SAVEUR
Dou.x.
Douce ou plu
De la na-i .j-p^^g g, ':"':^'i"'"ei^suhlile,
chaude scchc
Jaune ou posle.
■h,im.Mir ^'^ "i*') Gias.épaisl choliciuc./I^V^ec. "•="'^-
nSASE
Il nourrit principalement les parties mus-
Iculoires : est distribué parlesveineselarlères.
donne chaleur à tout le corps.
I Elle nourrit le cer; i-'"';^'' i veau , comme aussi losl lade : cai Wp^ig^jg^^y^peg parties amsi estimons-! fj.Qi,|gg g^ j,„niides :
nous cesle eau J j^^^jj,,.g ,g gg„g et aide \bonne qui n a/, g ,„ouvement des araucun gousl. \ (iç)gs.
Elle excite la vertu expnlsive desinteslins, l atténue le phlegme qui lesl en iceux : ce que Amère. / .s'entend de l'e.xcrémen;
ItiticUe : comme aussi l'aliinenlaire, nourrit les parties qui approchent le plus près de son naturel.
I 11 excite l'appétit, il ... , . \ nourrit la ratle et toute Acide et 1""-. n„|,.e partie qui luy est f semldahle en lenipérature, ccniiiie les os.
gnant.
Il y avait imminence ou état de maladie confirmé lorsque fune ou
ANATOMIE DESCRIPTIVE l49
poine (i) est par Nature adjoincte (.), et, si no, obtempérons, résolution (3) des espcrils. >.
A quelle cause Torilice stomacal doit-il d être amsi transformé en un serviteur aussi prévenant qu'indispensable? Dans le discours de Panurge k la louange des presteurs et des debteurs que j'ai déjà eu et aurai encore l occasion de citer mon illustre confrère a renseigné ses lecteurs sur ce sujet' ainsi que sur la transformation dans 1 estomac des aliments en un liquide assimilable d un blanc laiteux, rabsorption de ce liquide par les veines de l intestm et sur les fonctions de la rate et de la bouteille du fiel.
« L'appétit en l'orifice de l'estomach, moyennant un peu de mélancholie aigrette, que (4) luy est transmis de la râtelle, admoneste (5), dit Panurge, d'enfourner viande. La langue
plusieurs de ces humeurs venait à prédominer sur les autres ou à s'altéi-er Ïuamativement. Pour guérir les malades, il fallait donc, -gne ,
des purgatil-s répétés et la diète, ramener ces humeurs a lean s i apports normauf à leur composition chimique accoutumée. L'énumérat.on, dans ITpl em^ère scène du Malade imaginaire, des remèdes fournis par M. Purgon n'a rien d'imaginaire, et le fameux :
Clysleriiim donare,
Poslea seignare,
Ensuila purcjare,
donne une idée exacte de la thérapeutique médicale, telle qu'elle était encore au temps de Molière.
(1) Peine, souffrance.
(2) Ajoutée, du latin adjungere.
3 Disparition, du latin resolulio. En médecine on dit encore dune maladie ou d'une tumeur qui diminue qu'elle se résout, quelle esl en voie de résolution.
(5) Avertit fortement. Les Anciens ayant remarqué que les acides, le vinaigre entre autres, excitaient l'appétit, ont cru que celui-ci était provoqué (je copie Diembroeck, loc. cit., t. I, p. 55) ■< par des sucs acides portés de la rate au ventricule par le vaisseau veineux court. Mais cette opinion a été entièrement détruite par les recherches des anatom.stes de ce tems, qui font voir, dans les animaux vivans, que véritablement il descend bien du sang par ce vaisseau court, du ventricule vers la rate et qu'il est versé dans'le rameau splenique, mais qu'il n'en remonte point de la rate au ventricule. » . , . ■
Ce vaisseau veineux court est une des racines de la veine splenique
qui se jette dans la veine porte. . • „ ^„ io
« La ratte, a écrit d'autre part Guy de Chauliac, est le réceptoire de la
lUnELAIS ANATOMISTE
en faict Tcssay (i); les donls la masclicnt : restomach l;i reçoit, digère (2) et chylific (.'^). Les vc'ncs mésaraïqiics en
siipiM'Iliiil/- ivK'laiiclioliqiio onKPiidrro an foyc... La rallo a doux conduicls : par riin rllcallirc du loyn la dite supprlluitc, par l'autre l'envoyé h l'osloniacli. » (Guy de Ciiauliac, Anal., ch. vi.)
