escript CI. Galen. L'evesque de Caramith, celluy qui en Rome fut mon précepteur en langue arabique, m'ha dict que l’on oyt ce bruyt à plus de trois Journées loing, qui est aultant que de Paris à Tours. » (Voy. ProL. CicÉRON, 1n Som. Scipionis, PLine, 1. V, ch. 1x, et STRABON.) (Briefve Déclaration.) J'ai tenu à reproduire in extenso cettenote. Elle prouve : 1° que Rabelais est bien l’auteur de la Briefve Déclaration; 2° que c’est à Rome qu'il a appris l’arabe.
47) Javelines.
(8) Panurge n'avait pas absolument tort. On cite des cachalots qui ont attaqué sans motif des navires et les ont coulés bas.
(9) Pincer.
(10) Mais cela ne servait guère, était peu utile, du latin proficere.
(11) Le tissu graisseux qui double Ia peau de la baleine est tellement mollasse qu'il se laisse déprimer par la moindre pression et par cela
nécessité, desploye ses bras et monstre ce qu’il sçavoit faire. « Car avecques ses horribles piles (1) et dards (lesquels proprement ressembloient aulx grosses poultres sus lesquelles sont Îles ponts de Nantes, Saulmur, Bergerac, et à Paris les ponts au Change et aux Meusniers (2) soustenus, en longueur, grosseur, poisanteur (5) et ferrure)... au premier coup, il enferra le physétère sus le front, de mode (4) qu'il luy transperça les deux maschoires et la langue, si (5) que plus ne ouvrit la gueule, plus ne puisa, plus ne jecta eau. Au second coup, il lui creva l'œil droict. Au troisiesme l'œil gausche. Et fut vu le physétère, en grande jubilation de touts porter ces trois cornes au front, quelque peu penchantes d'avant, en figure triangulaire équilatérale ; et tournoyer d’un costé et d’aultre, chancellant et forvoyant (6), comme estourdi, aveuglé et prochain de mort. « De ce non content, Pantagruel luy en darda un aultre sus laqueue, penchant pareillement en arrière. Puistroisaultres sus l’eschine en ligne perpendiculaire, par équale (7) distance de queue et bec (8) trois fois justement compartie (9). Enfin luy en lancea sus les flancs cinquante d'un costé et cinquante de l’aultre (10). De manière que le corps du phy-
même « cède et ne rompt pas ». Ce tissu graisseux forme, d'autre part,
une gaîne de 20 à 50 centimètres d'épaisseur autour du corps qui doit ètre entièrement traversée, ainsi que les muscles, avant que les parties nobles soient atteintes.
(1) Javelots, traits ; rtlos en grec, pilum en latin.
(2) Le Pont-aux-Meuniers n'était éloigné du Pont-au-Change que de
quelques toisés. Il fut détruit, avec tous ses moulins, sous le règne de Henri IT.
(3) Pesanteur.
(4) De sorte que.
(o) Tellement, à tel point, si bien.
(6) Reculant, du latin foras, dehors, et via, CHSpnRE (7) Égale, du latin æqualis.
(8) Alias bac.
(9) Partagée, divisée.
(10) Le physétère de Pantagruel n’est pas une exception. Quand un animal de ce genre était harponné et entrait en agonie, on achevait'autrelois de le tuer à coups de lance, principalement dirigés entre les côtes.
sétère sembloit (1) à la quille d'un gallion à trois gabies (2), emmortaisée par compétente (3) dimension de ses poultres (4), comme si fussent cosses (5) et portehaubanes de la carine (6). Et estoit chose moult (7) plaisante à voir. Adoncques mourant le physétère se renversa ventre sus dors (8), comme font touts poissons morts; et ainsy, renversant les poultres contre bas (9) en mer, ressembloit au scolopendreserpent ayant cent pieds, comme l’ha descriptle sage ancien Nicander (10). »
Alors les matelots « amenarent le physétère lié en terre de l’isle prochaine, dicte Farouche, pour en faire anatomie, et recueillir la graisse des rognons, laquelle disoient estre fort utile et nécessaire à la guérison de certaine maladie qu'ils nommoient faulte d'argent (11). »
(1) Ressemblait.
(2) Mâts.
(3) Convenable, appropriée, du latin compelens.
(4) Ce sont les flèches grosses comme des poutres.
(o) Anneaux.
(6) De la carène, du latin carina.
(7) Très, bien plaisant, du latin multum.
(8) Après la mort,les nageoires pectorales qui maintiennent la baleine en équilibre cessant d'agir, l'animal tombe aussitôt sur le dos ou sur le flanc.
(9) De haut en bas.
(10) Dans le Trailé des animaux d'Albert de Bollstadt (Opera, t. VI, édition de 1651) on lit : « Centupeda est de genere draconum, multos valde habens pedes. Le centipes est du genre des dragons, mais a beaucoup plus de pieds. » Le scolopendre marin des Anciens ressemblait au centipes terrestre et était réputé jouir de l'étrange faculté de pouvoir vomir ses intestins percés par un hameçon, puis de les ravaler quand il les avait débarrassés de cet hamecon.
En réalité, le scolopendre est un annélide qui appartient à l'ordre des Myriapodes ou Mille-pieds. Il est pourvu d'une trompe charnue souvent fort volumineuse, et qui peut rentrer et sortir librement selon les besoins de l’animal. C’est ce qui a fait dire qu’il rendait ses intestins et les avalait de nouveau (CUVIER).
Sans nier absolument l'existence de grands sérpents marins, Brehm pense, d'autre part, qu'on a pris généralement pour des monstres de ce genre des algues gigantesques couvertes de Barnacles, des Congres ou des Murénidés énormes.
(11) De tous les mammifères marins, ce sont les baleines dont la pèche
Parmi les animaux, les uns (Vertébrés) ont un squelette intérieur osseux ou cartilagineux ; les autres (Invertébrés) en sont dépourvus. Les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles, les Poissons, les Batraciens sont des animaux vertébrés, les Articulés (Insectes et Vers), les Mollusques, les Zoophytes ou Rayonnés sont des animaux invertébrés. Dans les Articulés, ilest nécessaire, surtout au médecin, de connaître les Insectes diptères (1) et hyménoptères (2) et les Entozoaires (3) en raison des accidents morbides qu'ils causent aussi bien à l’état de larves qu'à l’état de complet développement.
fo L'homme tout entier respire en ses tableaux (4).
Le docteur Rabelais n'a parlé, dans son Gargantua et son Pantagruel, que des insectes et des vers dont il est question dans les traités de Zoologie médicale.
Jadis « au-dessus d’Aurelians estoit une ample fo-
rest de la longueur de trente et cinq lieues et de largeur
dix et sept, ou environ. [celle (5) estoit horriblement fertile (6) et copieuse en mousches bovines (7) et fres-
est, quand elle est heureuse, la plus fructueuse et la plus productive. Une baleine de 20 mètres de long et pesant 78.400 kilogrammes fournit 1.680 kilogrammes de fanons et 33.600 kilogrammes de graisse, qui donnent près de 27.000 kilogrammes d'huile. Une tonne (1.120 kilogrammes) d'huile coûte de 3 à 4 livres sterling (75 à 100 francs); une tonne de fanons se vend de 160 à 180 livres sterling (4.000. à 4.500 fr.). Des baleiniers ont gagné près de 300.000 francs dans une seule campagne. S'ils étaient atteints avant de la maladie qu'on nomme « faulte d'argent »» ils ont dû en être, à coup sûr, rapidement et complètement guéris.
(1) Insectes à deux ailes, du grec 4, deux, et rregov, aile; ce sontles mouches.
(2) Insectes à ailes membraneuses, du grec îuñ, membrane, et rrepov, aile; ce sont les abeilles, les guèpes, etc.
(3) Vers qui vivent dans l'intestin, du grec évrepov, intestin, et (vw, je vis. |
(4) LA HARPE, épître au comte de Schowalow.
(5) Celle-ci.
(6) Féconde, du latin fertilis.
(7) La mouche des bœufs est un insecte diptère très voisin de la mouche domestique. Elle s'en distingue par les côtés de la face et du front qui
lons (1), de sorte que c'estoit une vraie briganderie pour les pauvres jJuments, asnes et chevaulx. Mais la jument de Gargantua vengea honestement touts les oultrages en icelle (2) perpétrés sur les bestes de son espèce, par un tour duquel ne se doubtoient mie (3).
« Car soubdain qu'ils (Gargantua, son précepteur Ponocrates et ses gens) furent entrés en la dicte forest, et que les freslons luy eurent livré l'assaut, elle desgaina sa queue, et si bien s’escarmouchant (4), les esmoucha (5), qu'elle en abattit tout le bois : à tords, à travers, de çà, de là, par ci, par là, de long, de large, dessus, dessoubs, abattoit bois comme un fauscheur faict d'herbes. En sorte que depuis n'y eut ne bois ne freslons : mais fut tout le pays réduict en campagne.
« Quoi voyant, Gargantua, y print plaisir bien grand, sans aultrement s’en vanter, et dist à ses gens : « Je trouve beau ce. » Dont fust depuis appelé ce pays là Beauce. »
A la fin du combat livré par Gargantua à Picrochole, les troupes de ce dernier, en proie à une terreur panique, « fuyoient comme vous voyez un asne, quand il ha au c... un
sont blancs, par son abdomen à bande dorsale noire et par l'absence de jaune chez les mâles. Cette mouche, très commune en France, se jette sur les narines, les yeux et les plaies des bestiaux,
(1) La guêpe ou frelon (vesca crabro) est un insecte hyménoptère de la tribu des Vespides. Elle a le caractère taquin, agressif, et la locution latine crabrones irritare et la locution française « tomber dans un guêpier » en témoignent. Le phlegmon, la gangrène, les ulcères rebelles sont les complications ordinaires des blessures qu'elle cause, On comprend après cela que les anciens Pharsalites aient quitté leur pays où elle s'était multipliée outre mesure; on s'explique les chapitres du livre. de Josué et de l'Exode (Exode, 111, 28) où 1l est dit « que le Seigneur dirigeait des essaims de guêpes contre les Hethiens et les Chananéens pour leur faire graduellement abandonner la terre qu'il destinait à son peuple ».
