‹ RabelaisChapitre 68 sur 89 · MENUS DEVIS A LA LOUANGE DES DECRETALES · texte numérisé non relu

MENUS DEVIS A LA LOUANGE DES DECRETALES

decretales ! tant par vous est le vin bon bon trouvé ! — Ce n’est, dist Panurge, pas le pis du panier. — Mieulx seroit, dist Pantagruel, si par elles le mauvais vin devenoit bon. — O seraphicque Sixiesme ! dist Homenas continuant, tant vous estes necessaire au sauvement des pauvres humains! O cherubiques Clémentines ! comment en vous est proprement contenue et descrite la perfaicte institution du vray Christian ! O Extravagantes angelicques, comment sans vous periroient les pauvres âmes, lesquelles, ici bas, errent par les corps mortelz en ceste vallée de misere î Helas, quand sera ce don de grâce particulière faict es humains, qu’ilz désistent de toutes aultres estudes et négoces pour vous lire, vous entendre, vous sçavoir, vous user, pratiquer, incorporer, sanguifier. et incentricquer (1) es profonds ventricules de leurs cerveaulx, es internes moelles de leurs os, es perplex labyrintes de leurs arteres ? O lors et non plus tôt, ne aultrement, heureux le monde ! »

A ces motz, se leva Epistemon, et dist tout bellement à Panurge : v< Faulte de selle percée me contrainct d’icy partir. Ceste farce m’a desbondé le boyau cullier : je n’arresteray gueres. — O lors, dist Homenas continuant, nullité de gresle, gelée, frimats, vimeres ! (2) O lors, abondance de tous biens en terre ! O lors paix obstinées, infringible en l’univers : cessation de guerres, pilleries, anguaries, briguanderies, assassinemens, exceptez contre les hérétiques et rebelles mauldicts ! O lors joyeuseté, alaigresse, liesse, soulas, deduicts, plaisirs, delices en toute nature humaine ! Mais, o grande doctrine, inestimable érudition, preceptions deificques, emmortaîsées par les divins chapitres de ces eternes decretales ! O comment, lisant seulement un demy canon, un petit paragraphe, un seul notable de ces sacrosainctes decretales, vous sentez en vos cœurs enflammée la fournaise d’amour divin; de charité envers vostre prochain, pourveu qu’il ne soit heretique; contemnement asceuré de toutes choses fortuites et terrestres ; extatique élévation de vos esprits, voire jusques au troisième ciel; contentement certain en toutes vos affections ! »

(1) Placer au centre des.

(2) Accidents imprévus.

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