COMMENT BACBUC ACCOUSTRA PANURGE POUR AVOIR LE MOT DE LA BOUTEILLE
Bacbuc demanda : « Qui est celuy de vous qui veut avoir le mot de la dive Bouteille? — Je, dist Panurge, vostre humble et petit entonnoir. — Mon amy, dist elle, je n’ay à vous faire instruction qu’une : c’est que venant à l’oracle, ayez soin n’escouter le mot, sinon d’une oreille. — C’est, dist frere Jean, du vin à une oreille. »
Puis le vestit d’une galleverdine (1), l’encapitonna d’un beau et blanc béguin, l’affeubla d’une chausse d’hypocras, au bout de laquelle, en lieu de floc, mit trois obélisques, l’enguantela de deux braguettes antiques, le ceignit de trois cornemuses liées ensemble, luy baigna la face trois fois dedans la fontaine susdite, enfin luy jetta au visage une poignée de farine, mit trois plumes de coq sus le costé droit de la chausse hypocratique, le fit cheminer neuf fois autour de la fontaine, luy fit faire trois beaux petits sauts, luy fit donner sept fois du cul contre terre, tousjours disant ne sçay quelles conjurations en langue Etrusque, et quelquefois lisant en un livre ri tuai, lequel, prés elle, portoit une de ses mystagogues.
Somme, je pense que Numa Ponpilius, roy second des Romains, les Cerites de Tuscie, et le saint capitaine Juif, n’ instituèrent onques tant de ceremonies que lors je vis, ny aussi les vaticinateurs Memphitiques à Apis en Ægypte, nv les Euboiens en la cité de Rhamnes à Rhamnusie, ny a Jupiter Ammon, ny à Feronia, n’ usèrent les anciens d’observances tant religieuses comme là considerois.
Ainsi accoustré le sépara de nostre compagnie, et mena à main dextre par une porte d’oi\ hors le temple, en une
(1) Jaquette.