ANATOMISTE
viande; il l'aut (jue rohiillilion s'apergoive à peine, a(in que les autres composés chimiques (pii sont successivement dissous puissent s'unir intimement et sans trouble. L'incorrigible railleur fait déclarer gravement par le fondateur de l'abbaye de Thélème que c'était surtout pour mettre plus tôt « la marmite claustrale au feu », que les moines se levaient jadis de bonne heure. « Plus matin se levants, plustot estoit le bœuf au feu;
Plus y eslanl, plus cuicl rcsloil ; Plus cuict restant, plus tendre estoit,
moins usoit les dents, plus délectoit le palat (i), moins gravoit (a) l'estomach, plus nourrissoit les bons religieux (3). »
La chair du chapon, de la perdrix, de la géline, du pigeon, est appétissante et très digestible. Et si « feu Amer, médicin d'eau doulceà Angiers, deffendoitaux malades l'aisle du chappon gras ou celle de la perdrix, le croupion de la géline et le col du pigeon, disant : Ala mala^ cropium diibiiim, collum boniim, pelle remotâ (4) », c'estoitaffin que tout fust réservé pour sa bouche. — « La rougeur des viandes est indice qu'elles ne sont assez cuictes. Exceptés les gammares (5) et escrevices que l'on cardinalise (6) à la cuicte (7). » — La charcuterie sous toutes ses formes (8), les
(2) Le palais, du latin palahis.
(1) Chargeait, pesait sur, du latin gravure.
(3) L. III, ch. XV.
(4) (< L'aile est mauvaise, le croupion passable, le cou bon quand on en a ôté la peau. » Jean de la Bruyère Champier (1. XV, ch. viii de son De Re cibaria) a écrit : ViiUjiis jaclal collum aviiim, sed prœserlim gallinacei (jeneris, bonum ciile delraclâ. Alii clarilali ociiloriun officere credideriinl- Par « médicin d'eau doulce». Le Duchat croit que Rabelais a voulu dire : (( médecin dont les remèdes ne font pas plus de bien ou de mal que si ce n'était de l'eau douce ».
(.5) Les homards, du grec xotjjLfjiatpo;.
(6) Jules Janin, qui lisait assidûment Garganlua, s'est souvenu sans doute de cette expression quand il a appelé le homard le cardinal des mers.
(7) L. I, ch. XXXIX.
(8) Le XVI'' siècle s'est gorgé de charcuterie et de salaisons. Leur éloge revient sans cesse dans Rabelais. Ici, c'est frère Jean apportant pour
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salaisons, « les langues de bœuF rumécs, boutargues (i) cl tels aultres sont avaiiL-coureurs, aguillons de vin, compulsoires de beuvettes ». — « La laitue tempère la soif (2). » — « Nature nous instruit cueillir et manger les fruicts
entrer en vin « quatre horrificques (énormes) pastés de jambon ». Lh, ce sont les cuisiniers royaux tuant « bœufs pour estre k Mardy-gras salés, affin qu'en la primevère (au printemps) ils eussent bœufs de saison à tas pour au commencement des repas faire commémoration des salures». Au nombre des « beaulx livres », conservés précieusement dans la bibliothèque Saint-Victor à Paris, figurent : Des Pois au lard, ciim commenlo; l'AcjuiUon de vin; le Tripier de bon pensemenl; Majoris, de modo faciendi boudinos ; Beda, de oplimilale Iriparum ; Beverendi pains fralris Liibini, provincialis Bauardiœ, de Croqiiendis lardonibiis libri 1res, etc.
Dans l'île Farouche (c'est l'île Grimm pour M. Ducrot ; — voy. Ducrot, loc. cit. suprà, p. 17 ; — en vieille langue gothique, Grimm veut dire : furieux, féroce, farouche, toujours en rage), où l'on adore Mardigras, quarantedeux mille Andouilles, attifées comme dans les féeries populaires et commandées par les capitaines Riflandouille et Tailleboudin, attaquent . alentour du chasteau de Saloir et de la forteresse de Caques » l'armée de Pantagruel. Frère Jean, dont la mémoire est excellente, assiste par bonheur à ce combat. Il songe au cheval de Troie et fait construire « une grande truye en bois » capable de loger dans ses flancs deux cents cuisiniers, appelés : « Saulpiquet (sauce piquaiite), Grasboyau, Pille, mortier, Croquelardon, Tirelardon, Frizelardon, Grattelardon.Guaillardon (par syncope, Guaillartlardon), auquel se joint Boudinandière, etc. » En vain,' « les Godiveaulx et les Saulcissons à cheval » tendent une embuscade à Pantagruel. Le héros Gymnaste coupe en deux de son épée le fabuleux général Cervelat. Enfin l'infante Niphleseth {phallus en hébreu) et soixante-dix-huit mille de ses sujettes « Andouilles royales » sont envoyées à Gargantua qui en fait présent au « grand roy de Paris ». Mais, hélas! « par faulte de moustarde (baulme naturel et restaurant d'andouilles) moururent presque toutes ».
Ce malheur est toutefois bientôt compensé. Les voyageurs retrouvent, en effet, chez les Gastrolàtres, « d'autres andouilles caparaçonnées de moustarde fine, boudins, saulcisses, cervelats, saulcissons, langues de bœuf fumées, jambons, hures de sanglier, saumates (créions, menues fritures, de l'italien sommala).
En ce temps-là, le jambon était un des premiers mets du repas. (Voy. IesGon/esc/'£u/;-fl/)e/, ch.xxi.et les Vigiles du roi Charles VII, nouv. édit., t. I, p 80.)
(1) Cervelas d'œufs de muge ou d'esturgeon confits dans l'huile.
(2) Les Romains terminaient, comme nous, leur repas par une salade, et principalement par une salade de laitue. Au moyen âge, on procédait en sens inverse.
