MENUS DEVIS A LA LOUANGE DES DECRETALES
taine participation de divinité. Pareillement Néron louoit les champeignons, et en proverbe grec les appeloit « viande des dieux », pource qu’en iceux il avoit empoisonné son predecesseur Claudius, empereur Romain.
— Il me semble, dist Panurge, que ce portraict fault en nos derniers papes : car je les ay veu non aumusse, ains armet en teste porter, thymbré (1) d’une tiare persicque, et tout l’empire Christian estant en paix et silence, eux seuls guerre faire felonne et très cruelle. — C’estoit, dist Homenas, donc contre les rebelles, hereticques, protestans desesperés, non obéissaans à la sainteté de ce bon Dieu en terre. Celuy luy est non seulement permis et licite, mais commandé par les sacres decretales, et doit à feu incontinent empereurs, rois, ducs, princes, republicques, et à sang mettre, qu’ils transgresseront un iota de ses mandemens ; les spolier de leurs biens, les déposséder de leurs royaumes, les proscrire, les anathematiser, et non seulement leurs corps, et de leurs en fans et parens aultres occire, mais aussi leurs âmes damner au parfond de la plus ardente chauldiere qui soit en enfer. — Icy, dist Panurge, de par tous les diables, ne sont ils hereticques comme fut Raminagrobis, et comme ils sont parmy les Allemaignes et Angleterre. Vous estes christians triés sur le volet. — Ouy, vraybis, dist Homenas ; aussi serons nous tous saulvés. Allons prendre de l’eau beniste, puis dinerons. »