C... BisTORiÉ, incisé par le bistouri
C... TRÉPANÉ, troué, percé, du grec TpeTiaoï. En chirurgie, le mot trépanation
s'applique surtout à l'ouverture du crâne. C... ESTHiOMÉNÉ, défomié, ulcéré, purulent. On appelle aujourd'hui esthiomène
OU lupus une maladie chronique tuberculeuse siégeant presque toujours
à la face. Autrefois on appelait également ainsi une dermatose serpigino-
ulcéreuse de nature syphilitique.
C... CROUSTELEVÉ, couvcrt de croûtes. Les croûtes vénériennes s'observent de
préférence à la tête, dans le cuir chevelu. Elles ont été très bien décrites
par Fracastor dans son livre De Morbis contnc/iosis. C... GRESLÉ, ayant des cicatrices semblables à celles qui suivent la variole. C... SYNCOPÉ, ayant des défaillances.
C... CORNETÉ, etc., etc., ventousé. Dans le Bourbonnais, les ventouses sont encore de petites cornes de bois percées à leur sommet. A BourbonrArchambaull, j'ai entendu souvent dire : << mettre des cornets » pour mettre des ventouses, (i) Pour Gaspard Torella le meilleur moyen de guérir les syphilitiques
c'était de les laire suer, dans une étuve ou un four chaud, pendant quinze
ANATOMIE CHIRURGICALE
abus de riiydrargyi'isnie et t'ait tous ses elïoi'ts pour diminuer leur nombre. « 0 quantesfois (i) nous les avons vus, dit-il, à l'heure qu'ils estoient bien oingts, et engraissés (2) à poinct; et le visage leur reluisoit comme la clavure (3) d'un charnier et les dents leurs tressailloient comme font les marchettes (/|) d'un clavier d'orgues ou d'espinCtte, quand on joue dessus, et le gousier leur escuuioit comme à un verrat (5) que les "vaultres (6) ont aculé entre les toiles (7).
11 a reconnu et proclamé bien haut la nécessité impérieuse qu'il y a pour l'homme, aussi bien pour son perfectionnement intellectuel et moral que pour ses besoins matériels, pour son bonheur, en un mot, de ne pas vivre seul. Il me serait facile d'appuyer cette assertion de citations nombreuses. Mais ce serait faire injure aux amis et aux admirateurs de Rabelais qiii me lisent ; je me bornerai donc à la suivante :
Pour « bien seurement et plaisanmient parfaire le chemin de la cognoissance divine, deux choses sont nécessaires : guide de Dieu et compagnie d'homme » ;
Et à celle-ci (8) :
jours de suite. « Les Arabes, dit Jean Fernel (Irad. Le Pileur). employèrent
avec succès Tliydrargyre le mêlant avec certaines liuiles et poudres,
ils en trottaient les jointures des bras et des cuisses on frictionnait
tantôt deux, tantôt trois, et même quatre l'ois par jour. Le malade enfermé dans une étuvc que l'on maintenait à une température constante et très élevée, y restait vingt jours, trente jours et quelquefois plus. »
(1) Combien de fois.
(2) Graissés.
(3) La plaque de la serrure, du latin clavis. (/,) Les louches.
(5) Sanglier.
(6) Les chiens de l'espèce du matin employés à la chasse du sanglier. On nomme encore (;ai(Z/Yn7 l'équipage de chasse pour le sanglier.
(7) Filets pour prendre des sangliers, des cerfs, des chevreuils, etc. La décoloralion de' la peau, l'ébranlement et le déchaussement des
dénis, l'hypersécrétion de la salive, débordant sous lorme de bave de la bouche, sont les signes de l'intoxication hydrargyrique.
(8) L. III, ch. IX.
334 RABELAIS ANATOMISÏE
« Quitte et non marié, je n'ai personne qui tant de moi se souciast, et amour tel me portast, qu'on dict estre amour conjugal. Et si par cas tumbois en maladie, traicté ne serois qu'au rebours. Le Sage dict (i) : Là où n'est femme (j'entends mère-familles, et en mariage légitime), le malade est en grand estrif (a). J'en ai vu claire expérience en papes, légats, cardinaulx, evesques, abbés, prieurs et moynes. »
Les femmes n'ont pas changé depuis trois siècles. Elles sont encore l'idéale évocation de la charité ici-bas. Si, avec les âges et l'évolution scientifique, les procédés de l'art médical se sont modifiés, leur cœur, qui ressent les misères humaines, et leurs goûts, quiles portent invinciblement à les soulager, sont restés les mêmes. Quel dévouement égale celui d'une mère pour son enfant alité par la fièvre 1
Quel tendre soin ! Dort-il, attentive, elle chasse
L'insecte dont le vol ou le bruit le menace ;
Elle semble défendre au réveil d'approcher.
La nuit môme d'un fils ne peut la détacher ;
Son oreille de l'ombre écoute le silence,
Ou, si Morphce endort sa tendre vigilance,
Au moindre bruit ouvrant ses yeux appesantis,
Elle vole, inquiète, au chevet de son fils.
Dans le sommeil longtemps le contemple immobile,
Et rentre dans sa couche, à peine encore tranquille (3).
IIL U aménité de caractère^ de gestes et de langage^ le soin de sa personne. — Rabelais abhorrait « le minois du médicin chagrin, tétrique (4), reubarbatif (5), catonian (6),
(1) Allusion aux paroles du Sage, de Salomou : Ubi non esl nuilier, infjemescil egens.
(2) Peine, chagrin.
(3) Legouvé, Mérite des femmes.
(4) Triste, du latin Iclricas.
(5) l^cbarbatil". « N'y a-t-il pas, se demandent Burgaud des Marels et flathery, dans cette manière d'écrire rébarbatif une allusion à la rcubarbe, comme on écrivait alors ? »
(6) Tel que celui de Caton le Censeur.
ANATOMIE CHIRURGICALE
malplaisant, malcontent, qui contristc le malade ». Il voulait qu'il eût cette « l'ace joyeuse, sereine, plaisante, riante, ouverte », qui réconforte celui qui souffre (i). Il a écrit, dans l'ancien prologue et dans la dédicace du livre IV : « Hippocrates ha faict un livre exprès, lequel il ha intitulé De l'estat du parfaicl médicin (2) (Galen Tha illustré de doctes commentaires), auquel il ha commandé rien n'estre au médicin qui puisse offenser le patient : gestes, touchement (3), contenance, vestements, barbe, cheveulx, mains, bouche, voire jusques à particulariser les ongles, comme s'il deust jouer le rôle de quelque amoureux ou poursuivant en quelque insigne (4) comœdie, ou descendre en camp (5) clos pour combattre quelque puissant ennemi (6). Ainsy faire en mon endroict et à mon lourdois (7), je me poine (8) et efforce envers ceulx que je prend en cure. »
N'est-ce pas là un résumé des doctrines pasteuriennes régnantes, qui veulent qu'un chirurgien ne puisse entreprendre uneopérationavantd'avoir changé de costume et nettoyé soigneusement et à plusieurs reprises, avec la brosse et des liquides antiseptiques, ses avant-bras, ses mains et ses ongles, coupés aussi ras que possible?
« De faict, la praticque de médicinebien proprement est par Hippocrates comparée (9) à un combat, et farce jouée à trois personnages : le malade, le médicin, la maladie. Laquelle composition lisant quelque fois, m'est soubvenu
(1) « Lettre au très-illustre prince, et reverendissime Monseigneur Odet, cardinal de Chastillon. »
(2) Dans ses Préceptes et son livre de la Bienséance, Hippocrate est revenu sur le même sujet. l,Voy. Hippocrate, trad. française d'Egger.)
(3) Toucher, contact.
(4) Remarquable, du latin insignis.
(5) Champ, du latin campus.
(6) « Selon la loi des duels, les champions devaient avoir les ongles rognés de très près. » (Le Ducuat, bibliophile Jacob,)
(7) Avec franchise, naïvement.
(8) Peine.
(9) Hippocrate, Des Épidémies, VI.
330 , lUIlELAIS ANATOMISTE
d'une parole de Julia h Octaviaii Auguste son père. Un jour, elle s'estoit devant luy présentée en habits pompeux, dissolus (i), et lascifs, et luy avoit grandement desplu, (|uoiqu'il n'en sonnast mot (2). Au lendemain (3), elle changea de vestement et modestement se habilla, comme lors estoit la coustume des chastes dames romaines. Ainsy vestue, se présenta devant luy. Il (4), qui le jour précédent n'avoit par paroles déclairé le desplaisir qu'il avoit eu la voyant en habits impudiques, ne put céler le plaisir qu'il prenoit en la voyant ainsy changée, et luy dist : « 0 combien cestuy (5) vestement plus est séant et louable (6) en (7) la lille de Auguste ! » Elle eut son excuse prompte, et luy respondit : « Iluy me suis-je vestue pour les œils de mon père (8) ; hier je l'estois pour le gré de mon mari. »
(( Sembla blement pourroit le médicin, ainsy desguisé en face et habits, mesmement revestu de riche et plaisante robe à quatre manches [comme jadis estoit Testât (9), et estoit appelée P/îiVonmm (10), comme dict Petrus Alexandri-
(1) Relâchés, llottanls, du latin dissoliiliis.
(2) N'en dit mot.
(3) Le lendemain.
(4) Celui-ci, Auguste.
(5) Ce.
(6) Digne d'éloge, du latin laiidabilis.
(8) « Ilodie enim me palris oculis ornaoi, lien vin; aujourdluu jo me suis parée pour les yeux de monpère, hier pour ceux de mon époux. » (Voy. Macrobe, Salurnales, II, 5.)
(9) La mode.
(10) Le Duchat cherche ici querelle à Rabelais et prétend que le philoiiium (sîXdviov, <pr!«a)Xioy, ■fzl&v'.ow) était une robe très simple, une chape de prêtre. Baysius, dans son traité {De Re vesliariâ, p. 52, de' Ch. Esticune, i553) parle d'un vêtement extérieur que les Grecs appelaient oaivôXr) et (xavouv. Or le dictionnaire grec de Planche traduit ce dernier mot par manteau militaire des Perses. D'autre part, le Nomenclalor delilimuna (Genève, 1619) donne au mot oatvô/.r,? le sons de manteau à fourrure, penida oeslis villosa. Le philonium était, v.n effet, un manteau à (jualrc manches, dont deux restaient sans emploi.
Le Lexicon mediciim elijmolodiciim de La Ducquei'ie, iuq)rimé eu 1693,
ANATOMIE CHIRURGICALE SSy
nus, in 6 Epid.] ( i ), respondre à ceulx qui ti^ouveroient la prosopopée (a) estrange : « Ainsy me suis-je accoustré, non pour mo gorgiaser (3) et pomper (/|) ; mais pour le gré du malade, lequel je visite, auquel seul je veulx entièrement complaire, en rien ne l'offenser (5) ne fascher. »
N'est-ce pas là le conseil déontologique paraphrasé du D'' Dechambre : « La dignité du médecin est le corollaire obligé de la noblesse de son art. Cette dignité se montrera dans toutes les actions de sa vie publique ou privée. »
11 est non moins indispensable que le médecin fasse bien attention « aux paroles, propos, abouchements (6) et confabulations (7), qu'il doibt tenir avecques les malades, de la part desquels seroit appelé.
(( Comme grandement est par Herophilus blasmé Callianax (8), médicin, qui, a un patient l'interroguant et demandant : « Mourrai-je? » impudentcment (9) respondit :
El Palrochis à mort succomba bien :
Oui plus estoit que n'es, homme de bien (10).
dit, au l'ol. 268 : Philoniiim, cpiXtov.ov, medicamenliim vanodtjniim, a Philone medico aiilhore. »
La robe nommée p/nVo/HHm a peut-être été inventée aussi par le médecin Philon.
(1) Au lieu de Pelrus Alexandriniis, il laut lire Joannes Alexandriniis, auteur d'un livre Super epidemicorum Ilippocralis lib., imprimé à Venise en i/,83.
(2) « Déguisement, liction de personnes » (Briefve Déclaralion). Prosopopée dérive du mot grec Kpdawreov, visage, d'où l'on a tiré ;:poaw7:c;ov, masque.
(3) Faire le beau.
(4) Faire montre d'élégance, de luxe, d'une mise pompeuse.
(5) Le blesser et aussi lui nuire, du latin offendere.
(6) Premiers mots de la conversation.
(7) Entretiens, du latin confabiilavi. ■
(8) J'ai dit antérieurement (Voy. Anat. descriptive, Appareil urinaire, p. 195, note i3) que ce n'est pas Hérophile qui a blâmé Callianax, mais Bacchius.
(9) Effrontément, du latin irnpudenler.
(10) Ces vers sont lires de Vlliade, clianl XXI, vers 107.
av
u A un aullre voulant entendre Testât de sa maladie, et l'interroguant à la mode du noble Patelin : « El mon urine vous dict-elle poinct que je meure? (i) » il (2) Ibllement respondit : « Non, si t'eust Latona (3) mère des beaulx enfants Phœbus et Diane engendi-6. » Pareillement est de Cl. Galen, lib. /,, comment, in () Epid. grandement vitupéré (/|) Quintus son précepteur en médicine, lequel à un certain malade en (5) Rome, homme honorable, luy disant: « Vous avez desjeuné, nostre maistre, vostre haleine me sent le vin ! » arrogamment respondit : « La tienne me sent la fiebvre : duquel est le flair et l'odeur plus délicieux, de la fiebvre ou du vin? »
Il importe, enfin, à celui qui est chargé de rendre la santé aux autres, de commencer par veiller soigneusement sur la sienne, de prêcher d'exemple. « Me demandez-vous pourquoi ? Response irréfragable. Tel est le vouloir du trèsbon, très-grand Dieu : onquel (6) je acquiesce (7), onquel je obtempère (8), duquel je révère la sacrosaincte (9) parole de bonnes nouvelles. C'est l'Evangile, onquel est dict, Luc, /, (10), en horrible sarcasme et sanglante dérision, au médicin négligent de sa propre santé : « Médicin, ô, guéris toi-mesme.» Cl. Gai., non pour telle révérence (11), en santé soi maintenoit, quoique quelque sentement (12) il eust des
(1) Vei's de la farce de Maistre Pierre Pathelin.
(3) Latonel'fille de Céos et de Phœbé, fut aimée de Jupiter dont elle eut deux enfants, Phœbus-Apollon et Diane.
(4) Réprimandé, blâmé, du latin viluperavc.
(6) Auquel.
(7) Je crois, je consens, du latin acquiescere.
(8) Auquel j'obéis, du latin oblemperare.
q Très sainte, sainte et sacrée, du latin sacer, sacré, et .anclu., .a.nt. lo) Évan^îile selon saint Luc, ch. iv. On sait que saintLuc, qu. a pubhe en grec l'Évfngile le plus estimé, était médecin, et à ce Utre est avec saint Côme, etc., un des patrons des médecins.
(u) Considération, du latin reverenlia.
(12) Opinion.
ANATOMIE CniRUROICALE
sacres Bibles (i), et eust cognu (-2) et (Véqiienté les saincts christians (3) de son temps, comme appert lib. II. de Usa paiiinm (4), lib. II. de Differenliis piilsuiim (5), cap. 3. el ibidem lib. III (6) cap. 2. el lib. de Reriim affeclibus (7) (s'il est de Galen) ; mais par crainte de tomber en ceste. vulgaire et satyriqiie moquerie :
'iTlTpôç aXXow, aÙTO; É'Xxsffi ppuwv (8). Médicin est des aultres en effect :
Toutesfois est d'ulcères tout infect.
