‹ Rabelais, anatomiste et physiologisteChapitre 57 sur 61 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE

(4) Loups-cerviers (chaus, raphius, lupus cervarius, felix lynx, le Tynx ordinaire des auteurs). Les premiers carnassiers de ce genre qui aient été vus à Rome, du temps de Pompée, venaient des Gaules.

« Pompeit magni primum ludi ostenderunt chaum quem Galli raphium vocabant, effigie lupi, pardorum maculis…

« Sunt in eo genere (scilicet luporum), qui cervarii vocantur qualem, a Galliâ, in Pompeii magni arenâ spectatum diximus.

« C’est aux Jeux du grand Pompée qu'on montra pour la première fois le chaus que les Gaulois nomment raphe et qui a la figure d’un loup avec les taches d’un léopard.

« Parmi les loupsilen est qu'on nomme loups-cerviers telque celui qu'on a vu dans l’amphithéâtre du grand Pompée. » (PLINE, 1. VIIT, ch. xix et xx.)

Il estpeu d'animaux qui, dans l'antiquité, aient autant prêté à la fable que les loups-cerviers, et surtout, parmi ceux-ci, que le lynx. Ilavait la vue si perçante qu'il voyait très bien à travers une muraille. Son urine se pétrifiait et devenait une pierre précieuse nommée lapis lyncurius, qui, outre son éclat, avait la propriété de guérir une foule de maladies. Mais laissons là ces contes ridicules de nos aïeux, et venons-en à la vérité. Le lynx a les mœurs du chat sauvage, « mais distingue sa proie à une . distance beaucoup plus grande que la plupart des carnivores ». (MILNE- EpwaRps.)

ces (1), des cèphes (2), lesquelles ont les pieds de devant comme les mains, ceulx de derrière comme les pieds d’un homme; des crocutes (3), des éales, lesquels sont grands comme hippopotames, ayants la queue comme éléphants, les mandibules (4) comme sangliers, les cornes mobiles, comme sont les aureilles d’asne (5); les leucrocutes (6), bestes très

légères, grandes comme asnes de Mirebalais (7), ont le col,

(1) On lit dans l'alphabet de l’auteur: « Lynx, c’est le nom d’un once ou loup-cervier qui a la vue fort aiguë. » L’once, que les Anciens ont regardé, en effet, les uns comme un loup-cervier, les autres comme une panthère, est un léopard. On ne peut en douter en lisant la description qu’en’donne Caius dans Gesner (Hist. quadrup., p. 825). Ce qui a pu faire croire que c'était un loup-cervier, c'est parce qu'il se place quelquefois comme celui-ci sur une grosse branche, attendant qu’un antilope passe à sa portée, et qu'il pousse des cris semblables à ceux d’un chienirrité, mais plus forts et plus rauques.

(2) J'ai dit antérieurement que lessatyres ou hommes sylvestres de nos aïeux étaient vraisemblablement des Anthropoïdes (chimpanzés ou gorilles). Suivant Buffon, les cèphes seraient des gibons.

« Aux jeux du grand Pompée, on vit d'abord, dit Pline, des cèphes ayant des membres avec des mains et des pieds humains. »

Une note de Daléchamp montre que Strabon a traduit le mot cephus de Pline par keipon : « Cephos Strabo. lib. XV, Keipon vocal, esseque tradit facie satyro similem.— Strabon, 1. XV, appelle Æeiphon Les cèphes etrapporte qu'ils ressemblent aux satyres. »

Buffon pense que du mot keipon on a fait quibbon, gibon.

(3) Crocotte, corocotte ou crocutte est un métis né de l’accouplement du chien ou de la louve ou du loup et de la chienne. Buffon n’en a pu obtenir, mais Daubenton en a connu un, qu'il a décrit dans l'Encyclopédie méthodique.

(4) Les mâchoires, du latin mandibula.

(5) « Animaux de la grosseur d’un cheval marin, ayant des mâchoires de sanglier et deux grandes cornes mobiles », dit Pline (1. VIII, ch .xxi).

« Quoique cette mobilité des cornes ne soit exactement vraie d'aucun animal, il semble cependant qu'on peut reconnaître à ces traits le rhinocéros d'Afrique, le rhinocéros bicorne, quiporte deux cornes moins immobiles que celles de tous les autres animaux. » (Encycl. méth., Hist. nat. des animaux, L. 1.) |

(6) Animaux dont la voix pouvait, assurait-on, prendre les intonations de la voix de l'homme. Ils étaient regardés comme le produit de l’accouplement de l'hyène mâle avec la lionne. On trouve aussi en français léoncrocutte, leucrocotte, léoncrocotte, et en latin : leoncrocula, leoncrola, leucrocota, leutrochocha, leucurcuta, etc.

(7) Les ânes de Mirebeau, en Châtelleraudais, etceux de Meung étaient

la queue et poictrine comme un lion, les jambes comme un cerf, la gueule fendue jJusques aux aureilles, et n’ontaultres dents qu'une dessus, et une aultre dessoubs ; elles parlent de voix humaine : mais lors mot ne sonnarent (1).

« Vous dictes qu'on ne vit onques (2) aire de sacre (3), vraiement j y en vid unze, étle notai bien. J'y vid des hallebardes gauschières (4), ailleurs n'en avois vu. J'y vid des mantichores, bestes bien estranges : elles ont le corps comme un lon, le poil rouge, la face et les aureilles comme un homme, trois rangs de dents, entrants les unes dedans les aultres, comme si vous entrelaciez les doigts des mains les uns dedans les aultres : en la queue elles ont un aguillon, duquel elles poignent (5) comme font les scorpions, etont la voix fort mélodieuse (6). J'y vid des catoplèbes, bestes

et sont encore réputés pour leur beauté, Au chapitre vir du même livre, l'âne qui est le héros de l’apologue raconté par Panurge est aussi du « Chastelleraudois ».

(1) Ne dirent mot.

(2) Qu'on ne vit jamais.

(3) Nid de l'oiseau de proie appelé sacre. Buffon a séparé le sacre des faucons pour le mettre à la suite du lanier. « Il est rare, dit Belon, de trouver homme qui se puisse vanter d’avoir oncque veu l’endroict ou il faict ses petits. » Plutarque affirme que cet endroit n’a jamais été déterminé. (PLUTARQUE, Demandes des choses romaines, ch. xcrr1.)

(4) « La hallebarde, dit Le Duchat, sied mal dans la main gauche, mais les hautelissiers n'y regardent pas de si près. » Hallebarde gauchère signifie, présumons-nous, hallebarde de parade. Les suisses de nos cathédrales portent la hallebarde de la main gauche.

« Derrière estoit le prieur des Jacobins en fort bon poinct traisnant une hallebarde gauschère, » (Procession de la lique.)

(5) Piquent, du latin pungere.

(6) Voy. PLiINE, 1. VIIT, ch. xx1; GAUTIER DE MEerz, El livre de clergie en romans, bibliothèque Mazarine, manuscrit n° 3,870, et la mappemonde dite de, Hereford. D'après Ctésias, la mantichore, de même que l’éale, se trouvait en Éthiopie.

En Ynde une autre beste i a Qu'on apele manchicora,

Yeux de chièvre, corps de lion, Et la kueue de l’escorpion, Voix de serpent qui par doux chant.

Attrait et deveure les gens.

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