On a attribué le l'aini h l'irritation de la muqueuse sioniaeale par le suc gastrique, au rrotlement douloureux et à la contraction l'atigaide des parois de l'estomac, aux tiraillements que le foie et la rate, qui ne peuvent plus s'appuyer sur l'estomac, exei-cent sur le diaphragme, etc.
Xcnomanes alTamé demande à Pantagruel (1. IV, ch. LXiii): « Manière d'équilibrer et balancer la cornemuse de l'estomach, de mode qu'elle ne penche poinct plus d'un costé que d'aultre? »
On dit encore avoir des tiraillements d'estomac pour avoir faim. Il est plus que probable que la faim, qui est un sentiment instinctif de conservation, a, comme le besoin de respirer, son siège dans le système nerveux central.
(1) Distingue ce qui est bon de ce qui est mauvais, ce qu'il faut prendre ou rejeter.
(2) A l'époque de Rabelais, on professait que l'estomac tirait des aliments, par une coction particulière, un suc laiteux semblable h de la crème et que l'on appelait chyle (du grec yyUi, humeur épaisse). Pour Paracelse, l'Archéc avec ses esprits mécaniques était la cause delà chylification des aliments dans le ventricule. Or, par ce mot Archée Paracelse a entendu la chaleur naturelle. Riolan {Nol. sur les Ep. de Wallœus) a déclaré: « J'en attribue la cause à la différence de la chaleur naturelle, qui varie selon l'état de la substance, c'est-à-dire à la propriété de la chaleur innée. » Les lignes ci-jointes de Cornélius Agrippa résument assez bien, au surplus, les opinions qu'ont eues les Anciens sur la digestion et sur la façon dont elle s'opérait : « Les philosophes et les médecins ne sont pas d'accord, dil-il, sur la conversion ou digestion du boire ou du manger. Hippocrate, Galien et Avicenne attribuent à la chaleur de l'estomac la coction des aliments. Erasistrate assure qu'elle se fait dans le ventre. Asclépiade, niant la concoction stomacale, veut que la nourriture soit partagée dans le corps toute crue comme elle y est entrée. » (Cornélius Agrippa, De Vanil. scienc, l. LXXXII.)
Le terme physiologique concoction (en latin concoclio, dérivé, dans la même acception, de coquere, cuire) n'a pas servi seulement à désigner les transformations qu'éprouvent les aliments dans le tube digestif, mais aussi les transformations que subissent les humeurs peccantes avant d'arriver à maturité. (Voy. Le boyau c..., comme un bouvvabaquin monachal, p. 123, note 3.)
(3) Il ne faudrait pas induire de cette phrase de Rabelais que celui-ci a cru que les phénomènes digestifs étaient limités h l'estomac. Le commentateur de Galien n'a pas dû ignorer que le médecin de Pergame a
crit : << Quoique les intestins ne soient pas faits pourcuire le chyle, mais seulement pour le continuer et le distribuer, néanmoins, comme la nature ne demeure jamais oisive et sans agir, le chyle reçoit dans les intestins,
siiccent ce qui est bon et idoine (i), dcMaisscnt les excréments, lesquels par vertu expulsive sont vuidés hors par exprès' conduicts ; puis la portent au foyc : il la transmue
derechef, et en faict sang Les rognons, par les vènes
6mulgentes, en tirent laiguosité (2), que vous nommez urine, et par les uretères la découllent en bas. Au bas se trouve réceptacle propre : c'est la vessie, laquelle en temps opportun la vuide hors. La râtelle (3) en tire le terrestre et la lie, que vous nommez mélancholie (/j). La bouteille du fiel en soubstraict (5) la cholère superflue (6). Puis est transporté dans une aultre officine, pour mieulx estre affiné : c'est le cœur. »
à mesure qu'il y passe, sa dernière coction. » (Galien, 1. IV, 'De Usa pari.) Il a d'autant moins dû l'ignorer que Spigelius, Regius, Pemplius (en son I. II des Fond, de méd., ch. vin), Aretœus et Aetius, etc., ont dit la même chose.