« De mode qu'en grande braveté (9) il se vente, et ne veult estre médicin estimé, si, depuis l'an de son âge vingt et huictiesme jusques en sa haulte vieillesse, il n'ha vescu en santé entière, exceptez quelques fiebvres éphémères (10) de peu de durée : combien (11) que de son naturel il ne fust des plus sains, et eust l'estomach évidentement (12) dyscrasié(i3). « Car, dict-il, lib.Y. de Sanil. laend. (i4), difficilement sera cru le médicin avoir- soing de la santé d'aultrui, qui de la sienne propre est négligent. » Encore plus
(1) Des livres sacrés, du grec |5i6Xo;, livre, et du latin sacer, sacré.
(2) Connu.
(3) Chrétiens.
(4) L. II. De VUsage des parties.
(6) L. II. Des Différences du pouls el des Pulsations du cœur, ch. 3.
(6) Et livre III, ch. 2, du même ouvrage.
(7) On doit lire ici comme dans l'édition sans date de Lyon (Jean Martin), De Renum affeclibus, des affections des reins.
(8) Plutarque, dans son discours contre l'épicurien Colotès, attribue cette sentence à un poète tragique grec. Les deux vers français qui suivent, et qui en sont la traduction, sont vraisemblablement de Rabelais.
(9) En grande bravade, bravement.
(10) « Lesquelles ne durent guère plus d'un jour naturel, sçavoir est 24 heures. » (Briefve Déclaration.)
(11) Quoique.
(12) Évidemment.
(13) De mauvaise constitution. Ce mol est resté dansle langage médical et dans la langue d'oil. Du grec 805, syllabe entraînant l'idée de peine, de difficulté, et /.paat;, constitution.
(14) L. V. De la manière de conserver su Santé.,
3/iO HAbELAIS ANATOMISTE
bravemenl se venlaiL Asclcpiades (i) médicin avoir avecques Fortune convenu en ceste paction (2), (jue médicin réputé ne l'ust, si malade avoit esté depuis le temps (lu'il commencea praticquer en l'art, jusques à sa dernière vieillesse. A laquelle entier il parvint et vigoureux en touts ses membres, et de la Fortune triumpliant. Finablement (3), sans maladie aulcune précédente, feit (/,) de vie à mort eschange, tombant par maie garde (5) du hault de certains degrés mal cmmortaisés (6) et pourris (7). »
Il arrive, malgré tout, qu'une maladie progresse et que tout espoir de guérison disparaisse. Alors « le prudent médicin, voyant par les signes prognostics (8) son malade entrer en decours de mort, par quelques jours devant advertit les femmes, enfants, parents et amis du décès imminent du mari, père ou prochain, affin qu'en ce reste de temps qu'il ha de vivre, ils l'admonestent (9) donner ordre à sa maison, exhorter et benire ses enfants, recommender la viduité de sa femme, desclairer ce ({u'il sçaura estre nécessaire à l'entretenement (10) des pupilles; et ne soit de mort surprins (11) sans tester et ordonner de son ame et de sa maison » (12).
(1) Asclépiadc, médecin de Bithynie au commencement du siècle avant Jésus-Christ, vint exercer son art à Rome, où il se lit une grande réputation et fonda une secte de médecins appelés Asclépiens.
(2) Traité, accord, du latin paclio. Consult. Pline, 1. III, ch. xxxvn.
(3) Finalement.
• (4) Fit.
(,5) Par mégarde,
((5) Mal emboîtés. (Nouveau prologue du livre IV.)
(7) Dans le chapitre xxix du livre III, Rabelais avait déjà écrit : u les bons médicins donnent tel ordre à la partie prophylactique et conservatrice de santé en leur cndroict, qu'il n'ont besoing de la thérapeutique et curative par médicaments. »
(8) Pronostics.
(9) L'engagent instamment, du latin ad, augnientatil', clmonere, avertir,
prévenir.
(10) A l'entretien.
(11) Surpris.
(i-j:) L. IV, ch. xxvii.
ANATOMIE CHIRURGinALR 34l
C'est ainsi que Rabelais se comportait vis-à-vis de ses clients et de la famille de chacun d'eux. Quant h ceux qui souffraient loin de lui, il leur destinait son }ivre comme un remède souverain. « En composant paresbat(i) cesmythologies pantagruéliques (2), a-t-il mandé au cardinal de Châtillon (3), je ne prétendois gloire ne louange aulcune : seulement avois esgard et intention par escript donner ce peu de soulagement que povois és (4) affligés et malades absents (5) : ce que voluntiers, quand besoing est, je fais és présents qui soi aident de mon art et service (6). »
Il ne les guérissait pas, mais il s'estimait heureux de leur procurer quelques instants d'oubli. Et il en a connu « par le monde (ce ne sont fariboles) qui estants grandement affligés... n'ont trouvé remède plus expédient que de mettre lesdictes chroniques entre deux beaulx linges bien chaulds, et les appliquer au lieu de la douleur, les sinapizant avecques
(1) Distraction, comme passe-temps.
(2) « Fabuleuses narrations ; c'est undicton grec, » lit-on dans ]a Briefve Déclaralion, attribuée à juste titre à Rabelais.
(3) Dédicace du livre IV.
(4) Aux.
(.5) « C'est, disent Burgaud et Rathery, le témoignage que rond à Rabelais Louis Rouzeau, lorsque, après avoir fait son éloge, il ajoute : Hoc elofjium homini debiii quia non rare abeo melancholia Iiilô, cild eljucundè liberahis sum. Je dois cet éloge à cet homme parce qu'il n'est pas rare qu'il m'aitdélivré de mélancolie entièrement, rapidement et joyeusement. »
(6) Dans l'ancien prologue du livre IV, le docte médecin chinonais a affirmé non moins catégoriquement que c'est pour essayer de distraire les malades qu'il ne pouvait directement soigner qu'il a écrit Garganhia et Panlaçjriiel. Voici en quels termes : << Mes calumniateurs les ont tollus (enlevés) és malades, és goutteux, és infortunés, pour lesquels en leur mal esjouir (réjouir) les avois faicts et composés. Si je prenois en cure tous ceulx qui tombent en meshaing (ennui, chagrin et aussi mutilation) et maladie, ja besoing ne seroit mettre tels livres en lumière et impression.
<< ... Puis doncque possible n'est que de touts malades soyeappellé, que touts malades je prenne en cure, quelle envie est-ce tollir és langoreux et malades le plaisir et passe temps joyeulx sans offense de Dieu, du roy. ne d'aultre, qu'ils prennent oyanls en mon absence la lecture de ces livres. »
IVi2 RABELAIS ANATOMISTE
un peu de pouldrc d'oribus (i)... lî^st ce rien cela? Trouvezmoi livre en quelque langue, en quehiuc faculté et science que ce soit, qui ait telles vertus, propriétés et prérogatives et je payerai chopine (2). »
Ce n'est pas un paradoxe de soutenir qu'il y a, en effet, dans la verve joyeuse, dans la puissante fantaisie, dans le franc et large rire du médecin philosophe, une vertu curative qui rassérène l'âme et fortifie le cœur. Montesquieu déclare qu'il n'a jamais 'eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé. Il est difficile de l'en croire sur parole; mais n'est-il pas bien des soucis que le tête-à-tôte avec un chef-d'œuvre de l'esprit peut tout au moins nous faire oublier? Et quel écrivain est plus capable d'opérer ce charme que Rabelais?
Souvenons-nous des préceptes de Maître François. Si nous n'avons pas en nous cette source vive de belle humeur qui lui suffisait pour guérir <( les langoreux et les mélancholiques par la transfusion en eulx de ses esperits joyeulx », essayons du moins de ranimer leur courage par des paroles consolantes et par un visage qui inspire la sympathie et la confiance, comptons avec l'amour instinctif de la vie, prenons garde de faire naître
ce frisson de mort
Qui contracte la chair sur le cœur le plus fort.
Agir autrement, c'est retrancher à la douleur son meilleur palliatif, l'espérance. Pour le médecin comme pour le malade, pour celui qui lutte comme pour celui qui souffre, l'optimisme est une grande force (3).
(1) Cette poudre d'oribus, dont aucun commentateur n'a pu déterminer la nature, est tout simplement l'espèce de colophane que laisse tomber en brûlant la chandelle de résine ou oribus dont on se sert encore dans les villages du centre de la France.
(2) Prologue du livre II.
(3) On ne me saura pas mauvais gré, j'espère, dem'èlre écarté momentanément de mon sujet pour tracer le modèle du parfait médecm, d'après Rabelais. Je ne l'ai lait que pour préciser certaines particularités de la vie médicale de Maître François restées obscures ou mal interprétées.
ANATOMIE COMPARÉE
ANATOMIE COMPARÉE
Quand on lit les ouvrages des auteurs anciens, on est stupéfait de constater combien les choses les plus évidentes, les plus faciles à voir, ont été mal vues. Pline a ajouté foi non seulement aux récits fantastiques de tels ou tels voyageurs hâbleurs, mais encore à des assertions dont il eût pu contrôler aisément l'inexactitude. En ouvrant au hasard y Histoire naturelle de ce naturaliste, j'apprends : « Que la langouste a une telle frayeur du poulpe qu'elle meurt de peur dès qu'elle l'aperçoit, et que les pourceaux cherchent les écrevisses et les mangent quand ils sont malades. »
Et ce n'est pas seulement chez les auteurs anciens, c'est aussi chez les écrivains du xvi^, du xvii'' et même du xviii^ siècles qu'on trouve de ridicules fables.
Claude Duret, de Moulins (i), a décrit minutieusement, avec des dessins à l'appui, deux arbres dont l'un est couvert de feuilles, pourvues chacune de deux pieds pour pouvoir aller se promener, et dont l'autre est chargé de fruits qui sont transformés en oiseaux quand ils tombent sur le sol, en poissons quand ils tombent dans l'eau.
(i) Cl. Duret, histoire admirable dos piaules et herbes esmerveillables el miraculeuses en nalure, mesmes d'aucunes qui sonl vrayez zoophiles ou plan f animales, plantes et animaux tout ensemble, pour avoir vie végélalive, sensilive et animale. In-12 ; Paris, chez Nicolas Buon, i6o5.
Le môme auteur a écrit ailleurs (Cl. Duret, Discoiirn de la vérité des causes el effecls des divers cours, flux el reflux el -saleure de la mer Océane, mer Médilerranée el aulres mers de la lerre. — In-12; Paris, chez Jacques Reze, 1600) :
« Il s'engendre dans la mer deux l'ois plus de sortes d'animaux que sur la terre; non seulement les poissons, mais aussi quelques oiseaux nommés bernaches. Même on voit plusieurs autres oiseaux naîti-e du sel qui est dans les navires. »
Ce mode de génération semble une absurdité colossale. Qu'on ne s'indigne pas trop vite! Au temps de Louis XIV, le célèbre médecin alchimiste van Helmont a affirmé que les souris étaient engendrées par le linge sale ; beaucoup plus récemment, Réaumur a prétendu que le scorpion placé sur des charbons ardents se suicidait en s'enfonçant son aiguillon dans le ventre pour se soustraire au martyre de saint Laurent ; on croyait encore, il y a cinquante ans, à la génération spontanée des champignons et des moisissures.
Voici, à titre de spécimens de niaiseries, quelques citations extraites d'un petit livre fort curieux, datant de 1671 et intitulé La Descriplion philosophale forme el nature des besles :
« La chair de l'oiirs étant cuite croît. L'ours n'a point de sang qu'autour du cœur. Quand il a la vue troublée, il cherche des mouches à miel et les mange, et les mouches poignent (1) l'ours de leurs aiguillons, le faisant saigner, el sa vue s'en éclaircit,
« Quand la sm^esse a deux faons, elle porte entre ses bras celui qu'elle aime le mieux, le serrant par grand amour si fort qu'elle le tue, et, quand elle le voit mort, elle nourrisl l'autre plus simplement.
(1) Piquent, du klin pungere.
ANATOMIK COMPARÉE
(c Le singe se réjouit quand la lune est nouvelle, et est triste quand elle est pleine ou vieille (i).
« Le cerf, quand il est grévé de maladies, attire un petit serpent par le vent des narines, et le mange, et il est guéri.
« Le bouc est de si chaude nature que son sang chaud brise la pierre du diamant qui ne peut être brisée ne par fer ne par feu, etc., etc. »
Ambroise Paré, qui a eu l'idée simple et admirable de lier avec un fil l'artère coupée qui donne du sang, Ambroise Paré, un des plus grands chirurgiens français, a subi luimême l'influence des préjugés de son temps, raconté les histoires les plus extraordinaires et donné Vimage au naturel d'êtres étonnants.
« L'an mil cinq cent-dix-sept, dit-il dans le chapitre de ses Œuvres consacré à l'étude des monstres, en la paroisse de Bois-le-Roi, sur le chemin de Fontainebleau, nasquit un enfant ayant la face d'une grenouille, qui fust vu et visité par
(i) On a prétendu de même, jadis, que la lune à ses diverses phases avait une intluence différente sur l'organisme humain.
« Quoiqu'il semble démontré, dit Zimmermann dans son Trailé de Vexpérience, que la lune n'a point d'influence sensible sur la terre, on croit cependant pouvoir prouver qu'elle en a sur l'homme. La dissertation que Mead a écrite pour le prouver est utile à certains égards, mais elle porte sur un faux principe ; il prétend, en effet, que la lune, par sa force attractive plus grande lorsque la lune est pleine ou nouvelle, élève notre atmosphère; que par là l'air qui nous environne immédiatement devient plus léger, et que notre corps est moins comprimé. Il arrive de là, selon lui, que les fluides se portent en plus grande quantité vers la superficie, étendent les vaisseaux et les ouvrent quelquefois. Mead croit pouvoir expliquer ainsi le retour de toutes les affections qui se règlent sur le cours de la lune, et que ce phénomène aérien est la cause dès écoulements périodiques des femmes. »
« La lune estant humide (lors principalement qu'elle est pleine) remplit les corps d'humidité superflue, dont survient pourriture. » (A. Paré, 7" ch. de la Pesle.)
« Je croi, dit Panurge, que l'umbre de monseigneur Pantagruel engendre les altérés, comme la lune faict les catarrhes.— A quoi se prindrent à rire les assistants. » (L. II, ch. xiv.) La seconde phrase, à quoi se prindrent à rire les assislanls, indique clairement que Maître François n'a pas cru à l'action de la lune sur l'humanité.
Maistre Jean Bellanger, chirurgien en la suite de l'artillerie du roi. Ledit Bellanger, homme de bon esprit, désirant sçavoir la cause de ce monstre, s'enquit au père d'oîi cela pouvait procéder, lequel lui dit qu'il estimait que sa femme ayant la fièvre, une de ses voisines lui conseilla pour guarir sa fièvre qu'elle print une grenouille vive en la main, et qu'elle la tîntjusques àce que ladite grenouille fust morte... Et par la vertu imaginative, ce monstre avait été ainsi produit. »
Selon Ambroise Paré : « La première cause des monstres est à la gloire de Dieu; la seconde est la colère de Dieu; la troisième, la trop grande quantité de semence; la quatrième, la trop petite quantité; les autres, l'imagination, l'angustie ou étroitesse de la matrice, les maladies héréditaires, l'artifice des méchants bélîtres, les démons et diables, etc. »
En 1720, au lendemain de la peste de Marseille, Mauget, docteur en médecine, médecin de S. M. le roi de Prusse et membre de plusieurs sociétés savantes, s'est étonné de voir certains hommes n'avoir aucun soin de leur santé. Et il s'en est étonné en ces termes vraiment mirifiques :
« Je prie ces hommes de considérer que les animaux même condamnent cette folle opinion du destin en suivant l'instinct naturel que Dieu leur a imprimé, dès leur naissance, pour chercher les remèdes qui leiir sont convenables et nécessaires. L'hirondelle prend la chélidoine (1) et l'applique sur les yeux aveugles de ses petits, afin de leur rendre la vue ; la cigogne se donne elle-même un clystère avec son bec qu'elle remplit d'eau salée, afin de purger son ventre des humeurs qui l'incommodent (2) ; le cheval ma-
(1) Chelidonium majus, la grande éclair, plante de la famille des Papavéracées. Du grec itkihdv, hirondelle, parce que, dit-on, cette plante fleurit au retour des hirondelles.