(2) Celle-ci.
(3) Ne se doutaient pas.
(4) Courant çà et là, de l'italien scaramacciare, fait dans le même sens de l'allemand schwarmen.
(5) Chassa ces mouches.
œstre junonique (1), ou une mousche qui le poinet (2), courir çà et là sans voie ni chemin, jectant sa charge par terre, rompant son frein et rènes, sans auculnement respirer ni prendre repos, et ne sçait on qui le meut {car l’on ne veoit rien qui le touche). »
Dans le chapitre xxn du livre II, il est fait mention en ces termes des connaissances de Raminagrobis (3) en parasitologie : « Il parle absolument et proprement des pulces, punaises, cirons (4), mousches, culices (5), et aultres telles bestes : lesquelles sont unes (6) noires, aultres faulves, aultres
(1) Les œstres sont des insectes diptères qui forment, sous le nom d’OEstrides, une famille proche de celle des Muscides ; ce sont de grosses mouches très velues qui déposent leurs œufs dans l'épaisseur de la peau, sur les lèvres, dans le nez, l'orifice anal, etc., des animaux herbivores. Les larves qui en naissent vivent sous la peau (cuticoles) ou dans les cavités buccale, nasale (cavicoles), ou s’attachent aux parois de l'estomac et des intestins (gastricoles) jusqu’à leur complet développement, puis descendent dans le rectum avec les matières excrémentitielles et s’'échappent par l'anus lorsqu'elles sont devenues aptes à de nouvelles métamorphoses. On distingue l’œstre du cheval (gastrophilus hemorrhoïdalis), celui du bœuf (Aypoderma bovis), celui du mouton (cephalemyca ovis), de l'âne, du ‘ chameau, etc. La piqûre d’une seule de ces petites bêtes cause d'horribles souffrances.
Dans l'édition de Rathery, il est écrit que Rabelais appelle l’œstre «junonique » par allusion à celui que Junon mit après Io, que Jupiter avait changé en vache.
(2) Le pique, du latin pungere.
(3) En breton ra mine a c’hrobiz, il fait mine d’important. On pense avec raison que Rabelais a voulu sous ce pseudonyme désigner Guillaume Crétin. En effet, les vers qu'il fait écrire à ce poète mourant sont tirés presque littéralement d’un rondeau de Crétin adressé à Christofle de Refuge, maistre d'hôtel de Monseigneur d'Alençon qui l'avait consulté pour savoir s'il devait prendre femme. (Voy. AubiGEr, les Héros de Rabelais, p. 12, Saint-Antoine-Marseille, 1886.)
(4) Par ciron il faut entendre ici le sarcopte de la gale.
(5) Les cousins, du latin culex, culicis. Il y a une famille de Diptères monocères qui a pour type le cousin. La famille des Culicides se compose des genres cousin, anophète, etc. « Ces petites mouschettes qu'aulcuns appellent aussi cincelles » étaient, disait-on autrefois, « engendrées de vapeurs corrompues et d’ordure. » Dans les pays chauds, les piqûres, parfois assez nombreuses, des cousins, déterminent des inflammations violentes.
(6) Dont les unes sont.
cendrées, aultres tannées (1) et basannées, toutes importunes, tyranniques et molestes (2), non és malades seulement, mais aussy à gents sains et vigoureux. Par adventure ha-il des ascarides, lumbriques (3), et vermes (4) dedans le corps. Par adventure pastist-il, comme est en Égypte et lieux confins de la mer Erythrée (5) chose vulgaire et usitée, és bras ou jambes, quelque poincture (6) de draconeaulx grivolets, que les Arabes appellent vènes Meden (7). »
(1) À peu près de la couleur du tan.
(2) Insupportables, du latin molestus.
(3) L’ascaride lombricoïde est un entozoaire vivant principalement dans le tube digestif des enfants. Connu dès la plus haute antiquité, signalé par Hippocrate lui-mème, il a été pendant fort longtemps considéré comme n'étant autre que le lombric terrestre ou ver de terre, un peu modifié par son séjour dans les intestins. On sait maintenant qu'en dépit de la ressemblance il y a entre les lombrics terrestres et les vers ascarides des différences d’ PER EaNOn qui en font des espèces animales tout à fait distinctes.
(4) Vers, du latin vermis. Outre les lombrics, on peut trouver dans le tube digestif d’autres vers : l'oxyure et le trichocéphale, helminthes à corps cylindrique et strié comme celui des lombrics, les ténias armés ou inermes et le botriocéphale, helminthes à corps plat.
Dans le chapitre xxvi du livre IV il est dit qu'Hérode, roi de Judée, eut « une mort horrible et espouventable en nature (car il mourut d’une phthiriasis, mangé des vermes et des poulx, comme paravant estoient morts L. Sylla, Pherecides syrien, précepteur de Pythagoras, le poëte grégeois avec Alcman, et aultres). » Les Pediculi corporis, quand ils sont très nombreux et infestent depuis longtemps un individu, s’accompagnent de diverses altérations de la peau, telles que pustules, papules et petites tumeurs folliculeuses, indépendamment des excoriations et des égratignures produites par le grattement. Portée à ce degré, la présence des poux constitue une maladie véritable nommée maladie pédiculaire, phthiriasis ou phthiriase (du grec yet, pou), sur laquelle on a débité plusieurs opinions erronées ou contestables. Quoi qu'on en dise, il n’est pas probable que la maladie pédiculaire ait jamais causé la mort.
(5) La mer Rouge, mare Rubrum des Latins, mare Erythræum des Grecs, la mer des Joncs de l'Écriture.
(6) Morsure, piqûre.
(7) Le draconneau grivolet, encore nommé Venes menden, Gordius medinensis, Filaria Dracunculus, Dragonneau, Petit dragon, Ver ou Veine de Médine, Ver de Guinée, Ver du Sénégal, Ver cutané, etc., est un ver annelé vivant hors du tube digestif de l'homme. Un Île rencontre surtout dans l'Arabie Pétrée, au Sénégal et au Congo. Galien en a eu connaissance. (Voy. GALIEN, 1. VI, Des parties.)
4 NN « \ w : à F p seu tv rs EPS # P Ed ee - P > # az = NT .
Bien qu'Avenzoar eût écrit dès xn° siècle « qu’il s’engendre sous l’épiderme, dans une certaine maladie, des animalcules semblables aux poux, qui en sortent vivants ES on écorche la peau et qui sont si petits que l'œil a peine à les apercevoir »; que Moufet, en 1654 (/nsectorum minimorum animalium theatrum, ch. xxin1, p. 26), et après lui Redi, Linné, Morgagni, Latreille et plusieurs autres eussent établi la réalité de l'existence de ces animalcules ; que Mikmann, en 1776, eût déterminé de la manière la plus exacte le mode de contagion de la gale, cette maladie était encore rangée, en 1842 (voy. Compendium de médecine), parmi les vices, les cachexies ou les phlegmasies par beaucoup de médecins.
L'ami et le médecin du cardinal de Bellay était mieux renseigné. [la connu non seulementle siège de prédilection et de début de la gale, maisencore sa nature parasitaireetson caractère contagieux.
« D’ond me vient ce ciron ici entre ces deux doigts (1) ? » demande Panurge à Her Trippa. « Cela disoit tirant droict vers Her Trippa les deux premiers doigts ouverts en forme de cornes, et fermant au poing touts les aultres. » (L. II, ch. xxv.)
Un des ancêtres de Pantagruel, « Enay, fut très-expert en matière d’oster les cirons des mains ».{(L. II, ch. 1.)
Quenelault, « médicin normand, subitement à Monspellier trespassa par de biais s’estre avec un trancheplume (2) tiré un ciron de la main ».
L'entrée de l’abbaye de Thélème était interdite aux
(1) La gale occupe et commence presque toujours dans l'intervalle des doigts; aujourd’hui encore les médecins font ouvrir les « deux premiers doigts en forme de corne » aux individus qu'ils croient être atteints de cette maladie. |
(2) Sorte de canif. On lit dans l'édition de 1548 : « Guignemauld, normand médicin, grand avaleur de pois gris et brelandier très insigne, lequel subitement à Anh trespassa par faulte d’avoir payé ses dettes, et par de biais, etc.
ANATOMIE COMPARÉE ho1
« galoux » et aux individus atteints du mal de Fracastor (1).
C'en est assez... Ne ressort-il pas amplement de ces citations multiples, de cette exégèse minutieuse usque ad calcem, que Rabelais a aimé la nature à la fois comme l’aiment les poètes et les rêveurs, et comme l’aiment les savants : comme ceux qui veulent la saisir et l’admirer dans la magnifique variété de ses formes,etcomme ceux qui veulent la pénétrer dans les secrets de ses lois éternelles ? En formulant un ensemble de faits positifs, au lieu de ne s'appuyer que sur des préconceptions fictives, en ne se bornant pas à brasser la matière ductile de l'esprit d'autrui, en s’occupant avec un égal bonheur de l'éléphant et du ciron, Maître François a préparé et annoncé Buffon, Lacépède, Daubenton et Cuvier.
(1) En plus de l’Acare de la gale, des Oxyures, du filaire de Médine, des Reptiles et des Annélides nuisibles, on relève dans Gargantua et dans Pantagruel les noms d'animaux qui fournissent des produits médicamenteux: le castor (1 IT); la civette (1. I,ch.ret 1. If, ch. vi), le chévrotain porte-musc (1. I, Prol.), et, dans un autre ordre d'idées, ceux des chats de mars.
Quand « Ouaresmeprenant grondoit, c'estotent chats de mars ». Gargantua trouva « derrière un buisson un chat de mars dont les gryphes luy exulcérarent tout le périnée ».