Pour distinguer la digestion, stomacale de la digestion intestinale, on appelle aujourd'hui la première chymification (du grec x^p;, boudlie grisâtre et homogène), et la seconde, chylification.
(1) Convenable, du latin idoneiis.
(2) La partie aqueuse, l'eau, du latin aqiia.
(3) La rate.
(4) Dii grec [xaa?, noir, et yolh, bile. L'humeur mélancholique, encore appelée lie, terrestre, cholère noire, était avec la cholère ou par addition la cholère jaune, considérée comme une humeur excrémentiticlle dont le sang devait être débarrassé avant d'être porté par les artères et les veines à toutes les parties du corps.
« Le fiel n'est qu'une excrétion de la partie la plus vicieuse du sang et c'est pour cela qu'il est amer. » (Pline, Hisl. nal., 1. XI, ch. lxxiv.)
Le mot français colère vient du mpt grec yak^, parce que les Anciens attribuaient la colère k l'agitation de la bile. L'étymologie exigerait qu'on écrivît cholère.
(5) En soustrait.
(6) « La cholère jaune [bilis flava) est attirée par le follicule du fiel, dit Ambroise Paré, oi:i elle demeure tant qu'elle ne pêche en quantité ou qualité : et alors elle passe par les intestins, pour les purger et nettoyer par son amertume et acrimonie, et pour irriter la vertu expulsive d'iceux, aussi pour tuer les vers qui y sont quelquefois engendrez. »
F. deBoé Sylvius (6. Disp. Med. Ihes., et 87) et Regius {Pliilosopli. nul., 1. IV, ch. xii) ont prétendu que la bile était formée dans la vésicule bilaire aux dépens des particules du sang charrié par les artères cystiques. . ..'
RABELAIS AISATOMISTE
Les vaisseaux de l'intestin absorbent les sucs des substances nutritives comme les racines des plantes pompent ceux de la terre. Ce qui a fait dire h liippocrate : « Qiiemadmocliim terra arborihus, ilà animalibus venlriculus ; » et à Boerhaave : « Les animaux ont leurs racines en dedans d'euxmêmes ». Les vaisseaux absorbants de l'intestin sont les veines mésaraïques etleschylifercs. Les chylifères (i), encore appelés vaisseaux lactés, ont été découverts en 1622 par Gaspard Aselli, professeur l'Université de Pavie. Quelques physiologistes prétendent, il est vrai, qu'ils avaient été aperçus avant lui par Aristote, Erasistrate et Hérophile. Cela est douteux. Dans tous les cas, Aristote, Erasistrate et Hérophile n'ont pas soupçonné l'usage des chylifères, puisque Galien lui-même a prétendu que toutes les substances alimentaires étaient absorbées par les veines môsaraiques (2). Les théories galénistes touchant l'absorption exclusive par les veines mésaraïques des sucs nutritifs ont régné dans les Ecoles jusqu'au xvi*^ siècle. Eustachi, influencé par elles, a regardé comme une veine le canal auquel aboutissent tous les chylifères, le canal thoracique qu'il a découvert chez le cheval. Rabelais a accepté ces théories.
Avec tous ses contemporains, il a admis également que le chyle, transporté en totalité par les veines mésaraïques dans le foie, y était converti en sang impur composé du sang proprement dit, principe essentiel de la vie, du phlegme, liquide séreux excrété sous forme d'urine par les uretères et la vessie, de la cholère (bile jaune), expulsé par l'intestin après un court séjour dans la vésicule biliaire, et de l'humeur mélancholique (bile noire) dont une partie était destinée à nourrir la rate et une autre partie portée par une veine de cet organe, à l'orifice de l'estomac pour exciter l'appétit.
(1) Du grec y^uWç, chyle, et tp^pw, je porte.
(2) Les veines absoi'bent tous les produits do la digestion, sauf les graisses qui sont absorbées par les vaisseaux chylift^res.