(2) La croyance que c'est Tibis et la cigogne qui ont enseigne aux hommes l'usage du lavement, et l'hippopotame l'usage delà saignée, a été générale dans l'antiquité et au moyen âge. On trouve encore un reflet
ANATOMIE COMPARÉE
i-in(i) se saigne avec la pointe d'un roseau dont il s'ouvre la veine, alin d'évacuer une partie du sang qui cause son mal ; la belette mange de la rue (ri), alin de se guérir de la morsure du serpent. Et nous verrons après cela des hommes si brutaux et si stupides qui, étant attaqués, ne se mettront point en mesure de prendre les médicaments qui leur sont nécessaires. C'est ce que je ne puis comprendre. »
11 ne tiendrait qu'à moi de multiplier à l'infini ces sottes légendes et croyances. Mais je pense que celles-ci et celles
(lu premiei- de ces préjugés dans la cigogne qu'on voit dans la vitrine de la devanture de quelques vieilles pharmacies. Pline, qui a attribué à l'ibis l'invention du lavement, n'a fait que copier Diodorc de Sicile. Le nom du roi Toth s'écrit au moyen de l'hiéroglyphe de cet oiseau. Prenant l'ibis pour sa valeur figurative et imaginant le bec qui sert de canule, le narrateur grec aurait, selon quelques-uns, grotesqucmcnt travesti une tradition sérieuse, celle de l'antiquité du neler halapa, autrement dit du remède cher à M. de Pourceaugnac. Selon quelques autres, et M. Maspéro est de ce nombre, l'ibis aurait été, dans l'ancienne Egypte, parfaitement bien considéré comme l'inventeur du lavement, et cela par suite de l'habitude qu'a cet oiseau de recueillir la matière graisseuse qui se trouve aux environs de sa queue, pour lustrer ses plumes.
(1) L'hippopotame, du grec 'ititto:, cheval, et Ttoîajid;, lleuve, a été ainsi dénommé par les Grecs, à cause : 1° de sa course rapide et du séjour qu'il fait dans les fleuves; 2° de son cri qui a quelque rapport avec celui du chevaL Quoi qu'en ait dit Pline, ce pachyderme amphibie fuit l'eau salée.
« Cetlinimal, qui est très sanguin, sait se tirer lui-même du sang d'une manière particulière. Pour cet effet, cet animal cherche la pointe tranchante d'un rocher, et s'y frotte jusqu'à ce qu'il se soit fait une ouverture assez considérable pouT en laisser couler le sang. Il se donne alors beaucoup de mouvement pour le faire sortir en plus grande quantité; et lorsqu'il juge qu'il en a perdu assez, il se roule dans la fange, afin de fermer la blessure qu'il s'est faite. On ne trouvera rien d'impossible dans ce rapport, mais comment le Père Labat a-t-il découvert celte singularité'? » (RuFFON, ///sfof/Y' nahirelle.)
(2) Biila (jraueolens, plante de la famille des rtulacécs. Parmi les autres bètes auxquelles Aristotc et Pline avancent que les hommes doivent rendre grâce pour leur avoir indiqué divers remèdes précieux, Mauget eût pu ajouter : Les serpents aveugles, qui se frottent les yeux de fenouil pour revoir la clarté des cieux ; les ramiers, les merles, les perdrix, qui mangent des feuilles de laurier quand ils sont constipés, etc. « L'invention d'abattre les tayes des yeux appelées cataractes fut trouvée, dit Ambroisc Paré (/oc. cil. suprà, p. 56), par une chèvre qui avait une taye devant la pupille, se frottant et gallant contre des espines, abattit ladite taye de devant la pupille, et par ce moyen recouvra la vue. »
35o rUHELAIS ANATOMISTE
que j'ai indiquées en parlant des reptiles énumérés par Eusthenes (Voy. Anatomie descriptive, Appareil digestif: La salive, comme une navette) donnent une idée plus que suffisante de la crédulité sans borne de la plupart des anciens naturalistes.
Dans Gargantua et dans Pantagruel, on trouve également, à côté d'observations très fines et très judicieuses, des observations singulières. En voici quelques-unes présentées sous forme de considérants.
« Messer Gaster (i), premier maistre és arts du monde, ne trouvoit difficile de faire les bouUets arrière retourner contre les ennemis :
« Attendu que l'herbe nommée éthiopis ouvre toutes les serrures qu'on luy présente (2) ; et que echineis, poisson tant imbécille, arreste contre touts les vents, et retienten plein fortunal (3) les plus fortes navires qui soient sus mer : et que la chair d'icelluy poisson, conservée en sel (4), attire l'or hors des puits, tant profunds soient-ils qu'on pourroit sonder (5).
(1) Voy. Anatomie descriptive, Physiologie de l'appareil digestif.
(2) Voy. Pline, 1. XXIV, ch. xvii, et 1. XXVI, ch. iv.
(3) En pleine tempête.
(4) Dans du sel.
(5) Voy. Remores dans la liste des reptiles d'Eusthenes.
Dans un vieux livre assez peu connu {le Microcosme, f'tg., avec une briefve exposition en vers françois, in-12 de la collection E. Louvet, de Fontainebleau), ie trouve, au milieu de beaucoup d'autres choses réjouissantes, ces trois stances :
II se trouve un poisson, le remore nommé, Es écrits des anciens grandement renommé Pour la grande vertu qui dans son corps habile, Ors que de ce poisson la force soit petite.
Ce poisson merveilleux, attachant son museau Contre le gouvernail de quelque grand vaisseau. Quoi qu'il ail vent en poupe el ait un bon pilote L'arrôle tout d'un coup au milieu d'une flotte.
Et quoique de ramer on fasse tout devoir, On ne verra la nef pour cela se mouvoir Non plus que si la dent de quelque ancre fichée nicn avant la tenait fortement accrochée.
ANATOMIE COMPARÉE 35 1
« Attendu que Dcmocritus escript, Théophrast Tha cru elesprouvé, estre une herbe, par le seul attouchement (i) de laquelle un coin de fer profundement et par grande violence enfoncé dedans quelque gros et dur bois, subitement sort dehors (a). De laquelle usent les pics mars (vous les nommez pivars), quand de quelque puissant coin de fer l'on estouppe (3) le trou de leurs nids, lesquels ils ont accoustumé industrieusement faire et caver (4) dedans le tronc des fortes (5) arbres (6).
(i) Au seul contact.
(•>) Pline a emprunté, en effet, cette fable à Démocrite et à Théophraste. (Voy. Pline, 1. XXV, ch. u, 1. XXVIII, ch. vni.et 1. X, ch. xviii.) (3) Bouche.
(/,) Creuser. Le pic-vert, pivert ou pigrolier (Picns marliiis), est un oiseau grimpeur qui creuse son nid à 5 ou 6 mètres au-dessus du sol, dans un arbre vermoulu et de bois tendre et de préférence dans un tremble. Il perce avec son bec long, anguleux, comprimé en coin, la partie vive de l'arbre, jusqu'à ce qu'il rencontre le centre carié, où il s'établit après avoir rejeté au dehors avec ses pieds la poussièi-e et les copeaux. A l'approche des pluies, il jette un cri plaintif qui peut se rendre par la répétition du monosyllabe plien et qu'on entend de très loin dans la campagne. C'est sans doute à la faculté qu'il possède de prévoir le tempp que cet oiseau a dû d'être appelé avis phivialis par les Anciens, raiii fiill par les Anglais, procureur de meunier par les Bourguignons, et d'avoir été mêlé à la mythologie des héros du Latium et considéré par les Romains comme un être mystérieux dont les mouvements étaient significatifs et les apparitions fatales.
(5) Rabelais a conservé aux substantifs dérivés du latin ou du grec le genre qu'ils ont dans la langue d'où ils sont tirés : arbre est pour lui féminin comme arbor, navire comme navis, etc.
(6) On retrouve des traces de cette légende dans divers pays allemands. « En Franconie, i,l existe, dit Musœus, une racine magique qui permet de découvrir les trésors les plus habilement cachés. Pour posséder cette racine, il faut connaître l'arbre où un pivert a fait son nid et boucher l'entrée de ce nid avec un moixeau de bois ou une pierre quand l'oiseau va chercher sa nourriture et celle de ses petits. A son retour, le pivert pousse des cris douloureux, puis s'envole tout à coup à tire-d'aile vers l'occident. Deux ou trois jours plus tard, il réapparaît tenant la racine merveilleuse dont il touche l'objet qui ferme le trou de l'arbre ; aussitôt cet objet est lancé au dehors avec violence. A ce moment, on doit étendre sur le sol un large morceau d'étoffe écarlate; l'oiseau croyant voir du feu est effrayé et laisse tomber la racine. Avant de s'en servir, il est indispensable de la suspendre pendiint quelque temps A un rameau vert. »
« Attendu que les cerfs et bisches, navrés (i) profundcinent par traicts de dards, tlesclies ou garrots (2), s'ils rencontrent l'herbe nommée dictame, fréquente en Candie,.et en mangent quelque peu, soubdain les llesches sortent hors (3), et ne leur en reste mal aulcun (4). De laquelle Venus guérit son bien aimé fils Eneas, blessé en la cuisse dextre (5) d'une flesche tirée par la sœur de Turnus juturna (G).
« Attendu qu'au seul flair (7) issant (8) des lauriers, liguiers, et veaulx marins (y), est la fouldre destournée, et jamais ne les l'érit (10).
« Attendu qu'au seul aspect d'un bélier les éléphants
(1) Blessés.
(2) Bâtons.
(3) Voy. Pline, 1. VIII, ch. xxvii, et 1. XXV, ch. viu. Le dlctaine parait être l'origan, OvUjaniim diclamus, plante de la l'amille des Labiécs.
(4) Aucun mal.
(5) Droite.
(6) Voy. Virgile, Énéide, 1. XII.
(7) Odeur.
(8) Émanant.
(9) Le Calocéphale, veau marin (Cfl/ocep/ioZiis viluliiius), manimilere carnassier amphibie du groupe des Pinnipèdes et de la famille des Phoques. Comme le phoque pousse de temps en temps un nuigissement qui ressemble à celui d'une vache ou d'un veau, les Anciens lui avaient donné le nom de veau marin.
Au xvi" siècle, Rondellet, le maître de Rabelais, voyait encore dans le Phoca cvislala un moine ou un évèque marin : « De nostre temps, a-t-il écrit, en Nortuège (en Norvège), on a pris un monstre de mer après une grande tourmente, lequel tous ceux qui le virent incontinent lui donnèreni le nom de moine, car il avait la lace d'homme mais rustique et mi-gratieux, teste rase et lize ; sur les espaules, comme un capuchon de moine, deux longs ailerons au lieu de bras, le bout du corps finissant en une queue large. Entre les bestes marines, Pline fait mention de l'homme marin et du triton comme choses non feinctes. Pausanias aussi fait mention du triton. J'ai vu le pourtraict d'un autre monstre marin à Rome, où il avoit été envoyé avec lettres, par lesquelles on assuroit pour certain que, l'an i53i, on avoit vcu ce monstre en habit d'evesque, comme il est pourtraict, pris en Pologne et porté au roy dudict pays, faisant certains signes pour montrer qu'il avoit grand désir de retourner dans la mer, où estant amené se jccta incoiilinent dedans. » (Rondellet, De Piscibiis.)
(10) Ne les frappe, ne les atteint, du latin ferire. (Pllne, 1. VIII et LV.)
ANATOMIE COMPARÉE
enragés retournent à leur bon sens (i) ; les taureaulx furieux et forsenés approchants des figuiers saulvages (2), dicts caprifices (3), s'apprivoisent et restent comme grampes (4) et immobiles ; la furie des vipères expire par l'attouchement d'un rameau de fouteau (5).
« Attendu aussy que en l'isle de Samos, avant que le temple de Juno y fust basti, Euphorion (6) escript avoir vu bestes nommées néades, à la seule voix desquelles la terre fondoit en chasmates (7) et en abysme.
« Attendu pareillement que le suzeau (8) croist plus canore (9) et plus apte (10) au jeu des fleutes en pays onquel (11) le chant des coqs ne sera ouï, ainsy qu'ont escript les anciens sages (12), selon le rapport de Theophraste, comme si le chant des coqs hébéstat, amollist et estonnat (i3) la matière et le bois du suzeau': auquel (i4)
(1) Voy. Plutarque, Propos de table, 1. II.
(2) Sauvages.
(3) Figuiers de chèvres.
(4) Surpris par une crampe. (Voy. Pline, 1. XXIII, ch. xxxvii.)
(5) Hêtre. Pline a écrit que l'odeur du frêne fait également fuir les serpents et surtout les vipères. Est-il nécessaire d'ajouter que Redi a mis des feuilles de cette plante dans une cage renfermant des vipères et que ces reptiles, loin de fuir ces feuilles, se sont cachés sous elles.
(6) Poète et historien du pays de Ghalcide qui vivait 274 ans avant Jésus-Christ. (Voy. Elien, Hisl. des animaux, 1. XVII, ch. xxviii.)
(7) Gouffres, du latin chasina. « Tum chasmala aperiiinliir, alors la terre s'entr'ouvre. » (Sénèoue.)
Les renseignements fournis sur les néades par Euphorion et Elien (Voy. Elien, Hisl. des animaux, I. XVII, ch. xxviii) ne permettent pas de les rattacher exactement à un groupe quelconque des animaux connus aujourd'hui .
(8) Le sureau. Le sureau est encore appelé suzeau dans quelques villages de la Normandie et de l'Anjou.
(9) Harmonieux, mélodieux, du latin canorus. ^Ales canonis (Horace), l'oiseau mélodieux, » le cygne.
(10) Convenable, du latin aplus.
(11) Dans lequel.
(12) Dans le sens de savant, du latin sapiens. On dit encore dans les campagnes ardennaises : « sage comme un notaire ».
(13) Voy. Anatomie chirurgicale, p. Sog, note 4.
(14) Lequel.
chant pareillement ouï, le lion, animant (i) de si grande force et constance (2), . devient tout estonné et consterné (3).
« Et d'oresenavantsoyezplusfacilesà croire ce qu'asseure Plutarche (4) avoir expérimenté : si un troupeau de chèvres s'enfuyoit courant en toute force, mettez un brin d'érynge (5) en la gueule d'une dernière cheminante (6), soubdain toutes
s'arresteront. »
Est-ce à dire que Maître François a été aussi crédule que les savants, même les plus réputés, de son temps ? Non. La raison d'être des considérants sus-indiqués, ces considé-
(1) Animal. (Voy. Pline, 1. XVI, ch. xxxvii.)
(2) Hardiesse, assurance, du latin conslanlia.
(3) S'illallaiten croire Théophraste et aussi Pline et Lucrèce, le chant du coq mettrait en (uite le lion. H ne serait pas absurde de croire qu^ij existe quelque antipathie de nature entre ces deux animaux mais le fait est loin d'être confirmé par l'expérience. Les lions nourris dans les ménageries ne manifestent aucune frayeur quand relentitauprès d eux la voix du coq. Il est vrai qu'ils y sont peut-être accoutumés ; et il ne serait pas impossible que ces lions, vivant en liberté dans le désert, aient pris peur en entendant pour la première fois ce cri perçant et vraiment belliqueux. Quoi qu'il en soit, la terreur que le coq est censé inspirer au roi des animaux est devenue un des titres de gloire de notre oiseau national. Nos ancêtres se plaisaient à le représenter debout sur un lion et, dans cette position périlleuse, entonnant aux oreilles de son ennemi humihé sa fanfare triomphante; Cette image s'est perpétuée jusqu'à nous, et le coq hardi est encore dans quelques-unes de nos provinces une des enseignes ordinaires des cabarets et des auberges.