Gargantua mangeait de la salade au début de ses repas, mais les
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quand ils sont meurs (i). » — Les poires de bons chrétiens cuites « en casserons (a) par quartiers avecques un peu de vin » sont très salubres, « tant és malades comme és sains » {'^). — « C'est viande (4) céleste manger à déjeusner raisins avec l'ouaces fVaisches mesmement(5), des pineaulx, des fiers (0), des muscadeaulx (7), de la bicane (8), des foirars (9) pour ceux qui sont constipés du ventre. »
Il est de vieilles coutumes qui avaient du bon. La cure de raisins est de ce nombre. Voulez-vous débarrasser vos viscères de l'enduit qui les engorge? Faites une cure de raisins. Mangez-en autant de grains que vous voudrez, mais en évitant d'avaler les pépins et les pellicules, qui sont des corps indigestes et sans utilité. Ce qui agit dans le grain, c'est le jus qui contient tous les principes d'un excellent savon : des tartrates, des malates de potasse, neutralisants bien supérieurs au sel de Vichy (bicarbonate de soude) et un acide
l'i-ères Iredoiis à la lia du leur : « Ils commençoient leur repas par formage, etl'achevoient par moustarde et laictue, comme tesmoigne Martial avoir esté l'usage des anciens. » Dans l'épigramme i/j du livre XIII de Martial, on trouve en effet les deux vers suivants :
Claudere fjuœ cœnas laclaca solebal auoriim Die mihi, cur nostras inchoat ille dapes.
A Rome, la salade de laitue était jadis servie de préférence le soir, d'après le conseil de Dioscoiide, qui avait reconnu les propriétés tempérantes et hypnotiques de la plante en question. L'empereur Auguste fit élever une statue à son médecin Musa qui l'avait guéri au moyen de la laitue. A l'heure actuelle, le suc de laitue,, ou lacliicarium, entre dans la composition de la plupart des potions calmantes et antispasmodiques.
(1) Quand ils sont trop verts, ils contiennent un principe Acre qui irrite la muqueuse digestive et provoque la diarrhée.
(2) En casseroles.
(3) Pline dit (1. XVIII, ch. vu) que toutes les poires sont pesantes et indigestes, sauf quand elles sont cuites.
(4) Dans le sens de mets, d'aliments; vivanda en basse lalinité, fait de vivere, signifie tout ce qui l'ait vivre.
(5) Principalement.
(6) Raisins appelés aussi fumés.
(7) Raisins muscats.
(8) Raisins à faire le verjus.
(9) En Guyenne on appelle ainsi les raisins appelés pineaux en Tonraine.
ANATOM lE DESClUPTI VH
susceptible de se dédoubler comme l'acide du vinaigre en alcool et en acide carbonique. Sous l'influence de ce jus « divin », les selles se multiplient entraînant l'acide urique, les engorgements du foie disparaissent, l'hypocliondric s'envole colorant l'avenir des tons les plus rosés, les affections cutanées s'éteignent laissant le calme et la douce chaleur dans les régions où régnait la veille un prurit dévorant. N'en déplaise à Brillât-Savarin, il est très bon de prendre quelquefois son vin en pilules.
Le roi des condiments, le- vinaigre, qui excite la sécrétion des glandes salivaires et des follicules gastriques dont les sucs sont indispensables à la digestion des viandes noires, est prôné par Maître François :
... Manger levrault, c'est malheur Sans de vinaigre avoir mémoire (i) :
Vinaigre est son ame et valeur.
Retenez-le en poinct péremptoire (2).
Les chevaliers de Pantagruel « feirent rostir leur venaison. Et après, grande chère à force vinaigre (3). »
Les ragoûts sont en général mal supportés par les estomacs délabrés. Il en est de même des sauces, sauf de quelques-unes, la sauce Robert ou sauce au pauvre homme,
(1) L. II, ch. XXVII.
Connilz rostis, aussi poulaille Sont bons pour estre bien repuz Avec la saulce du verjus.
(Guillaume Bunel, Conseils pour se pféservéf de la peslé.)
(2) Le lièvre au vinaigre était très prisé de nos aïeux, qui attribuaient à la chair, aux viscères et même au sang de cet animal une foule de vertus. La chair conservait ou donnait la beauté; les glandes génitales guérissaient les douleurs de la vessie; les rognons, la goutte; le sang, la dysenterie, etc.
« Cette cuisse de levrault est bonne pour les goutteux, » a écrit luimême, sérieusement ou ironiquement, Rabelais (ch. xxxix, 1. I).
En cela, nos aïeux n'ont cru, au surplus, que ce qu'ont Cru les Romains. (Voy. Pline, 1. XXVIII, ch. lxii, et l'épigrumme de Martial : Si 'juando leporem...)
(3) L. II, ch. XXVI.
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entre auLi-cs(i) : « Lans salubre et nécessaire aulx connils (2) rostis, canars, porc l'rait, œufs pochés, merlus salés ».
En aidant son maître Rondellet dans ses recherches sur les poissons, Maître François a retrouvé le garum, cette saumure célébrée par Horace, Martial et Ausone (3), et en a envoyé à E. Dolet, avec ces vers :
Oiiod inedici quondam lanli facere prioves
Ignoliim nostris en libi millo Garum.
Vini addes ocidi quantum vis, quantum olei vis.
Sunt quibus est oleo pluS sapidum butijrum. Dejeclam, assiduus libris dum incumbis, ovexim
Nulla libi melius pharmaca restituent, Nulla et aliquaculi mage détergent pituitam,
Nulla alvum polerunt solvere commodius.
Mirere id potius, quantum vis dulcia, sumpto,
Salsamenta, Garo, nulla placere libi (/j).
« Ce Garum, que nos médecins ne connaissent plus, et que leurs prédécesseurs estimèrent tant, je te l'envoie. Tu ajouteras, à ton gré, du vinaigre et de l'huile ; il en est cependant qui préfèrent le goût du beurre. Pour toi qui passes ta vie courbé sur les livres, il n'est point de meilleur remède pour te rendre l'appétit, te . balayer les humeurs et te relâcher plus commodément le ventre. Surtout, et cela ne sera point sans t'étonner, quelle que soit la finesse des condiments
(1) L IV ch XL. La sauce Robert, encore indiquée clans les livres de cuisine,'est une sauce dans la composition de laquelle entrent du vinaigre
et de la moutarde.
(o) Mieux conils, lapins, du latin caniculiis; on disait aussi connin.