Ue tous les actes de la digestion, l'acte de la digestion stomacale est un des plus importants, sinon le plus uïiporl,nt (1) C'est celui sur lequel Rabelais a le plus msiste. ^ « Lepantagruélion (.), dit Pantagruel, éteineten 1 homme la semence génératrice (3), qui en mangeroit beaucoup et souvent. Et quoi que jadis entre les Grecs d icelle 1 on feist ( ,) certaines espèces de fricassées, tartes et bignets, lesquels ils mangeoient après souper par friandise et pour trouver le vin meilleur (5) ; si est-ce qu'elle (6) est de difficile concoction offense l'estpmach, engendre le maulvais sang, et, par son excessive chaleur, férit(7) le cerveau et remplit la teste de fascheuses et doloreuses vapeurs (8). »
a Manoez, dit Panurge au docteur Rondibilis, un peu de ce pasté d'e coings (9) : ils ferment proprement l'orifice du ventricule à cause de quelque stypticité joyeulse qui est en eux, et aident h la concoction première (10). »
(0 Les phénomènes de digestion prédominent dans l'estomac ceux d-assimUat!on dans le petit intestin, ceux d'excrétion dans le gros mtestm.
(2) Le chanvre.
(3) Voy. Pline, 1. VIII, ch. xui.
(4) On fit de celle-ci.
(5) Voy. Jean de la Bruyère, De Re cibaria.
(6) Elle est pourtant.
(7^ Blesse, désorganise, du latin ferire. , tt l- . \
8 Le chanvre indien {Cannabis indica, de la famille des Urt.cees) eau e des hallucinations qui rappellent des idées horribles ou attrayantes. Les anciennes chroniques rapportent que le Vieux la Montagne en donna t aux hommes dont il laisait les instruments de son ambition et de so fana tisme. C'est un médicament anti nerveux, recommandé encoie, notam ment contre les érections douloureuses.
(9) Ce pâté, dont on mangeait autreiois au commencemen du repas nom resserrer le ventre, était fait avec des coings cuits a petit leu. don on avait enlevé le cœur, pour les remplir de moelle assaisonnée de sucre et d'un peu de sel. (Platine, De Obsoniis, lib. VIII.) - - h-.
Le^. coings sont styptiques, c'est-à-dire jouissent de la propriété de resserrer les vaisseaux et d'en tarir les exhalations, du grec a.u«T«o«, tait
de oTÛosiv, resserrer. , • i„
C'est » bien antidoté l'estomach de cotignac de four et eau beniste de cave » que Janotus de Bragmardo est venu haranguer Gargantua.
(10) On a cru, jusqu'à la découverte de la petite circulation, - je le note pour la dernière Ibis, - que les aliments, avant d'être transiormés
'•'-t RABELAIS ANATOMISTE
« Dohlod onhorbci vous faictes, profosse le chAtelain de Salmigoiulin, belle saulse verde (i), de légère concoction, de facile digestion, laquelle vous espanouit le cerveau, esbaudit (2) les esperits animaulx, resjouil la vue, ouvre l'appétit, délecte le goust, asseure (3) le cœur, chatouille la langue, faict le tainct clair (4), fortifie les muscles, tempère (5) le sang, allège (6) le diaphragme, refraischit le foye, desoppilc la râtelle, soulage les rognons, assouplit les reins, desgourdit les spondyles (7), vide les uretères, dilate les vases spermatiques (8), abbrévie (9) les crémastères, expurge (10) la vessie, enfle les génitoires (11), corrige (12) le prépuce, incruste (i3) le balane (i4), rectifie (i5) le membre, etc. »
en un sang subtil dans lo cœur, étaient transformés en chyle dans l'estomac par une première coction, en sang impurdansle l'oie par une seconde coction, en sang pur par l'absorption de la bile el de l'alrabile par la vésicule biliaire et la rate.
« Les médecins des princes doivent avoir égard aux excréments naturels, qui sont les restes des coctions qui se l'ont dans nos corps. » (Cornaro, rArl de conserver la sanlé.)
(1) Il n'entrait pas que du blé en herbe dans cette sauce verte dont a parlé Platine {loc. cil. suprà).
(2) Rend plus vifs.
(3) Rend plus dur, fortifie.
(4) Le régime végétarien rend la peau jdIus blanche et plus brillante. Les Parsis, qui ne mangent jamais de viande, ont un teint éblouissant. On défend le poisson, le gibier, la viande de boucherie sous toutes ses formes et les boissons alcooliques aux gens qui sont atteints d'une maladies cutanée.
