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MYOLOGIE OU ÉTUDE DES MUSCLES

Quaresmeprenant avoit :

Les muscles, comme un soufflet.

Les tendons, comme un gand d'oiseau.

Le diaphragme, comme un bonnet à la cocarde.

Les crémastères, comme une raquette.

Les muscles, comme un soufflet (i).

Les muscles se composent de deux parties bien distinctes :

1° D'une partie centrale, rouge, peu consistante, réductible en fibrilles contractiles [fibrilles musculaires) ;

2° D'une partie terminale, d'un blanc nacré, très résistante, constituant les cordes souples, appelées tendons, qui s'attachent aux os.

Les fibrilles musculaires sont contenues dans des loges membraneuses [aponévroses) qui se perdent sur les tendons dont elles ont la texture et la couleur.

Par le qualificatif général « les muscles », Rabelais entend surtout la partie contractile de ces organes, celle qui, comme un soufflet, est relativement relâchée à l'état de repos, gonflée à l'état d'action.

(i) Le soumet dessiné dans Ift planchd annexe est uli l'ac-similé du soufflet sculpté sur un des chapiteaux de l'église abbatiale de Vézelay, qui date des premières années du xii" siècle.

En plus du cœur, du diaphragme, du crémastère, du sphincter, de l'anus, étudiés dans ce chapitre. Maître François a signalé les muscles des parois de l'abdomen. (Voy. Anatomie des formes, Le mirach, comme un chapeau albanois, et « le muscle de la vole qui est au dessoubs du pouce. » (L. II, ch. XIX.) Les anciens, Pline, Varron, appelaient vola la paume de la main. Par muscle de la vole, il faut donc comprendre l'ensemble de la masse musculaire.

Les muscles, comme un soufflet.

(court abducteur, opposant, court fléchisseur et adducteur du pouce), qu'on trouve à la base du pouce et qui constitue l'éminence 'thénar.

Ce sont surtout les muscles superficiels des membres (jumeaux de la jambe, biceps brachial, long supinateur, etc.) qui ont la forme indiquée par l'illustre écrivain. Cette forme est celle qu'on donne aux faisceaux musculaires représentés dans les ouvrages de physiologie. (Voy. Marey, la Machine animale, p. 3o, 5^ édit., Paris, 1891.)

L'exercice fortifie les muscles. Ils sont grêles chez la femme et aussi chez l'homme dont la vie est sédentaire. Ils s'atrophient et s'infiltrent de graisse dans la vieillesse. Chez

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les peuples qui se nourrissent exclusivement de viande, l'énergie musculaire est plus prononcée que chez les peuples frugivores. (Haller, Des rapports du moral et du physique.)

Chacun des habitants de l'île de Ruach « à sa ceincture portoit un beau petit soul'flet. Si par cas vent leur failloit (i), avecques ces jolis soufflets ils en forgeoient de tout frais, par attraction et expulsion réciproque. »

Avec ses os fragiles, ses articulations rouillées, ses hanches saillantes, Quaresmeprenant n'était plus jeune. Il menait une existence contemplative. « Confalonnier (2) des icthyophages (3), grand avaleur de pois gris et de salades salées, rien ne mangeoit jeûnant, jeûnoit rien ne mangeant, grignotoit par soupçon, buvoit par imagination, jamais ne se trouvoit aux nopces. » Ses muscles devaient être et étaient réduits à un degré inouï de mollesse et de flaccidité. Ce n'était plus de la chair... c'était de l'air.

Les tendons, comme un gand d'oiseau.

Garni d'oiseau, gant de fauconnier. Il était fait de peau de cerf ou de buffle et avait tous les doigts séparés (4) et une garde assez grande couvrant le poignet.

« Pour un nouveau faucon il faut gand neuf de cuir de cerf bien blanc, laisse neuf de bon cuir, laquelle doit estre attachée au gand, » lit-on dans le Livre du roy Modus (manuscr. Biblioth. nat.) écrit au commencement du xiv" siècle, mais sur des documents d'une date antérieure (5).

(1) Leur Taisait dél'aut.