(3) Pline et Dioscoride en ont donné la recette. Mais cette recette était comi.lètemeut tombée dans loubli. (Voy. S. Rondkllkt, Ihsloire des Poissons, trad. franç. de Laurent Joubert; Lyon, MCLlll, 1-^' ff- y/'- Du Picarel, pp. 126-127, 1. VU, ch. x. - De la Sardine, p. 181 etl. VII, ch. III. — Des Anclioies, p. 177.) .
(/.) Fioreliun pliilosoplncum seu Indus Meudonianus m lenmnos loUus pliilosopliiœ anlore Anlonio Le Roi, presbylero Ccnomanensi IV. Liccnl opus elucubralum Meudoninij in Musœo clariss. Fr. Rabclœst,clc. Pansus, 1649. (Proprse/'alione, I, Hj-)
dont tu te sers, nul pour loi ne vaudra le Garum quand tu l'auras goûté. »
Veut-on savoir ce que le prêtre-médecin pensait du régime quadragésimal? Il n'y a pas d'aliments plus excitants que ceux qui sont prescrits par l'Église pendant le Carême (i) : « febves, pois, phaséols (a)-, chiches (3), oignons, noix (4), huistres, harens, salures (5), garon (6), salades toutes composées d'herbes vénéréiques (7), comme éruce, nasitord (8), targon (9), cresson, berle (10), response (11), pavot cornu, houbelon (12), figues, riz, raisins (i3) ».
Le pain, qui est la base de notre nourriture, doit, comme l'indique Pantagruel (i4), être salé et fermenté pour être léger et sapide. « Chose on (i5) monde plus les humains ne
(1) L. V, ch. XXIX.
(2) Haricots, du latin phaseoliis.
(3) Les levés, les pois, les haricots, les chiches, le riz sont les aliments végétaux qui contiennent le plus de matières azotées, principes essentiels de la nutrition.
(4) Les hygiénistes croient que Faction stimulante exercée par les oignons et les noix est due à une substance âcre et amère.
(5) Les salaisons et la chair de poisson sont très nutritives. La chair de la morue salée renferme 5,2 0/0 d'azote, celle de la raie 3,83, celle du maquereau, 3,74, etc., alors que celle du bœul" n'en renferme que 3,53. La chair du homard est plus riche en azote que celle du gibier.
(6) Poisson appelé autrefois en Languedoc picarel. Il doit son nom moderne à Rabelais qui s'en est servi pour recomposer le garum.
(7) Aphrodisiaques, du latin venereus, de Vénus.
(8) Cresson alénois.
(9) Estragon.
(10) Plante de la famille des Ombellifères.
(11) La médecine tire un grand parti de la plupart de ces plantes et surtout des Crucifères (cresson, raiponce) qui sont reconstituantes.
(12) Le lupulin du houblon passe pour réunir les propriétés narcotiques aux propriétés aromatiques et toniques.
(13) Les fruits les plus nourrissants sont les figues, et surtout les figues sèches, les dattes, les raisins secs, les pruneaux; les fruits les moins nourrissants, les cerises, les oranges, les groseilles, etc. Pendant le carême, on ne peut manger que des figues et des raisins secs, c'est-à-dire les plus nourrissants de tous les Iruits k leur maximum de puissance nutritive.
• (i4) L. IV, ch. Lxi.
(i5) Au.
RABELAIS ANATOMISTR
rond à maladie siibjccls, que de j)aiM non r('rmcnt(''., non salé user (i). »
Poursuivons. Après les aliments solides, les aliments liquides, les boissons.
La menthe, qui entre dans la composition d'une excellente liqucui", rend le sang plus fluide. <( En tesmoignage, sont les champs de l'isle de Samos (2), dicts Panema (3), c'est-à-dire tout sanglant, auxquels Bacchus les Amazones (4) acconceut(5), fuyantes de la contrée des Ephésians (G), et les mit toutes à mort par phlébotomie (7), de mode que (8) le dict champ estoit de sang tout embu (9) et couvert. D'ond (10) vous pourrez d'oresenavant entendre mieulx que n'ha descript. Aristoteles, en ses problèmes (11), pourquoy jadis on disoit
(1) Le pain sans levain et sans sel est fade, indigeste et moins nourissant. Le levain ou la levure transforme une portion de la fécule de la farine en dextrine et en glycose. Ainsi est commencé le travail de transformation de la fécule de la farine en dextrine et en glycose, que complète l'action de la salive.
Le sel entre dans la composition de divers tissus de l'organisme, du tissu musculaire entre autres. Il active la sécrétion des liquides de l'estomac indispensables h la digestion des aliments azotés. Les animaux ont, de même que l'homme, un goût prononcé pour le sel et le mangent avec avidité.
(2) Ile de la mer Égée.
(3) Du grec 7ta;, navtd;, tout, et aïjio, sang. (Voy. Plutaroue, dans ses Demandes des choses grecques, ch. xcvi.)
(4) Femmes guerrières habitant la Cappadoce, sur les bords du fleuve Thermodon, et qui brûlaient le sein droit de leurs filles pour les rendre plus aptes à tirer de l'arc (du grec «, privatif, et (xxÇôî, mamelle).
(5) Atteignit, rejoignit, du latin adconcipere, de ad, augmentatif, et capere, prendi-e.
(6) L'Ionie.
(7) Par ouverture des veines ; du grec oXèij;, veine, et Top.}) fait de -^[ivu), je coupe.
(8) De sorte que.
(9) Imprégné, imbibé, du latin in, dans, dedans, et bibere, boire.
(10) D'où.
