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les formes , s'épuisant dans des discussions grotesques comme celle de savoir , par exemple , « si un porc qui est mené au marché est tenu par l'homme ou par la corde (1) ». L'élève de Rabelais raisonnera au contraire sur le fond , et n'aura que dédain pour l'Essence, type éternel du genre et de l'espèce qui avait réduit à des abstractions les formes d'Aristote .
Nous n'avons examiné que les traits le's plus marquants de cette œuvre touffue qu'est Gargantua et Pantagruel. Vouloir en extraire toutes les idées, en tirer toutes les déductions, dépasserait les bornes d'une simple étude . Que de sages considérations sur la guerre, sur le pont d'or à faire à l'ennemi pour l'empêcher d'entrer en désespoir! Et le mariage! Avec quelle belle colère Rabelais ne s'élèvet-il pas contre ces prêtres, ces « sauPpeniers » qui se servent du Droit Canon pour marier les filles en dépit de leurs parents et avoir pari à la dot! Quelles grandes leçons d'humanité ne donne-t-il pas à tous, princes comme guerriers, car Rabelais a aimé l'humanité d'un amour véritable et c'est un trait de plus qui permet de le ranger parmi les écrivains français les plus éminents si son admirable langue seule n'y suffisait pas. C'est à la recherche du bonheur, et non pas seulement pour savoir si Panurge se doit ou non marier, que les vaisseaux de Pantagruel vont à travers tant de pays merveilleux. Ce mot Tiink, chacun l'entendra selon son tempérament, son esprit, son élévation sociale et l'entendra à bien, l'homme étant originairement bon. Par ce mot bon, les esprit supérieurs conçoivent la sdence et la fin de l' antagonisme entre le corps et l'esprit: l'homme épris de beauté travaillera pour l'esprit humain, sans sacrifier néanmoins les passions qui sont le ressort de l'âme et des belles actions.
L'œuvre de Rabelais a été l'objet d'attaques violentes de la part des moralistes. Il est certain qu'on ne peut la considérer en plusieurs de ses chapitres comme une école de vertu et La Bruyère a eu raison de le juger avec la
(1) ütrum porcus qui ad Venalitium agitur, ab hjm\ne aut funicula teneatur ?
sévérité que Von sait . Cependant il ne faut 'pas perdre de vue que Rabelais est de son temps et que son époque ne se distingue point par le choix de V expression. Le peuple d'alors est essentiellement libre dans ses propos: il se plaît aux grivoiseries , aux scènes gauloises. Ce siècle est encore celui des Fableaux: il en a gardé la verdeur et la crudité dans les termes et les tableaux. Le xvi* siècle de Rabelais ne diffère guère du xrv* de Chaucer et Rabelais n'est pas le seul à rester dans son milieu. La reine de Navarre est tout aussi risquée que lui. Vouloir faire à Rabelais un procès de morale puritaine , c'est le transporter dans un âge qui n'est pas le sien et le condamner au nom d'une pruderie qui l'aurait bien fait rire .