(2) Gonfalonicr, celui qui portait le gonfaloii.

(3) Ceux qui ne mangent que du poisson, du grec txôû?, poisson, et (pecyw, je mange.

(4) Il y avait aussi, à celte époque, des gants sans doigts séparés, ou avec un doigt séparé pour le pouce. (Voy. Appareil digestif. Le palal, comme une moufle).

(5) Le plus ancien des livres écrits en français sur la fauconnerie, 1828. Imprimé en caractères gothiques avec 5o gravures, en 1889, par Elzear

Dans une des verrières de réglise SainLe-Savinc de Troycs en Champagne, saint Thibault, à cheval et en costunie de chasse, a la main droite enfermée dans un gant de ce genre, sur lequel est perché un faucon.

Au nombre des curieux venus au-devant de P.antagruel descendu dans l'île des Papimanes figurait « un faulconnier avecques un leurre et gand d'oiseau ».

Les tendons, comme un gand d'oiseau.

Les digilalions lendineuses blanches et la gaine aponévrotique qui les prolonge à la surface de la plupart des muscles fait involontairement songer au gant blanc digité à longue gaine dans lequel étaient logés la main et le poignet d'un fauconnier.

Le diaphragme, comme un bonnet à la cocarde.

Le diaphragme (i) est une cloison musculo-aponévrotique qui divise le tronc en deux cavités : une supérieure, la

Blazc. (Voy. aussi Tardif, Arl de. la fauconnerie, in-l'" avec fig. ; Paris, 1492, autres édit. in-4, Paris, 1567, 1628, et Reliqiiia libroriim, manuscrit latin de 1260, imprimé seulement en 1788.)

(1) Du grec otâapayiJij, entre-deux, séparation, division, formé de Siâ, onti'c, et de tpîdciîi», je ferme, j'enclos.

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poitrine, cL une inlerieui-e, le vcnlre. 11 esl romic d'une portion convexe en haut, concave en bas, fibreuse, c'esl-àdire d'un blanc nacré, à son centre, et musculeuse, c'est-à-dire rouge, h son pourtour {corps du diaphragme), et de deux prolongements charnus, verticaux, insérés sur la colonne vertébrale {piliers du diaphragme).

« Entr'aultres despouilles et butins de ses conquestes, Ptolémée, lils de Lagus (i), présenta aux Egyptiens en plein théâtre un esclave bigarré, tellement que de son corps l'une part estoit noire, l'aultre blanche (non en compartiment de latitude (2) par le diaphragme, comme fut celle femme sacrée (3) à Vénus indique (4), laquelle fut recognue (5) du philosophe tyanéan (6) entre le fleuve Hydaspes (7) et le mont Caucase), mais en dimension perpendiculaire. » (Prologue du livre III.)

« Toutes mes phrènes (8), métaphrènes (9) et diaphragmes sont suspendus et tendus pour encornifistibuler (10) en la gibessière de mon entendement (1 1), ce que dictes, » répond Panurge au philosophe éphectique (12) et pyrrhonien (i3) Trouillogan.

(1) Un des capitaines d'Alexandre, chef de la dynastie dos Lagides, rois d'Égypte.

(2) Du latin laliludo, employé par les astronomes dans le même sens, et qui signifie largeur.

(3) Consacrée, du latin sacralus.

(4) Indienne, du latin indiens.

(5) "Reconnue.

(6) Apollonius de Thyane, philosophe pythagoricien.

(7) Grand fleuve de l'Inde.

(8) Phrène, ippriv, primitivement le disiphragmc que les poètes grecë confondaient avec le péricarde ; par extension, surtout au pluriel, les viscères, les entrailles.

(9) To (XEià sp^vov (R. R. [X. (?pTiv), la partie supérieure du dos entre les

épaules.

(10) Mot forgé, introduire, faire entrer.

(11) Voy. Ostéologie, Le crâne ^ comme une gibessière.

(12) Temporiseur, du grec ÈKÉyw, retenir, empêcher, arrêter.

(13) De l'école de Pyrrhon, disciple d'Anaxarque et chef des philosophes sceptiques.