(11) Aristote a avancé (Sect. 20, Probl. 2) que la menthe étant froide par elle-même ne convient pas aux soldats. Le père de la botanique, Dioscoride, a, d'autre part, prétendu que les feuilles de menthe jetées dans le lait l'empêchent de se cailler et de se mettre en fromage. Seloil LfPi\'is,
en proverbe commun: « En temps de guerre, ne mange et ne plante menthe. » La raison est, car en temps de guerre sont ordinairement despartis (i) coups sans respect (a), or que l'homme blessé, s'il ha celluy (3) jour manié ou mangé menthe, impossible est, ou bien difficile, lui restreindre (/,) le sang (5). »
Le vin, pris avec modération, donne des forces; « les académies l'afferment (G), rendants l'étymologie de Vin, lequel ils disent en grec oiNOS, estre comme vis, force, puissance. (7) » — Le vin rouge est « l'esperon du fromage ». — Le vin blanc « soulage les rognons » (8). — « L'hypocras clairet est salubre et stomachal (9). »
Trousseau et Pidoux, la,menthe n'empêche pas la coagulation du lait, mais la retarde. Au dire de Linné, les vaches qui mangent de cette labiée dans les pâturages ont un lait beaucoup plus séreux. Hippocrate a écrit, enfin, que « le lait est le l'rère du sang» et Galien (1. IV, De rUsacjc des parties, ch. viii, et De ven. secl. contre Erasistrate, ch. v), que le lait est engendré du sang menstruel. Les Anciens ont conclu par analogie.
(1) Distribué, du latin desparliri.
(2) Sans égard, au hasard, du latin respectas, fait de respicere, regarder, avoir égard.
(3) Ce jour-là.
(4) Arrêter, du latin restringere.
(5) L. "V, ch. XXXIX.
(6) L'affirment.
(7) L. V, ch. XLV.
(8) Est diurétique, l'ait uriner. Le vin blanc est la base des vins médicamenteux diurétiques de Trousseau, de Delbrènes, de Tessier, de Corvisart, etc.
(9) Vin (rouge ou blanc) aromatisé. Voici la recette qu'en donne Taillevent : << Pour une pinte, trois tréseaulx (trois gros) de cynaraone fine et parée, un tréseau de mesche ou deux qur veult; deux tréseaulx de girofle ; et de suc fin six onces, et mettez en poudre ; et le fault tout mettre en un contonoir (entonnoir) avec le vin, et le pot dessoubs, et le passer sans qu'il soit coulé, et tant plus est passé et mieux vault; mais qu'il ne soit esventé. »
La cannelle {Laurits cinnamomum de la famille des Laurinées) et les clous de girofles {Carijophijlliis aromaliciis de la l'amille des Myrtacées) administrés dans du vin sont excitants, stomachiques et Ioniques. Toutes les anciennes compositions cordiales et alexipharmaques contenaient de la cannelle.
L'hypocras parfumé avec Jitncus odorattis de Pline, le S(jiiinanllium des
Pris avec excès, le vin blanc, comme le vin rouge, amène la goutte, rougit et déforme le nez, desquame la langue, irrite la muqueuse gastro-intestinale, etc.
Parmi les ancêtres de Pantagruel (i), il y en avait dont le nez « sembloit la fleute d'un alambic {2), tout dia-
apothicaircs, citait moins prisé que celui qui n'était pas parfumé, parce qu'on supposait, sans doute h cause de l'analogie Terbale, qu'il pouvait donner l'esquinancie. (Voy. Pline, 1. XII, ch. xxii, et 1. XIV, ch. xvi, et la i"^" des Sérées de Boucuet.)
« Voulez-vous encore un traict d'hypocras blanc? demande Panurge à Rondii)ilis. N'ayez paour de l'esquinance, non. Il n'y a dedans ne squinanthi, ne zinzembre (gingembre), ne graine de Paradis (cardamome). Il n'y ha que la belle cinamome triée et le beau sucre fin, avecques le bon vin blanc du creu (cru) de la Devinière. » (L. III, ch. xxxii.)
Ménage et d'autres attribuent à tort l'invention de l'hypocras à Hippocrate. Le mot hypocras vient du grec Inà, sous et xpaait, mélange, dérivé de x£p(xvvu(At, je mêle.
(1) Prol. du 1. II.
(2) La flûte de l'alambic est le tuyau allongé cylindro-conique qui fait communiquer le chapiteau avec le serpentin.
D'après M. Berthelot, les appareils distillatoires proprement dits ont été inventés en Egypte au cours des premiers siècles de l'ère chrétienne et décrits dans les traités de deux femmes alchimistes appelées Cléopâtre et Marie. Ce sontces appareils qui ont conduit, par leurs transformations, k la découverte de l'alambic décrit dès la fin du iv^ siècle de notre ère par Synesius. (Berthelot, la Chimie au moyen âge.)
C'est Arnaud de Villeneuve qui paraît, le premier, avoir employé le terme d'eau-de-vie, pour désigner le produit de la distillation du vin. Encore l'a-t-il employé, non comme terme spécifique, mais pour marquer l'assimilation de ce produit avec l'élixir de longue vie. En réalité, c'est sous la dénomination d'eau ardente, c'est-à-dire inflammable, que l'alcool apparaît d'abord.
Dans ie Livre des feux de Marcus Grœcus, livre dont les manuscrits ne remontent pas au-delà de l'an i3oo, la préparation de l'eau ardente est aussi indiquée :
i< Préparation de l'eau ardente. — Prenez un vin noir, épais, vieux. Pour un quart de livre, ajoutez deux scrupules de soufre vif, en poudre très fine, une ou deux livres de tartre extrait d'un bon vin blanc, et deux scrupules de sel commun en gros fragments. Placez le tout dans un bon alambic de plomb, mettez le chapiteau au-dessus et vous distillerez l'eau ardente, vous la conserverez dans un vase de terre bien fermé. »
Les origines de la physique et de la chimie sont encore obscures et ceux qu'ils préoccupent ne seront pas fâchés de trouver dans Panlagruel non seulement l'indication de l'eau ardente (Voy. la Luelle, comme une sar-
pré (1) tout estincelé de bubclettes (3) ; pullulant (3), purpuré" h pompettes (4), tout esmaillé, tout boutonné, et brodé de gueules (5). Et tel avez vu le chanoine Panzoult, et Piedebois, médicin d'Angiers : de laquelle race peu furent cpii aimassent la p tisane (6). »
« Les bourgeois d'Aurelians (7) avoient tant bu de vins poulsés (8) qu'ils ne faisoient que cracher aussy blanc comme coton de Malthe. (9) •>
« Du blanc verse, la langue me pelle (10), » s'écrie un des invités de la noce de Gargamelle.
