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COMMENT TROUILLOGAN TRAICTE DE MARIAGE

Panuroe. — Mais conseillez moy, de grâce: que dois je faire?

Trouillogan. — Ce que vous vouldrez.

Panurge. — Tarabin tarabas.

Trouillogan. —-Ne invocquez rien, je vous prie. Panurge. — Au nam de Dieu soit. Je ne veux sinon ce que me conseillerez. Que m’en conseillez ' vous ? Trouillogan. — Rien.

Panurge. — Me marieray je ?

Trouillogan. — Je n’y estois pas.

Panurge. — Je ne me marieray donc poinct? Trouillogan. — Je n’en peux mais.

Panurge. — Si je ne suis marié, je ne seray jamais coqu.

Trouillogan. — J’y pensois.

Panurge. — Mettons le cas que je sois marié. Trouillogan. — Où le mettrons-nous?

Panurge. — Je dis, prenez le cas que marié je sois. Trouillogan. — Je suis d’ailleurs empesché.

Panurge. — Merde en mon nez; dea ! si j’osasse jurer quelque petit coup en cappe, cela me soulageroit d’autant. Or bien, patience ! Et donc, si je suis marié, je seray coqu?

Trouillogan. — On le diroit.

Panurge. — Si ma femme est preude et chaste, je ne seray jamais coqu?

Trouillogan. — Vous me semblez parler correct. Panurge. — Escoutez.

Trouillogan. — Tant- que voudrez.

Panurge. — Sera elle prude et chaste ? Reste seulement ce poinct.

Trouillogan. — J’en doute.

Panurge. — Vous ne la vistes jamais?

Trouillogan. — Que je sache.

Panurge. — Pour quoy donc doubtez vous d’une chose que ne conoissez pas?

Trouillogan. — Pour cause.

Panurge. — Et si la conoissiez ?

Trouillogan. — Encore plus.

Panurge. — Page, mon mignon, tiens icy mon bonnet :

je te le donne, sauve les lunettes, et va en la basse court jurer une petite demie heure pour moy. Je jurerais pour toy quand tu vouldras. Mais qui me fera coqu?

Trouillogan. — Quelqu’un.

Panurge. — Par le ventre bœuf de bois, je vous frotteray bien, monsieur le quelqu’un.

Trouillogan. — Vous le dictes.

Panurge. — Le diantre, celuy qui n’a point de blanc en l’œil, m’emporte donc ensemble, si je ne boucle ma femme à la Bergamasque (1) quand je partiray hors mon serrail.

Trouillogan. — Discourez mieux.

Panurge. — C’est bien chien chié chanté pour les discours. Faisons quelque résolution.

Trouillogan. — Je n’y contredis.

Panurge. — Attendez. Puisque de cestuy endroit ne peut sang de vous tirer, je vous saigneray d’aultre veine. Estes vous marié ou non?

Trouillogan. — Ne l’un ne l’aultre, et tous les deux ensemble.

Panurge. — Dieu nous soit en aide ! Je sue, par la mort bœuf, d’ahan ; et sens ma digestion interrompue. Toutes mes phrenes, metaphrenes et diaphragmes sont suspendus et tendus pour incornifistibuler en la gibbessiere de mon entendement ce que dictes et respondez.

Trouillogan. — Je ne m’en empesche.

Panurge. — Trut (2) avant, nostre féal, estes vous marié?

Trouillogan. — Il me l’est ad vis.

Panurge. — Vous l’aviez esté une auître fois?

Trouillogan. — Possible est.

Panurge. — Vous en trouvastes vous bien la première fois ?

Trouillogan. — Il n’est pas impossible.

Panurge. — A ceste seconde fois comment vous en trouvez vous?

Trouillogan. — Comme porte mon sort fatal.

(1) Allusion à certaines ceintures employées au moyen âge.

(2) Passons outre.

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