De tous les coqs, le coq blanc est celui qui a passé et passe encoie dans quelques contrées pour être le plus redouté du lion. Pom-qum . Écoutez l'illustre écrivain : « Ainsy que le dict Proclus hbro de Sacnficio el Macjiû, c'est parce que la présence de la vertus du f^^^^^^": l'organe et promptuaire (du latin pvomplaanum, source) de ^^^'^^^^^^^^ terrestre et sidérale, plus est symbolisante et compétente au coq blanc tant pour celle couleur, que pour sa propriété ^\ ^t". lion Plus dict, qu'en forme léonine ont esté diables souvent vus, squels à la p;és;nce d'un coq blanc soubdainement d;sparus. .
(L. I, ch. X.) Proclus est un philosophe du V siècle qui s intitulait . le Prêtre de la nature entière.
(4) Plutarque, loc. cit. suprà.
(5) Panicaut, espèce de chardon.
(6) D'une de celles qui cheminent les dernières.
ANATOMIE COMPARÉE 355
rants eux-mêmes, plus surprenants les uns que les autres, la doctissime explication de la terreur du lion en présence d'un coq blanc, tout dénote ici encore un jeu de l'esprit du joyeux satirique. Rabelais a poussé si loin le scepticisme, en tout ce qui a trait aux sciences naturelles, qu'il a môme mis en doute l'existence du singe vert (i), des chevaux polydactyles (2), du mouton à large queue, et relégué dans
(1) « Lorsque Quaresmeprenant subloil {dfflail), c'esloienl hollces de singes, verds. » Sous les Valois, on disait proverbialement en France d'un récit invraisemblable que c'élail hollée de singes verls. Par cette métaphore, il faut donc entendre, dans le cas actuel, que, lorsque Quaresmepre. nant sifflait, on l'entendait à peine, si on l'entendait. C'est une nouvelle confirmation de l'état débile, du manque de souffle du personnage en question.
(< Les thériacleurs de Chaunys, en Picardie,... sont de nature grands jaseurs, et beaulx bailleurs de baillivernes en matière de singes verds. » (L. I, ch. XXIV.)
Le singe vert existe, et a été très bien étudié par Vicq d'Azyr etLordat (VicQ d'Azyr et Lordat, Observations sur quelques points de Vanalomie du singe verl ; Paris, 1804.) C'est le Siniia sabœa de Linné, le Cercopilhecus sabœus de Cuvier, le Cercopilhecus ex cinereo flavescens genis longis pilis obsilis de Briss, etc. Il a le corps vert, la gorge et le ventre d'un beau blanc et la face noire. Les marins l'appellent singe de Saint-Jacques, parce qu'on le trouve surtout dans cette île. (Glanures d'EDWARDS,p. 10, fig. ibid.) On le rencontre aussi au Sénégal (Adanson, Voyage au Sénégal, p. 178) et sur le territoire de l'ancienne Carthage.
(2) A ses contemporains, qui acceptaient aveuglément les récits des voyageurs menteurs, le savant Chinonais a présenté la jument de Gargantua, donnée par Fayoles, quart roy deNumidie, à Grandgousier : « La plus énorme et la plus grande que fut onques vue, et la plus monstrueuse • comme assez sçavez, que Afrique apporte tousjours quelque chose de nouveau. » Car elle avait la taille de six éléphants, les pieds fourchus du cheval de Jules César, immortalisé par Suétone, les oreilles aussi pendantes que celles des chèvres du Languedoc, le poil alezan brûlé mêlé de gris, une corne sur la croupe et la queue semblable à la pile de Cmq-Mars, près de Langeais en Touraine, c'est-à-dire carrée, longue de 22 mètres et large de 4'", 17.
<' Si de ce vous esmerveillez : esmerveillez-vous d'advantage de la queue des béliers de Scythie, que pesoit plus de trente livres et des moutons de Surie (Syrie), esquels fault, si Tenaud dict vrai, afl^uster une charrette au c..., pour la porter, tant elle est longue et pesante. ..
Les Equidés ont cinq doigts à un moment de leur ontogenèse et l'hipparion et l'anchitérium, leurs ancêtres des temps géologiques, reparaissent anormalement, le premier dans les chevaux à trois doigts, le second dans
l'île de Frize, au pays de Satin, dont les bêtes et les oiseaux étaient de tapisseries, et où « Ouï-dire tenoit eschole de tesiïioignerie », les animaux fantastiques, voire même la girafe, les léopards, les dorcades, les pélicans, etc. ^ Je lui rends la parole. 11 n'a jamais mieux manié le fouet de la satire. A tout seigneur tout honneur, d'abord le portrait de Ouï-dire et de ses disciples : « Il avoit sept langues, ou la langue fendue en sept parties : quoi que ce fust, de toutes sept (i) ensemblement (2) parloit divers propos et langages divers ; avoit aussy parmi la teste et le reste du corps aultant d'aureilles comme jadis eut Argus (3) d'yeulx; au reste estoit aveugle, et paralytique des jambes (4). Autour de lui je vid nombre innumérable (5) d'hommes et de
les chevaux à cinq doigts, dont on a observé plusieurs exemples, sans compter Bucéphale, le fameux coursier d'Alexandre.
Le mouton à large queue n'est pas davantage un mythe. Désigné en zoologie sous le nom cVOuis lalicaiiclala, il est remarquable par la loupe graisseuse qui entoure sa queue.
Ses principales variétés sont : le slealopijfia (ovis slealopycja), de la Perse de la Russie méridionale et de la Chine ; le mouton à grosse queue, qui habite la haute Égypte; le mouton d'Astrakan, qui fournit une très belle fourrure, le mouton du Cap, etc.
Non seulement Tenaud, dont la personnalité est toujours à déterminer mais encore Hérodote (1. III, ch. 11 3), Aristote (8, Animal., 28), Elièn ^ch. 4 du 1. 10 des Animaux), Marco-Polo, Chardin, Boitard, etc., affirment que chez certains de ces quadrupèdes la queue est si lourde
qu'il faut la soutenir. • . , , •„ m'
(1) Ce chiffre fatidique était tout indiqué à l'impitoyable railleur. M y a-t-il pas les sept jours de la création, sept ordres d'anges, sept plaies d'Égypte, sept sacrements, sept péchés capitaux, la bète à sept cornes de l'Apocalypse, le chandelier à sept branches, etc.?
(2) Ensemble, en même temps.
(3) Argus Panoptos, prince argien, époux d'Ismène, fille de 1 Asope, avait cent yeux, dont cinquante veillaient pendant le sommeil des cinquante autres. Chargé par Jupiter de garder lo, il fut endormi puis tue par Mercure, et ses yeux répandus sur la queue du paon par la vindicative
''""(^rOn n'a pas besoin d'yeux ni de jambes, mais seulement d'une langue bien déliée et de beaucoup d'oreille quand on n'est que le porteparole des autres.
(5) Innombrable, du latin inmunerabilis.
ANATOMIE COMPARÉE ^Sy
femmes escoutants et attenLils, et en recognut (i) aulcuns (2) parmi la trouppe faisants bon minois, d'entre lesquels un pour lors tenoit une mappemonde, et la leur exposoit sommairement par petits aphorismes, et y devenoient clercs et sçavants en peu d'heures, et parvient de prou (3) de choses prodigieuses élégamment et par bonne mémoire : pour la centiesme partie des quelles sçavoir ne suffîroit la vie de l'homme : des pyramides du Nil (4), de Babylone(5), des Troglodytes (6), des Hymantopodes (7), desBlemmyes (8), desPygmées (9),
(1) Reconnut.
(2) Quelques-uns. En langage juridique, aucuns a encore ce^sens.
(3) Beaucoup.
(4) Pyramides d'Egypte.
(5) Ancienne capitale de la Clialdée, sur l'Euphrate.
(6) Les habitants de la Troglodytique, contrée située au delà de TÉtlaiopie, dans le golfe Arabique. Ils avaient sur la tète, en avant des maxillaires, des cornes qui descendaient jusqu'à terre (Albert Le Grand), couraient plus vite que des chevaux (Cratès de Pergame), et logeaient dans des cavernes. Du grec -cpto-cXoSÛTat, formé de tptiiyXTi, trou, caverne, et de Biivo) ou 8Û0), j'entre.
(7) « Les Hymantopodes, peuple en Éthiopie bien insigne (remarquable^ du latin i/isî(/nis), sont Andouilles selon la description de Pline. » (L. IV^ ch. XXXVIII.)
Les Hymantopodes étaient des peuples d'Ethiopie qui avaient les jambes et les pieds cagneux, et qui progressaient en rempant, à la manière des serpents. (Voy. Pline, 1. V, ch. viii.) Du grec îixavTÔTtov;, qui a le pied tordu comme un cep de vigne.
(8) Les Blemmyes ou Blcmyes sont des peuplades sauvages qui occupaient la partie septentrionale de l'Éthiopie. Les Anciens les confondaient avec ces races fabuleuses des tribus Atlantides et Garamantides composées de monstres ayant la tète dans la poitrine et formant, avec les Pygmées, la transition entre le nègre et le singe. Du grec pXeVp-a, regard, aspect, visage.
(9) Pour Aristote, les nains ou Pygmées (du grec TtuYfiatoç, dérivé de ruyfXTÎ, coudée) étaient des hommes hauts de deux coudées, qui logeaient dans des cavernes, près des sources du Nil. D'après Pline, les Pygmées étaient des homuncules qui descendaient, au printemps, montés sur des béliers, des montagnes de l'Inde pour venir vers la mer Orientale soutenir trois mois durant la guerre contre les grues. Sur la carte de Mercator le mot de Pirjmei (Pygmées) est inscrit dans la région située au sud d'Okosk. Il y a tout lieu de croire que les Pygmées des Anciens sont les peuples appelés Akkas, Akoas, Obougos, N'Kamis, M'Boulous et
RARELAO ANATOMISTE
des Canibales (i), des monts Ilyperborôes (2), des Egipaiies (3), de touts les diables, et tout par Ouï-dire.
« Là.je vid, selon mon advis, Hérodote, Pline, Solin (/,), Berose (5), Philostrate (6), Mêla (7), Strabo (8), et tant d aullres antiques : plus Albert le jacobin grand (9), Pierre
Baboukos, quihabitcnt.au centre et sur le littoral de rAlViquc. Leur taille ne dépasse pas celle de nos adolescents de quinze ans. Le musée du Trocadéro possède quelques-unes de leurs armes ; ce sont des armes d'enfant, mais non des armes de Lilliput.
(1) « Habitent dans l'Amérique, au deçà et au delà de TÉquateur; gens cruels et mangeurs d'hommes, principalement leurs ennemis. » (Alphabet de l'auteur.)
(3) Des monts au-delà de Borée (voy. p. 233, note /,)• Les Grecs appelaient ainsi les monts Ripsées ;
Vers les champs hyperborccns, J'ai vu des rois dans la rclraile Qui se croyaient des Antonins.
(Voltaire.)
(3) Le Nigris prend sa source entre les Ethiopiens et les Ecaliqucs... viendraient ensuite les Atlantes, les /Egipans, demi-animaux, moitié homme et moitié bouc. » (Pline, 1. V, ch. viii.) Du grec a'ÎÇ, chèvre et Pan, le premier des dieux champêtres.
(4) Solin (C.-Jules), contemporain d'Héliogabale, a laissé, sous le nom de Polyhistor ou le Savant, une compilation de cinquante-six chapitres. Elle se compose de notices, la plupart géographiques, tirées de divers auteurs et principalement de Pline le Naturaliste.
(5) Prêtre de Bélus et historien qui vint, vers l'an 268 avant Jésus Christ, à Athènes, où il fit connaître le cadran solaire. On trouve dans Flavius Josèphe quelques fragments de ses œuvres. La plus importante d'entre elles est une Histoire de la Chaldée, où il est question de la création de l'homme et d'un déluge universel.
(6) Nom commun à deux sophistes grecs, natifs de Lemnos. Le premier a composé plusieurs ouvrages dont les plus connus sont la Vie des sophistes, les Héroïdes et la Vie d'Apollonius de Tijane. Le second, neveu du précédent, a écrit un livre intitulé linarjes ou Description de tableaux.
(7) Mêla Pomponius, géographe, né en Espagne vers la fin du !<=•• siècle, a laissé une Description de Vunivers (De Situ orbis) en trois livres, où l'on remarque beaucoup d'exactitude et de discernemenL
(8) Célèbre géographe qui vivait sous Auguste et Tibère. Il reste de lui une géographie i)leine d'érudition. Avant de la publier, Strabon avait parcouru la majeure partie du monde connu, afin de s'instruire et de rassembler des documents authentiques.
(9) « Albert le Grand », dit le Bibliophile Jacob. Peut-être Alberli de Bologne, savant religieux (1479-1502),
ANATOMIE COMPARÉE
Tcsmoing(i), pape Pic second (2), Volaterran (3), Paulo Jovio (/,)? le Vaillant homme (5), Jacques Cartier (6), Chaiton armônian (7), Marc Paule vénitien (8), Ludovic ro-
(1) Pierre Martyr d'Angiera, auteur d'une des premières descriptions de l'Amérique sous ce titre : De navigalione el rébus Oceani el terris suo lempore aperlis. « Il est ici désigné sous le nom de Pierre Tesmom, parce que ixecotup en grec signifie tesmoin en françois. » (Le Duchat.)
(2) kneas Sylvius Piccolomini, pape de i/,58 à i/,64. 11 a composé divers ouvrages géographiques rais à contribution par H. Schcdeldans le fameux Liber chronicoriim miindi. Citons parmi eux le De orlii regione ac geslis Bohemoriim et la Descriplio de silii, rilu, moribus el condilione Ger-
manise.
(3) Raphaël Malïey, dit Volaterranus, à cause de 'son lieu de naissance (Volalerrcs), auteur d'un gros volume géographique : Comnienlarii reriim iirbananim, \ihv\ XXXVIII, imprimé au commencement du XVI* siècle.
(4) Paul Jove, surnommé Plume d'or, historien latin moderne, né à Côme en i483, mort en i552. Ses principaux livres 'sont un Traité des poissons et un manuel géographique : De Piscibns romanis libellus, i545, in-8, el-Descripliones qiiotqnot exstant regiôniim alqiie locorum.
(5) « C'est André Thevet, dit le bibliophile Jacob, qui n'avait rien publié du vivant de Rabelais, mais qui voyageait alors dans le Levant. »
(6) Jacques Cartier, né à Saint-Malo en 1494, a visité dans trois voyages successifs Terre-Neuve, les îles Madeleines, les baies Le Caspé et des Chaleurs, le Saint-Laurent, etc. Une maison qu'il fit bâtir près de Saint- Malo s'appelle encore aujourd'hui les Portes Cartier. Il a résumé les aventures de ses longues pérégrinations dans un livre intitulé : Brief Récit de la navigation faicle ès isles du Canada, Hochelage, Saguenay et aultres, i544-
Des deux pilotes de Pantagruel, l'un, Jamet Brayet, est Jacques Cartier. Rabelais l'appelle Brayet parce que Cartier, Breton bretonnant, portait la culotte nationale bretonne, la braye, ou bragou-braz. Quant à Jamet, c'est un diminutif de Jame (Jacques) en Anglais.
(7) Haïton, fameux voyageur arménien, sur la fin du xiii" siècle et au commencement du xiv«. (Voy. Vossius, Historiens latins, p. 497.) « Les anciens Français préposaient volontiers le C à de certains noms comme Huns, Hlotaire et Hlovis, qu'ils aspiraient extraordinairement. » (Le Duchat.)
