PBÉDÉCB8S15UB8 DE RABELAIS
avons déjà eu occasion de le dire, ceux qui ont lé pins puissamment agi sur lui, sont Platon, PlUtarque et Lucien.
Il cite moins souvent Aristophane, il ne l'allègue même que trois fois dans son livre. Mais les rapports entre ses conceptions et celles de Fauteur des Oiseaux ont frappé tous les yeux. Népomucène Lemercier, V. Hugo, Littré, et d'autres les ont signalés avec détails.
Chez l'un et chez l'autre, marne fantaisie gigantesque, mômes allégories, même genre de folies et d'allusions. Ils imaginent l'un et l'autre quelque construction étrange, et de là ils font pleuvoir, comme de ces machines de guerre d'autrefois , un feu roulant d'épigrammes et de malices sur tout ce qui les entoure, sur tout ce qui leur déplaît. Aristophane a son chœur de Grenouilles pour railler Euripide, son chœur de Nuées pour bafouer Socrate, comme Rabelais ses oiseaux chanteurs pour railler l'église romaine! son tribunal de Chats fourrés pour bafouer les juges prévaricateurs. L'un fait bâtir une ville en l'air par des oiseaux , l'autre nous présente une ville dont les habitants sont des lampes ; l'un personnifie le peuple d'Athènes sous les traits de l'imbécile Démos, l'antre le pédantisme routinier sous les traits de Janotus de Bragmardo ; les Guêpes de l'un font pendant aux CMcanous de l'autre ; Panurge délibérant sur son mariage rappelle Lisistrata délibérant sur le veuvage forcé imposé aux maris. L'un donne un corps à la Paix, à la Richesse, à la Pauvreté, l'autre nous fait voir Quintessence la précieuse, Quaresme-prenant rétique, et Ouy-Dire tout composé de langues et d'oreilles. Môme genre de railleries, mêmes scènes
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i double interprétation, mêmes mots forgée et plaisants, et aussi, il faut le dire, mêmes obscénités, mêmes ordures. Aristophane a moins de mots grossiers peut-être, quoiqu'il ne se les refuse pas, mais il a plus d'intentions libertines. Et eu cela il est moins «ensable que Rabelais : Rabelais écrit un livre, qu'on lit des yeux, Aristophane écrit un drame qui se débite tout haut et devant la foule assemblée.
L'art est à peu près le même de part et d'autre. Les vers d'Aristophane sont admirables , mais la prose de Rabelais ne leur est pas inférieure. Aristophane cependant déploie dans ses chœurs une poésie qui n'a pas d'équivalent chez Rabelais, mais, sous les autres rapports , Rabelais n'est pas audessous d'Aristophane comme artiste. Les épigrammes du poète athénien ne sont pas meilleures que les siennes, ses allusions ne sont pas plus transparentes ni plus fines, ses personnifications plus pi-* qualités. Seulement les ptyns d'Aristophane sont plus étudiés et ses plaisanteries plus amères.
Tous deux attaquent des institutions. Aristophane s'en prend; à tous les détails du gouvernement athénien, les élections, les délibérations, les jugements; il s'en prend aux généraux, aux orateurs, aux philosophes, aux écrivains, aux savants, et souvent il désigne les individus par leur nom. Il bafoue Cléon, turlupine Euripide et conseille de mettre le feu à ht maison de Socrate. Il est inplacable contre ses ennemis. Après les avoir couverts de ridicule , il excite les passions contre leur personne et les livre à l'animadversion générale.
Rabelais n'a pas de ces colères. Ses attaques sont