COMMENT LES PORTES DU TEMPLE S’OUVRIRENT
voyant sous l’extremité de l’une et l’autre porte un petit cylindre, lequel par sus l’esseuil joignoit la porte, et se tournant selon qu’elle se tiroit vers le mur, dessus une dure pierre d’Ophites, bien terse, et esgalement polie par son frottement, faisoit ce doux et harmonieux mur mur.
Bien je m’esbahissois comment les deux portes, chascune par soy, sans l’oppression de personne, estoient ainsi ouvertes : pour cestuy cas merveilleux entendre, après que tous fusmes dedans entrés, je projettay ma veue entre les portes et le mur, convoiteux de savoir par quelle force et par quel instrument estoient ainsi refermées, doutant que nostre amiable lanterne eust, à la conclusion d’icelles apposé l’herbe dite ethiopis, moyennant laquelle on ouvre toutes choses fermées ; mais j’apperceu que la part en laquelle les deux portes se fermoient en la mortaise intérieure estoit une lame de fin acier, enclavée sur le bronze Corinthien.
J’apperceu davantage deux tables d’aimant Indique^, amples et espoisses de demi paume, à couleur cerulée, bien licées et bien polies; d’icelles toutes l’espoisseur estoit dedans le mur du temple engravée, à l’endroit auquel les portes, entièrement ouvertes, avoient le mur pour fin d’ouverture.
Par donc la rapacité et violence de l’aimant les lames d’acier par occulte et admirable institution de nature, patissoient cestuy mouvement. Consequemment les portes y estoient lentement ravies et portées, non tousjours toutesfois, mais seulement l’aimant susdit osté, par la prochaine cession duquel l’acier estoit de l’obéissance qu’il a naturellement à l’aimant absout et dispensé, ostées aussi les deux poignées de scordion, lesquelles nostre joyeuse Lanterne avoir, par le cordon cramoisi, esloignées et suspendues, parce qu’il mortifie l’aimant et despouille de ceste vertu attractive.
En l’une des tables susdites, à dextre, estoit exquisitement insculpé, en lettres latines antiquaires, ce vers iambique senaire:
Ducunt volentem fata, nolentum trahunt.
Les destinées mènent celui / qui consent, tirent celuy qui refuse. En l’autre je vis à senestre, en majuscules lettres, elegantement insculpé ceste sentence :