(8) Marco- Paulo, né à Venise en 1264, mort en 1828. C'est le plus célèbre de tous les voyageurs du moyen âge. Il a parcouru la Tarlarie, l'empire des Mongols, la Chine, le Thibet, l'Inde, Ceylan, la Birmanie, l'Annam, le Cambodge, le Tonkin, les côtes du Japon et de Java, la Perse, l'Arménie, etc. « Au temps de Rabelais, la^ relation des excursions lointaines de Marco-Paulo n'avait pas encore été publiée en italien, mais les manuscrits en étaient fort communs. » (Bibliophile Jacob.)
main (i), Pierre Alvarez (2), et ne sçai combien d'aultres modernes historiens cachés derrière une pièce de tapisserie, en tapinois escripvant de belles besognes, et tout par Ouïdire.
« Derrière une pièce de velours figuré k feuilles de menthe (3), près d'Ouï-dirc..., nombre grand de Percherons et Manceaulx (4), bons estudiants, jeunes assez..., apprenoient à estre tesmoings, et en cestuy art profictoient si bien que, partants du lieu et retournés en leur province, vivoient honestement du mestier de tesmoignerie, rendants seur tesmoignage de toutes choses à ceulx qui plus donnoient par journée, et tout par Ouï-dire. »
Après cela, on conçoit que les tapisseries du pays de Satin soient décorées de dessins et de monstres hideux, hurlants, grimaçants, inconnus en zoologie, et d'animaux connus en zoologie, mais merveilleusement dressés pour le plaisir des yeux.
Ainsi « y vismes, poursuit le romancier-médecin, que n'avions encores vu ; entre aultres y vismes divers éléphants, en diverse contenance (5) : sus toutsj'y notai les six masles et six femelles, présentés à Rome au théâtre par leur instituteur (6), au temps de Germanicus, nepveu de l'empereur Tibère, éléphants doctes, musiciens, philosophes, danseurs, pavaniers (7), baladins : et estoient à table assis
(1) « Ludovic Vartomanni de Bologne, auteur d'un voyage dans l'ACrique et l'Asie écrit en italien. » (Bibliophile Jacob.)
(2) Pierre Alvarez Capral, Portugais qui fit, en i55o, un voyage à Calcutta qu'on trouve dans le IIP volume des Navigations recueillies par Ramusio. Dans plusieurs des éditions anciennes ce nom est écrit Alliares, Alliâtes.
(3) « Jeu de mots sur menthe et menterie. » (Bibliophile Jacob.)
(4) Les Percherons et les Manceaux ont, comme les Gascons, la réputation d'être très hâbleurs.
(5) Posture, maintien, du latin conlinenlia.
(6) Celui qui les avait dressés.
(7) Danseurs de pavane ou de padouane, espèce de danse cullivce ou inventée à Padoue, selon Ménage. La pavane se dansait encore au xvii" siècle-
ANATOMIE COMPARÉE 36l
en belle composition, buvants et mangeants en silence, comme beaulx-pères (i) au réfectoir (2). Ils ont le museau long de deux coubdées (3), et le nommons proboscide (/,), avecques lequel ils puisent eau pour boire, prennent palmes (5), prunes et toute sorte de mangeailles, s'en deffendent et ofïendent (6) comme d'une main (7) : et au combat jectent les gens hault en Taer, et à la chute les font crever de rire (8). Ils ont moult (9) belles et grandes aureilles de la forme d'un van. Ils ont joinctures et articulations és jambes : ceulxqui ontescript le contraire, n'en virent jamais qu'en paincture (10). Entre leurs dents ils ont deux grandes
(1) En tète du IV» livre de Panlagniel on lit : «Composé par M. François Rabelais, docteur en médicine et Calloier des isles Hyères. »
Calloier, de xaXdî et lepd;, que les jésuites et les moines traduisaient par « bon père», était traduit par « beau-père » par les mauvaises langues.
Or ça, Jacobins, Cordeliers,
Augustins,. Carmes, Bordeliers,
D'où vient qu'on vous nomme beaux-pères ?
C'est qu'à l'ombre du crucifix,
Souvent faites filles et fils
En accointant les belles-mères.
(2) On peut avoir une idée du haut degré d'intelligence et d'éducabililé de l'éléphant d'Afrique en consultant les annalistes romains des guerres contre Pyrrhus et les Carthaginois. Elien, Plutarque, Solin,Pline, Tretzes, n'ont même pas craint de donner à cet animal des mœurs raisonnées, une religion, etc. .
Se ablaanl et purificanl, dein adorant solem cl hinani.
Cadavera sui generis sepeliunt.
Sagitlas exlrahunl lanquam chirurgi perili, etc.
(3) Ancienne mesure correspondant à la longueur de la portion du membre supérieur de l'homme comprise entre le coude et l'extrémité des doigts.
(4) Trompe, du grec 7:po5o5x'«. L'éléphant est un pachyderme de l'ordre des Proboscidiens.
(5) Des branches garnies de feuilles, du lalin palma.
(6) Attaquent, du latin offendere.
(7) Veler-es proboscidcm elephanli maniim appellaveriint. (Vartomanus apnd Gcsner, cap. De Elephanlo.) Consult. aussi Aristote, Z)e Pari. anim. 1. II, ch. XVI, et le même, Hisl. animal. 1. II, ch. i.
(8) Voy. Pline, 1. VllI, ch. 11 et m.
(9) Bien, très belles, du latin midluin.
(10) C'estCtésias, médecin d'Artaxerxès Mnémon,qui a écrit le premier que l'éléphant avait les jambes sans articulations, qu'il ne pouvait se cou-
cornes, ainsy les appelloiL Juba (i); Pausanias dist estre cornes, non dents (2) ; Philostrate lient que soient dents, non cornes (3) : ce m'est tout un, pourvu qu'entendiez que c'est le vrai ivoire (4), et sont longues de trois ou quatre coubdées, et sont à la mandibule supérieure (5), non inférieure.
« Si croyez ceulx qui disent le contraire, vous en trouverez mal, voire fust-ce Eiian, tiercelet de menterie (6) Là, non ailleurs, en avoit vu Pline, dansants aux sonnettes sus chordes, et funambules (7) : passants aussy sus les tables en plein banquet sans offenser (8) les buveurs buvants.
« J'y vid un rhmoceros, du tout semblable à cestuy que Henry Clerberg (9) m'avoit aultresfois monstré : et peu différoil d'un verrat qu'aultresfoisj'avois vu à Limoges, exceptez qu'il avoit une corne au mufle longue d'une coubdée, etpoinctue, de laquelle il ausoit entreprendre un éléphant en com-
clier ni se redresser, et que, lorsqu'il était blessé, il s'appuyait contre un arbre pour se soutenir, etc. Cette fable a été acceptée par Aristole, Diodore deSicile, Strabon, saint Ambroise, Cassiodore, etc. Ce qui a pu l'accréditer, c'est sans doute :
A) La forme cylindrique des jambes de l'éléphant qui ont l'air d'être tout d'une pièce et sur lesquelles on aperçoit difficilement la trace des jointures;
B) Le mode de flexion des jambes qui est différent du mode de flexion des jambes des chevaux, parce que les jambes ne sont pas conformées sur le même plan dans les deux espèces ;
C) Le fait que l'éléphant, appuyé sur ses quatre membres comme sur quatre colonnes, dort souvent debout.
(1) Noms de deux rois de Mauritanie, dont le second, vaincu par les Romains, a écrit à Rome des ouvrages sur l'histoire, la géographie, etc.
(2) Pàusanias, les Éliaques,
(3) Philostrate, Vie Apollon, II, i3.
(4) "Voy. Anat. descriptive. Appareil digestif : Les dénis, comme un vouge.
(5) La mâchoire supérieure. Cette observation est exacte, ainsi que celle concernant l'ivoire des défenses des éléphants.
(6) Triple menteur. L'///s/oï>e f/e.s anfmrtîj.'r d'Elien est pleine d'erreurs.
(7) Et marchant sur la corde, du latin funis, corde, cl amhulo, je marche.
(8) Sans attaquer, du latin o/fendere.
(9) Encore orthographié Hans Cleberg cl Ilauo Clobeir, personnage .inconnu,
ANATOMIE COMPARÉE 363
bat, et tVicellc le poignant (i) soubs le ventre (qui est la plus tendre et débile partie de l'éléphant) (2), le rendoitmort parterre. J'y vid trente-deux unicornes (3) : c'est une beste félonne (/,) à merveilles, du tout semblable a un beau cheval, excepté qu'elle ha la teste comme un cerf, les pieds comme un éléphant, la queue comme un sanglier, et au front une corne aiguë, noire et longue de six ou de sept pieds, laquelle ordinairement luy pend en bas comme la creste d'un coq d'Inde : elle (5) quand veult combattre, ou aultrement s'en aider, la lève roidedroicte. Une d'icelles je vid, accompagnée de divers animaulx saulvages, avecques sa corne emunder (G) une fontaine... purifiant l'eau d'ordure ou venin... et ces animaulx divers en seureté venoient boire après elle...
(1) Le piquant, du latin piingere.
(2) << Le rliinocéros, dit Pline, est l'ennemi né de l'éléphant. Il aiguise sa corne sur une pierre ; dans le combat, il vise au venlre, sachant que c'est l'endroit le plus vulnérable, et tue ainsi l'éléphant. » L'inimitié de l'éléphant et du rhinocéros est un conte comme l'amitié de cet animal et du tigre.
(3) << Vous les nommez licornes. » (Alphabet de l'auteur.) La hcorne a été également appelée unicorne et monocéros par Pline, auquel Maître François a emprunté ces détails, ainsi que beaucoup d'autres qui précèdent ou qui suivent. « Pline, assurent Esmangart et Johaniieau, est, de tous les auteurs anciens, celui que Rabelais a mis le plus souvent à contribution : on dirait qu'il le possédait par cœur. En effet, Rabelais était le Pline de son temps; et il est encore aujourd'hui regardé, ainsi que l'a très bien dit Nodier, comme le plus universel et le plus savant des écrivains : c'était une encyclopédie vivante. »
- (4) Méchante.
(5) Celle-ci, la licorne.
(6) Faire disparaître ce qu'il y a d'inutile ou de nuisible.
<< C'est ici, prétend Le Duchat, une raillerie contre P. Jove, qui, au XVIIP livre de son histoire, a attribué à la corne des monocéros, que nous appelons licornes, cette merveilleuse propriété sur la foi des peuples du royaume de Goianne en Afrique. »
Rien que les Anciens aient parfaitement connu les deux espèces de rhinocéros, celle à deux cornes et celle à une corne, la description que Rabelais donne de l'unicorne est tellement fantaisiste qu'il faut beaucoup de bonne volonté pour y reconnaître le rhinocéros à une corne, monocéros ou licorne. D'autant plus de bonne volonté que les trois unicornes achetés par Pantagruel dans l'île de Medamothi ont la peau couverte de pçil, alors que le rhinocéros a la peau glabre. Pour traiter
« J'y vid un chaméléon, lel que le descript Aristote, et tel que me Tavoit quelquesfois monstrô Charles Marais (i), médicin insigne (2) en la noble cité de Lyon sus le Rhosne; et ne vivoit que d'aer (3) non plus que l'aultre (4).
enlièremenl la question de l'animal décrit ici sous le nom d'unicorne ou de licorne, il me faudrait entrer dans une discussion qui m'entraînerait trop loin. J'observerai seulement qu'il est possible qu'il y ait en Afrique quelque espèce d'Antilope h une corne ou plutôt à deux cornes soudées en une seule, dont les Anciens aient eu connaissance et que nous ne nous soyons pas encore procurée. J'ajouterai aussi que plusieurs espèces animales différentes, définies par ce caractère de n'avoir qu'une seule corne comme le rhinocéros, ou même qu'une seule grande dent comme la licorne marine, le Narval monocéros, mammifère de l'ordre des Cétacés monodontes, ont été réunies sous le môme nom et ont jeté parmi les savants de la confusion. 11 est singulier de voir combien il s'est débité, chez nos pères, de poussière de la corne de la licorne dont le blason seul a gardé le dessin précis-
Ayons de l'eau de ces lycornes Qui sert fort contre le poison.
(CnicnEFACE, Recueil de poésies françaises, t. XI, p 291.)
Pierre Pomet, le célèbre apothicaire du xvn" siècle, a avoué, il est vrai, queles tronçons de cette corne, vendus alors à Paris comme ailleurs, étaient des défenses de narval. (Pomet, ///s/, des drog-ues, 2^ part., ch.xxiii, p. 78, et les Repas, pp. 22 et suiv.)
(1) Charles Maris dans quelques éditions.
(2) Distingué, remarquable, du latin insignis.
(3) Le caméléon vulgaire (Chamœleo vulgaris, Daudin ; Lacerla Chamœleo, Linné) est un reptile saurien, propre à l'ancien continent. « Cet animal, dit Pline, est le seul qui ne boive ni ne mange ; seulement il hume l'air, se tenant debout, etnevitd'autre chose. » Solin, Ovide, Stobie, saint Augustin ont soutenu la même opinion. Ce qui lui a donné vraisemblablement naissance, c'est que, lorsque le caméléon aspire l'air, comme ses poumons sont très développés, l'air lui remplit tout le corps comme s'il se versait dans ses intestins et dans son estomac. Il faut ajouter à cela que le caméléon, de même que la plupart des reptiles qui ont peu de sang, et le sang froid, peut, sans paraître soulTrir, jeûner pendant longtemps. Bien qu'il n'y ait guère d'apparence qu'un animal auquel la nature a donné des dents, un estomac, tout un appareil digestif, ne soit destiné à ne digérer que de l'air, il a fallu les expériences décisives de Laudius, de Belon, de Pieresc pour détruire ce préjugé. Le caméléon se nourritd'insectes, qu'il saisit de fort loin avec sa langue effilée et gluante qu'il darde hors de sa bouche à une distance presque égale à la longueur de son corps.
(4) Dans les pages que Pabelais a consacrées à l anatomie comparée,
ANATOMIE COMPARÉE
« J y vid trois hydres, telles qu'en avois ailleurs aultresfois vu. Ce sont serpents, ayants chascunsept testes diverses (i).
il est une autre en-eur queje liens h relever de suite; c'est celle qui concerne le mode de développement des Ursidés.
« Un procès à sa naissance première, avoue le juge Bridoye, me semble comme à vous aultrcs, Messieurs, informe et imparlaict. Comme un ours naissant n ha pieds, ne mains, peau, poil, ne teste : ce n'est qu'une pièce de chair, rude et informe. L'ourse, à force de leicher, la met en perfection desmem'bres...Ainsy voi-je, comme vous aultrcs. Messieurs, naistre les procès à leurs commencements, informes et sans membres. Ils n'ont qu'une pièce ou deux : c'est pour lors une laide beste. Mais lorsqu'ils sont bien entassés, enchâssés et ensachés, on les peult vraiment dire membrus et formés... Les sergents, huissiers, appariteurs, chiquaneurs, procureurs, compiissaires, advocats, enquesteurs, tabellions... succants bien fort, et continuellement, les bourses des parties, engendrent à leurs procès, teste, pieds, gryphes, bec, dents, mains, vènes, artères, nerfs, muscles, humeurs. »
Parmi les mammifères, il n'y a que les Marsupiaux qui mettent bas des petits incomplètement développés. Pline, Aristote, Elien et les poètes de l'antiquité ont supposé qu'il en était de même des Ursidés et que c'est en léchant ses petits que la femelle de l'ours parvenait à leur donner la forme qu'ils doivent avoir. << Ce qu'enfante l'ours, a écrit Ovide, ce n'est pas un petit, mais une chair mal vivante que la mère façonne en membres en la léchant et qu'elle amène ainsi à la forme qu'elle désire. » On dit encore proverbialement aujourd'hui d'un homme mal tourné, déplaisant, que « c'est un ours mal léché j. Au moyen âge, Solin a attribué l'état d'imperfection des oursons nouveau-nés à ce que la gestation de l'ourse ne dure que peu de temps, trente jours environ. Les oursons sont complètement formés dans le sein de leur mère, qui les porte pendant sept mois et non pendant trente jours, et si les jeunes ours ont paru au premier coup d'œil informes aux Anciens, c'est que l'ours adulte l'est lui-même par la masse, la grosseur et la disproportion du corps et des membres. (Pour détails complémentaires, voy. Mat- THiOLE, Commentaires sur Dioscoride, et Aldrovande, De Quadruped. digil.)