Les chats de mars, ce sont les martres, disent tous les commentateurs. Pourquoi? Les chats de mars, ce sont les chattes qui ne sont jamais si amoureuses que pendant le carème. |
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L'anatomie des formes, encore appelée Anatomie artislique, Anatomie des peintres el des sculpteurs, a pour objet la description du modelé de telle ou telle région du corps humain, l'explication anatomique de ce modelé, de ses modifications à l’état de repos et de mouvement. C’est elle qui permet à un artiste d'analyser à travers la peau, comme à travers un voile transparent, le jeu des parties qui produisent les formes avec leur variété infinie de caractère. Tous les grands peintres et les grands sculpteurs du xve siècle, Albert Dürer, Poussin, Jean Cousin,le Titien et Jean Calcar son élève, qui ontillustré l'ouvrage (De Corporis
humani fabricä) de Vésale (1), Michel-Ange (2), Raphaël (3),
(1) Dans la préface de l'édition publiée à Bâle en 1543, il est dit que la plupart des figures ont été exécutées par J. Calcar.
(2) Michel-Ange a fait à Florence de longues études de dissection et laissé divers dessins anatomiques dont plusieurs ont été reproduits par Choulant et Seroux d'Agincourt (Ludwig CHouLanT, Gesichte und Bibliographie des anatomischen Abbildungen, Leipzig, 1852; Seroux d’AGINcourT, Histoire de l'art par les monuments, Paris, 1811, t. VI, pl. 177).
(3) Parmi les nombreuses esquisses d'anatomie de Raphaël, ilen est une qui est particulièrement remarquable, c'est celle du squelette qui a fourni à ce peintre génial, pour son tableau de la Mise au tombeau, l'indication précise de la direction des membres et de la disposition des jointures de la Vierge évanouie,
Léonard de Vinci (1), ete., etc., ont été de grands anatomistes.
Dès Ja fondation à Paris, en 16/8, par Louis XIV, d’une académie de peinture et de sculpture — aujourd'hui l'École des Beaux-Arts — deux enseignements ont été institués à côté des ateliers proprement dits, l’enseignement de la pérs-
pective et celui de l'anatomie.
Depuis cettecréation, Lebrun, Camper, Lavater, Ch. Bell, Humbert de Superville, Gratiolet, Gerdy, Darwin, Duchenne, de Boulogne, Fau, Lemoine, Piderit, Mathias Duval, Stevens, Richer, Cuyer, ete., ont noté et coordonné, en une sorte d'ensemble doctrinal, les rapports Intimes qui existent entre l'ouverture de l'angle facial et l'intelligence, entre la contraction de tel ou tel musele facial et telle ou telle expression de la physionomie, entre les déformations permanentes apparentes et la profession, etc. |
En anatomie artistique, commé en anatomie descriptive, en anatomie chirurgicale et en anatomie comparée, Rabelais a été un précurseur. Il a anatomisé d’abord Quaresmeprenant, « quant aux parties internes », puis « quant aux parties externes ». Et, comme un maître de l'art, alliant à la connaissance de l'organisme l'habileté de la composition et la profondeur de la pensée, 1l a laissé de Quaresmeprenant un portrait si ressemblant qu'il suffit de l’étudier un: instant pour deviner non seulement l’âge, l’état de santé habituel, la valeur intellectuelle et morale, mais encore la. parenté du modèle. Pour être mieux compris, l’incompa-
(1) « Je suis absolument persuadé, a dit William Hunter, que Léonard : de Vinci doit être considéré comme le meilleur et le plus grand anatomiste de son époque. De plus, il est certainement le premier qui aitinau- : guré l'usage des dessins anatomiques. » Qui a lu les manuscrits de Léonard de Vinci de la Bibliothèque royale de Windsor sera entièrement de l'avis de l'illustre chirurgien anglais. (Voy./es Manuscrits de Léonard de Vinci de la Bibliothèque royale de Windsor. De l'anatomie, feuillets A, publiés par Théodore SABACHNIKOFF, avec traduction en langue française, trans-
crits et annotés par Giovanni Piumali ; précédés d'une étude de Mathias | Duval, Paris, 1897.) GATE 2/07 CT OU DOME
rable satirique a fait, en effet, réapparaître par atavisme, chez l'observateur fidèle des lois du Carême, divers caractères anatomo-physiologiques de deux de ses aïeux, Amodunt et Discordance, qu'il a dépeints en ces termes dans le chapitre xxx11 du livre IV :
Voilà, dist Pantagruel, une estrange et monstrueuse membrure d'homme (1), si homme le doibs nommer. Vous me réduisez en mémoire (2) la forme et contenence de Amodunt (3) et Discordance.
« — Quelle forme, demanda frère Jean, avoient-ils ? Je n'en oui jamais parler : Dieu me le pardoint (4).
«—.Je vous en dirai, respondit Pantagruel, ce que j'en ai leu parmi les apologues antiques (5). Physis (6) (c'est Nature) en sa première portée enfanta Beaulté et Harmonie sans copulation charnelle : comme de soi-mesme est grandement féconde et fertile. Antiphysie (7), laquelle de tout tempsestpartie adverse de Nature, incontinent eut envie (8) sus cestuy tant beau et honorable enfantement : et au rebours enfanta Amodunt et Discordance par copulation de Tellumon (9).
1) Il s’agit de Quaresmeprenant. ) Vous me rappelez.
3) Sans forme. Ce mot est dérivé peut-être du latin a, modo et ens, être sans forme.
4) Me pardonne.
(5) La Monnoye dit que Rabelais a emprunté cet apologue à Cælius Celeaginus, auteur qui n’est ni antique, ni très connu, et dont les œuvres ont été imprimées en 1544 sous le titre de Gigantes. On lit, en effet, à la page 622 de cette édition des œuvres de Cælius Celeaginus : Natura ut est per se fera, primo partu, Decorem atque Harmoniam edidit, nulla opera viri adjuta. Antiphycia vero, semper naturæ adversa, tam pulchrum fœlum protinus invidit, usque Tellumonis amplexu, duo ex adverso monstra peperit Amoduntem ac Diserepentiam nomine, si formam indicaro, excitabo risum legentibus, etc... Rabelais a traduit cet apologue jusqu’à ces mots : « Depuis elle engendra les matagots... »
(6) La nature, oûst en grec.
(7) Le principe opposé à la nature, du grec av!, contre, et os, nature.
(8) Fut jalouse.
(9) Sorte de divinité qui symbolisait les forces productives de la terre; Varron et saint Augustin ont usé de cette PHPRIUNS (Voy. l'Alphabet de
J'auteur.)
Ils avoient la teste sphérique et ronde entièrement comme un ballon : non doulcement comprimée des deux costlés, comme est la forme humaine. Les aureilles avoient hault enlevées, grandes comme aureilles d’asne : les œils hors la teste, fichés (1) sus des os semblables aux talons, sans sourcilles, durs comme sont ceulx des cancres (2); les pieds ronds comme pelottes ; les bras et mains tournés en arrière vers les espaules ; et cheminoient sus leurs testes continuellement faisants la roue, c... sus teste, les pieds contremont (3). Et comme vous sçavez que és singesses (4) semblent leurs petits singes plus beaulx que chose du monde, Antiphysie louoit et s’efforceoit prouver que la forme de ses enfants plus belle estoitetadvenente (5), que des enfants de Physis : disant que ainsy avoir les pieds et teste sphériques, et ainsy cheminer circulairement en rouant (6), estoit la forme compétente (7) et parfaicte allure relirante (8) à quelque portion de divinité, par laquelle les cieulx et toutes choses éternelles sont ainsy contournées. Avoir les pieds en l’aer, la teste en bas, estoit imitation du Créateur de ones vu que les cheveulx sont en l’homme comme racines, les Jambes comme rameaulx. Car les arbres plus cpl sont en terre fichés sus leurs racines, que ne seroient sus leurs rameaulx. Par cette démonstration alléguant que trop mieulx et plus aptement (9) estoient ses enfants comme une arbre droicte (10);
(1) Fixés.
(2) Crabes, du latin cancer. Les yeux des Crustacés sont supportés par un pédoncule, dit pédoncule oculaire.
(3) Les pieds en l'air.
4) Aux femelles des singes.
D) au convenable, mieux adapté à ses fonctions; du latin advenire. e
Cons du latin Dern
(8) Approchante. Selon Platon, la forme la plus belle et la plus parfaite est la forme ronde. (Voy. MONTAIGNE, Essais, I. If, ch. x11.)
(9) Justement, du latin aple.
(10) Je rappelle que Rabelais a conservé aux bte dérivés du latin ou du grec le genre qu'ils ont en latin ou en grec,
que ceulx de Physis, lesquels estoient comme une arbre renversée. Quant est des bras et des mains, prouvoit que plus raisonnablement estoient tournés vers les espaules ; parce que ceste partie de corps ne debvoit estre sans deffenses, attendu que le devant estoit compétentement muni par les dents, desquelles la personne peut non seulement user en maschant sans l’aide des mains, mais aussy soi deffendre contre les choses nuisantes. Ainsy, par le tesmoignage et stipulation (1) des bestes brutes, tiroit touts les fols et insensés en sa sentence (2),et estoit en admiration à toutes gens escervelés et desgarnis de bon Jugement et sens commun. Depuis elle engendra les matagots (3), cagots (4) et papelars (5) : les maniacles pistolets (6) : les démoniacles Calvins imposteurs de Genève (7) : les enragés Putherbes (8),
(1) : LE du latin stipulatio.
(2) Opinion, du latin sententia.
(3) Moines rèveurs, du grec pératos.
(4) Hypocrites.
(5) Fins, rusés et aussi papistes.
(6) Les maniaques de Pistoie. Le Duchat estime que Rabelais veut désigner ici des démoniaques ou sectaires, appelés noirs et blancs, qui parurent vers l'an 1300 dans la ville de Pistoie. Selon le dictionnaire de Trévoux, c'est de Pistoie, où ils auraient été inventés, que les pistolets tirent leur nom. Pour M. A. Demmin, cependant, le mot pistolet dériverait de pis tallo, pommeau, garniture, en italien, et non de Pistoie, ville.
. Le pistolet serait originaire de Pérugia où, en 1564 déjà, on fabriquait des canons à mains de la longueur d’une palme.
(7) Les calvinistes. On écrivait autrefois démoniacle pour démoniaque, maniacle pour maniaque, thériacle pour thériaque, etc. En 1550, Calvin (De Scandalis) a dénoncé Maître François comme athée. Robert Estienne a demandé (/n Præfat. ad Glossar., nov. 1535) qu'on le brulât avec son livre, et le cardinal de Tournon qu'on l'emprisonnât. (Louis MoLanp, François Rabelais, tout ce qui existe de ses œuvres, pp. 29 et 30.)