ANATOMIE DESCRIPTIVE (jj

Bonnet à la cocarde, bonnet d'homme s'attacliant sous le menton. « Bonnet à la mode ancienne, bonnet des gens du commun, » dit Oudin.

Le premier des habitants de l'île des Apedeftes (i) rencontré par Pantagruel « estoit vestu d'une robe gocourte (2), de couleur de roi, avoit le pourpoinct de demi-

Le diaphragme, comme un bonnel à la cocarde.

ostade (3) à bas de manches de satin, et le hault estoit de chamois, le bonnet à la cocarde ».

Ce bonnet est très ample, très lourd et doublé en

(1) Ignorants, illettrés, du grec ànaioeuioi [Y oy .VAlphabehim cjrœciim de Robert Estienne, j543, pour la prononciation des diphtongues grecques ai et tu). Rabelais a appelé ainsi les gens de la Cour des comptes, parce qu'ils n'avaient aucun grade universitaire. Je rappelle que le chapitre dans lequel figurent ces lignes est généralement considéré comme apocryphe.

(2) De moyenne longueur.

(3) Sorte d'étoffe»

an-icM-e de IVise rouge. Louis Guyon alTirine qu'il en a vu un à Paris qui pesait !y livres lo onces. (L. Guyon, Diverses leçons, 1. IT, ch. vi.) Dans les Variétés historiques publiées par Fournier (t. 111, p. 3(3),.il est question également de ce bonnet.

a A la cocarde «vient, sans doute, du vieux mot français coquenard qui signifiait niais, borné.

Le dessin du bonnet à la cocarde que nous a conservé Ambroise Paré — c'est celui (ju^on a sous les yeux — témoigne de l'analogie évidente qu'il y a entre cette coiffure bombée, i-ouge en arrière et dont les deux brides, très laro-es à leur oriaine, se réduisent inférieurement chacune à un cordonnet, et la voûte et les deux piliers ou appendices du diaphragme qui décroissent progressivement de volume à mesure qu'ils descendent à droite et à gauche, le long de la colonne vertébrale.

Les crémastères, comme une raquette.

Les crémastères sont les muscles suspenseurs des glandes génitales, les agents du mouvement d'ascension brusque de ces glandes (du grec xpeado), je suspends). Les faisceaux musculaires qui composent chacun des deux crémastères naissent, à droite et à gauche, de la partie interne du pli de l'aine et se terminent en formant autour du testicule du même côté une série d'anses dont la concavité

regarde en haut.

p]n marge du chapitre xxviii du livre V du manuscrit de la Bibliothèque nationale se trouve une liste de quinze phrases avec ce titre : Servalo m-4° Hb. Panorgium ad nitplias, et parmi elles :

Les crémastères du taureau tant aimé de Pasiphaé (i).

(1) Pasipl.ac, fille du Soleil, femme de Minos, roi de Crète, et mère du Minolaurc, luonstre moitié homme cl moilié lauroau.'

« De bled cii luM-be, apprend Panurge à Paiitagnicl (1. 111, ch. Il), vous t'aictes belle saulse vcrdc (i) qui dilate les vases spermatiques, abbrévic (2) les crémastères, etc. »

Lex crémuK lèves, comme une mquelle.

La raquette (par corruption du latin reticulnm, diminutif de rete, rets, réseau [Cazeneuve]) n'a pas changé de forme depuis longtemps. Elle donne non seulement une idée des contours et de la texture, mais encore des fonctions du muscle en question. Comme la balle, le volant, etc., s'élève et s'abaisse brusquement par le jeu de la raquette, chaque glande spermatique s'élève et s'abaisse rapidement par le jeu de son muscle suspenseur.

Pantagruel a fait (1. II, ch. v) « le blason et divise (3) des licentiés d'Aurelians (4), disant:

Un esleuf (5) en la braguette (6), En la main une raquette^ Une loi en la cornette,

(1) Verte, du latin viridis.

(2) Raccourcit, du latin abbreviare, formé de bvevis, bref, court.

(3) Devise.

(4) Orléans.

(5) Balle de paume, de bourre ; du latin sliipa.

