‹ Rabelais. Avec une introdChapitre 48 sur 80 · Crains. — 2. Peut-être · texte numérisé non relu

Crains. — 2. Peut-être

ïnouiLLOGAN. Ce que voudrez.

Panurge. Tarabin, tarabas.

Trouillogan. Ne invoquez rien, je vous prie.

Panurge. Au nom de Dieu soit. Je ne veux sinon ce que me conseillerez. Que m'en conseillez vous?

Trouillogan. Rien.

Panurge. Me marierayje?

Trouillogan. Je n'y estois pas.

Panurge. Je ne me marieray donc point?

Trouillogan. Je n'en peux mais.

Panurge. Mettons le cas que sois marié.

Trouillogan. Où le mettrons nous?

Panurge. Je dis, prenez le cas que marié je sois.

Trouillogan. Je suis d'ailleurs empesché.

Panurge. Page, mon mignon, tiens icy mon bonnet, je le te donne, sauves les lunettes *; et va en la basse court jurer quelque petite demie heure pour moy. Je jureray pour toy quand tu voudras. Faisons quelque résolution.

Trouillogan. Je n'y contredis.

Panurge. Attendez. Puisque de cestuy endroit ne peux sang de vous tirer, je vous saigneray d'autre veine. Estes vous marié ou non?

Trouillogan. Ne l'un ne l'autre, et tous les deux ensemble.

Panurge. Dieu nous soit en aide I Je sue, par la mort bœuf, d'ahan ^, et sens ma digestion interrompue. Toutes mes phrènes, metaphrènes et diaphragmes sont suspendus et tendus pour incornifistibuler en

1. Excepté les liinelles, que Panurge porlail attachées au bonnet. — 2. De peine.

la gibecière de mon entendement ce que dites et répondez.

Trouillogan. Je ne m'en empesche '.

Panurge. Trut* avant. Nostre féal, estes vous marié?

Trouillogan. 11 me l'est avis.

Panurge. Vous l'aviez esté une autre fois?

Trouillogan. Possible est.

Panurge. Vous en trouvastes vous bien la première fois?

Trouillogan. Il n'est pas impossible.

Panurge. A ceste seconde fois, comment vous en trouvez vous?

Trouillogan. Comme porte mon sort fatal.

Panurge. Par le corps, je renonce. Il m'eschappe. »

A ces mots Gargantua se leva et dit : « Loué soit le bon Dieu en toutes choses. A ce que je voy, le monde est devenu beau fils, depuis ma connoissance première. En sommes nous là? Donc sont huy ^ les plus doctes et prudens philosophes entrés on phrontistère * et escole des Pyrrhoniens, Aporrhétiques ^, Sceptiques, et Ephectiques ®. Loué soit le bon Dieu! Vraiment on pourra dorénavant prendre les lions par les jubés '', les chevaux par les crins, les bœufs par les cornes, les buffles par le museau, les loups par la queue, les chèvres par la barbe, les oiseaux par les pieds : mais jà ne seront tels philosophes par leurs paroles pris. Adieu mes bons amis. » Ces mots prononcés, se retira de la compagnie. Pantagruel et

i. Je ne m'en embarrasse pas. — 2. En avant. Trut est une sorte d'interjection, comme hue. — 3. Aujourd'hui. — 4. Lieu où l'on étudie. — 5. Irrésolus. — G. Ceux qui suspendent leur jugement, — 1. Crinière.

les autres le vouloient suivre, mais il ne le voulut permettre.

Issu Gargantua de la salle, Pantagruel dit es invités :

« Le Timée de Platon au commencement de rassemblée compta les invités : nous au rebours les compterons en la fin. Un, deux, trois : où est le quart *? N'estoit ce noslre amy Bridoye? »

Epistémon respondit avoir esté en sa maison pour l'inviter, mais ne l'avoir trouvé. Un huissier du parlement Myrelingois en Myrelingues l'estoit venu quérir et adjourner - pour personnellement comparoistre et davant les Sénateurs raison rendre de quelque sentence par luy donnée. Pourtant^ estoit il au jour précédent départy afin de soy représenter au jour de l'assignation, et ne tomber en défaut ou contumace.

«Je veux, dit Pantagruel, entendre que c'est. Plus de quarante ans y a qu'il est juge de Fonsbeton : iceluy temps pendant *, a donné plus de quatre mille sentences définitives. De deux mille trois cens et neuf sentences par luy données fut appelé par les parties condemnées en la cour souveraine du parlement Myrelingois en Myrelinglies : toutes par arrests d'icelle ont esté ratifiées, approuvées, et confirmées : les appeaulx ^ renversés, et à néant mis. Que maintenant donc soit personnellement adjourné sur ses vieux jours, il qui par tout le passé a vescu tant saintement en son estât, ne peut eslre sans quelque

i. Qualrieine. — 2. Citer. — 3. C'est pourquoi. — 4. Pendant ce temps. — 5. Appels.

desastre. Je luy veux de tout mon pouvoir estre aidant en équité. Je say huy* tant estre la malignité du monde aggravée, que bon droit a bien besoin d'aide. Et présentement délibère y vaquer de peur de quelque surprise. »

Alors furent les tables levées. Pantagruel fit es invités dons précieux et honorables de bagues, joyaux et vaisselle tant d'or comme d'argent. Et, les avoir cordialement remerciés, se retira vers sa chambre.

Pantagruel, voyant Pariurge déplus en plus embarrassé, ne trouve plus qu'un remède. Puisque les réponses des sages n'ont pu le satisfaire, qu'il s'adresse à un fou, à Triboulet par exemple. Peut-être les fous, détachés des préoccupations mondaines, reçoivent-ils plus facilement que les sages les avertissements célestes. Leurs conseils ont déjà sauvé des rois et des républiques, fait gagner des batailles. Pantagruel se contente de rapporter un exemple plus modeste : c'est l'histoire du jugement merveilleux rendu par Seigny Joan le Fol.

A Paris, en la rostisserie du petit Chastelet, au davant de l'ouvroir^ d'un rostisseur, un faquin* mangeoit son pain à la fumée du rost, et le trouvoit, ainsi parfumé, grandement savoureux. Le rostisseur le laissoit faire. Enfin, quand tout le pain fut baufré, le rostisseur happe le faquin au collet, et vouloit qu'il luy payast la fumée de son rost. Le faquin disoit en rien n'avoir ses viandes endommagé, rien n'avoir du sien pris, en rien ne luy estre débiteur. La fumée

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