(8) Gabriel de Puy-Herbaut (Putherbeus), moine de Fontevrault, a attaqué avec la plus extrème violence et accusé (dans un ouvrage intitulé : Theotimus ; sive de expungendis et tollendis malis libris, tis prœcipué quos vix incolumi fide ac pielale plerique legere queant, in-8, à Paris, chez Jean de Roigny, l'an 1549) Rabelais d’immoralité. Ce dernier a conspué, par représailles, Puy-Herbaut et Calvin dans l’apologue cidessus,
briffaulx (1), caphars (2), chattemites (3), canibales (4) “à et aultres monstres difformes et contrefaicts en despit de Nature (5). » | C 4
Par moment, entrainé vers l'idéal, Rabelais a parlé. * avec sagesse et élévation, en homme qui a conscience de M son génie ; ailleurs, il s’est laissé aller à une extravagance de fantaisie, à une débauche de PIRTeTEsS à un déluge de bons mots ou de gros mots. On a essayé d'expliquer ces contradictions, ce bizarre assemblage du sublime et du bouffon. On a dit que, ne voulant pas renoncer à son franc-
(1) « Frères lais fondés en bref par le Pape, dit Moland, et entretenus par des religieuses non rentées, afin de quêter pour elles. »
« "Chartreux, Jacopins, Carmes, Augustins, Tous moques blancs, rouges, noirs ou vers, 4 Cordeliers, Bonshommes et tous Celestins, 40 Procureurs, Briffaulx aussi convers 2 Tout va ne scay comment a revers. »
(Le Resveur avec ses resveries. Recueil de poésies françoises, t. XI, p.106 ) k
(2) Sournois, moines affublés d'un capuchon, caphardum, en basse. latinité. Les Turcs appellent cafar un renégat. Ce mot paraît venir du =
verbe hébreu caphar, cacher, couvrir.
(3) Gens qui accordent en riant, en faisant les bons apôtres; du latin
catta, chatte, et milis, douce. Chatte qui fait la patte de velours. ;
Un chat faisant la chattemite. :
(LA FONTAINE ) te
Ah ! Chattemites Je scay bien que en riant vous accordez.
(GRÉGOIRE, Moralilé du jeu des Princes des Sots et mère Sotte.)
(4) « Moines qui, comme à belles dents, déchiraient l'auteur par leurs ; écrits et dans leurs discours. » (Le DucnAT.) Pendant toute sa vie, " Rabelais à été violemment attaqué par les écrivains de la Réforme, jaloux de ne pas sentir à leurs côtés un homme qui aurait pu leur attirer des partisans, et par les moines mécontents de voir étaler au grand jour leurs mœurs licencieuses. Il à fallu au fécond et intarissable satirique, pour ne pas subir le sort de son ami Étienne Dolet, l'appui des évèques de Paris, du Mans, de Maillezais, de Pierre Duchâtel, évèque de Tulle, lecteur ordinaire du roi, du cardinal d'Armagnac, etc., etc.
() Les frères Fredons avaient «les genoils contrepoinctés (pointus à rebours), deux braguettes en forme de pantophle, l'une devant, et l’aultre derrière, des souliers ronds comme bassin, le cahuet (l'extrémité) de leur capuchon attaché devant. les cheveulx en devant croissants en liberté et tondus à la partie postérieure de la teste, etc. »
parler, mais averti par des exemples journaliers du prix de la prudence, l’auteur de Gargantua et de Pantagruel a caché, sous le masque et les grelots de la folie, les témérités de la raison. On a dit qu'il n'a fait que suivre les traditions de liberté, de licence même, d'allures, de gestes et de langage admises par les mœurs de son époque (1). Quoi qu'il en soit, il y a, dans l'épopée pantagruélique, des expressions et des gauloiseries qu'il est difficile de reproduire. Je voudrais faire pour les « contenences externes » de Quaresmeprenant ce que J'ai fait pour ses «contenences internes », les analyser minutieusement et une à une, mais plusieurs d’entre elles ont prêté à des comparaisons si risquées de la part de Maître François que cela m'est impossible. Je me bornerai donc à esquisser à grands traits le portrait du roide ‘île de Tapinois. On ne m'en saura pas, au surplus, mauvais gré, car ce portrait, ainsi qu on va s'en rendre compte, est loin d'être séduisant (2) :
Quaresmeprenant était un homme déjà avancé en âge (3),
(1) Les cours papales d'Avignon et de Rome n’ont pas été des modèles de pureté de mœurs sous Jean XXII, Alexandre VI et Léon X, pas plus que les cours de Toscane et de France sous les Médicis, sous François I°r et Henri II. Boccace, le grivois et très peu pudibond auteur du Décaméron,- auquel La Fontaine à fait tant d'emprunts, Boccace, comme Pétrarque, le chantre de l'amour, comme Rabelais, était prêtre. Le Pulci, ce poète italien s1 licencieux, l'auteur du Morgante Maggiore, était chanoine de Florence. Que Béroalde de Verville, chanoine de Tours, soit l'auteur du Moyen de parvenir, ce livre encore plus dépourvu de pudeur que ceux de Maître François, ou qu'il ait été le plagiaire de celui-ei, toujours est-il que Ia langue verte et les contes grivois n'effarouchaient pas plus alors certains habitants des cloîtres et des chapitres que les poésies plus que lestes de Grécourt et de Piron ne faisaient rougir les abhés de ruelles du xvin° siècle. Le vieux français comme le latin, auquel du temps de Rabelais on revenait avec passion, dans les mots bravait l’honnètelé. |
(2) Le prêtre-médecin n'aimait pas le carème. Il ne s’en est pas tenu à cette description du personnage dans lequel il Fa synthétisé, il a déclaré ouvertement dans le prologue du livre V : « Le monde doncques, ensagissant (devenant plus sage), plus ne craindra... pitoyablement croire, en quaresme. »
(3) I avait : « les. os, comme cassemuseaulx ; les ligaments, comme une
d'une taille élevée (1), maigre (2), débile (3), tourmenté moralement par le repentir (4) des fautes qu'il avait commises et physiquement par une maladie constitutionnelle honteuse (5) et quelquefois aussi par une gonorrhée provoquée par une nourriture trop échauffante (6).
Il avait la tête ronde (7), mais les joues creuses, la peau du visage ravagée de coutures comme si elle avait été
escarcelle; le dors, comme une arbaleste de passe, etc. ». Le dos (du latin dorsum) raboteux, arqué, difficile et long à redresser. Les exagérations de courbure de la colonne vertébrale, dues à l'influence de l’âge, intéressent surtout la région dorsale, tandis que celles qui dépendent des professions occupent de préférence tantôt la partie inférieure de la région cervicale, comme chez les porteurs, et tantôt la partie supérieure de la région lombaire comme chez ceux qui s’adonnent à la culture du sol. C’est dans la région dorsale que commence l’ankylose physiologique des vertèbres entre elles.
L'arbaleste de passe est une grosse arbalète qu'on tendait au moyen d'une machine et qui servait à armer une tour roulante, dite passe, qu'on approchait dés remparts. (FROISSARD.)
« Gargantua bandoit és reins les fortes arbalestes de passe. »
(1) « Un demi-géant. » ;
(2) Il avait: « les lumbes, comme un cathenal; la poitrine, comme un jeu
de regnalles ; les joues, comme deux sabbots, etc. » Les joues creuses, pro-
fondes. Prov. pop. :« Dormir comme un sabot, » dormir profondément,
(3) Il avait : « les muscles, commeïun soufflet ; le sang bouillant, comme nazardes mullipliées ; les esperits vilaulx, comme longues chiquenauldes ; s’il subloit(sifflait), c'estoienthottées de singes verds, etc. ». ds
(4) Il avait : « La repentance, comme l'équippage d'un double canon. »
(5) Il avait : « le trou du c.…, comme un miroir crystallin ». Les anciens médecins donnaient le nom de cristalline à la syphilis des Ganymèdes, à la syphilis anale engendrée par des rapports contre nature. (Voy. te dictionnaire de Furetière et le Traiclé second de la maladie appelée cristalline, autrement dit maladie indienne ou rongne espagnolle, par Tannegui Guillaumet, chirurgien du roy, Nismes, 1611.) Quaresmeprenant sacrifiait en secret à la pierre noire d’'Emesse déifiée par Héliogabale.
(6) avait: « la penillière, comme une dariole » et pâtissait « quelquefois d'une lourde pissechaulde, etc. »
(7) H'avait: « la teste contournée, comme un alambic, » c’est-à-dire comme un ballon d'alambic. Les anthropologistes ont établi que toutes les races humaines préhistoriques, protohistoriques et historiques peuvent être ramenées à deux types: autypedes têtes longues ou dolichocéphales (du grec ôoky6e, allongé, et zzsadx, tète), el au type des lètes courtes ou brachycé phales (du grec fpayÿs, court, et pal, tète). Entre ces deux types, il y a
incisée avec le bistouri (1),les yeux les trois quarts du temps inondés de larmes (2), de hautes oreilles velues, mal ourlées (3), un nez à la Cyrano (4), surplombant sensuellement (5) une bouche très ouverte, garnie de grandes dents jaunes et pointues (6). Il n'avait pas de
des transitions nombreuses, mais il est bien certain que, quelle que soit actuellement et quelle qu'ait été primitivement la conformation du crâne humain, il est et a toujours été plus ou moins aplati sur les tempes. Il n'y a eu que Quaresmeprenant et ses aïeux qui aient eu « la teste sphérique, ronde entièrement comme un ballon : non doulcement comprimée des deux costés » pour pouvoir « cheminer circulairement en rouant ».
(1) Il avait: «le visage bistorié, comme un bast de mulet». S'était-il labouré, se labourait-il encore, en signe de deuil, la face avec ses ongles, inconsolé et inconsolable, comme Rachel dans Rama ?.…
(2) Il « plourait les trois parts du jour ».