(6) La braguette s'entend aujourd'hui de l'ouverture qui se trouve audevant du pantalon. Jadis c'était une pièce de ier du harnais militaire,

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Une basse danse au lalon, Vous voilà passé coquillon » (1).

Physiologie. — Chez un être vivant, les muscles, môme à l'état de repos, ne sont pas complètement relâchés. Cette tension permanente des muscles, dite lonicilé musculaire, est sous la dépendance du système nerveux. Quand on coupe les nerfs du muscle qui ferme l'orifice inférieur de l'intestin (m. sphincter de l'anus), il se distend tout h fait et laisse échapper tous les résidus de la digestion. Une émotion morale vive, surtout la peur, produit le même effet.

« Panurge esmeu (2), transit, tremblant, hors de propos, égratigné des gryphes\lu célèbre chat Rodilardus, » s'échappe de la soute du navire où il s'était « musé (3) entre les croustes, miettes et chaplis (4) de pain » pendant que les bombardiers (5) saluaient à coups de canon les muses de l'île de Ganabin (6).

« Frère Jean à l'approcher, se sentoit je ne scay quel

située entre les deux cuissards et destinée à protéger les organes génitaux ou une pièce d'étoffe du vêtement civil, plus ou moins large et plus ou moins longue, adaptée aux hautes-chausses. (Voy. les personnages des Songes drôlaliques de Pantagruel, imprimés en i563.)

« Les chausses-hautes estoient si joinctes qu'il n'y avoit moyen de faire des pochettes. Mais, au lieu, ils portoyeut une ample et grosse braguette qui avoit deux aisles aux deux costez, qu'ils attachoient avec des esguillettes, une de chaque costez: et en ce grand espace qui estoit entre les dittes deux esguillettes, la chemise et la bragette, ils y mettoient leurs mouchoirs, une pomme, une orange, ou aultres fruiclz. » (Louis Guyon, loc. cil. siiprà.) La braguette a été appelée aussi brague, brayeile, gaudipisse, etc.

(1) Docteur ; ainsi dénommé à cause du capuchon, cucitllio. Les artistes donnent toujours le nom de capuchon, de fichu du dos, de muscle cucullaire, au trapèze, le plus superficiel des muscles de la nuque et de la partie supérieure du dos.

(2) Ému.

(3) Caché, retiré.

(4) Ce que l'on ôte de la croûte du pain en le chapelant.

(5) Les gens qui tiraient les bombardes.

(6) Ganabin, en hébreu signifie larrons, voleurs. Au dire de mon savant ami, M. Ducrot, l'île de Ganabin, c'est l'Angleterre, pays des trafiquants dont le Dieu est Mercure, patron des voleurs. (Ducrot, loc. cil. mpvù, p. aa.)

odeur aultre que de poudre à canon. La verlii reîenlrice du nerf qui reslrainct (i) le muscle nommé sphincter — c'est le muscle de l'anus, — estoit dissolue (2) par la véhémence (3) de la paour (4) que Panurgc avoit eu en ses phantastiques visions. Adjoinct (5) le tonnoire (6) de telles canonnades, lequel est plus horrifique (7) par les chambres basses que n'est sus (8) le tillac. Car un des symptômes et accidents de paour est que par luy ordinairement s'ouvre le guischet du serrail onquel (9) est à temps la matière fécale retenue.» Autres exemples :

« Messcr (10) Pantolfe de la Gassine Senois » (11), dont les fonctions digestives s'accomplissaient mal, alla à la garderobe, après s'être fait donner, pour épargner la speza d'un serviiiale, la dépense d'un clystère, un grand coup de fourche « entre col et collet qui le jecta par terre à jambes rebidaines » (12).

« Edouard le quint (i3), roy d'Angleterre, avoit en si grande privaulté ( i4) reçeu maistre Villon, banny de P'rance, que rien ne luy celoit des menus négoces (i5) de sa maison. Un jour, le roy susdict, estant à ses affaires (iG), montra à

(1) Qui resserre, du latin reslringere.

(2) Affaibli, du latin dissoliiliis.