(5) Diminue la chaleur, l'ardeur du sang, du latin lemperare.
(6) Rend plus léger, ôte une partie de la charge, du latin allevinre.
(7) Les vertèbres. « Les Grecs appelaient ces os spondyles, à cause de la ressemblance qu'ils ont avec les petites pirouettes dentelées qui sont au bout des fuseaux à filer. » (Du Laurens, Des Os.)
(8) Les glandes génitales.
(9) Raccourcit, du latin abbreuiare.
(10) Nettoie, du latin expiirrjare.
(n) Les vésicules séminales.
(12) Relève, porte en arrière, du latin corriçfere.
(13) Met un revêtement de marbre, du latin incruslare.
(1/,) Le gland, du grec pâXavo;; l'inllammalion de cet organe esfoncoro appelée balanite.
(i5) Redresse, du latin reclus, droit, el facere, faire.
ANATOMIE DESCRIPTIVE l5b
« En attendant la concoction ot la digestion de leur past (i), Ponocrates (a) et Gargantua l'aisoient mille joyeulx instruments. » (L. I, ch. xxiii.)
a Le sommeil tousjours renforce la vertus concoctrice, selon les théorèmes de médicine(3). » (L. III, ch. xiv.)
A l'exemple de Socrate, « tousjours riant, tousjours dissimulant son divin sçavoir », Rabelais a mis « en silences », c'est-à-dire en petites boîtes d'apothicaires couvertes « de painctures contrefaictes k plaisir, pour exciter le monde à rire, ses fines drogues, pierreries et aultres choses précieuses. C'est pour quoi fault ouvrir le livre, et soigneusement peser ce quey est déduict. Lors cognoistrez (4) que la drogue dedans contenue est bien d'aultre valeur que ne promettoit la boéte, c'est-à-dire que les matières icy traictées ne sont tant folastres comme le tiltre au dessus pretendoit. »
Qu'on se conforme à cet avis, qu'on mette à nu dans Gargantua et dans Pantagruel les pensées affublées d'un costume comique, eton trouvera, comme nous, des préceptes précieux, même dans les chapitres les plus osés.
Celui qu'on a accusé d'une intempérance immorale et malsaine s'est moqué des gens qui font un dieu de leur ventre, des « Gastrolatres (5), poids et charge inutile de la terre » et les a renvoyés à leur « selle persée, voir, considérer, philosopher, et contempler quelle divinité ils trouvoient en leur matière fécale ».
(1) Pâture, nourriture, et aussi repas.
(2) Homme laborieux, du grec ttôvo;, travail, et./.pâTOî, force.
(3) C'est l'opinion cVHippocrate. Elle est très discutable et a été vivement et à juste titre combattue par Broussais. Chez les animaux hibernants toutes les fonctions de la vie de nutrition sont ralenties.
Si le sommeil engraisse, ce n'est pas parce qu'il augmente l'assimilation, c'est parce qu'il diminue les dépenses de l'organisme.
(4) Connaîtrez, du latin cognofscere.
(b) Adorateurs du ventre, du grec fao^Tlp, ventre, ventricule ou estomac, ctXarpiî ouWtpo?, adorateur, serviteur. M. Ducrot pense que l'île des Gastrolatres correspond au département de la Somme et plus particulièrement à Amiens. (Voy. Ducrot, loc. cil., p. 22.)
« Le disner de Gargantua estoit sobre et frugal : car tant seulement mangeoit pour refréner les abois de restomacli : mais le disner estoit copieux cl large; car tant en prenoit que lui estoit de besoing à soy entretenir et nourrir. Ce que est la vraie diète (i) prescripte par l'art de bonne et seure médicine, qiioi qu'un tas de badaulx médicins, herselés (2) en l'officine (3) des sophistes, conseillent le contraire. »
Une conversation de Pantagruel et d'Epistemon (/|) complète cette assertion: « — Quantes heures sont? (5) demande Pantagruel k Epistemon. — Neuf, et d'advantage, respond Epistemon. — C'est, dist Pantagruel, juste heure de disner; car la sacre ligne (6) tant célébrée de par Aristophanes en sa comédie intitulée les Prédicantes (7), approche, laquelle lors escheoit (8) quand l'umbre est décempédale (9). Jadis entre les Perses l'heure de prendre réfection estoit és(io)rois
(1) Diète est ici synonyme de régime. En médecine, on dit d'un malade auquel il est défendu de prendre autre chose que du lait : qu'il est soumis à la diète lactée.
