‹ RabelaisChapitre 31 sur 89 · DU DUEIL QUE MENA GARGANTUA · texte numérisé non relu

DU DUEIL QUE MENA GARGANTUA

peton, que tu es joly ! Et tant je suis tenu à Dieu de ce qu’il m’a donné un si beau fils, tant joyeux, tant riant,, tant joly. Ho, ho, ho, ho, que je suis aise ! beuvons ho ! laissons toute melancholie; apporte du meilleur, rince les verres, boute la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume ceste chandelle, ferme ceste porte, taille ces soupes, envoyé ces pauvres, baille leur ce qu’ils demandent; tiens, ma robe, que je me mette en pourpoint pour mieulx festoyer les commères. »

Ce disant, ouyt la letanie et les mémentos des pretres qui portoient sa femme en terre ; dont laissa son propos, et tout soubdain fut ravi ailleurs, disant : « Seigneur Dieu, faut il que je me contriste encore? Cela me fasche, je ne suis; plus jeune, je deviens vieux, le temps est dangereux; je pourray prendre quelque fievre : me voy là affolé. Foy de gentilhomme, il vault mieulx pleurer moins, et boire davantage. Ma femme est morte, et bien, par Dieu (da jurandi), je ne la resusciteray pas par mes pleurs : elle est en paradis pour le moins, si mieux n’est : elle prie Dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos miseres et calamités. Autant nous en pend à l’œil. Dieu gard le demourant ! Il me fault penser d’en trouver une aulire.

« Mais voicy que vous ferez, dist il aux sages femmes (où sont elles? Bonnes gens, je ne vous peux voir): allez à l’enterrement d’elle, et ce pendant je berceray icy mort fils, car je me sens bien fort altéré, et serois en danger de tomber malade ;mais beuvez quelque bon traict devant: car vous vous en trouverez bien, et m’en croyez sus mon honneur. » A quoy obtemperans, allèrent à l’enterrement et funérailles, et le pauvre Gargantua demeura à l’hostel. Et ce pendant fit l’epitaphe pour estre engravé en la manière* que s’ensuit :

Elle en mourut, la noble Badebec,

Du mal d’enfant, qui tant me sembloit nice :

Car elle avoit visaige de rebec (1),

Corps d’Espagnole, et ventre de Souisset

(1) On gravait des figures sur les violons de ce nom„

Priez à Dieu qu’à elle soit propice,

Luy pardonnant, s’en riens ou] trépassa Cy gist son corps, lequel vesquit sans vice,

Et mourut l’an et jour que trespassa.

Pantagruel , venu à Paris 'pour y étudier , fit connaissance de Panurge « lequel il aima toute sa vie ».

Avant de lire les mœurs et conditions de ce dernier , écoutons en tout bien tout honneur une histoire rabelaisienne fortement épicée.

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