(3) L'intensité, le haut degré, du latin vehemeniia.

(4) De la peur.

(5) Joint, ajouter à cela, du latin adjiinchis.

(6) Le tonnerre.

(7) Effrayant, du latin horrificiis.

(8) Sur.

(9) Par lequel.

(10) Vieux mot qui s'est dit pour Messire. La Fontaine a appelé l'estomac messer Gasler.

(11) Le Duchat a découvert un Pandolfus Senensis dans les Lellres de Louis XII, t. III, p. 267. Quant au nom de la Cassine, équivalant à peu près au nom français de la Case, il a pu appartenir à beaucoup d'Italiens.

(12) Les jambes en l'air.

(13) Le cinquième, du latin quinlus.

(14) Familiarité extrême.

(15) Affaires, détails, du latin negoliiim.

(16) A satisfaire ses besoins naturels.

Villon les armes de France en painclure et lui disL : Voids-lu quelle révérence (i) je porte à tes roys François? Ailleurs n'ai-je leurs armoiries qu'en ce retraict icy près de ma selle percée. — Vous estes, respondit Villon, sage, prudent, entendu et curieux (2) de vostre santé ! Et tant bien estes servy de vostrc docte médicin Thomas Linacer(3). Il (4), voyant que naturellement sus vos vieulx jours vous estiez constipé du ventre, et que journellement vous falloit un apothécaire, je dis un clistère, aultrement ne poviez vous esmeutir (5), vous afaictici aptement (6), non ailleurs, paindre les armes de France... Et croy que si d'abondant (7) vous aviez ici en paincture la grande oriflâmbe (8) de France, à la vue d'icelle (9) vous rendriez les boyaulx du ventre par le fondement » (10).

Le Martial des bords de la Vienne avait. trop de bon sens pour approuver les excès studieux qui nuisent à l'action. Et, comme l'esprit ne saurait se développer et s'accroître que dans un corps sain, mens sana in corpore sano, c'est dans un heureux équilibre des facultés morales et des facultés physiques

(1) Respect, du latin reuerenlia.

(2) Soigneux, du latin ciiriosiis.

(3) Linacer, mort en i524, n'ayant pu être médecin d'Édouard V, et celui-ci n'étant pas roi d'Angleterre à l'époque du bannissement de Villon, il est certain qu'il y a ici confusion dans les dates et dans les personnages. Un tel entretien a bien eu lieu, mais antérieurement, entre Jean, roi d'Angleterre, et Hugues le Noir, dont les plaisanteries sont demeurées longtemps proverbiales. M. Léopold Delisle l'a retrouvé dans un manuscrit du xiii'= siècle de la bibliothèque de Tours : Exempla clericorum (Léopold Delisle, Noies sur quelques manuscrils de la bibliothèque de Tours, 1868, in-8°, p. i3).

(4) Celui-ci.

(5) Aller à la garde-robe. Smal en anglais signifie saleté, ordure. Ainsi que le remarque Rabelais, la constipation est un des apanages de la vieillesse.

(6) Justement, en latin apte.

(7) En outre.

(8) Oriflamme.

(9) De celle-ci.

(10) L. IV, cil. LXVII.

qu'il a chercluî l'idéal de l'éducation. Après l'élude, l'élève de Ponocrates s'exerçait le corps comme >< il avoit son ame auparavant exercé », course à pied, sauts de haies et de fossés, équitation, voltige, escrime, chasse, natation, canotage en Seine (i), chant, tire à la butte et au papegai, etc., il n'était rien que l'écolier ne fît pour augmenter sa vigueur physique. Le jeu des muscles, les mouvements du corps et des membres ont été pour l'immortel écrivain une véritable mine à description. Il lesanotésavec une de ces débauches de style qui lui sont familières, et où il est vraiment prodigieux par l'abondance des mots et les tours du langage.