(3) Il avait : «les aureilles, comme deux milaines ». Mitaines, « gros gants fourrés où il n’y a pas de séparation pour mettre les doigts, à la réserve du pouce. » (FURETIÈRE.)
(4) ILavait :« les narines, comme un béguin ; le nez, comme un brodequin enté en escusson ». On appelle écusson un morceau d'écorce portant un œil ou un bouton, qu'on détache d’un arbre pour l'insérer entre le bois et l'écorce d'un autre arbre. « Le nez, comme un brodequin enté en escusson » signifie donc le nez comme un brodequin.
Grandgousier «feit faire à son fils des bottes faulves : Babin les nomme brodequins ». Dans l'édition de Garnier, il est dit que «Babin paraît désigner une république fictive établie autrefois en Pologne comme le royaume de la Mère Sotte en France !.. » Babin est tout simplement le nom patronymique d’une famille de cordonniers chinonais.
(5) « Ad formam nasi cognoscilur ad te levavi » (1. I, ch. xL), s'écrie frère Jean.
Les dames romaines favorisaient, en proportion de la longueur du nez les gladiateurs. L'exemple, il est vrai, venait de loin et de haut. Le grand nez de Vulcain avait séduit Vénus, — Vénus qui devait s'y connaître.
Noscilur a pedis quantum sit virginis antrum. Noscilur a naso quanta sit hasta viri.
(OvipE..)
Qu'ya-t-il de scientifique dans ce distique proverbial du poète, dont les licentieux adages italien et provençal : Al nazzo cognoscele il cazz0, et Gros nas, gros dabas, ne sont que des réminiscences ?
(6) Il avait : «/es dents, comme un vouge. De ses lelles dents de laict vous trouverez une à Colonges-les-royaulx, en Poictou, ef deux à la Brosse en Xaintonge, sus la porte de la cave ».
Il avait : « La bouche, comme une housse ». Selon Furetière, « la housse
h1/ RABELAIS ANATOMISTE
barbe (1), el son crâne était orné de la double tonsure des moines, bordée d’uné couronne de cheveux roides (2), poudreux (3), agglutinés, ainsi que les sourcils, les cils et les poils des autres parties du corps (4), par des humeurs et des croûtes gluantes ou desséchées de nature suspecte (5).
Son cou était déformé par un goitre volumineux (6) et aussi, selon toute probabilité, par des écrouelles (3), et sa
élait une couverture que les paysannes mettaient autrefois sur leur tète pour se défendre de la pluie et du vent ».
Il n'y avait pas que les paysannes. Un règlement de l’ancien Senonais interdisait aux lépreux de sortir de leur borde sans être vêtus de leur housse. ;
(1) Soit qu'il en fût naturellement dépourvu, soit qu'il la rasât de près. Dans le chapitre xxix du livre IV, Rabelais a écrit que Quaresmeprenant était un « demi-géant à poil follet et double tonsure » (la tonsure monacale), et, dans le chapitre xxxr1 du même livre, qu'il avait « {a barbe, comme une lanterne », scilicel comme le parchemin oule papier huilé qui remplaçait les vitres dans les lanternes primitives, ou comme la peau glabre des docteurs en théologie et des moines fréquentant les conciles et qui sont appelés plaisamment, à diverses reprises, lanternes dans le roman pantagruélique. Quaresmeprenant était, lui-même «, un extraict de Lanternois, bien grand lanternier ».
(2) Il avait : «les cheveulx, comme un décroltonoire ». On donnait jadis le nom de décrottonoire à une brosse grossière de chiendent ou de crin qui servait à nettoyer les chaussures.
(3) D'autant plus poudreux que Quaresmeprenant avait reçu les cendres sur sa double tonsure le premier jour de son règne.
(4) I avait : « Les sourcilles (sourcils), comme une lichefrelle M les œils, comme un eslui de peignes ; la penillière,; comme une dariole, ète .
(5) Engendrées par la mauvaise alimentation et par la malb DEEE la syphilis ou la scrofule.
(6) Il avait : «le menton, comme un potiron; la gorge, comme une chausse d'hypocras ; le nou,comme un baril, auquel pendoient deux goitrous de bronze bien beaulx el harmonieux, en forme d’une horloge de sable, etc. ». Avec «deux goitrous de bronze sibeaulx el si harmonieux », on comprend pourquoi quand Quaresmeprenant « dodelinoit de la teste, c’estoient charrettes ferrées », pourquoi il avait le menton comme un potiron, la gorge comme un pain de sucre. |
Chausse d'hypocras. Chausse feutrée de forme conique dont on se sert encore aujourd'hui pour filtrer, passer et GERes 18 vin, les sirops, les liqueurs. |
« Sur la tête les Circassiens ont un bonnet de feultre fait tout ainsi qu'une chausse à hipocras ou qu’un pain de sucre. » (BARON Cosmogr., part. IT, col. 855.)
(7) Il avait : « les adènes, comme une serpe ».
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£ poitrine, dont les côtes, au nombre de sept (1) perçaient
les téguments, contrastait d’une façon étrange avec son gros ventre (2) logé dans un pourpoing « boutonné selon
la mode antique et ceinct à l’antibust (3) ». Ses membres patauds (4) étaient terminés par
(1) Allusion aux sept semaines du Carème. « Quaresmeprenant, disoit
Xenomanes continuant, quant aux parties externes, estoit un peu mieux
proportionné, exceptez les sept costes qu'il avoit oultre la forme commune des humains ».
(2) Il avait : « Le ventre à poulaines » el le « mirach, comme un chapeau albanois ». Les ventres à poulaines étaient des gipons ou pourpoings rembourrés. Le grand satirique a, par suite, comparé à ces pourpoings et feint de les croire postiches les ventres de certains moines. « Un grand tas de sarrabaïtes (moines déréglés et vagabonds)... qui se sont desguisés comme masques pour tromper le monde... au contraire font chère, Dieu sçait qu'elle... Vous le povez lire en grosse lettre el enluminure de leurs rouges museaulx et ventres à poulaines. » (L. IF, ch. xxxiv.)
« On appelle mirach en arabe, dit Leonellus Faventinus, en son traité De Medendis morbis, ch. 1, la partie extérieure du ventre composée de peau, de graisse et de huit muscles du ventre : Mirach dicilur pars ventris exlerior, composita ex cute, pinguedine et octo musculis ventris. »
Chapeau albanois, « chapeau poinctu, hault bonnet » (1. III. ch. xxv etl. V, ch. xxxr1). « Il a un ventre aussi pointu » ést une phrase encore employée couramment en Touraine pour exprimer qu'un individu à l'abdomen très proéminent.
Il est une maladie consistant dans l’engorgement des ganglions abdominaux sous l'influence de la scrofule ou de la tuberculose, le carreau, dont un des principaux symptômes est la distension du ventre. Quaresmeprenant était-il atteint de cette maladie : Ses « œils, comme un eslui de peignes ; » ses « adènes, comme une serpe » porteraient à le croire. Il est à remarquer cependant que le carreau, assez commun chez l'enfant, est très rare chez l'adulte etsurtoutchezles vieillards et semble avoir été décrit
pour la première fois au xvi® siècle par Benivieni (de Florence) et Fernel.
(3) Ceint à la poitrine ; du latin ane, devant, et de l'italien busto, partie supérieure du corps. « Et croyez qu’ils burent à ventre desboutonné (car en ce temps là on fermoit les ventres à boutons, comme les collets de présent) jusques à dire : D’ond venez-vous ? » (L. II, ch. xx.)
(4) I avait : « leshanches, comme un vibrequin; les cuisses, comme un crenequin ; les genoils, comme un escabeau ; les jambes, comme un leurre; les bras, comme une barbute ; les coubles, comme ratonoires, etc. ».
Crénequin. — Le colonel Penguilly L'Haridon affirme, dans son excellent Catalogue du Musée d'artillerie de Paris, que le crénequin ou cranequin n'est autre chose que le pied de biche. Il donne pour raison qu’on appelait cranequiniers les arbalétriers à cheval, et qu'il était impossible à un cavalier de bander une arbalète à tour. Cependant, Du Cange cite à l’article Crenekinarii ce passage datant de l’année 1422 : « Icellui Bau-
doin prist une arbalète nommée crénequin, qui est dire arbalète à pié.»
Or, l'arbalète à pied est bien l’arbalète à étrier dont l'arc est bandé, non par le pied de biche, mais par la moufle. On peut donc admettre avec Viollet-Le-Duc qu'au commencement du xvr* siècle le crénequin était la moufle dont nous donnons le dessin au trait ci-dessous et qui a la configuration générale de la cuisse. 3 Leleurre,dontlaformen'a pas changé depuis lemoyen âge, est un morceau de cuir rouge façconnéen forme d'oiseau, disent les traités de vènerie, — faconné en forme du gras de la jambe, du mollet, dirons-nous avec Maître Francois, — et dontles fauconniers se servent pour appelerles tiercelets au réclame. Il est rembourré pour permettre aux serres des faucons de s'y
Leurre.
Crénequin. Barbute.
fixer. (Voy. le Livre du roy Modus; Tarpir, Art de la fauconnerie; Reliquia librorum cit. suprà et Magasin pittoresque, t. XI, 1843, p. 253, fig. 5.) Barbute. — Casque descendant très bas en arrière, « quo caput tegebant milites et equiles in præliis, » dit Du Cange. Les bras, par conséquent, déjetés en arrière comme ceux des enfants d'Antiphysie. Pour prouver. cette assertion, j'ai fait dessiner au Musée d'artillerie de Paris la barbute qu'on a sous les yeux. Les archers à pied sont restés fidèles à cette coiffure que les argoulets, cavaliers du xvi° siècle, portaient encore. Les coubles, les coudes, du latin cubitus.
Ratonoires. — Piège à prendre les rats. Il y a des ratonoires de toutes les formes, même de la forme du coude.
des mains rudes d’une propreté douteuse (1) et par des pieds dont la plante convexe était imprégnée d’une sueur huileuse (2). Ses doigts et ses orteils étaient armés
(1) Il avait : « les mains, comme une estrille ». Abstraction faite des doigts, la main est carrée comme est d'ordinaire une étrille. L’étrille, dont on ne se sert plus que pour enlever la crasse attachée au poil et à la peau des chevaux, a fait partie du matériel des étuves. A Rome, la peau des baigneurs était raclée au moyen d'un racloir oustrigille par les aliptes, frictionnée par les fricatores, massée par les fraclatores, enduite de parfums par les unclores. En Grèce, la strigille était employée après les exercices du gymnase.