Gargantua avait les intestins relâchés « tant de sa complexion'^naturelle que de la disposition accidentale qui lui estoit advenue par trop humer de purée septembrale (11) ».
L'alcool sous toutes ses formes (vin, liqueurs, etc.) pris le matin à jeun irrite la muqueuse stomacale, en provoque l'inflammation et détermine plus rapidement des accidents d'intoxication. « Boire si tost après le dormir, ce n'est vesGu en diète d« médicine (12). »
Le vin n'est pas seulement un aliment, c'est aussi, intus
baîaine) mais encore des deux parties essentielles de l'alambic moderne, la flûte et le ballon. (Voy. Anat. des formes : la îesle contournée comme un
alambic.) t j-
(1) Temté de plusieurs couleurs et surtout de violet. Le diaprum est
un électuaire de prunes violettes.
(2) De petites bubes, du grec pouSùv, grosseur, tumeur.
(3) Croissant à vue d'œil.
(4) Chargé de veTrues de toutes formes et de toutes dimensions.
(5) Brodé de dessins rouges. Terme de blason.
(6) Tisane.
(7) Orléans, Aurélia, embellie par l'empereur Aurélien.
(8) La pousse ou tourne est une fermentation supplémentaire du vin au contact de l'air. Le vin poussé n'a aucun effet nuisible sur l'économie.
(9) Coton renommé pour sa blancheur et sa densité.
(10) Le professeur Fonssagrives a étudié scientifiquement cet état spécial de la langue des buveurs.
(11) L'entérite des buveurs est caractérisée par des selles liquides se produisant généralement le matin.
(12) Dans le sens de régime (1. I, ch. xii).
et exlra, un agent thérapeutique précieux. Au dire de Rochas, ancien inspecteur général du corps de santé de la marine, c'est môme le remède le plus efficace contre le mal de mer (i). C'était celui des Thalassiens (a). Avant de prendre congé de Pantagruel et de ses compagnons sur le point de s'embarquer, ils « feirent de leurs maisons force vivres et vinage apporter. Touts burent à eulx : ils burent à touts. Ce fut la cause pourquoy personne de l'assemblée onqucs par la marine 1(3) ne rendit sa gorge (4), et n'eut perturbation d'estomach ne (5) de teste. Auquel inconvénient n'eussent tant commodément obvié, buvants par quelques jours paravant (G) de l'eau marine (7), ou pure, ou mistionnée (8) avecques le vin, usants de chairs de coings, de l'escorce de citron, de jus de grenade aigres et doulces, ou tenants longue diète : ou se couvrants l'estomach de papier, au aultrement faisants ce que les fols médicins ordonnent à ceulx qui montent sus mer (9). »
Avant l'emploi de l'acide phénique, de l'iodoforme, des sels de mercure, du salol, etc., le pansement à l'alcool était d'un usage courant én chirurgie. L'action bienfaisante des composés alcooliques, vin, jus de raisin, etc., sur les plaies et les contusions, était connue du professeur Schyron (10)
(1) Rochas, art. Mal de mer du Dicl. encycl. des se. méd. {■2) Les habitants de Tlialasse, du grec OàXaocio, la mer.
(3) En mer.
(4) N'eût de vomissements.
(5) Ni.
(6) Auparavant, avant.
(7) Eau salée.
(8) Mélangée, du latin miscere.
(9) Tous les remèdes signalés ici (1. IV, ch. i) par Maître François ont été, en effet, employés infructueusement contre le mal de mer.
(10) « Vous devriez bien nous envoyer, a écrit ailleurs Rabelais, de cet excellent vin que le célèbre docteur Scurron vante pour la guérison et la dessication des playes. »
L'orthographe exacte du nom du maître de Rabelais est Schyron. (Voy. Névrologic : Le conare, comme une vèze.)
Guy de Chauliac, le chirurgien des papes Clément VI, Innocent VI et
et de Maître François, son élève. Parmi les divers serviteurs de Gargantua et de Pantagruel qui ont dû h un pansement à l'alcool « d'cstre tantost guaris » je me contenterai d'indiquer :
Forgier, auquel « les boviers, bergers et métayers de Seuillé et de Sinais, avec gros raisins clienins (i) estuvarent (2) les jambes contusionnées. »
Et Epistemon (3), décapité, auquel Panurge « nettoya très-bien de beau vin blanc le col et puis la teste; après les oignit de je ne scay quel oignement (4), et les afusta (5) justement vène contre vène, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, affm qu'il ne fust torti-colli. Ce faict, luy feit à l'entour quinze ou seze points d'aguille (6) , aftin qu'elle ne tombast derechef. »
Étancher la soif avec des boissons froides fut de tout temps un plaisir recherché. Le sensuel Horace enveloppait de neige l'amphore contenant son falerne.
Par le chaud qu'il faisait, nous n'avions point de glace. Point de glace, bon Dieu ! dans le fort de l'été ! Au mois de juin !...
s'écrie un des convives du Festin ridicule.
« Lorsqu'entrastes en Lybie, demande à Picrochole (7)
Urbain V, qui a préconisé le pansement à l'alcool, n'en est pas, comme on le pense généralement, l'inventeur. Hippocrate a dit, bien longtemps avant lui : « Laver les plaies avec du vin est toujours utile. » Comme pour justifier le vers d'Horace :
Multa renascenlur quse jani ceciclere, ce pansement, délaissé depuis un quart de siècle, vient d'être remis en honneur en Allemagne, par MM. Lœw, Salzewedel, Bardeleben, etc.
(1) Raisin dont on fait le gros vin.
(2) Pansèrent, lavèrent.
(3) Savant, du grec gTcfaîaixai, je connais.
(4) Onguent, du latin iinr/uere, oindre. (.5) Les ajusta.
(6) Aiguille.
(7) Picrochole, l'hoiiirtle h la bilfe flrtlèt-e; dii ^t-éé Tttr-pdçj amëfb, et -/.o'^: bile. (Voy. Anal, chirurg.)
un de SCS officiers, la caravane de la Méclia (i) ne vous l'ournit-elle de vin à suffisance?