Les leçons du matin terminées, Ponocrates et Gargantua (2) « issoienthors (3), toujours conférants (4) des propos de la lecture et se desportoient (5) en Bracque (6) ou és (7) près, et jouoient à la balle, à la paulme, à la pile trigone(8), galantement (9) s'exerçants le corps comme ils avoient les ames auparavant exercé. Tout leur jeu n'estoit qu'en liberté ; car ils laissoient la partie quand leur

(1) Un sport doit être un exercice de la souplesse, de la dextérité et de la force des muscles de Thomme. Le canotage n'est en réalité un sport que s'il y a manœuvre à la voile et à l'aviron. Rabelais l'a énoncé avant moi.

(2) Le chapitre dont j'extrais ces lignes (ch. xxiu, 1. I) est un de ceux qui ont fait dire à Guizot : « On ne m'entendra pas sans étonnement nommer d'abord Rabelais comme un de ceux qui ont le mieux pensé et le mieux parlé en fait d'éducation, avant Locke et Rousseau. » La Bruyère, Nisard, E. Chevalier, Geruzez, M. Compayré, etc., ont exprimé sous une autre forme la même opinion. (Geruzez, le Pliilarque français; G. Compayré, Des idées de Rabelais en matière d'édiicalion, dans Mémoires de V Académie des sciences, inscriplions el belles-lellres de Toulouse, r série; t. VIII, Toulouse, 1866, p. 63 et suiv.).

(3) Allaient dehors, sortaient, du latin ire.

(4) Traitant, s'entretenant, du latin conferre.

(5) Allaient, se transportaient.

(6) Jeu de paume du faubourg Saint-Marceau, à Paris, ayant pour enseigne un chien braque.

(7) Dans les.

(8) « Ce nom vient de ce que les joueurs étaient rangés Iriagonalernenl. » (Bibliophile Jacob.)

(9) Adroitement.

plaisoit, et cessoiont ordinairement lorsque suoient parmi le corps ou estoientaultrement(i) las. Adoncestoient très bien essués (2) et frottés, changeoient de chemise, et doulcement se pourmenants (3), alloient voir si le disner estoit prest. »

Après le repas ils se reposaient un instant, puis ils se remettaient à l'étude « pendant trois heures ou d'advantage », et de nouveau « issoient hors leur hostel, avec eux un jeune gentilhomme de Towraine nommé l'escuyer Gymnaste (4), lequel lui montroit l'art de la chevalerie. Changeant doncques de vestements, montoit sus (5) un coursier (6), sus un roussin (7), sus un genêt (8), sus un cheval barbe (9), cheval léger, et lui donnoit cent quarrières, le faisoit voltiger en l'aer, franchir le fossé, sauter le palis (10), court-toùrner en un cercle, tant à dextre (1 1) comme à senestre (12). »

(1) Conformément h cette recommandation d'Hippocrate : « Un signe qu'on s'est suffisamment exercé au gymnase, c'est la sueur » (Epid., 1. VI), et à celle de Ceisc : « La fin de l'exercice doit être la sueur, ou du moins une lassitude qui n'aille point jusqu'à la faligue » {Trailé de rnéd., 1. I, sect. II). On devrait se souvenir de ces recommandations dans nos gymnases.

(2) Essuyés.

(3) Se promenant.

(4) Du grec YUfAvaarrjç, gymnaste, maître de gymnastique pour les athlètes.

(5) Sur.

(6) Cheval de haute taille.

(7) Cheval épais et entier, propre aux voyages et à la guerre, de l'allemand, ross, cheval.

(8) Cheval entier d'Espagne de petite taille, très prompt à la course.

Talonne le genêt et le dresse aux passades.

(Malhurin Régnier, satire V.)

(9) Cheval de Barbarie, cheval léger. Le cheval arabe est encore préféré pour la remonte de la cavalerie légère.

(10) Le pieu. C'est du mot palus, pieu — (des trois pieus qui marquèrent les limites du terrain sur lequel il a été bâti) — que le château qui a vu naître Henri IV a reçu d'abord le nom de Pal et, par corruption, celui de Pau qu'il a donné à la capitale des Basses-Pyrénées. Les armoiries de la ville de Pau sont d'azur à trois pals. Dans les chroniques béarnaises, le château en question est appelé successivement Caslelliiin de Palo, Caslrum de Palo, château du Pieu, du Pal et finalement château de Pau.