Valentin et Orson « servoient aux estuves d’enfers et estoient rascletorets (aliptes) ». (L. IT, ch. xxx.)
Parmi les termes de la litanie célébrant la puissance virile de frère Jean figure celui d’ « estrillant », frottant vigoureusement.
Des mains comme une étrille convenaient à Quaresmeprenant qui avait « les cheveulx, comme un décrottonoire ; la peau, comme une gaervaldine, etc. », et qui était méchant.
(2) Ilavait : « les pieds, comme une DRE ne ; les talons, comme une massue ; la plante, comme un creziou ».
Guiterne, quinterne, guisterne, quiterne, instrument à cordes pincées qui est un dérivé de la cithare et de la rote.
Harpes et gigues et rubèbes Si ia guiternes et leus (luthes).
(Roman de la Rose.)
La table d'harmonie, échancrée de chaque côté, de certaines guiternes a les contours amplifiés du pied. La ressemblance de cette table avec le pied est déjà évidente sur la guiterne dont joue avec un plectrum, pendant qu’un jongleur exécute un pas, le ménestrel debout figuré sur l’un des entourages du manuscrit de Tristan et Yseult (vers 1260, manuscrit de la Biblioth. nat.). Le mot guiterne ne semble pas toutefois avoir été employé avant le xrv° siècle.
L’extrémité libre d’une massue est ronde.
Dans le Poitou etle Chinonaiïs, on appelle encore créziou, crézieu ou crézion une petite lampe composée d’une cuvette plus ou moinsbombée, munie d’une anse qui sert à l’accrocher, et, du côté opposé à cette anse, d’un bec en forme de tubulure qui donne à la mèche plus destabilité. C’est, sauf quelques points de détails, le chaleu de l'Auvergne, le chalé du Bourbonnais, le crinchet, crachet, craichet, craisset, crasset, crassé de l'Artois, le crachet ou lémeron dela Picardie, lecoperon des Ardennes, le crassin des Flandres belges, le cresset de l'Angleterre, etc. (est la lampe antique, d'usage courant, que tient à la main le Diogenes fossor des Catacombes, celle dont le poète
Guilterne.
d'ongles acérés enroulés plusieurs fois sur eux-mêmes (288
Creziou.
axe contenant l'huile et la mèche, dont ont usé les hommes des âges de la pierre taillée. Le creziou permet aux paysans du Centre de la France
d'utiliser l'huile de noix, devenue absolument impropre àlaconsommation lorsque le pot tire à sa fin, etfournit ainsi un éclairage économique.
Celui dont nous donnons le dessin appartient -à Ja mère d’une de mes domestiques habitantRichelieu, près de Chinon.
« Il avoit aussi préparé une salade composée de plusieurs espèces d'herbes, y jetant un peu de sel dessus et du vinaigre etquelques gouttes d'huile d’un crézieu. » (Histoire macaronique, 1. II.
Trad. anonyme.)
(1) Ilavait: « Les ongles, comme une vrille ». S'il n’y a guère en France que des vieillards qui aient des ongles en vrille, il
Prudentius a dit : Pendent mobilibus lumina funibus, et qu'un personnage sculpté sur un Cippe gallo-romain du Musée d'Amiens porte à la ceinture, celle dont on a trouvé de nombreux spécimens dans l'Allier et qui n'est peut-être elle-mème qu’une imitation de l'appareil d'éclairage rudimentaire, de la simple feuille pliée suivant son grand
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Ongles en vrille.
n'en est pas de même dans l'Extrème-Orient. Les dandys de Bangok | et de Hué se font honneur de leur oisiveté en s’agrémentant d'ap-
ANATOMIE DES FORMES 419 pendices unguéaux qu'ils enferment, pour les préserver de toute avarie, dans des étuis d'or ou d’argent. Sur le dessin ci-joint, qui est la reproduction fidèle de la main d’un seigneur annamite, on voit des ongles ne mesurant pas moins de 40 et même 45 centimètres de longueur. Un seul fait exception, c’est celui de l'index, mais il a été brisé.
Les formes dites anormales de l’'onychrogryphose (du grec ôvuë, 6vuyos, ongle, et ypuxôs, courbé, crochu) ne sont que l’exagération des formes normales que prendraient les lames cornées des doigts si nous obéissions à des modes aussi excentriques que celles qui règnent au Tonkin et en Cochinchine. Les pathologistes, je le répète, ont décrit chez les vieillards des ongles en griffe, en spirale, en vrille, etc. J’ajouterai que, chez les cagots ou goitreux des Pyrénées, la lèpre est fréquente et caractérisée par l'hypertrophie des ongles et des doigts, le teint blafard, etc. (Voy. Progrès médical, 1892. De l'existence de la lèpre aïlténuée chez les cagots des Pyrénées, par Lasarp et F. REGNAULT.) En donnant à Quaresmeprenant, qui était déjà âgé et doublement cagot, des ongles « comme une vrille », Rabelais a donc été bien inspiré.
En mettant en parallèle la conformation physique de Quaresmeprenant et celle de ses arrière-aïeux, on peut juger maintenant du degré de ressemblance qu'il avait avec eux.
Quaresmeprenant avait :
« La teste contourné, comme un alambic (un ballon d'alambic) ;
« Les aureilles, comme deux mitaines ;
« Les paulpières, comme un rebec (l'extrémité libre renflée du manche d'un rebec);
« Les sourcilles, comme une lichefrette (1èchefrite) ;
« Les bras, comme une barbule ;
« Les talons, comme une massue; la plante,
Amodunt et Discordance, les fils d'Antiphysie, avaient :
« La teste sphérique et ronde comme un ballon et non doulcement comprimée des deux costés, comme est la forme humaine ;
« Les aureilles hault enlevées, grandes comme aureilles d'asne ;
« Les œils hors la teste, fichés sus des os semblables au talon, sans sourcilles, durs comme ceux des cancres ;
« Les bras tournés en arrière vers les espaules ;
« Les pieds ronds, comme pelotles, etc. »
comme un creziou, etc. »
Dans sa longue énumération des « contenences » de Quaresmeprenant, Maître François n’a fait mention que de la marche à reculons de ce personnage. Eh bien ! cette marche s’effectuait en roulant, ainsi que celle des fils d'Antiphysie : « S'il reculoit, c’estoient cocquecigrues de mer. » « On appelle cocquecigrues, dit Le Duchat, les coquilles des hérissons de mer, et, suivant ce passage, M. Ménage a cruque l'expression proverbiale dont il s'agit dans le premier venait de ce que, selon qu'il fait parl2 Rondellet, les hérissons de mer, aulieu de marcher, ne font que tourner dans leurs coquilles, qui sont toutes hérissées de pointes. Mais il n’a pas bien entendu Rondellet, dont voici les termes, /ib. 18, De Piscibus, cap. 19, omnibus (Echinis) crusta est tenuis, undique Spinis sive aculeis armata quæ pro pedibus sunt. Ingredi est his in orbem volvi. Cela ne veut pas dire que ces hérissons au lieu de marcher ne fassent que tourner dans leurs coquilles, mais que les pointes de leurs coquilles leur servent de pieds et qu'ils marchent en roulant. »
Il état sale (1}, inintelligent (2), grossier (3), indis-
cret (4), cupide (5), débauché (6), adonné aux pratiques
contre nature en honneur à Sodome, sournois, chica-
neur (7), méchant (8), entiché du passé (9), manquait d'ini-
Je suis d'autant plus heureux d’invoquer ici l'autorité de Le Duchat, qu'il n'a pas soupçonné la parenté de Quaresmeprenant et des enfants d'Antiphysie et que l'erreur de Ménage, qu'il corrige dans la note ci-dessus, en s'appuyant sur le meilleur ouvrage du maître de Rabelais, est provoquée par cette phrase du chapitre xcix de Gargantua : « que son
royaulme luy seroit rendu (à Picrochole) à la venue des cocquecigrues. ».
(1)Il avait: «lepoil,telcomme ha esté dict; les mains, comme une estrille ; la plante des pieds,comme un creziou; l'epidermis, comme un beluteau; la peau,
comme une gaervaldine, etc. ». Gaervaldine, galvardine, sarrau, jaquette
de paysan. La peau aussi rude et aussi mal soignée que le vêtement d'un rustre. ;
(2) IL avait : « la cervelle en grandeur, couleur, substance et vigueur, semblable au c..… gausche d'un ciron masle; les esperits animaulx, comme grands coups de poing ; les pensées, comme un vol d’estourneaulx ; l'entendement, comme un bréviaire déssiré (déchiré) ; Le sens commun, comme un bourdon ; les délibérations, comme une pochée d’orgues (un sac d'orge); les intelligences, comme limas sortants des fraires (des fraises, du latin fraga) ; le jugement, comme un chaussepied, etc. ».
(3) «S'il parloil, c'estoit gros bureau d'Auvergne, tant s'en failloit que fust saye cramoisie, de laquelle vouloif Parisatis estre les paroles tissues
ceulx de qui parloient à son fils Cyrus roy des Perses. C'étaient.
paroles dures et grossières comme la bure qui se fabrique en Auvergne ; entièrement opposées aux paroles douces et moelleuses comme la soie dont Parisatis voulait qu'on usât avec son fils Cyrus. » (Voy. PLUTARQUE en ses Apophlhegmes.)