(2) Elevés, instruits.
(3) A l'École. Avicenne et ses disciples ont recommandé, et des hygiénistes recommandent encore, de se lever de table avant d'être complètement rassasié. Si la cessation de la l'aim suflit à la conservation de la vie, la plénitude de la jouissance qui ne va pas jusqu'à la satiété donne plus de jeu à l'exercice des organes. A l'exemple de Gargantua, on pourra donc manger peu le matin pour avoir l'esprit plus libre pendant le jour et largement le soir. Qu'on n'oublie pas, toutefois, qu'il est dangereux de substituer à un plaisir naturel, physiologique, un plaisir artificiel qui est toujours payé par l'irritation ou par l'insensibilité prématurée des organes, par leur destruction ou par leur impuissance.
(4) Savant, du grec ETifatafiat, je connais.
(5) Quelle heure est-il ?
(6) La ligne sacrée.
(7) Les Prédicantes, les harangueuses. « Dans cette comédie, nous apprennent Burgaud des Mare ts et Rathery, Praxorus, expliquant à son mari Blepyrus son plan de république communiste, lui dit (v. 652, 653) : « Tu « n'auras autre chose à faire que d'aller manger lorsque l'heure du cadran « sera de dix pieds. » C'était l'heure des repas; celle du bain était quand l'ombre marquait six pieds. »
(8) Tombe, arrive.
(9) Dix pieds, de decem, dix, etpcs, pedis, pied.
(10) Aux.
ANATOMIH DESCHIPTIVE 1S7
seulement prcseriple : J. un cha«cu« auUrc estoit TappéUl et evenfe pou. ho.losc. De faiet, en Plante eerta.n pa.as, e s„v comp ainct, et déteste furieusement les mven enrs cl hoi- : es quadrants, estant ehose notoire qu'il n'est .orloge Is iust que le ventre (.)■ Diogenes, nUerrogé à que le eurerhomLe doibt repaistre, responclit : Le -he qnan 1 aura faim; le pauvre, quand il aura de '1"°^ f^)' » ^ prement, disent les médicins l'heure canonique (3) est.e .
Lever à cinq, clisner à neuf, Soupper à cinq, coucher à neul (4)-
La magie du célèbre roy Petosiris estoit aultre (5). »
Oue le souper soit, contrairement à la règle admise maintenait, plus abondant que le repas du matin : esprit n en sera q^e plus lucide dans la journée, et on ne s en trouvera certainement pas plus mal pendant la nuit si, comme Gargantua, on a soin de ne se coucher que longtemps après s'être levé de table (G), de ne pas prendre pour un besoin réel le désir qui naît de l'apprêt de certains aliments, de converser entre chaque bouchée et quelques instants
/,^ Nam. me piiero, iilerus hic eral solarium ^ ' Multo omnium istorum optimum et venssimum. (Lorsque j'étais enfant, le meilleur et le plus sûr de tous les cadrans était mon ventre. [Piaute, Fracjmenls-].) , , .
(2) Voy. DioGÈNE DE Laerce, Vie de Diocjène le Cynique.
(3) Selon la règle.
/ T P nroverbe ajoute : Fait vivre d'ans, nonante-neul. ^ P:tosh-is; ^ilvétait pas roi, mais philosophe, fixait toutes choses, et même l'heure des repas, par la position des astres.
JEfira lied jaceat, capiendo nulla videtur Aptior hora cibo, nisi quam dederit Pelosiris. (Étant malade au lit, elle ne prendra de nourriture qu'aux heures mar-
-ï: zi:tt^^^Ti:t^^^^ -nas ou
W-^^ 1 T o cnil- niirôs sonner, « ds s adonnoicni
plus descouvert voir la face du ciel, etc. » (L. 1, ch. xxiii.)
après avoir mangé (i), et de se présentei", aulaiiL que possible, aux môines heures, « és lieux secrets pour faire excrétion des digestions naturelles » (2).