(11) A droite, du latin dexler.

(12) A gauche, du latin sinislei:

ANATOMIE DESC.niPTIVE

Ensuite:

« De sa lance acérée verde (i) et roide rompoit un huis, enlonçoit un harnois, aculoit un arbre, enclavoit un anneau, enlevoit une selle d'armes, un haubert, un gantelet. Le

tout l'aisoit armé de pied en cap Estoit apprint (2) k

saulter hastivement d'un cheval sus l'aultre sans prendre

terre; monter sans estrivières ; et sans bride guider le

cheval à son plaisir Un aultre jour s'exerçoit à la

hasche Puis branloit la pique, saquoit (3) de l'espée à

deux mams, de l'espée bastarde (4), de l'hespagnole, de la

daglie et du poignard Couroitle cerf, le chevreuil, l'ours,

le^'daim, le sangher, le lièvre, la perdrix, le faisan, l'otarde (5). Jouoit à la grosse balle, et la faisoit bondir en l'aer aultant du pied que du poing...

« Luctoit. . . . D'un sault persoit (6) un fossé, voloit sus une haie, montoit six pas encontre (7) une muraille, et rampoit

en ceste façon à une fenestre Nageoit en profunde eau,

à l'endroict, à l'envers, de costé, de tout le corps, des seuls pieds, une main en l'aer, en laquelle tenant un livre transpassoit (8) toute la rivière de Seine sans icelluy (9) mouiller,

et tirant par ses d(ints son manteau Puis d'une mam

entroit par grande force en un basteau : d'icelluy se jectoit derechef en l'eau, la teste la première; plongoit és (10) abysmes et goulphres. Puis icelluy basteau tournoit, gouvernoit, menoit hastivement, lentement, à fil d'eau, contre cours, le retenoit en pleine excluse (11), d'une main le guidoit, de

(1) Verte, du latin viridis.

(2) Appris.

(3) S'escrimait.

(4) Épée qu'on maniait à deux mains ou à une seule main.

(5) L'outarde.

(6) Traversait.

(7) Contre.

(8) Traversait.

(9) Celui-ci.

(10) Dans les.

(11) Écluse.

7<» RABEr.AIS ANATOMISTE

l'aultre s'escrimoit avec un grand aviron, tcndoil la voile...

« Joctoit le dard, la barre, la pierre, la javeline, Tespieu,

la hallebarde , bandoit és reins (i) les fortes arbalcstes de

passe, afTustoit le canon (2), visoil de l'arquebuse, tiroit à la butte, au papegai (3) du bas en mont, d'amont en val, de costé, en arrière

« On lui attachoit un câble en quelque haute tour pendent en (4) terre, par icelluy (5) avecques deux mains montoit, puis devalloit (6) si roidement et si asseurément, que plus ne pourriez parmi un pré bien égalé (7). On lui mettoitune grosse perche appuyée à deux arbres, à icelle (8) se pendoit par les mains, et d'icelle (9) alloit et venoit sans des pieds à rien toucher, qu'à grande course on ne l'eust pu aconcepvoir (10).

« Et pour s'exercer le thorax etpoulmon (11) crioit comme tous les diables.

<( Et pour galentir (12) les nerfs, on lui avoit faict deux grosses saulmones de plomb (i3), lesquelles il nommoit

(1) Tendait en contractant les muscles du bas du dos. (Pour arbaleste de passe, voy. Anatomie des formes : Le dors, comme une avbalcsle de passe.)

(2) Plaçait un canon sur son affût. *

(3) Oiseau de carton ou de bois peint planté au bout d'une perche pourservir de but.

(5) Celui-ci.

(6) Descendait.

(7) Uni.

(8) A celle-ci.

(9) Au moyen de celle-ci.

(10) Atteindre, attraper, du \aXn\ adconcipere, de capere, prendre.