(4) I avait: « la discrétion, comme une moufle ». Il faut entendre ici par moufle, comme Oudin, « couvercle de marmite». Quel que soit le poids de son couvercle, une marmite, mise sur le feu, laisse toujours s’évaporer, à un moment donné, une partie de son contenu. « La sapience (la science, le savoir, du latin sapientia) des premiers précepteurs de Gargantua n’estoit que moufles, abastardissant les bons et nobles esperits. » (L. I, ch. xv.) |
(5) « S'il resvoit, c'estoient papiers rentiers; si rien donnoit, aultant en
avoit le brodeur (le bourdeur, le trompeur). » (Voy. Pasourer, I. VIIL.
p. 793.) (6) Il avait: « la crystalline; le nez, comme un brodequin enté en escusson, et s'il songeoit, c’estoient vits volants et rampants, etc. ». Dans le chapitre
intitulé Défaut, de Béroald de Verville (t. IT, fol. 427 de l’édit. de la Mon:
noye) est relaté un fait qui montre le danger de pareils songes. (7) « S'il marmonnoit (marmottait), c’estoient jeux de la bazoche. » (8) « Rioit en mordant, mordoit en riant. »
(9) « S’il discouroit, c'estoient neiges d'antan. »
tiative (1), perdait son temps à rien (2) et faisait tout à rebours des autres (3).
Signes particuliers : 11 avait au-dessus du soureil gauche «un seing en forme et grandeur d’un urinal » et dormait les yeux ouverts (/).
En face d’un pareil personnage, qui ne se serait écrié comme Pantagruel : « Voilà une estrange et monstrueuse membrure d'homme, si homme le doibs nommer! »
(1) 11 avait: «les entreprinses, comme la sabourre (le lest, du latin saburra, gros sable) d’un gallion ».
(2) « Cas estrange : travailloit rien ne faisant, rien ne faisoit travaillant.
(3) Il «se baignoit dessus les haults clochers, se seichoit dedans les estangs et rivières. Peschoit en l'aer.… Chassoit on profund de la mer, etc. »
(4) « Corybantioit dormant, dormoit corybantiant. » Corybantier veut dire dormir les yeux ouverts à l’imitation des Corybantes, prètres de Cybèle, chargés de veiller sur Jupiter enfant pour l'empêcher d’être dévoré par Saturne, son père.
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Hi
Je suis arrivé au but que je m'étais proposé en commençant à écrire ces pages.
J'ai expliqué les chapitres xxx et xxx1 du livre IV de l'épopée pantagruélique, qu’il est prudent et sage, prétendon depuis trois siècles, de ne pas chercher à éclaircir. J'ai prouvé que « celle insipide énumération qui n'a pas d'autre but, selon le bibliophile Jacob (1), que de rassembler la technologie anatomique », et « qu’il y aurait de la puérilité, selon Burgaud des Marets et Rathery, à prendre aux sérieux » (2) a au contraire un sens précis, dénote une connaissance approfondie de l'Analomie descriptive de la part de celui qui l’a écrite. J'ai établi, en m’appuyant sur des textes d’une autorité irréfragable, que Maître François a fait un des premiers, sinon le premier, des démonstrations publiques d'anatomie sur le cadavre. Et 1l est désormais acquis sans conteste — et cette découverte que j'ai faite me comble de Joie et de patriotique fierté — que Rabelais a été l’émule de Vésale. ,
(1) Bibliophile JAcoB, Rabelais, édit. Pierre Dupont, p. 386, en note.
Édition de 1841.
(2) Œuvres de Rabelais, t. II, p. 162, Paris, 1858.
J'ai montré que le médecin ordinaire du cardinal du
Bellay a possédé assez bien son Anatomie chirurgicale pour pouvoir indiquer d'avance le degré de gravité d’une blessure d’après son siège et sa profondeur, inventer un
instrument de chirurgie ingénieux et un appareil de frac-.
ture qui a été copié par Ambroise Paré ; a fait preuve, à une époque où les contes les plus ridicules enfantés par l'imagination des voyageurs -hâbleurs étaient universellement acceptés, d’un esprit scientifique sérieux, en appli-
quant dans toute leur rigueur les règles de la méthode baconienne à l’Anatomie comparée : en ne tenant pour vrai
que ce qu'il avait vu ou ce que plusieurs autres avaient vu avant lui.
J'aitracé, d’après ses indications, l'Anatomie des formes d'un des personnages de son immortel roman.
Je me suis arrêté sur les descriptions qu'il a laissées du goitre et des déformations de la trachée qu'il provoque, du sarcocèle vénérien et de la stomatite mercurielle, descriptions qui témoignent que l'Anatomie pathologique n’a pas été plus étrangère au « tant docte et gentil médicin chinonois », que l’Analomie descriptive, Anatomie chirurgicale, l’Analomie comparée et l Anatomie des formes.
J'ai noté qu'il a signalé l’action physiologique des principaux aliments et des principales boissons pris modérément, avec excès ou en quantité insuffisante, le rôle de la veine rénale dans la sécrétion urinaire, les conditions qui activent ou diminuent la spermatogenèse, la corrélation qui existe entre l'intégrité et la quantité de substance cérébrale et l'intelligence, l’afflux d’une plus grande quantité de sang dans les artères du cerveau pendant un travail intellectuel, la vertu rétentrice des nerfs des orifices naturels, etc.
J'ai mentionné les divers préceptes d'hygiène qu'il a formulés, notamment ceux concernant le jeu des muscles et le soin de la peau (balnéation, hydrothérapie).
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J'ai appelé l'attention sur le modèle du parfait médecin qu'il a tracé, d’après Hippocrate et Galien, et qu'il s’est appliqué lui-même à suivre; sur des incidents mal interprétés, peu connus ou ignorés de sa vie de praticien; sur ses connaissances étendues en pathologie et en thérapeutique; sur sa grande réputation médicale, attestée par les médailles frappées en son honneur et les écrits en vers et en prose de ses malades reconnaissants; sur les hautes fonctions qu'il a occupées dans les hôpitaux et dans l’enseignement de la médecine.
Square Rabelais, à Tours.
Dans ce « beau et plaisant » pays de Touraine, où abondent tous les avantages de la vie intellectuelle et matérielle, où il semble que rien ne se fasse parce que tout s’y faitsans efforts, la médecine a toujours été honorée et professée avec succès. Est-il nécessaire de citer parmi les médecins tourangeaux bien connus qui ne sont plus :
Le moine Huges de la collégiale de Saint-Martin; Guillaume Firmat, chanoine de Saint-Venant; le frère Jacques Tetbert, de l'abbaye deM armoutiers ; Pierre de la Brosse ou plus correctement de Broce, chambellan de Saint-Louis et
de Philippe le Hardi ; Robert le Poitevin qui, de coneele
avec Coictier, soigna Louis XI; Adam Fumée, maître des requêtes et garde des sceaux de Charles VIIT; Nicolas Provost, auteur du premier Codexmedicamentarius français; Grégoire Martin, helléniste distingué ; Thibault de Plemi, qui a publié la Décoralion du pays de Touraine et un promptuaire des médecines simples en rythmes joyeux; Louis Burgensis, premier médecin de François 1° et de Henri IT; Sébastien Collin, qui a écrit, vers 1553, une Déclaration des abus el des lromperies que font les apothicaires; René Thionneau, médecin ordinaire de la suite du roi, à la fin du règne des Valois; Laurent Feau, qui a composé un traité latin sur l’Épicrasse et soutenu une longue controverse avec Victor Pallu, de l'Université de Paris, au sujet de la saignée; Poirier, premier médecin de Louis XIV; Heurteloup, premier chirurgien de la Grande Armée, puis Inspecteur général du service de santé; Tourlet, professeur à l'École des Chartes, le docte traducteur des odes de Pindare, de la guerre de Troie de Quintus de Smyrne et des œuvres de l'empereur Julien, le zélé propagateur de la vaccine en France ; Baïllarger et Moreau, de Tours, éminents aliénistes de la Salpêtrière; Lorain, professeur d'histoire de la médecine à la Faculté de médecine de Paris ; Cottreau, professeur agrégé à la même Faculté; E. Labbé, Archambault, médecins des hôpitaux de Paris ; Vidal, ancien président de l’Académie de médecine ; Bretonneau et ses deux immortels
élèves, Trousseau et Velpeau ; Giraudet, l'historien érudit
de la ville de Tours ; Tonnelé, quia laissé le plus rare et le plus précieux des trésors, un trésor que la rouille niles vers ne sauraient détruire : l'amour des malheureux;
Et, parmi ceux qui vivent et qui vivront pendant long-. temps encore, 1} faut l’espérer, pour le plus grand bien de
la science et de l'humanité :
MM. Raymond, de Saint-Christophe, qui a succédé à lillustre Charcot dans la chaire de clinique des maladies
nerveuses de la Faculté de médecine de Paris; R. Blan-
chard, également de Saint-Christophe, professeur d'histoire naturelle à la même Faculté, membre de l'Académie de médecine, fondateur et secrétaire général de la Société zoologique de France; A. Robin, de Saint-Flovier, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie de médecine, médecin de l'hôpital de la Pitié, à Paris; X. Gouraud, médecin de l'hôpital de la Charité, à Paris; Beaunis, d’'Amboise, ancien professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Strasbourg, directeur du laboratoire de psychologie physiologique à la Sorbonne; Léon Marchand, de Tours, pour lequel le Ministre de l'Instruction publique a créé, en 1881, une chaire de cryptogamie végétale à l'École supérieure de pharmacie de Paris; Verneau, de la Chapelle-sur- Loire, professeur d’ethnographie à l'École coloniale, assistant au Muséum d'histoire naturelle, où 1l est chargé d'un enseignement spécial pour les voyageurs naturalistes ; Renaut, de La Haye-Descartes, professeur d'histologie à la Faculté de médecine de Lyon, membre associé de l'Acadé-" mie de médecine ; Boisseau, de l’Ile-Bouchard, professeur agrégé au Val-de-Grâce, médecin-inspecteur de l’armée ; Madamet, d'Huismes, sous-directeur de l'École de médecine et de pharmacie militaires, membre du Comité technique de santé; Moussu, de Saint-Laurent-en-Gâtines, professeur à l'École vétérinaire d'Alfort, etc., etc.
Dans cette brillante pléiade, il faut placer Rabelais au premier rang. Maître François est une des personnifications les plus éclatantes de la Touraine, une des plus rayonnantes manifestations de son génie médical. Inventeur précoce de toutes les idées et de toutes les curiosités modernes, esprit universel
et fécond, chercheur solitaire et inassouvi, il a poussé ses devinations au delà de son siècle, Jusqu'à rejomdre le nôtre.