(i) L'hydre la plus célèbre est celle qui a ravagé les environs du marais de Lerne, près d'Argos.EUe avait sept tètes, et, quand on en coupait une, il en revenait plusieurs autres à la place. C'est Hercule qui les a coupées — d'aucuns disent brûlées — toutes d'un seul coup. La lutte épique de l'hydre de Lerne contre Hercule constitue le second de ses douze travaux.
L'hydre affreuse oublia d'épouvanter les morts.
(Virgile, Énéide, trad. de Delille.)
Quand je vis en sursaut une bête effroyable,
Chose étrange à conter, toutefois véritable,
Qui plus qu'une hydre affreuse à sept gueules meuglant.
Avait les dents d'acier, l'œil horrible et sanglant.
(M. RÉGNIER, Épître L)
« J'yvid quatorze phénix. J'avois leu on divers auleursqu'il n'en estoit qu'un en tout le monde, pour un âge (i) : mais selon mon petit jugement, ceulx qui en ont escript n'en virentonques ailleurs qu'au pays de tapisserie, voire fust-ce Lactance Firmian (2).
« J'y vid la peau de l'Asne d'or d'Apulée (3), « J'y vy trois cents et neuf pélicans (4), six mille et seze oiseaulx séleucides (5), marchants en ordonnance et dévorants les saulterelles parmi les bleds, des cynamolges (G),
(1) » Le phénix d'Arabie, dit Pline, l'emporte sur tous les autres oiseaux. Toutefois je ne sais si ce qu'on en rapporte est fabuleux ou véritable , savoir: qu'il n'y en aurait qu'un seul au monde et qui, encore, ne se laisse voir que dans des circonstances extraordinaires. Du reste, on dit que le phénix est de la taille de l'aigle, jaune doré par derrière et rouge pourpre sur le reste du corps. Il a la queue bleue entremêlée de plumes incarnat et la tète surmontée d'un panache magnifique. Mamilius, illustre sénateur romain, est le premier qui en ait écrit avec détail. Il dit que jamais homme n'a vu le phénix manger, et qu'en Arabie cet oiseau est consacré au soleil et vit six cent soixante ans. Il ajoute que, se sentant vieux, il se fait un nid avec de l'écorce de cannelle et de l'encens et meurt dessus, et que de ses cendres sort un ver qui se change bientôt après en oiseau. »
Cette fable égyptienne, dans laquelle on a trouvé une des preuves de la résurrection de la chair, a été accueillie et vulgarisée par les premiers auteurs chrétiens, par saint Cyrille, saint Épiphane, saint Ambroise, TertuUien, etc.
Il est possible que ce soit la vue d'un de ces brillants oiseaux des régions tropicales qui ait fait inventer l'histoire du phénix et inspiré l'idée de forger à cet animal inconnu des mœurs aussi extraordinaires que son plumage. On suppose, non sans quelque apparence de raison, que ce peut être le faisan doré de Chine ou l'oiseau de paradis.
(2) On a attribué à cet auteur, surnommé le Cicéron chrétien, un poème Du Phénix, qu'il aurait composé avant sa conversion. '
(3) Apulée Lucius, auteur latin, né vers 114 en Afrique. Le plus connu de ses ouvrages est la Mélamorphose ou VAne d'or, roman fantastique en onze livres, dont la magie forme le principal ressort. On y trouve le délicieux épisode de Psyché, si admiralDlement imité par La Fontaine.
(4) Voy. plus loin Onocroîales.
(5) « On nomme séleucides certains oiseaux qu'à la prière des habitants du mont Cassin Jupiter envoie contre les sauterelles qui ravagent leurs moissons. On n'a pas encore découvert d'où ils viennent, ni dans quels lieux ils vont ; on ne les voit que quand on a besoin de leurs secours. » (Pline.) . Apollon, comme dieu destructeur des sauterelles, avait un temple à Séleucie, en Cilicie.
(6) Oiseaux qui font leurs nids avec des brins de cinnamome {cina-
ANATOMIE COMPARÉE
des ai-gathyles (i), des capi-imulges (2), des thynluinculcs (3), des crotenotaires (/,) , voire, di-je , des onocrotales avecqucs leur grand gosier (5), des-
molnus). .< En Arabie, Toisean nommé cannellier construit son nid de brins de cannelle. Les habitants abattent ces oiseaux avec des neches garnies de plomb ; ils en font un objet de commerce. » (Pline, 1. X, ch. xxxiii.) On disait aussi cinnamologos, cinnamulgus, cinnamus, cinamulgos, etc.
(1) Sorte d'hirondelles (hirondelles d'eau, hirondelles de rivage, argaliles, ergatiles), selon les uns, de loriots, selon les autres, qui font leurs nids avec du chanvre et des étoupes. (Voy. Pline, 1. X, ch. xxxiii, addition de Du Pinet et Gesner, De auium alurâ, de himndinibus ripseriis.)
(2) Tette-chèvre ou engoulevent, caprimuUjiis, du latin capra, chèvre, et mM/3ere,traire (Pline, l.X,ch.xL). Cet oiseau, encore appelé agollulem,capnvulgus œgolhelas, crapaud-volanl, fresaie, sèche-lerrine, etc., se nourrit de guêpes, de scarabées, de cantharides (Klein, Charleton, etc.). C est une variété d'orfraies. Il résulte de recherches de Schwenckfeld que jamais une chèvre ne s'est laissé téter par un oiseau quelconque.
(3) Sortes de thons, du latin Ihynniis ou Ihiinnus, formé du grec Oiwo;, thon. La pèche du thon s'est faite dans la Méditer ranée dès la plus haute antiquité. Le garum retiré du thon était très recherché par les gourmets de l'ancienne Rome. • 1 •
,< Je suis fille d'un thon, a écrit Martial à un de ses amis, en lui envoyant du garum préparé avec ce poisson; si je l'étais d'un scombre (maquereau), je ne t'aurais pas été envoyé. »
(4) Notaires crottés, jeu de mot avec onocrotales.
(5) Pélican. Des deux noms pélican et onocroiale que les Anciens ont donné à ce grand oiseau, le dernier a rapport à son étrange voix (du grec 3vo?,âne,et xpoiraXoî, son rude et âpre), qu'ils ont comparée au braiment d'un âne. « Le premier nom pelecan, dit Buffon, a été le sujet d'une méprise d'Aristote, et même de Cicéron et de Pline; on a traduit pe/ecan par plalea, ce qui fait confondre le pélican avec la spatule, et Aristote lui-même, en disant du pelecan qu'il avale des coquillages minces et les rejette à demi digérés pour en séparer les écailles, lui attribue une habitude qui convient mieux à la spatule, vu la structure de son œsophage ; car le sac du pélican n'est pas un estomac où la digestion soit seulement commencée, et c'est improprement que Pline compare la manière dont l'onocrotale (pélican) avale et reprend ses aliments à celle des animaux qui ruminent. » ■ .
J'inclinerai, pour ma part, assez volontiers à croire que Rabelais a entendu désigner par onocroiale le pélican, ainsi qu'en font foi les mots << grand gosier », et par pélican l'oiseau dont on a fait le symbole de la tendresse maternelle et aussi de la chute de. l'homme par Satan et de sa rédemption par le sang de Jésus-Christ (saint Jérôme, saint Augustin, etc.). Cet oiseau, qui s'ouvre la poitrine de son bec pour nourrir ses petits de son sang, n'est pas moins fabuleux, en effet, que l'acte qu'on lui prête. Il est teint de vert et de jaune, tandis que le pélican
stymphalides (i) , harpyes (2), pantli6res (3), loups
véritable est de couleur blanche; on le dessine avec un bec court et aigu, tandis que le bec du pélican véritable est large et aplati; on lui donne la grosseur d'une poule ou d'un pigeon, tandis qu'il devrait avoir celle d'un cygne; on lui attribue des doigts divisés, tandis qu'il devrait avoir les pieds palmés comme la pluparl des oiseaux aquatiques; on le gratifie enfin d'un cou cylindrique, tandis que le pélican véritable porte, au-dessous du bec, un jabot qui lui pend sur la poitrine.
Voici, je crois, ce qui a donné lieu ti la légende du pélican.
Dès que cet oiseau aperçoit le poisson qu'il convoite, il s'élance rapide; à l'aide de ses longues ailes, il bal la surface de l'eau sur une assez grande étendue, en étourdissant par ce moyen les poissons, petits et grands, qu'il a dès lors tout le temps de choisir et de déposer dans la poche placée sous sa mandibule intérieure. Cette poche remplie, il gagne le rivage, où, sur un point escarpé, il va satisfaire son vorace appétit.
Si c'est une mère et si, autour d'elle, ses petits se pressent affamés, elle leur dégorge la nourriture qui, dans son jabot, a subi une première macération. Fréquemment ces débris de poissons laissent quelques traces sanguinolentes qui tranchent avec éclat sur le plumage blanc de l'oiseau et font croire que celui-ci s'est blessé.
(1) Oiseaux d'une grandeur prodigieuse qui hantaient le lacStymphale et dont le bec était si fort et si dur qu'il perçait le fer. Hercule les tua à coups de flèches.
« Slymphalidas pepulil volucres discrimine qtiinîo. Dans son cinquième travail, Hercule a abattu les Stymphalides. »
Lucrèce a fait des Stymphalides des oiseaux de proie à ongles crochus.
«... Uncisque iiniendœ Unguibus Arcadise volucres slymphcda colenles.
H faut redouter les oiseaux d'Arcadie aux ongles recourbés, habitant Je lac Stymphale. » (Lucrèce, 1. V.)
(2) En grec Spjtuia, fait de àpiri^eiv, ravir, enlever, parce que les harpies très voraces enlevaient tout. Oiseaux monstrueux et fabuleux qui avaient un visage de femme, « le col tors, les pattes peines » (1. V, ch. 11), le corps et les ailes d'un vautour et qui infectaient tout ce qu'ils touchaient.
(3) Depuis Aristote et Pline jusqu'aux naturalistes de nos jours, on s'est toujours disputé sur la détermination exacte des trois félins auxquels on a donné les noms de panthère, de léopard et d'once, et qu'on a considérés tantôt comme des variétés, tantôt comme des espèces distinctes.
Ceux qui considèrent la panthère et le léopard comme des variétés parce qu'aucun naturaliste n'a réussi à établir les caractères qui les distinguent n'oublient qu'une chose, c'est que les Romains, qui ont donné deux noms différents à ces animaux, ont eu beaucoup plus d'occasions de les étudier que nous. H nous serait bien difficile aujourd'hui de réunir un nombre de peaux de panthères et de léopards égal au nombre de ces animaux vivants qui concouraient à un seul combat de bètes chez les Romains.
ANATOMIE COMPARÉE
garoux (i), onocentaures (2), tigres (3j, léopards (/,), hyènes (5), camélopardales (6), origes (7), dorca-
(1) Loups dont il faut se garer. « Les loups seront loups et hommes, loups garoux et lutins, comme furent Lycaon, Bellerophon, Nabuchodonosor, » dit Rabelais dans le chapitre m du livre IIL Par loups-garous, Maître François a donc entendu les hommes changés en loup. Ce qui a pu donner à croire à la transformation d'un homme en loup est vraisemblablement la forme de folie appelée lycanthropie (de Xûxoç loup et ixvOpojTîOî, homme) presque inconnue de nos jours, mais très commune au moyen âge.
(2) Bètes monstrueuses résultant de l'accouplement du taureau et de l'ânesse. Elles avaient les pieds de devant conformés comme des mains, le corps d'un homme, la tète d'un âne et cherchaient à imiter, sans y parvenir, la voix humaine.
(3) Les Romains semblent avoir à peu près complètement ignoré l'existence du tigre royal avant l'ère actuelle; mais lorsqu'ils étendirent leurs frontières jusqu'à l'empire des Partiies, ceux-ci leur livrèrent des tigres qui furent conduits en Italie. Pline dit que Scaurus exhiba, le premier, en 743 de la fondation de Rome, un de ces félins dompté, enfermé dans une cage.
(4) Le léopard des Anciens, Leopardus Anliqiiorum, est le léopard d'Afrique. Les Grecs l'appelaient pardalis et Aristote en a parlé souvent. Le mot pardus est plus récent. Lucain et Pline sont les premiers qui l'aient employé. Celui de leopardus paraît avoir été créé par Julius Capitolinus à la fin du m" siècle, où il était admis que cet animal, était un métis provenant du lion et de la panthère. Pline a écrit « que le lion sent quand la panthère mâle s'est approchée de la lionne et en tire vengeance ».
(5) Les hyènes sont des animaux qui ont singulièrement prêté à la superstition. Les Anciens ont écrit que l'hyène était alternativement mâle pendant six mois et lemelle pendant autant de temps, qu'elle savait imiter la voix humaine, que la couleur de son poil et celle de ses yeux étaient changeantes, etc. Cet animal est appelé tantôt hyœna, tantôt <//an«s par Aristote. (Hist. anim., lib. III, cap. v.) Les auteurs latins ont conservé le nom de hyœna, mais celui de garnis ou gannus et celui de belbus a été employé par Gesner. {Hisl. quadrup., p. 355.) Cuvier a très bien expliqué pourquoi on a pu croire au changement successif de sexe de ce quadrupède.
(6) «Chameau moucheté» (Pline). Ce chameau moucheté, c'est la girafe, Camelopardtis girafa, du latin camelùs, chameau, et pardus, panthère. La girafe n'est pas seulement un composé de panthère et de chameau, ainsi que l'a dit Horace, mais bien de plusieurs animaux. Elle a la tète et le corps du cheval, le cou et les épaules du chameau, les oreilles du bœuf^ la queue de l'âne, les jambes de l'antilope, le pelage de la panthère.
(7) C'est VOryx beisa, ruminant de la famille des Antilopidés. << Sa couleur, dit Oppian (ce qui est exact), ressemble au lait du printemps ; il n'a que les joues noires. » Dans les chambres de la grande pyramide de Chéops,
'.\jo Rabelais anatomiste
des (i), cémades (2), cynocéphales (3), satyres (4), cartasonnes (5), tarandes (6),ures(7), monopes(8), pégases (9),
on voit souvent cette antilope représentée avec une seule corne, et on a voulu en conclure que c'est l'oryxqui adonné naissance à la fable de la licorne. Voici ce que Pline en a dit : « Les déserts de FAlVique produisent l'oryx qui ne boit jamais dans ces lieux toujours arides et qui lui-même est d'une grande ressource pour les voleurs gétules qui trouvent dans son corps des poches remplies d'une liqueur très salubre. »
(1) La gazelle commune, du latin Gazella dorcas. (Voy. Elien, Nat. des anim., 1. XIV, ch. xv.) Le dorcas d'Aristote n'est pas la gazelle, mais le chevreuil.
(2) Faons de cerfs. (Larousse.)
(3) (( Animaux des Indes qui ont un corps humain avec une tête de chien et qui aboient au lieu de parler, «dit Elien (1. VI, ch. xlvi).
(4) «Animaux qui vivent aux Indes et ressemblent aux satyres de la fable, » dit encore Elien (1. XVI, ch. xxi).
« Les cynocéphales et les satyres sont d'un naturel plus farouche que les autres singes...' Les Minisminiens, qui l'ont partie des Éthiopiens nomades, se nourrissent du lait des animaux que nous nommons cynocéphales. Ils en forment des troupeaux, ne réservant qu'un très petit nombre de mâles pour la reproduction, » a écrit d'autre part Pline (1. XXXI, ch. Lv, et 1. VII, ch. xxxi).