« — Voire : mais, disl-il, nous ne busmes poinct frais. »
« Buvez frais, si faire se peult (2)... Buvez bon et frais assez (3), comme vous diriez sus le commencement du second degré (4), » recommande Maître FVançois à ses clients (5),
Boire frais, si faire se peut, est un conseil d'hygiène qui a besoin d'explication.
La fraîcheur des boissons n'est pas un luxe, c'est une nécessité. A la température de 4°, les boissons exercent une action stimulante sur l'estomac et l'intestin ; elles favorisent la digestion; plus froides elles font crisper les
(1) Mecque.
(2) L. I, ch. I.
(3) Prol. du 1. III.
(4) Tempérô. Le IVoirl, ainsi que le chaud, le sec et l'humide, comprend, d'après Galien, quatre degrés. A peine marquée au premier degré, son action est appréciable au second, dangereuse au troisième, destructive au quatrième (Voy. Galien, 1. V des Simples et 1. I des Alimenls.)
(5) La même pensée est encore exprimée dans le chapitre xlv du dernier livre. « Ainsi maintenons que non rire, ains (mais) boire est le propre de l'homme. Je ne di boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bestes ; je di boire vin bon et frais », et dans le chapitre xlii du même livre: « Ce vin n'ha que ce mal qu'il est frais, mais je dis froid plus que glace, que l'eau de Nonacris et Dircé, plus que la fontaine de Contoporie en Corinthe, laquelle glaçoit l'estomach et parties nutritives de ceulx qui en buvoient. »
L'eau que fournissait la fontaine de la montagne de Nonacris en Grèce était, disait-on, si âcre qu'elle perçait tous les vases, hormis ceux faits de la corne du pied d'un mulet. C'est elle qui, portée de Grèce à Babylone etversée à Alexandre, aurait causé sa mort. (Voy. Vitruve,VIII, 3 ; Plutarque, dans la Vie d'Alexandre; Strabon, VIII, p. 3o9, et Pausanias en ses Arcadiques, cit., par Prideau dans son Histoire des Juifs, édit. Amsterdam, 1722, t. Il, pp. 476 et 477-)
La Dircé ou Dircenna de Martial était froide comme de la glace.
Avidam rigens Dircenna placabis.
(Martial, Ep. 5i, du 1. I.)
Pour des détails circonstanciés sur la fontaine de Contoporie, voy. Athénée, 1. IL
vaisseaux du tube digestif et provoquent des eongcstions rétlexes du poumon, de la plèvre, etc. C'est une pleurésie et non un empoisonnement qui a causé la mort du grand Dauphin auquel le comte de Montecuculli avait oflert un
verre d'eau glacée.
Harpao-on voulait qu'on gravât au-dessus de la cheminée de sa salle à manger: « qu'il faut manger pour vivre et non vivre pour manger; » nous ajouterons « et ne pas boire trop frais ».
Rabelais n'a pas dit autre chose.
APPAREIL RESPIR A.TOIRE
Quaresmeprenant avoit :
Le nou, comme un baril, auquel pendoient deux goitrous de bronze bien beaulx et harmonieux, en •. forme d'une horloge de sable.
L'aspre artère, comme un gouet.
Le poulmon, comme une aumusse.
La plèvre, comme un bec de corbin.
Le nou, comme un baril, auquel pendoient deux goitrous de bronze bien beaulx et harmonieux, en forme d'une horloge de sable.
Le nou, le larynx (i) ou nœud de la gorge, l'organe de la voix, la portion supérieure renflée du canal aérifère de l'appareil respiratoire. « Sa figure, dit Diemerbroeck, est à peu près circulaire, s'avançant sur le devant et étant aplatie sur le derrière pour laisser l'espace libre à l'œsophage (2). » Il est fermé en haut par une membrane fibreuse mobile, l'épiglotte (3), et constitué par une série de cartilages dont la partie moyenne du plus important, du cartilage th3Toïde(4), forme, à la face antérieure du cou, une saillie appelée pomme d'Adam (5). C'est à cette saillie que le larynx est redevable
(1) En grec XâpuyÇ.
(2) Diemerbroeck, loc. cil. siiprà, t. II, p. 179.
(3) Du grec irA, suv, et yltjnx'.i, la glotte, l'organe de la voix.
(4) Ainsi nommé parce qu'on Ta comparé à un bouclier; du grec 6upjô;. rondelle, bouclier, et eToo;, ressemblance.
(5) D'après Diemerbroeck, » cet avancenienl, d'aulani qu"il est plus visible dans les hommes que dans les l'emmes, est appelé en eux pomme d'Adam, parce que le vulgaire s'est imaginé que le morceau de la pomme
du nom de nœud ou plutôt de nou, sous lequel il a été désigné autrefois par les anatomistes et sous lequel il est désigné encore dans les campagnes.
Les barils {barris) anciens étaient des tonnelets s'ouvrant par l'un des bouts ou munis d'un robinet, faits habituellement, les uns d'un bois précieux, voire même d'ivoire ou d'argent, et que l'on plaçait sur les buffets et dressoirs pendant les repas, et qui contenaient des sauces froides, des liqueurs, de la moutarde (i), etc. ; les autres d'un bois
Le non, comme un baril.
grossier, et que l'on transportait sur les épaules ou sous le bras au moyen d'une courroie et avec lesquels les religieux quêteurs (2) s'en allaient demander du vin et de
fatale qu'Adam voulut manger resta, par punition divine, en son gosier, ce qui fit détendre et avancer en dehors ce cartilage et que cet avancement ou protubérance est passé en ses descendants comme par héritage. » (DiEMERBROECK, loC. cU. Slipvà, t. II, p. l8o.)
(1) Il est des caves à liqueurs en verre, des moutardiers, des pots à rillettes, etc., en faïence ou en grès, qui ont encore cette l'orme.
(2) Et aussi les lépreux. « Aujourd'hui on baille aux ladres des cliquettes et un baril, afin qu'ils soient conneus du peuple. » (Ambroise Paré, loc. cil. auprà, ch. xu.) ■ '
Comme l'entrée des boutiques était interdite aux lépreux, ceux-ci se
lyO RAHt:LAIS ANATOMISTE
l'huile. Il est évident que, dans la comparaison en cause, il s'agit des petits barils de salle à manger. Un dessin de Vlnvenlaire de Charles F permet de constater que ces barils n'étaient (]ue des réductions enjolivées de nos barils actuels.