11 conviendra aussi, une l'ois rassasié, de ne pas Iravailler avant de se mettre au lit. « Nature ha faict le jour pour soy exercer, pour travailler et vaquer chascun en sa négociation (3) : et, pour ce plusaptement (4) faire, elle nous fournit de chandelle, c'est la claire et joyeulse lumière du soleil. On (5) soir, elle commence nous la tollir (6), et nous dict tacitement : Enfants, vous estes gents de bien : c'est assez travailler, la nuict vient : il convient cesser du labeur, et soy restaurer..., puis soy quelque peu esbaudir (7), coucher et reposer, pour, on (8) lendemain, estre frays et alaigres aii labeur, comme devant. Ainsy font les faulconniers, quand ils ont peu (9) leurs oiseaulx. Ils ne les font voler sus leurs gorges, et les laissent enduire (10) sus la perche (11). »
L'enfant, en raison de sa croissance, de sa circulation
(1) Un habile médecin de Vichy, M. le D'' Greletty, a publié, en 1888, une brochure fort intéressante pour montrer les dangers qu'offre le silence imposé pendant les repas dans les pensionnats et les
couvents. digestion est meilleure,
Lorsque l'on conteste un quart d'heure.
Un moment après le repas,
a dit, d'autre part, Scarron.
La sécrétion de la salive qui contient un ferment digestif des plus puissants, la ptyaline, est en effet activée et pei'siste quand on cause en mangeant et immédiatement après avoir mangé.
(2) A trois siècles de distance, le professeur Trousseau, le compatriote de Rabelais, a insisté, dans un chapitre d'une de ses cliniques de l'Hôtel- Dieu de Paris, sur l'importance d'une exonération régulière et quotidienne des résidus de la digestion.
(3) A ses affaires, du ïalinnegoliuin.
(4) Convenablement, du latin apîe.
(5) Au.
(6) Nous la ravir, nous l'ôter, du latin lollere.
(7) Réjouir.
(8) Le.
(9) Pu ou peu, repu, . fait manger.
(10) Digérer, du latin induccre.
(11) L. III, ch. XV,
ANATOMIE DESCRIPTIVE 1 Of|
plus active, de sa vivacité plus grande qui lui fait brûler plus vite le carbone des aliments qu'il absorbe, ne saurait toutefois être soumis h ces règles. Il doit manger aussi souvent que sa faim, plus impérieuse que celle de l'adulte, l'exige.
« Donnez à repaistre aux jeunes, prescrit Panurge (notez jeunes). Car, selon la sentence d'Hippocrates (i), jeunesse est impatiente de faim, mesmement (2) si elle est vivace, alaigre, brusque, mouvante (3), voltigeante (4), galoise (5). »
Rabelais ne s'est pas préoccupé seulement de la quantité d'aliments que l'homme doit ingérer aux différents âges de la vie et des heures auxquelles il doit les ingérer, il s'est préoccupé aussi de leur préparation et de leurs propriétés physiologiques (6).
Citons au hasard :
Le bouillon s'obtient en faisant bouillir un morceau de bœuf dans de l'eau légèrement salée à laquelle on ajoute des légumes pour en rehausser le goût. L'eau dissout d'abord l'albumine dont une partie forme l'écume qu'on enlève, puis la créatine, la créatinine,- l'acide inosique, etc., puis, eniin, quelques portions des fibres musculaires qui sont détachées par la continuité de l'ébullition. Pour avoir de bon bouillon et de bon bouilli, il faut que l'eau s'échauffe lentement, afin que l'albumine ne se coagule pas dans l'intérieur de la
(1) Les vieillards supportent le mieux rabstiuence ; après eux, les hommes d'un âge fait; les adolescents, point du tout; encore moins les enfants, surtout ceux qui ont le plus de vivacité. (Hippocrate, OEiivres, trad. de Parisel.)
(2) Surtout.
(3) Remuante, du latin movere.
(4) Même sens que ci-dessus.
(5) Joyeuse alerte. (L. 111, ch. 11.)
(6) Plus l'air est sec, plus les sécrétions et l'évaporation pulmonaire sont activées et plus l'organisme débilité réclame une nourriture réconfortante. Il en va tout autrement quand l'air est saturé de vapeur d'eau. « Par les temps humides, Ponocrates et Gargantua mangeoient plus sobrement qu'és aultres jours et viandes plus désiccatives et exténuantes. »