(11) Poumon. Des recherches entreprises en 1878-1881, à l'École de gymnastique de Joinville-le-Pont, par Chassagne et Daily, il résulte que le thorax acquiert une amplitude considérable quand on habitue les muscles préposés aux mouvements d'inspiration à fonctionner avec énergie. Après plusieurs générations, le développement thoracique obtenu par un exercice continu du chant deviendrait même, d'après M. Schmid-Monnard, un caractère de race.

(12) Fortifier.

(13) Saumons, du latin salmo ; masses de plomb telles qu'elles sont sorties de la fonte.

altères (i). Icelles prenoit de terre (2) en chascune main et les eslevoit en Taer au-dessus de la teste, les tenoit ainsi sans soi remuer trois quarts d'heure ou d'advantage.

« Jouoit aux barres avec les plus forts. Et quand le poinct advenoit (3), se tenoit sur ses pieds tant roidement (4) qu'il s'abandonnoit és plus adventurcux (5) en cas qu'ils le feisscnt mouvoir de sa place, comme jadis faisoit Milon (6). A l'imitation duquel aussi tenoit une pomme de grenade en sa main, et la donnoit h qui lui pourroil oster...

« S'il advenoit (7) que l'aer (8) fust pluvieux et intempéré (9) , ils demeuroient à la maison et par manière

d'apothérapie (10) après disner, en lieu (1 i) des exercitations (12), s'esbatoient à boteler du foin, à fendre et scier du bois et à battre les gerbes en la grange... »

Après cette orgie de gymnastique où l'auteur de Garganlua et de Pantagruel semble, non sans excès, avoir voulu donner au corps une revanche sur l'ascétisme du moyen âge, on est étonné de lire encore dans le chapitre xiv du livre V : « Les bons gentilshommes par raison de leur estât s'exerceoient à la volerie (1 3) et à la chasse pour plus estre en

(1) Altères ou mieux haltères (du latin hallev, balancier de danseur de corde) .

(2) Il prenait chacune de celles-ci.

(3) Arrivait, du latin aduenire.

(4) Solidement.

(5 Aux plus forts, aux plus audacieux.

(6) Célèbre athlète de Crotone qui lut sept lois vainqueur aux jeux pythiques et six fois aux jeux olympiques.

(7) S'il arrivait.

(8) L'air.

(9) Mauvais, froid. . ,

(10) Apothérapie (du grec ir.6, à l'écart, cl 05^°"=^'-^, traitement) signihait chez les Anciens : terminaison d'une cure. On doit l'entendre ici, remarque avec raison M. le Brémond, dans le sens d' « hygiène à domicde » ou mieux de << gymnastique en chambre (Brémond, Ioc. cil., Garrjanhin,

note 99.)

(11) Au lieu, en remplacement.

(i-î) Des exercices gymnasti(iucs, du latin erercilalio.

(i3) Ternie de fauconnerie, la chasse pour laquelle l'oiseau est dresse

temps de guen-e escorts (i) et ja {2) endurcis au travail. Car venatio (3) est comme un simulaclire de bataille, et oncfjues n'en mentit Xenophon, cscripvant estre de la vénerie comme du cheval de Troie, issus touts bons et excellents chefs de guerre. »

Rabelais ne s'est pas borné à montrer tous les avantages qu'on peut retirer de la gymnastique ; il a fait pressentir aussi les inconvénients d'une trop grande sédentarité. Bridoye avoue que « Feu M. Othoman Vadère, grand médicin, lui a dict que faulte d'excitation corporelle est cause unique du peu de santé et de brièveté dévie de touts officiers de justice. » et les médecins de Pantagruel, immobilisé par des liens dans son berceau, préviennent son père « que si on le tenoit ainsi il seroit toute sa vie subject à la gravelle ».

à voler d'autres oiseaux ou quelque autre sorte de gibier : // a haiile cl basse volerLe. — On appelait anciennement haiilc volcrie la volerie du faucon sur le héron, sur les grues et sur les canards ; celle du gerl'aut sur le sacre et sur le milan, etc. ; basse volerie, celle du laneretet du tiercelet du faucon qui volent la pie, la perdrix, etc.

(1) Avisés, prudents, de l'italien scorlo.

{^^) Déjà.

(3) Vénerie, en latin venalio.

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