A la naissance de la trachée et sur les parties latérales du larynx, ou, pour parler plus exactement, sur les parties latérales de son principal cartilage, on trouve un corps glanduleux, le corps thyroïde, composé de deux lobes réunis par une portion rétrécie dite isthme du corps thyroïde. L'augmentation de volume du corps thyroïde constitue la maladie connue sous le nom de goître, goêtre, gouètre (du latin giil- Inr, gorge). Cette augmentation de volume du corps thyroïde peut être totale ou partielle. Quand elle porte seulement sur les deux lobes, ceux-ci, transformés en deux tumeurs plus ou moins symétriques, aussi dures que du bronze et très rapprochées par suite de l'aplatissement- du conduit aérien et de la disparition presque complète de l'isthme, représentent assez bien « une horloge de sable (i) M couchée sur l'un ou l'autre de ses côtés.
Le goître accompagne souvent le crétinisme et est très commun dans les pays de montagnes, principalement dans les Alpes et dans les Pyrénées. Le mot de Cagots s'applique, d'autre part, aussi bien aux moines mendiants revêtus de la cagoule qu'aux habitants du Béarn atteints d'une hypertrophie de la glande thyroïde. On appelle même kagot, dans les Pyrénées l'hypertrophie de cette glande (2). Le « père
servaient de leurs cliquettes pour prier les marchands de leur apporter dans la rue le pain et la boisson dont ils avaient besoin.
(1) L' « horloge de sable » était formée de deux ampoules de verre superposées où le sable, tombant de lune dans l'autre, mesurait un certain espace de temps. Le sablier dont se servent encore les cuisinières pour se rendre compte du degré de cuisson des œufs qu'elles déposent dans l'eau bouillante en est une réduction.
(2) Pour de plus amples détails sur l'étymologie du mot Cagol, voy. :
et nourrisson des médicins » était donc cagot d'esprit et de corps.
A la suite d'une angine, le larynx et son couvercle l'épiglotte sont parfois le siège d'une fluxion œdémateuse qui, en empêchant l'entrée de l'air dans les poumons, peut amener la mort par suffocation. C'est cette maladie, appelée œdème de la glotte, que les habitants de la Quintessence souhaitent en ces termes aux ennemis de leur reine :
« Leur male-angine (i), qui leur suffoquast le gorgeron (2) avecques l'épiglottide. »
L'aspre artère, comme un gouet.
Uaspre artère, la trachée-artère, est le tronc commun des canaux aérifères des poumons. Elle est verticale et a la forme d'un cylindre dont le tiers ou le quart postérieur aurait été enlevé. Située en partie dans le cou, en partie dans la poitrine, elle est formée par seize à vingt cerceaux cartilagineux superposés que séparent autant d'anneaux fibreux (3).
Dans le chapitre xix du livre II, Maître François a donné à ce conduit le nom qu'il porte aujourd'hui. Panurge, conversant par signes avec l'Anglais Thaumaste (4), « ouvre quelque peu de la bouche, et avecques le plat de la main
le Monde primitif de Court de Gebeliii, les Observations de Ramond, le Voyage aux Atpes de Saussure, etc.
(1) L'angine maligne.
(2) Le nœud de la gorge, le larynx.
(3) D'où son aspect noueux et ses noms d'aspre artère, d'artère inégale, de trachée-artère (du grec tpax."S> rude, épais, et âptrjpfa, artère), etc.
Les Anciens ont appelé artères (du grec àr)p, air, et TTjpsîv, conserver) les vaisseaux à sang rouge. De ce que ces vaisseaux sont vides de sang^ après la mort, ils ont conclu à tort qu'ils étaient pleins d'air pendant là vie. D'après son acception étymologique, le mot artère ne convient qu'à la trachée qui est un conduit aéril'ère.
(4) Homme noble, admirable.
la
l^S RABELAIS ANATOMISTE
dextre(i) frappoit dessus, faisant en ce (2) un grand son et profund, comme s'il venoit de la superficie du diaphragme (3) par la trachée artère ». On sait que Rabelais a appelé encore l'organe dont il s'agit « artère inéguale ». (Voy. Appareil digestif: Le gaviel, comme un peloton d'eslonppes.)
L'aspre artère, comme un gouel.
Gotiets, « petits demy-cousteaulx, dont les petits enfants de nostre pays cernent les noix, » dit Rabelais (4). Par « demycousteaulx » il faut comprendre les couteaux de travail ou de table qui avaient, au moyen âge, des dimensions moindres que les couteaux de combat ou de chasse. Le gouet est
(1) Droite.
(2) Par ce moyen. , , , ,
(3) En appliquant vivement et fortement In main sur la houche, on fait rentrer une certaine quantité d'air dans les voies aériennes, mais le son ainsi produit ne saurait avoir le timbre ni l'intensité de celui qui suit l'inspiration brusque provoquée par une convulsion du diaphragme (hoquet, sanglot).
(4) L. I, ch. xxvii.
ANATOMIE UliSCIUPTlVE I79
toujours une petite serpe ou couteau sans ressort à manche rond et à lame droite ou recourbée.
« Un goé ou sarpe que le-, suppliant tenoit en sa main dequoyil tailloit les vignes. » {Lettres de rémission de 1409.)