Sauf le cynocéphale gelada, tous les autres cynocéphales, c'est-à-dire les singes à tète de chien (du grecy.i5a)v, chien, et xs-faXrj, tète), étaient connus d'Hérodote, de Plutarque, etc. Un d'entre eux a été adoré par les Égyptiens sous le nom de Tolli et Och. Ce sont les plus hideux, les plus grossiers et les plus repoussants de tous les quadrumanes.
Il est plus que probable que tout ce que les Anciens nous ont transmis sur les satyres, les faunes et les sylvains tire son origine de l'histoire mal connue des Anthropoïdes. La peau de satyre que saint Augustin a vue à Rome était une peau de gorille, et les peaux de satyres suspendues parHennon dans le temple de Junon Astarté, à Carthage, des peaux de chimpanzés. (Voy. Hannonis Peripliis, grsece ciim annoîaîionibus , édit., J. L. Friburgi, i8o3, in-4.)
(5) « Cartazanous, nom que les Indiens donnent à la licorne. » (Elien, 1. XVI, ch. XX.) Les Persans appellent carlazonon une sorte d'âne sauvage fabuleux, dont le front est armé d'une longue corne.
(6) Rennes, du latin larandiis.
(7) L'aurochs, le bison européen, le /«/■ des Lithuaniens. L'urus a été chassé dans l'Europe centrale jusqu'au temps de Jules César. On ne le trouve plus aujourd'hui que dans la forêt Bralowicza, en Lithuanie.
(8) Animaux de Pœonie, de la grosseur d'un taureau. « On dit que, lorsqu'ils sont poursuivis, ils lancent des déjections mortelles pour ceux qu'elles atteignent » (Elien, 1. VII, ch. m.)
(9) Chevaux ailés. « Je mets au rang des fables, dit Pline, les pégases
ANATOMIE COMPARÉE 871
cèpes (1), nôades (2), prestères (3), cercopithèques (4), bisons (5), musmones (6), bytures (7), opliyres (8), strigcs (9),
î'i tète de cheval et les griflbns aux orcillessaiIlant.es, au bec crochu, les premiers dans la Scylhie, les seconds dans FÉthiopie. Je ne crois pas plus aux sirènes, quoique Donon, père de Cléarque, auteur célèbre, alïirme qu'elles existent dans l'Inde. » (Pline, 1. X, ch. xlix, et 1. VIII, ch. XXI.)
(1) On doit peut-être lire Cepphes. Divers auteurs prétendent que les Anciens ont désigné sous ce nom la harpie. D'autres, et c'est le plus grand nombre, traduisent cepphiis par foulque. Le foulque est un oiseau aquatique appelé aussi diable, à cause de sa couleur noire. (Voy. Hisloire des animaux de Gesner, 1. III, de haro.)
Cèpes, néades, prestères, cercopithèques manquent dans les éditions de Hollande et dans les trois éditions de Lyon (i573-i584 et 1600.)
(2) Voy. p. 353, note 7.
(3) Stères ou prestères, serpents venimeux de Lybie qui cheminaient, croyait-on, la bouche ouverte, semant du venin autour d'eux et dont la morsure provoquait une telle enflure du 'corps humain qu'il finissait par éclater. (Voy. p. iSa, note 6.)
(4) « Animaux qui ont la tète noire, le poil de l'âne et qui ne diffèrent des autres singes que par la voix. » (Pline.)
Les cercopithèques de Pline, de Varton et d'Isidorus sont les guenons ou singes à grande queue, du grec xe'pxoç, queue, et TtWrjxoç, singe. Les cercopithèques appartiennent tous à l'ancien continent. Les principales espèces sont la mone, le patas ou singe rouge, l'ascagne ou blanc-nez, etc.
(5) Le bison d'Amérique ou le buffle, comme l'appellent les Américains.
(6) « Moutons d'Espagne dont la toison ressemble plutôt à du poil de chèvre qu'à de la laine, » dit Pline (1. VIII, ch. xlix). C'est le mouflon {Musimon musmon) qui paraît être la souche primitive de toutes les autres races de moutons.
(7) Ou Biures (Biurus, de bis, deux, et oùpâ, queue), animaux à deux queues qui rongent les vignes, au dire de Cicéron. (Voy. Pline, 1. XXX, ch. XV.)
(8) Selon Hesychius et Varinus, l'op/iïu/'as est un oiseau d'Ethiopie qui a une queue de serpent; du grec o^^oupoç, qui a la queue d'un serpent. (Gesner, Histoire des animaux, 1. III.) On disait autrefois : Africa porleniosa, l'Afrique est la terre des monstres. Vorphiurns était un des plus merveilleux.
(9) Oiseaux qui se faisaient téter par les enfants avant de les mettre en morceaux et dont le cri et le vol avaient quelque chose d'effrayant.
Quels sont ces oiseaux? C. Poinsinet de Sivri veut que ce soit notre grimpereau ou torche-pot. Brottier pense que c'est le hibou d'Orient, » oiseau si vorace, dit-il, qu'il entre la nuit dans les maisons et qu'il déchire les enfants ». Brottier s'appuie sur l'autorité d'Asselquis. ( Voyage dans le Levanl, t. II, p. 19.)
gryphes (1). J'y vid la Mi-quarcsme h cheval (2), la miaoust et la mi-mars (3) luy tenoient l'estaphe (4).
« J'y vid une rémore (5), poisson petit, nommée échineis des Grecs, auprès d'une grande naut(G), laquelle nesemouvoit, encores qu'elle eust pleine voile en haulte mer : je croi
« Ovide en a l'ail menlion en ces termes :
Grande capul, slanles oculi, apla rapinœ : Canilies permis, unguibiis hamus inesl.
Est mis slrigibus nomen ; sed nominis hujus Causa, quoi horrendâ sidere soient.
« Les striges ont la tôle grosse, les yeux fixes, le bec propre à la rapine, les ongles en hameçons; on les nomme striges parce qu'ils ontrhabilude de pousser pendant la nuit un cri âcre. » (Slridor en latin signifie craquement, grincement, bruit désagréablement entrecoupé semblable à celui
d'une scie.) . . . .
A Rome, du temps des Césars, les sorcières et les magiciennes étaient appelées slriges ou volalices, parce qu'on supposait qu'elles pouvaient prendre la forme de ces oiseaux.
(1) Oiseau plus gros qu'un lion, aux ongles formidables, au bec long et pointu, qui déterrait l'or et le gardait dans les montagnes des Indes- Pantagruel et ses officiers furent conduits au port de Condemnation par » certains gryphons de montagnes » (1. V, ch. xui). Une planche du Livre des Merveilles, de H. de MandeviUe, représente le combat d'un griffon et d'un centaure avec une explication du motif qui anime ces deux bètes l'une contre l'autre.
(2) L'auteur fait allusion ici à une vieille coutume tourangelle et berrichonne. On s'amusait, il y a quelques années encore, en Touraine et dans le Berry, à envoyer dans un carrefour ou carroi solitaire, le soir qui précède le vingtième jour de la sainte Quarantaine, quelque nigaud attendre jusqu'au lever du jour la Mi-Carème à cheval, en lui promettant que celle-ci le comblerait d'échaudées - gâteaux secs et triangulaires de la Mi-Carème, — en échange d'une botte de foin. J'ai connu un jeune homme qui est allé ainsi faire le guet, à deux reprises différentes, au même endroit, et qui, la seconde fois, "fest revenu chez lui roué de coups par le bon apôtre qui, le visage barbouillé de suie et déguisé en femme, jouant le rôle de la Mi-Carème, avait prétendu que la botte de foin ofterte n'avait pas le poids voulu.
(3) Mars tombant en Carême, on comprend que la mi-mars accompagne la mi-carème, mais que vient faire ici la mi-août? Est-ce un nouveau jeu de mots du grand moqueur ? Est-ce, comme le prétendent Esmangart et Johanneau, parce que, les chattes étant plus amoureuses pendant le carême, on y entend davantage de miaou ? Je ne voudrais pas dire non.
(4) L'étrier, on dit encore estafier, estafette.
(5) Voy. p. i33, note 5, et p. 35o, note 5.
(6) Navire, du latin navis.
ANATOMIE COMPARÉE
bien quec'estoit celle de Pcrianderlc tyran, laquelleun poisson tant petit arrestoit contre le (i) vent. Et en ce pays de Satin, non ailleurs, lavoir vue Mutianus (2)...
« J'y vid des sphinges (3), des raphes (4), des oin-
(1) Périandre, tyran de Corinthe, un des sept Sages de la Grèce. Il ré£?nait 625ansavanl.Iésns-Christ cl a publié un Poème moral, dont les fragments sont édités d'ordinaire avec les sentences de Théognis, les vers dorés de Pythagore et de Solon, etc.
(2) Les Anciens rapportent qu'un navire fut envoyé à Corcyre par ordre de Périandre ; l'équipage avait pour mission d'immoler une partie des enfants nés à Corcyre; malgré un vent favorable, le navire restait immobile, arrêté par un grand nombre de rémoras, qui, en souvenir de ce fait miraculeux, furent dès lors honorés dans les temples de "Vénus.
(3) Animaux dont Pline a parlé en ces termes (1. VIII, ch. x-xi) : « Spitigcs fusco pilo, mammis in peclore geminis, /Elhiopia gênerai, miillaque alla monslra similia. — Avec beaucoup d'autres monstres, l'Élhiopie produit les sphinx au poil brun et aux deux mamelles pectorales. » Le sphinx de Thèbes, dont OEdipe a deviné la dernière énigme, a inspiré maints poètes anciens et modernes.
Né parmi les rochers, au pied du Cilhéron, Ce monstre à voix humaine, aigle, femme et lion, De la nature entière exécrable assemblage, Unissant contre nous l'artifice et la rage !
(Voltaire.)
(4) Lovips-cewiers (chaus, rapliiiis, lupus cervarius, felix lynx, le lynx ordinaire des auteurs). Les premiers carnassiers de ce genre qui aient été vus à Rome, du temps de Pompée, venaient des Gaules.
« Pompeii magni primum ludi oslenderunl chauni quem Galli raphium vocabanl, effigie lupi, pardorum maculis...
u Sunl in eo génère (scilicel luporum), qui cervarii vocantur qualem, a Galliâ, in Pompeii magni arenâ speclalum diximus.
« C'est aux jeux du grand Pompée qu'on montra pour la première fois le chaus que les Gaulois nomment raphe et qui a la figure d'un loup avec les taches d'un léopard.
<< Parmi les loups il en est qu'on nommeloups-cerviers tel que celui qu'on avu dans l'amphithéâtre du grand Pompée. » (Pline, 1. VIII, ch.xixet xxii.)
Il estpeu d'animaux qui, dans l'antiquité, aient autant prêté à la fable que les loups-cerviers, etsurtout, parmi ceux-ci, quelelynx. Ilavait la vue si perçante qu'il voyait très bien à travers une muraille. Son urine se pétrifiait et devenait une pierre précieuse nommée lapis Igncurius, qui, outre son éclat, avait la propriété de guérir une foule de maladies. Mais laissons là ces contes ridicules de nos aïeux, et venons-en à la vérité. Le lynx a les mœurs du chat sauvage, << mais distingue sa proie à une distance beaucoup plus grande que la plupart des carnivores ». (Milne- Pdwabds.)
ces (i), des côphes (2), lesquelles ont les pieds de devant comme les mains, ceulx de derrière comme les pieds d'un homme; des crocutcs (3), des éales, lesquels sont grands comme hippopotames, ayants la queue comme éléphants, les mandibules (4) comme sangliers, les cornes mobiles, comme sont les aureilles d'asne (5); les leucrocutes (6), bestes très légères, grandes comme asnes de Mirebalais (7), ont le col,
(1) On lit dans l'alphabet de ranteur: « Lynx, c'est le nom d'un once ou loup-cerviei- qui a la vue lort aiguô. » L'once, que les Anciens ont regardé, en elTet, les uns comme un loup-cervicr, les autres comme une panthère, est un léopard. On ne peut en douter en lisant la description qu'en'donne Caius dans Gesner {Hist. qiiadrup., p. 825). Ce qui a pu faire croire que c'était un loup-cervier, c'est parce qu'il se place quelquefois comme celui-ci sur une grosse branche, attendant qu'un antilope passe à sa portée, et qu'il pousse des cris semblables à ceuxd'un chien irrité, mais plus forts et plus rauques.
(2) J'ai dit antérieurementque les satyres ou hommes sylvestres de nos aïeux étaient vraisemblablement des Anthropoïdes (chimpanzés ou gorilles). Suivant Buffon, les cèphes seraient des gibons.
« Aux jeux du grand Pompée, on vit d'abord, dit Pline, des cèphes ayant des membres avec des mains et des pieds humains. »
Une note de Daléchamp montre que Strabon a traduit le mot cephds de Pline par keipon : « Cephos Slrabo. lib. XV, Keipon vocal, esseqtie Iradil facie salijro s/m/Zem. — Strabon, 1. XV, appelle '/iTeip/io/i les cèphes et rapporte qu'ils ressemblent aux satyres. »
Buffon pense que du mot keipon on a fait giiibbon, gibon.
(3) Crocotte, corocotte ou crocutte est un métis né de l'accouplement du chien ou de la louve ou du loup et de la chienne. Buffon n'en a pu obtenir, mais Daubentonenaconnu un, qu'il a décrit dans VEnajdopédie méthodique.
(4) Les mâchoires, du latin mandibida.
(5) « Animaux de la grosseur d'un cheval marin, ayant des mâchoires de sanglier et deux grandes cornes mobiles », dit Pline (1. VIII, ch .xxi).
(< Quoique cette mobilité des cornes ne soit exactement vraie d'aucun animal, il semble cependant qu'on peut reconnaître à ces traits le rhinocéros d'Alrique, le rhinocéros bicorne, qui porte deux cornes moins immobiles que celles de tous les autres animaux. » [Encycl. mélh., Hist. ml. des animaux, t. i.)
(6) Animaux dont la voix pouvait, assurait-on, prendre les intonations de la voix de l'homme. Ils étaient regardés comme le produit de l'accouplement de l'hyène mâle avec la lionne. On trouve aussi en français léoncrocutte, leucrocotte, léoncrocotte, et en latin : leoncrocula, leoncrola, leiicrocola, leiilrochocha, Icucurcula, etc.
(7) Les ânes de Mirebeau, en Châtclleraudais, etceuxde Meung étaient
ANATOMIE COMPARÉE
la queue et poiclrine comme un lion, les jambes comme un cerf, la gueule fendue jusques aux aureillcs, et n'ont aultres dents qu'une dessus, et une aultre dessoubs ; elles parlent de voix humaine : mais lors mot ne sonnarent (i).
« Vous dictes qu'on ne vit onques (2) aire de sacre (3), vraiementj'y en vid unze, et le notai bien. J'y vid des hallebardes gauschières (4), ailleurs n'en avois vu. J'y vid des mantichores, bestes bien estranges : elles ont le corps comme un lion, le poil rouge, la face et les aureilles comme un homme, trois rangs de dents, entrants les unes dedans les aultres, comme si vous entrelaciez les doigts des mains les uns dedans les aultres : en la queue elles ont un aguillon, duquel elles poignent (5) comme font les scorpions, et ont la voix fort mélodieuse (6). J'y vid des catoplèbes, bestes
et sont encore réj^utés pour leur beauté. Au chapitre vu du même livre, Tâne qui est le héros de l'apologue raconté par Panurge est aussi du « Chastelleraudois ».
(1) Ne dirent mot.
(2) Qu'on ne vit jamais.