Pour la plupart d’entre nous, la mortest plus que la fin ;
c'est l'oubli. Pour quelques-uns, c’est en quelque sorte une apothéose. Les amis de l'humanité, les serviteurs de la 4 science laissent une trace durable de leur passage ici-bas; les frivoles et les inutiles, qui n’ont pas su consacrer au bien . les facultés dont ils étaient doués, tombent comme les feuilles d'automne et disparaissent comme elles.
Nul n'a mieux mérité de la postérité que le Martial des … bords de la Vienne. La scolastique ne développait que le | raisonnement. Elle tendait à faire de l’homme une machine
de PLIS PSS PILE TT RER
dé
Slalue de Rabelais, à Tours.
à syllogismes et, pour ainsi dire, un automate dialecticien. Or, l’homme n'est pas seulement un être qui raisonne, c'est aussi une intelligence qui à soif de connaître et un cœur : quiaspire à aimer. Rabelais l’a senti, ou du moins —et c’est là un de ses plus beaux titres de gloire — énoncé le premier.
Le meilleur moyen d'honorer et de perpétuer la mémoire des hommes de génie, c'est de leur élever des statues. …
La Ville de Tours — pour ne parler que d'elle —s'est conformée à cette obligation.
Le 10 juillet 1881, la cité tourangelle était en fête. La 8
Municipalité, entourée des délégués du chef de l'État, du Sénat, de la Chambre des députés, de l'Armée et de la Presse, inaugurait la statue du grand railleur, Mattre François Rabelais. Seule, la médecine officielle, oubliant que l'auteur de Garganlua et de l’antagruel a été l’orgueil de notre plus vieille Faculté de médecine, n'était pas représentée. Cet oubli fut remarqué, il devait l'être.
Ge livre est un hommage et une réparation.
PAGE 56. — Les rassetlles, comme des échasses. Dans le livre d’Estienne de la Rivière intitulé la Dissection des parties du corps, Paris, 1546, le carpe et le tarse sont représentés (pl. 10), le premier avec cette indication : le brassellet ou rassette, le second avec celle-ci : le tarse ou rassette.
PAGES 126 ET SUIVANTES. — Liste des reptiles d'Eusthenes.Dans le De Natura animalium, de la Nature des Animaux, d’Albert de Bollstadt (Opera, t. VI, pages 576 à 684, édit. de 1651, 21 vol. in-folio), quelques-uns des reptiles cités par Eusthenes, ou dont le nom se rapproche de ceux cités par Eusthenes, sont décrits en ces termes :
Ahedisimon. — … Est de genere draconum el habel dentes vehementes (Est du genre des dragons et a les dents fortes).
A lhartraf. — N'est de la famille des dragons et a jusqu’à cinq coudées de longueur. Sa blessure est parfois guérissable.
Armène. — Il est de la même famille que le basilic. Tout animal qu’il approche tombe mort, sans même avoir été piqué par lui.
Cafazelus. — Serpent de petite taille et de couleur rouge qui se cache dans les arbres.
Cauhares. — De la même nature que l’Arunducus, c'est-àdire long d’une coudée et amenant par sa morsure la mort au bout de trois à sept jours.
Celidrus. — … Hic serpens ante in magnâ quanlilale ereclus ambulat, quia si se mullum torserit, crepat (Ce serpent progresse ayant la majeure partie du corps dressée, parce qu il craque lors-
qu'il se tord de trop).
Cerastes. — 11 a huitcornes. C’est six de plus qu'il n’en a. Haudion. — Ressemble beaucoup à l’Alhartraf.
Ilicinus. — Est serpens qui habitat in ilicibus (Est un serpent qui habite dans les ruisseaux et les rigoles). Sa piqûre est
mortelle. Esmangart et Johanneau se sont donc trompés en tra-
duisant ilicinus par serpent charmeur.
Phareas.— Serpent cité par Lucain. « Quasti lotus erectus graditur super caudam. Il s’avance presque entièrement droit sur sa queue. » Ceci conviendrait au Naja ou serpent à lunettes qui se redresse dès qu'il aperçoit quelqu'un. Mais le Naja, c'est, pour moi, le basilic. |
Sabrin. — Serpens coloris arenosi habens puncla nigra et alba, et longiludo ejus est longiludo serpentis cornuli (Est un serpent de la couleur du sable, mais ponctué de noir et de blanc et d’une longueur égale à celle du Cornuta). Le Cornuta est un reptile analogue au céraste.
Selphir.— Est de genere viparum (Est du genre des ne Le Sabrin et le Selphir d'Albert de Bollstadt sont-ils le s/abin et le selsir de Maître François ?
Pour clore ce qui a trait aux animaux venimeux indiqués par
Eusthenes, il me reste à dire :
(x) Que nombre de naturalistes pensent que l’Icle et l'Acontias
des Anciens sont un seul et même animal, et que, pour Cuvier, «il
faut reconnaître dans l'Acontias quelqu'’une de ces couleuvres minces qui montent sur les arbres et s’entortllent à leurs branches ».
(8) Que les commentateurs qui ont traduit Miliares par mille pieds, nulle pedæ, elc., et qui ont vu dans ce mille-pieds, en
invoquant l'autorité de Galien, de Pline, etc., les uns, le scolopendre terrestre, les autres, le forficule ou perce-oreille, etc., se
sont mépris. Miliares est serpens qui, propter suam citrinitalem,.
est quasi coloris milii el ideo eliam a milio nomen accepit (Est un serpent dont la couleur citrine se rapproche de celle du millet, d’où le nom de millet qui lui a été donné). C’est notre millet (Crotalis miliaris).
(x) Que les scorpènes, vulgo scorpions, crapauds, diables de mer, sont des poissons, que leur grosse tête épineuse et la peau molle et spongieuse qui les entoure le plus souvent rendent hideux, dégoûtants et redoutables. Pline, Dioscoride, Rondellet, Salviani ont fait mention de la grande scorpène ou scorpène truie (Scorpæna scrofa). Du vin dans lequel est mort ce genre de scorpène est, au dire de Pline, très efficace contre les douleurs du foie.
La Rascasse (Scorpæna porcus) est un des poissons indispensables pour la confection d’une bonne bouillabaisse.
Ce plat phocéen accompli, sans défaut.
(Méry.)
PAGE 260. — Les nerfs opliques, comme un fusil. Panurge avait « un fusil garni d'esmorche (amorce), d’allumettes, etc. ». Les allumettes de Panurge étaient des petits bouts de bois blanc ou de chanvre soufrés à leurs extrémités. Stace, Juvénal et surtout le satirique Martial ont fait allusion à des allumettes de ce genre auxquelles Agricola, au xvr° siècle, a consacré également quelques lignes dans son De Re metallica. Cent ans plus tard, Boyle a conté, dans l’Artificial phosphori, avec quelle stupéfaction il a vu se produire un mélange explosif en associant les fleurs de soufre au phosphore, ce philtre magique dont l'influence était si redoutée. C’est seulement en 1831 qu'un médecin de Saint-Lothain (Jura), le D' Sauria, a imaginé de fabriquer des allumettes avec du soufre, du phosphore et du chlorate de potasse.
PAGE 291, NoTE 4. — Aux héros du roman rabelaisien cités dans ce volume et dont l’existence est bien établie et la personnalité nettement déterminée: à Alcofribas Nasier et Séraphin Calobarsi (François Rabelais), à Scurron et Rondibilis (Schyrron
et Rondellet, professeurs à la Faculté de médecine de Montpellier)
grand sénéchal de Normandie, seigneur de Fayoles en
Her Trippa et Henry Cotiral (Henri. Corneille Agrippa), Thau- ne maste (Thomas Morus, chancelier d'Angleterre), Raminagrobis + (le poète Crétin), Janotus de Bragmardo (lorateur Janotus), Xenomanes (Jean Alphonse le Saintongeois), Jamet Brayer. (Facques Cartier), Fayoles, quartroy de Numidie (Louis de Brezé,
DR
Auvergne), Malicorne (Marc de La Rue, sieur de la Couste et M de Roche-Corbon), Picrochole (Scévole ou Gaucher, méde-
cin de Renée de Bourbon, abbesse de Fontevrault), Marquet, beau-père de Picrochole, Grippeminaud d’Oppède, le bourreau des Vaudois, Jean des Entommeures, procureur des fermiers de l’abbaye de Seuilly, Babin, cordonnier à Chinon, etc., etc., il faut ajouter : Ulrich Gallet, bourgeois de Chinon, parent de
Rabelais, Jean Denyau, charron à Chinon, Jean Gaymard,
receveur de l’abbaye Seuilly, M. de la Bellonière (René Dupuy, auquel a appartenu jusqu'en 1534 la terre de la Bellonière, située sur Ia commune de Cravant, à 7 kilomètres de Chinon), M de Maulevrier (Guillaume de Ballan, dont Ia maison seigneuriale, située à Lerné, subsiste encoreen partie), le capitaine Chap-
puys (le poète Claude Chappuis d'Amboise, valet de chambre de
François [*), Breton Villandry (Claude Breton, seigneur de Villandry, un des officiers de la cour de François 1°), Don Philippe des Marais, vice-roi de Papeligosse (Philippe Chabot, seioneur de Brion, comte de Buzançais), l'abbé de Tranchelion (Antoine de la Garde, de la famille des Tranchelions du Limousin, abbé de Saint-Genou, de Déols et de Vernusse en Berry, vicaire général de René, cardinal de Prie), Tinteville, évêque d'Auxerre (François Il Dindeville, évêque d'Auxerre), Île
tavernier Guillot, d'Amiens, Geoffroy à la Grand Dent, le.
persécuteur des religieux de Maillezais, fils de Geoffroy de Lusignan, etc. 3
Séraphin Calobarsi, le nom du savant médecin chargé par
Ponocrates de remettre « Gargantua en meilleure voie », est, en
effet, comme Alcofribas Nasier, l’anagramme de François Rabe-
lais. Pour en être persuadé, on n’a qu'à reconstituer cet ana
gramme en changeant l’F de François en ph, ce qui, au point de vue philologique, n'implique aucune différence :