Dans son article Goître du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, M. Krishaber avance que ce mot a été employé pour la première fois, pour désigner les tumeurs du corps thyroïde, par Fabrice de EMen {Observât, et anat. chiriirg. cent., III, 161 4). S'il eût lu Pantagruel, M. Krishaber eût vu que Rabelais a usé non seulement du mot goître pour désigner les tumeurs du corps thyroïde, maisencore signalé la variété de déformation de la trachée que cause l'hypertrophie des deux lobes latéraux de ce corps et qui a été décrite successivement sous le nom d'aplatissement bilatéral de la trachée par Bonnet, en i855 {Comptes rendus de l'Acad. des se, i5 août i855); de trachée en fourreau de sabre, par Demme, en 1861 {Medicin Zeitschrift; Wurzburg, 1861 , t. II); de trachée en ruban, par Rose, en 1877 [Corresp. Bl. fûr Schweiz. derzte, 1877). En comparant la trachée, comprimée par les deux lobes augmentés de volume du corps thyroïde, à un gouet, le romancier-médecin a même été mieux inspiré que Bonnet, Demme et Rose. On croirait, en effet, d'après les comparaisons de Bonnet, de Demme et de Rose, que, dans ce cas, la trachée est déformée dans toute sa longueur. Or, il n'en est rien. Le goître thyroïdien double ne descend pas d'ordinaire dans la poitrine (Cruveilhier). Il s'ensuit qu'il ne peut aplatir et n'aplatit, en la comprimant à droite et à gauche, que la portion du conduit aérien incluse dans le cou, laissant indemne la portion incluse dans la poitrine. Avec sa portion cervicale aplatie transversalement et sa portion thoracique restée ronde, la trachée ressemble entièrement à un couteau à lame droite sans ressort.
En somme, la comparaison en question est doublement heureuse : elle est très exacte et témoigne que Rabelais
l8o RABELAIS ANATOMISTE
s'est autant soucié de l'anaLomie pathologique que de Tanatomie descriptive, de l'analomie chirurgicale, de l'anatomie comparée, de l'anatomie des formes.
Le poulmon, comme une aumusse.
Les poumons (TtveuiJiwv, de™, je respire) sont les organes de la respiration. Us sont au nombre de deux, renfermés dans la cage thoracique et constitués par un amas de vésicules élastiques qui se distendent pendant l'inspiration et reviennent sur elles-mêmes pendant l'expiration. Le poumon gauche est divisé en deux portions ou lobes, distingués en supérieur et en inférieur, et le poumon droit en trois lobes, distingués en supérieur, moyen et inférieur.
Le poulmon, comme une aumusse.
L'aiimiisse ou aumuce — (du latin barbare almucia, qui vient, selon Wachter, de l'allemand mîifze, sorte de coiffure ou d'habillement de tête) , — dont la bande d'hermine que portent aujourd'hui sur le bras les chanoines, et sur l'épaule les magistrats et les professeurs, est un reliquat, était unman-
teict en fourrures ou doublé de fourrures, pourvu d'un capuchon rond ou pointu. L'aumusse des femmes du moyen âge ressemblait au capulet actuel des paysannes du Midi de la France.
« A Paris, dist Carpalim (1), Groingnet, cousturier, sus la forme d'un casaquin tailloit par mégarde une aumusse. »
« Je les ai vu non aumusse, ains (2) armet en test porter. » (L. IV, ch. l.)
L'aumusse, recouvrant la tête et la partie supérieure du tronc d'une personne en prière, c'est-à-dire dont les avantbras sont à demi fléchis et les mains accolées l'une à l'autre, perpendiculairement à la poitrine, a beaucoup de similitude avec un poumon et son pédicule. On peut même présumer que Rabelais a vu l'équivalent du lobe supérieur du poumon dans le capuchon de l'aumusse, et du lobe inférieur du poumon dans le reste de ce vêtement. Cette hypothèse est d'autant plus admissible que, pendant fort longtemps, les anatomistes ont cru que, chez l'homme, le poumon droit n'avait normalement, comme le poumon gauche, que deux lobes. Dans V Anatomie de Diemerbroeck (1727), que j'ai déjà eu l'occasion de citer plusieurs fois, on lit (t. II, p. i5o) : « Chacun des poumons se divise en lobe supérieur, qui est le plus petit, et en inférieur, qui est le plus grand, rarement le poumon se divise-t-il en trois lobes. Il y a néanmoins plusieurs lobes dans les chiens, surtout dans les chiens de chasse. »
La plèvre, comme un bec de corbin.
La plèvre est un sac membraneux qui contient les poumons. Elle est résistante et néanmoins si mince et si trans^ parente qu'elle laisse voir, avec la limpidité du cristal, les moindres détails et toutes les nuances de coloration du
(1) Nom d'un des serviteurs de Pantagruel, prompt, alerte ; du grec y.apTtàXijxoç.
(2) Mais.
l82 RAIŒLAIS ANATOMISTE
parenchyme pulmonaire. 11 y a deux plèvres comme il y u deux poumons.
Bec de corbin. « Instrument de chirurgie, dit Furetière, fait en forme de pincettes ou tenailles et qui sert à tirer des plaies les corps étrangers et nuisibles: son nom lui vient de sa ressemblance avec le bec d'un corbeau. »
Sous Louis XIV, il y avait encore à la Cour un corps de hallebardiers commandés par Lauzun et appelés les Becs-de-corbin, en raison de la courbure en bec de corbeau du fer de leur hallebarde.
Ln plèvre, comme un hec de corbin.
Ainsi que chaque poumon sur lequel elle se moule, chaque plèvre présente une base concave, une face externe convexe, une face interne concave, deux bords et un sommet plus ou moins pointu. Une coupe horizontale des deux plèvres a les contours d'un des becs de corbin d'Ambroise Paré (i).
Physiologie. — Rabelais a écrit : « Le poulmon ne cesse avec ses lobes et soufflets refreschir le sang. » Ce refroidissement du sang dans le poumon, dont Helvétius a fait la base de sa théorie mécanique de la respiration, longtemps nié, est aujourd'hui incontestable. Cl. Bernard a démontré expérimentalement que le sang contenu dans le ventricule
(i) Ambroisc Paré, loc. cil. sitprà, p. 633.
ANATOMIE DESCRIPTIVE l83
gauche, c'est-à-dire le sang qui a traversé le poumon, a une température moins élevée que celui qui est contenu dans le ventricule droit. Le sang se rafraîchit en traversant le poumon, parce qu'il y est en contact plus immédiat avec l'air extérieur, dont la température est inférieure à la siertne, et qu'il y perd par évaporation une certaine quantité d'eau. On sait que, dans les cas où la mort est douteuse, il est recommandé de placer une glace à l'entrée des voies aériennes pourvoir si cette glace se ternit ou non.