(3) Nid de l'oiseau do proie appelé sacre. Buffon a séparé le sacre des faucons pour le mettre à la suite du lanier. « Il est rare, dit Belon, de trouver homme qui se puisse vanter d'avoir oncque veu l'endroict ou il l'aict ses petits. » Plutarque affirme que cet endroit n'a jamais été déterminé. (Plutaroue, Demandes des choses romaines, ch. xciii.)
(4) « La hallebarde, dit Le Duchat, sied mal dans la main gauche, mais les hautelissiers n'y regardent pas de si près. » Hallebarde gauchère signifie, présumons-nous, hallebarde de parade. Les suisses de nos cathédrales portent la hallebarde de la main gauche.
« Derrière estoit le prieur des Jacobins en fort bon poinct traisnant une hallebarde gauschère. » (Procession de la ligue.)
(5) Piquent, du latin pungere.
(6) Voy. Pline, 1. VIII, ch. xxi ; Gautier de Metz, El Hure de clergie en romans, bibliothèque Mazarine, manuscrit n° 3,870, et la mappemonde dite de Hereford. D'après Ctésias, la mantichore, de même que l'éale, se trouvait en Ethiopie.
En Ynde une autre beste i a Qu'on apele manchicora,
Yeux de chièvre, corps de lion, Et la kueue de rescorpion, Voix de serpent qui par doux chant.
Attrait et deveure les gens.
(Gautier de Metz.)
Dans Tanatomie de Diemerbroeck, imprimée à Paris en 1727, on lit
saulvages, petites de corps : mais elles ont les testes grandes sans proportion, à peine les peuvent lever de terre; elles oot les yeulx tant vénéneux, que. quiconque les voit meurt soubdainement, comme qui verroit un basilic (i). »
Avant d'arriver dans ce pays de Satin, où se fabriquaient ces riches étoffes, toutes brochées de fleurs, de fruits, de blasons et d'animaux (2), Pantagruel avait visité l'île de Medamothi (3), où il avait acheté « trois beaulx et jeunes unicornes (4) : un masle de poil alezan tostade (5), et deux femelles de poil gris pommelé (6). Ensemble un tarande que
encore (t. 2, p. 65i). « Deux rangs de dents est un cas très rare. Il est encore plus extraordinaire qu'on en iTouve trois rangs, ainsi qu'on l'a observé d'Hercule au rapport de Rhodiginus, et que Colombus Ta remarqué en Phœbus son propre fils. Les tigres et les élaphants ont souvent trois rangs. De même aussi la mantichore, qui est une bète féroce, et le moraxus, qui est un poisson, sont armés d'un triple rang de dents. » Quelques naturalistes croient, sans raisons suffisantes, à mon avis, que la mantichore, nommée aussi manchicore, marticore, marligore, marthicore, manticore et manicore, du persan mardicoaran, mangeur d'hommes, est le tigre.
(1) Voy. Pline, 1. VIII, ch. xxi. Cet animal, qui ferait bientôt périr tout le genre humain s'il levait facilement la tète, n'est autre, comme l'a établi Cuvier, que le Gnou (Antilope gnou, Catoplébas gnou). L'air extraordinaire du gnou— qui est un mélange d'antilope, de bœuf et de cheval — son regard lugubre, rendu plus effrayant encore par les longs cils blancs de ses sourcils, et enfin sa crinière sans cesse tombante sur son museau, contribuent à lui donner un aspect vraiment fantastique sur lequel s'accordent tous les naturalistes.
(2) Ce pays de Satin, je le rappelle pour la dernière fois, c'est, pour M. Ducrot, le pays des draps de Frizc dont parle Thibault de Pleignei en sa Description de la Toiimine; c'est Tours, célèbre par ses fabriques de soieries et de draps de laine.
(3) En hébreu : nulle pari. M. Ducrot croit, ai-je dit (voy. Anatomie descriptive, Névrologie nuque, comme un fallol), que c'est Arkangel qui, du temps de Rabelais, était séparée de la terre ferme par la mer Glaciale et par le Heuve Pinègre, et visitée, à cause de ses grandes foires, par « les plus riches et fameux marchands d'Afrique et d'Asie ».
(4) Licornes. (Voy. p. 363, note 6.)
(5) Brûlé, del'espagnol toslar, fait de ;os/a/-e dit par métaplasme pour lorrere.
(6) Dans la lettre qu'il a adresséeà son père à l'occasion de cclleacquisition, Pantagruel dit : « Je vous envoie trois jeunes unicornes, plu
ANATOMIE COMPARÉE ^77
lui vendit un Scythicn de la contrée des Gelones(i). Taraude (2) est un animal grand comme un jeune taureau, portant teste comme est d'un cerf, peu plus grande, avecques cornes insignes (3) largement ramées; les pieds forchus, le poil long comme d'un grand ours ; la peau moins dure qu'un corps de cuirasse (4). Et disoit le Gelon peu en estre trouvé par la Scythie, parce qu'il change de couleur selon la variété des lieux esquels (5) il paist et demoure. Et représente la couleur des herbes, arbres, arbrisseaulx, fleurs, lieux, pastis, rochers, généralement de toutes choses qu'il
domestiques et apprivoisées qui ne seroient petits chatons. J'ai conféré avecques l'escuyer, et dictla manière de les traictcr. Elles ne pasturent en terre, obstant leur longue corne on front. Force est que pasture elles prennent és arbres fructiers, ou en râteliers idoines, ou en main, leur oITrant herbes, gerbes, pommes, poires, orge, touzelle, bref toutes espèces de fruicts et de légumages. .le m'esbahis comment nos escripvains antiques les disent tant farouches, féroces et dangereuses, et onques vives n'avoir esté vues. Si bon vous semble, ferez espreuve du contraire; et trouverez qu'en elles consiste une mignotize la plus grande du monde, pourvu que malicieusement on ne les offense. » C'est la confirmation de ce que j'ai dit antérieurement de l'existence possible en Afrique de quelque espèce d'antilope à une corne ou plutôt à deux cornes soudées en une seule et ignorée de nous, mais connue des Anciens.
(1) « Peuple de Scythie qu'on nomme aujourd'hui Tartares. » (Alphabet de l'auteur.)
(2) Le renne, larandiis rangifer, appelé lanmdiis par Pline, Gesner (Icon. qiiad., pp. Sy-SS, avec un dessin), Aldrovande {de Quad. bisul, pp. 859 et 861), Iharandiis par Hugues de Saint-Victor {De BesHis, t. II, fol. 241 des Opern, 1626) et Parandiis par Brunetto Latini, Li livres don trésor, publiés par P. Chabaille, Paris, i863). Il n'était pas connu des Grecs. Gaston Phœbus semble parler du renne sous le nom de rangier ou ranglier, comme d'un animal qui aurait existé de son temps en France, dans les liantes montagnes telles que les Pyrénées. (Vénerie de Jacques du Fouilloux; Paris, 1614, feuillet 971.)
(3) D'une grosseur et d'une grandeur remarquables, du latin insignis.
(4) Cette description du renne est, ainsi qu'on peut s'en rendre compte, copiée dans le chapitre xxxiv du livre VIII de VTUsloire naturelle de Pline : « Mutai colores et Scglliarum tarandus... Tarando magniludo quœ boui capul majus cervino, nec absimile ; cornua raniosa, ungulœ bifides : uillus magniludine ursorum sed cum libuil sui coloris esse asini similis est, etc.. » Je ne sache pas que le mot tarandus se trouve avant Pline dans aucun auteur latin.
(5) Dans lesquels.
approche (1). Cela luy est commun avec le poulpe marin (c'est le polype) (2), avecques les thoës (3), avec les lycaons
(1) La couleur du pelage du renne change, » non selon la variété des lieux esquels il paisl et demourc, » mais suivant les saisons. L'animal en question est blanc en hiver et gris en été comme les ânes de Meung-sur- Loire.
(2) << Le polype pi'end la couleur des lieux où il est, surtout quand il a peur. » (Pline.)
Sous la dénomination de Polypes (du grec noXuç, plusieurs, et ;tou;, pied, qui a plusieurs pieds), Aristote et les auteurs grecs et latins ont désigné les Poulpes et autres Mollusques rangés aujourd'hui dans le groupe des Céphalopodes (du grec xeyaXrî, tète, et tioS;, gén. jcoSôî, pied ; qui a des pieds h la tète). Vers le milieu du xviii' siècle, après que Peyssonel et de Trembley eurent publié leurs observations, le premier sur le corail, le second sur l'hydre d'eau douce, le terme en question fut détourné de la signification qu'il avait chez les Anciens et appliqué par Réaumur et Bernard de Jussieu à tous les organismes marins que les auteurs du xvi^ et du xvii<' siècle avaient placés parmi les végétaux sous les noms de Lithophytes et de Cératophytes. Dans l'état actuel de la science, les Polypes constituent dans l'embranchement des Cœlentérés la classe des Anthozoaires ou Coralliaires.
Pourquoi certains mollusques céphalopodes, la pieuvre, la seiche, entre autres, qui sont habituellement d'un blancgris, deviennent-ils subitement noirs sousrinfluence de la peur? Il y a là un phénomène nerveux. Sous la peau des mollusques, on trouve un grand nombre de corpuscules sphériques, élastiques, remplis d'une substance noire. Lorsque l'animal est au repos, ces petites boules restent distantes les unes des autres, de telle sorte qu'elles foncent seulement la couleur de la peau et la font paraître grise. Lorsqu'il est effrayé, ces corpuscules tirés par des fibres musculaires, dont la mise en jeu est sous la dépendance du système nerveux central, s'agglomèrent et leur réunion en masse donne aux téguments une teinte noire. Lorsque la cause qui a provoqué la contraction des fibres musculaires cesse, les corpuscules se séparent et la teinte pâle de l'animal l'eparaît.
(3) Le Thoës, Thos ou Thaos des Anciens est le chacal ou loup doré {Canis auveiis). Homère a comparé Ajax se précipitant au milieu des Troyens pour délivrer Ulysse, à un lion fondant sur des thos attroupés autour d'un cerf aux abois. Le scoliaste d'Homère, en traduisant le mot Ooi par celui de panthère, a commis une erreur. En traduisant ce même mot qui figure dans VHisloire des animaux d'Aristote (1. II, ch. xvii) par celui de lupus ceroarius ou loiqD-cervier, Gaza en a commis une autre- Voici ce qu'a écrit Pline de ce Mammifère (1. VIII, ch. xxxiv et I. X, ch. Lxiv, trad. Guérault) : << Les thos, espèce de loup dont le corps est plus long, les jambes plus courtes, agile au saut, vivant de chasse et n'attaquant jamais l'homme. Ils changent de fourrure et non de couleur; couverts d'un long poil pendant l'hiver, ils sont nus pendant l'été..., ils sont ennemis des lions. »
ANATOMIIi; COMPARÉE
de Indie (i), avecques le chaméléon, qui est une espèce de lizart tant admirable que Democritus ha faict un livre entier de sa figure, anatomie, vertus et propriétés en magie (2). Si est ce que je l'ai vu couleur changer, non à l'approche seulement des choses colorées, mais de soi-mesme, selon la paour(3)etaffections(4)qu'il avoit.Comme,sus un tapis verd, je l'ai vu certainement verdoyer ; mais y restant quelque espace de temps, devenir jaune, bleu, tanné (5), violet par
(1) BulTon considère comme très vraisemblable que le lycaon des Indes dont il est question dans les livres des naturalistes romains et dans ceux des naturalistes du moyen âge n'est autre que l'hyène. Tout ce que ceux-ci ont dit de fabuleux au sujet du lycaon convient à l'hyène. On donne aujourd'hui le nom de lycaon ou cynhiène (du grec y.ûa)v, chien, et hyène, chien-hyène) à un animal qui tient à la fois de l'hyène et du chien. Le poil de l'hyène n'est pas plus sujet à varier de couleur que ce carnassier n'est sujet à varier de sexe (voy. p. 869, n. 5j.
On sait que Lycaon, roi d'Arcadie, fut, selon la fable, changé en loup pour avoir essayé d'assassiner, pendant son sommeil, Jupiter qui lui avait demandé l'hospitalité.
(2) Lire Diogène de Laerce et l'étude magistrale de L. Leclerc sur les médecins arabes et aussi Pline, 1. XXII, ch. viii.
(3) Aristote, dont le nom se retrouve dans l'histoire de toutes les branches- des connaissances humaines, n'a pas ignoré les changements de couleur du caméléon. Il a cru que ces changements de couleur coïncidaient avec le gonflement du corps ou la mort de l'animal. Théophraste est le premier qui les ait attribués à la peur. L'opinion si populaire que le caméléon prend la couleur des objets qui l'environnent remonte au philosophe Antigonus Carystius. Ovide l'a exprimé dans le vers suivant :
Prolinus assimilât leligii quoscunque colores.
Vengeons le caméléon. Grâce à MM. Paul Gervais, Milne Edwards et Brucke, il est acquis aujourd'hui que l'animal dont il s'agit n'adopte pas, comme le courtisan, les couleurs dominantes. Il ne change que sous l'influence de la lumière : l'obscurité le fait pâlir; le demi-jour marbre son corps des couleurs les plus variées; le soleil le noircit comme la peau des races nègres tropicales et fait naître à la surface de son épidermedes couleurs irisées. Ces modifications sont dues à un jeu de pigment qu'on retrouve chez divers autres reptiles, les Agamidés, les Iguanidés et plusieurs Batraciens.
(4) Tourments, du latin affeclere. On dit encore être affecté pour être tourmenté, chagriné.
(.S) De couleur semblable à peu près à celle du tan.
38o RABELAIS ANATOMISTE
succès (i), en la façon que voyez la creste des coqs d'Inde (2) couleur selon leurs passions changer. Ce que sus tout trouyasmes en cestuy tarande admirable est que non seulement sa face et peau, mais aussy tout son poil telle couleur prenoit qu'elle estpit és choses voisines (3), Près de Panurge vestu de sa togebure (4), le poil lui devenoit gris; près de Pantagruel vestu de sa mante (5) d'escarlate, le poil et peau luy rougissoit; près du pilot vestu à la mode des isiaces (6) de Anubis en Egypte (7), son poil apparut tout blanc. Lesquelles deux dernières couleurs sont au chaméléon desniées (8). Quand, hors de toute paour et affections (9), il estoit en son naturel, la couleur de son poil estoit telle que voyez és asnes de Meung. »
(1) Par succession, successivement, du latin successus.
(2) Le Dindon. Galliis Indise. « Une tradition populaire fixe dans le xvi" siècle, sous François P'', l'époque de la première apparition du dindon en France ; car c'est dans ce temps que vivait l'amiral Chabot. Les auteurs de la Zoo/ogfze britannique avancent comme un fait notoire qu'il a été apporté en Angleterre sous le règne de Henri VIII, contemporain de François P''. » (Buffon, Hisloire des animaux.) C'est, en effet, du temps de Rabelais que ce volatile a été ramené des nouvelles Indes ou Amérique en Europe. Il n'en est pas question dans les œuvres de Clytus, d'Athénée, d'Elien, de Columelle, etc.
Quand le dindon est en colère, la crête qu'il porte sur son bec supérieur s'allonge, se déploie et change de couleur.
(3) Des choses qui étaient auprès, qui l'avoisinaient.
(4) Toge (de) bure.
(5) Vêtement long enveloppant tout le corps.
(6) Les prêtres d'Isis étaient vêtus de grandes robes de fin lin. Ce qui l'ait qu'Ovide les a appelés iinigera lurba.
(7) Ce Dieu à tête de chien (voy. p. 870, note 4). considéré comme fils d'Isis et d'Osiris, avait son image placée à la porte de tous les temples d'Égypte. Il était honoré principalement à Hermopolis la Grande {Chemnis ou Otichmonnein, en arabe moderne).
De ses temples quand Rome, Isis, t'ouvrit la porte Dos dieux à front de chien l'aboyante cohorte Suivit.